‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 439 sur 458 · SECONDE AMANTE · texte numérisé non relu

SECONDE AMANTE

I — Marie, srcur de Lazare, aux pieds fa Jésus i H llianie écoulant sa parole. (Luc. i, "

Quel aimable discours par sa douce ■erreilla

Vient ravir mon oreille !

Parlez, divin Jésus, source de \érité,

Vous serez écouté.

Quand assise à vos pieds dans un piofond lil

A vous mon cœur s 'élance, El que de votre voix il attire ardemment

L'air céleste et charmant ;

L'ineffable secret qui son de votre bouche

Est le seid qui me touche.

Dieu demande les cœurs et pour ce beau dessein

Vous sortez de son sein.

Loin des sens, au dedans où vous tenez l'école

J'entends votre parole, Qui calme tout mon trouble et les émotions

Des lîèrcs passions.

Ainsi vous apaisez la mer et les tempêtai

Qui menaçaient nos te! - .

Et des vents vous changez en souille gractcui

Le bruit audacieux.

Si vous ne montrez plus à ma sœur empi\ |

Qu'une seule pensé .

Je gouti. le vrai bien qui dans votre unité

Ne me peut être oté.

Je m'abandonne avons, seid Eue nécessaire,

Je ne veux que vous plaire :

Dans mon cœur désormais je no nourrirai plot

Des désirs superflus.

Des célestes esprits, en vous s Mil recueillie

Je commence la vie , Je renonce à mes sens ci toute bon

Je ne vis que de foi.

Pleine de l'Etre pur, immortel, inusil le,

Seul incompréhensible, Je m'écoule et nie perds dans ce fond Inconnu

Où tout esl contenu.

Que me nré>ente/-vous, fortune de la terre?

Rien que Péclal d'un verre, Une place luisante et qui tond dans les maint,

Ou des feqlomcs ^ains.

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m,- présenlex-vous? une creuse Qgure; r m l'objet, la peinture; D'un nuage léger les changeantes couleurs;

Los ris tournes en pleurs.

Quevois-je? autour de moi loul le inonde s'empresse

El chacun B'intéresse A me ieter do port dans le milieu îles flots

Pour m'ôler mon repos

Je m'impose à moi-même, et si Dieu ne ia guide

Mon âme toujoure ville Court d'erreur en erreur et croit se convertir

Par un vain repentir.

L'aveugle cœur humain qui veut se reconnaître Trouve un plus cruel maître;

L'avarice, l'orgueil, la colère, l'amour, Y régnent tour à tour.

Son désir vagabond va d'idole en idole,

Il se prend et s'envole D'un lacel dans un autre, et, malgré la raison,

Toujours dans la prison.

Jusqu'à ce qu'à Jésus la vérité nous livre

Et par là nous délivre , Dans nos esprits déçus, le mal n'est que caché,

El s'accroîl le péché.

Jésus change les cœurs par la secrète atteinte

D'une volupté sainte , Et de ma volonté d'un délicat effort

Fait mouvoir le ressort.

Je ne vous suivrai plus, fugitives images

Du bien, ombres volages, Des hommes éveillés songes capricieux,

Fuyez loin de mes yeux.

Possédez s:ul, Seigneur, un cœur qui ne respire

Qu'à vivre en votre empire ; Heureux qui se soumet et s'abandonne à vous

Dont le joug est si doux.

Je ne demande point de ces vives lumières

Pour mes faibles paupières; Je m'abaisse ; et ce cœur que vous daignez calmer

Ne veut que vous aimer.

II. — La même aman'.e se plaint au Sauveur de la mort de Lazare son frère. (Joan. xi, 20, 28, 29, etc., 31, 32, 33, 59.J

On consolait en vain les deux sœurs affligées

Et jamais soulagées, ù\e\\ même dans le mal dont il était l'auteur

Est leur consolateur.

De Lazare Jésus, de loin, dans Bélhanie

Avait vu l'agonie ; Quatre jo;:rs au sépulcre il laisse son ami

Tristement endormi.

Il approche : aussitôt Marthe toujours active Vient d'une voix plaintive,

D'un frère enseveli pleurant le (ii.->ie sort, Redemander le mon.

Marie à la maison plus tendre qu'empressée,

Dans sa triste pensée, De sanglots éternels, pleine de son malheur,

Nourrissait sa douleur.

Elle avance pourtant : mais quand Jésus l'appelle

Par sa voix paternelle On disait : Elle va par ses pleurs de nouveau

Arroser le tombeau.

Que ce peuple ignorant connaît mal sa tendresse!

Ailleurs elle s'adresse ; Mais aux pieds de Jésus, osc-t-elle espérer

De le faire pleurer?

Que ne peuvent les pleurs qu'un tendre amour inspire ?

D'autres pleurs il attire, Jésus pousse l'effort d'un regret véhément

Jusqu'au frémissement.

Que voyez-vous, mes yeux? dans sa douleur ex'réme

11 se trouble lui-même ; Sur son front étonné de son saisissement

Paraît le sentiment.

Il sait par quel combat et par quelle victoire

Devait tomber la gloire Du tyran dont l'orgueil à la mort nous soumit,

El son cœur en frémit.

Il voit avec horreur la sanglante journée

Où la troupe damnée En perdant l'innocent, du cachot éternel,

Tira le criminel.

A l'aspect du tombeau Jésus frémil encore,

Et sa voix qu'on adore Dans le ciel, sur la terre et jusques aux enfers,

En va briser les fers.

Là des morts oubliés le morne et triste nombre

Dans sa demeure sombre , Sous cent portes d'airain enfermé sans retour,

Ne revoit plus le jour.

Mais Jésus a la clef de leur froide clôture

Malgré leur sépulture :

Ceux qu'elle tient captifs, de ces funestes lieux

Repassent vers les cieux.

Vous du démon vainqueur fiers et noirs satellites ,

Qui gardez les limites, Et vous, Mort, qui tenez entre vos pâles mains

Le sceptre des humains :

Aux amis de Jésus il faut rendre la joie

El lâcher votre proie.

Cédez et menez bas votre injuste fureur

Devant sa sainte horreur.

Faites larir vos pleurs, vous, tranquille Marie,

Votre plaie est guérie :

Et revenez aux pieds du céleste Docteur,

Le seul qui parle au cœur.

POESIES. LES 'lltois AMANTES

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