PREMIÈRE AMANTE
La pécheresse. (Luc. vu, 36.)
Il est temps : descendez des cieux, Amour chaste et religieux, Jésus a paru sur la terre :
Il y vient pour se faire aimer, Et faire une éternelle guerre Au monde qui nous veut charmer.
Assis dans un fameux repas Sa bonté ne dédaigne pas De \oir approcher sa viciime Qui, devant tous les conviés, Pleine de l'horreur de son crime, S'abaisse et se jette à ses pieds.
Le visage noyé de pleurs, Le cœur déchiré de douleurs, Elle les arrose de larmes, Essuyant avec ses cheveux, Autrefois si remplis de charmes, Le torrent que versent ses yeux.
Humble amante, à ces pieds sacré-.
Tous ses désirs sont attirés :
Sa bouche y demeure collée ; Pour assouvir un chaste amour, Triste, interdite, échevelée, Elle les baise tour à tour.
Allez, odorante liqueur, Riches parfums, et de mon cœur Contenez la délicatesse ; Honorez la Divinité Par la magnifique largesse Qui servit à la vanité.
Digne, par ses crimes affreux.
Des regards les plus rigoureux, Elle tient sa tête baissée :
Et de sa bouche, pour tous mots.
Témoins de son âme angoissée, Ne s'échappent que des sanglols.
Tel ne fut dans son repentir, Quand du ciel on vint l'avertir De son insupportable offense, Le roi dont les lugubres chants Font respecter la pénitence Jusqu'aux hommes les plus méchants.
Amante, réjouissez-vous De trouver un amant si doux; Il ressent vos saintes caresses ; Et par votre flamme gagné, Il en découvre les adresses Au pharisien indigné.
Vos larmes, vos cheveux épars.
Vos baisers sont autant de dards
Qui percent un cœur qui vous aime Juste Juge, il connaît vos vœux, Ravi dans sa tendresse extrême De voir vos transports amoureux.
il voit croître dans le pardon De l'amour le céleste don, Et plus il vous remet de fautes Plus de vos merveilleux transports Aux entreprises les plis hautes S'élèvent lei nobles efforts.
Mes oreil'es qui ['écoutez, Qui dans mon esprit apportez De sa voix l'empreinte éternelle, Soyez-moi fidèles témoins Qu'il a dit que moins criminelle A son gré aimerait bien moins.
C'est dans les pécheurs convertis, C'est par leurs vices amortis Que Jésus montre sa clémence.
En Sauveur il veut èire aimé :
Il n'est venu par complaisance Que dans ce titre renommé.
Péché, tu m'as donné la mort ; Mais tu me rends un meilleur sort, Puisque je sens la repentance De mon cœur confus et contrit Augmenter la reconnaissance Pour le Sauveur qui me guérit.
Et toi spectateur orgueilleux , D'un Dieu qui se rend merveilleux, Touché d'une main infidèle.
Lorsqu'il donne un facile accès A l'âme emportée et rebelle Qui vient confesser ses excès;
Tu lui dirais dans ton dédain :
Retire ton impure main ; Sans doute s'il était prophète, Ce Jésus aurait évité Cette pécheresse indiscrète, Le scandale de la cité.
Plutôt, hypocrite et menteur, A ces marques connais l'auteur Qui vient rechercher son ouvrage Et lui dit : Aime seulement ; Je n'aspire à d'autre avantage Qu'à celui d'èlre ton amant.
Pendant qu'idolâtre des sens, A tes pieds offrait son encens Des amants la troupe insensée , 11 t'aimait malgré ton erreur, Et de ta conduite passée Sa grâce l'inspirait l'horreur.
Aujourd'hui que tu l'as calmé, Que ton cœur a beaucoup aimé, Tes péchés ne sont qu'une amorce