III. — La même amanle répand tes parfums mit la lête
et sur les pieds de Jésus (Malth. xxvi, 6; Joan. mi,I.)
Que ferez-voiis, Marie, et d'un présent si rare
Où l'on vous rend Lazare, Quelle reconnaissance enfin montrcre/.-vous
Au bienheureux Epoux?
Déjà vous ressentez une joie infinie :
Jésus à Bélhanie Est entré chez Simon : un grand festin saii\it
Où Marthe le servit.
A ce banquet parut un merveilleux spectacle,
Et ce fut le miracle De voir avec Jésus assis à son côté
Le mort ressuscité.
Marie à cet objet d'un saint transport saisie
Prend sa boîte choisie :
L'ouvre et l'on voit couler sur ses divins cheveux
Le parfum précieux.
Ver» les pieds à la fois va l'odorante essence
En pareille abondance.
Le superbe édifice en est tout embaumé ;
Tout l'air est parfumé.
A la magnificence elle joint les tendresses,
Et de ses longues tresses Marie en même temps déployait les beaux noeuds ,
L'objet de mille vœux.
Malheureux instruments de la perte des âmes
Des cœurs liens infâmes, Aux saints pieds de Jésus quittez la vanité ;
11 est la Vérité.
Sur ces pieds ondoyait la riche ebevelure,
Sa plus noble parure , Et de l'huile épanchée au gré de son vainqueur
Essuyait la liqueur.
De la Divinité l'infusion sacrée
En vous est adorée; Vous êies d'Israël l'espérance et l'honneur
Le seul oint du Seigneur.
Seul Sauveur, vous allez portant de ville en ville
L'odeur de l'Evangile Et ce baume épanché sur cent climats divers
Guérira l'univers.
Les pauvres sont vos pieds; l'aumône est l'huile Qui fait cesser leur plainte ; L s»'"10
Les cheveux font changer en libéralités Les superfluités.
Sexe vain, ton adresse en parures féconde
Croit embellir le monde, Mais apprends de Jésus d'un humble habillement
Le plus digne ornement.
Attache tes regards aux pieas plus qu'au vis Des saintes c'est l'usage;
Que la pudeui i
Seulement poui n.
Par \ous seul, 6 belles tant aimée*
Vont être désai
Leur orgueil est à bas i l rOQI seul n. i i De les voir
Croyez à sa victoire, âmes ensorcelées
De l'amour atlolécs :
Jésus jette un regard sur un cœui cotWf
l.l l'amour est rompu.
Vous forcez de la mort la porte redoutable;
\-->is à votre table Les mortfl ressuscites goûteront à longs Ira
Vos célestes attraits.
Hélas ! dans quelques jours, nous savons qui I
Vous doit être lavic ; Et nous ne \enons plus des mort) la le plus beau
Que froid dans le tombeau.
Prévenons de Jésus la triste sépulture :
Que toute la nature Fidèle à son auteur pour honorer son corps,
Epuise ses trésors.
Femme, tout l'univers célébrera ton zèle,
Ta gloire est immortelle :
Partout où de Jésus le nom sera porté;
Le lien sera vanté.
IV Le jour que Jésus monta aux deux , il Mut à Y» thanie avec ses disciples. (Luc. ixrr, 50; AcL i, 1- Bélhanje était située auprès do mont des (Mare, xi, I ; Luc. xix, - I - De ce mont il
s'élancer pour retourner h son Père. [Luc u Act. i, 12.) — Le mont des Oliviers est celui où alla prier après la Cène. (Jfolïfc. xi x".
16: lue. \\\u, :.'.». i — il avait accoutumé d'j prier. [Joan. xviu, 1) — Il était situé au delà du torrent de Cédron, et il j avait la on jardin. Uoau. xtui, i -2.) —C'est de là aussi qu'il Ql bou entrée i I lem. {Muiili. xxi, 1 ; MaTc. xi, l; Luc iix, 1,11 Béthanie était le lieu où il se relirait souvent < tout dans sa dernière semaine, dToa H allait dès !<* malin prêchera Jérusalem [Luc. xxi, 58), et retournait sur le soir à Béthanie. [Mattk. xxi, IT; /;. n C'est donc de ce liée si célèbre par sa retral oraisons, et par son agonie, qu'il voulut ■ ciel, comme on a dit .
Prêt à monter au ciel, sa carrière finie, Pourquoi Jésus encor \a-t-il à Béthanie î Lui faut il immortel, en un lieu retiré Contre les Juifs ingrats un ietur Quoi! faut-il, comme aux jours ,1e M I Au pauvre abandonné fournir une M&a Un jardin retiré pour sa sainte orai-on? Non : il vient honorer d't ne famille ehrio, Le charitable I »it, la table bospitufo Par un dernier adieu c< nsoler ses an - • eur montrer qu'à h ur foi le ciel éUiipi El que, si bien reçu jusqu'à u dernière lui . Il allait à son tour préparer leur dcmcu.v. Cher Laxare, vivei, mais en ressuscité, El toi tendre Marie, humble et ■onlemplati' Demeure à ma parole en silence attentive;
J .a laissa c« partage à ta fidélité; Et je ?eui *i ii * jamais il ne le soit ôte. Consent / kolre paix, heureuse et solitaire : i> -, i s secrets sainte déposii aire, A qui lient an dedans on langage si doux,
Si sin pie, si caché, le Verbe voire (poux : Votre cœur y répond sans bruit : nulle traverse, Nul trouble, n' Dterrompt ce fidèle commerce : L'amour j amie seu', et son discours sans p: ix De nul «|ue de l'amour no peut être compris. Vous n'avez pas besoin, amante courageus-, De suivre pas à pas sa route douloureuse : ISi d'aller en pleurant de la croix au cercueil Par vos riches parfums signaler votre deuil. D'autres en s.- levant au milieu des ténèbres, Lui rendront à l'envi tous ces devoirs funèbres. Gardez votre partage et de Jésus vainqueur Repassez la parole en votre triste cœur. Dites que par sa mort le g-nre humain respire Qu'il détruit ilu péché le lyianniquc empire Et qu'on ne le perd pas au trône paternel Puisqu'on a de sa voix le gage solennel. Sa voix qui tous les jours vient frapper notre oreille, Et, pénétrant nos cœurs qu'elle guide et conseille, Vive image du Verbe, éclat de sa clarté, \ porte la lumière avec la liberté .
Saints hôtes du désert, troupe humb'c et solitaire Qui cherchez en Jésus le seul bien nécessaire, De sa divinité sages contemplateurs, De son humanité zélés imitateurs, Compagnons de Maiie et comme elle sans crainte, Fidèles auditeurs de la parole sainte, De ses divins discours méditant tous les mois, Prévenez les douceurs de l'éternel repos. Chantez de l'Eternel les merveilles antiques, C'est pour vous que David composa v s cantiques ; fean-Baptiste pour vous de sa tonnante voix, A fendu les rochers, déraciné les bois ; Et depuis qu'au désert, seul, de la pénitence Il a fait résonner la sainte violence, Une montagne à l'autre en rapporte les cris, El tout fléchit au bruit des célestes éctils. 15 1 ùlez d'un chaste amour pour l'immortelle essence, Voguez à l'abandon sur cette mer immense, Epris de sa grandeur el de sa vérité I i s, sous le soleil que tout est vanité. El vous du saint Epoux amantes épurées, A son lit nuptial chastement préparées, Vierges, anges mortels : dans quelque coin caché Où votre ardenl amour ne soit point empêché, Laissez-vous attirer à la sainte parole Qui retient dans les biens et da s les maux console; Elle est !e seul trésor qui jamais ne se perd, Elle est le pain du ciel au milieu du désert, Tous à ce pain vivant portez un cœur avide, Des désirs affamés il remplira le vide : s'iompts à vaincre les sens, hardis à tout quitter,
OEUVRES INEDITES DE BOSSU ET, 17i
Sans trouver sur la terre à quoi vous arrêter : l'ère, mère, plaisirs, trésors, femme, héritage, Soi-même, pour n'avoir que la troix en partage. Peuple enseigné de Dieu, la divine sagesse (I). Sur vous à pleines mains épanche sa largesse; D'une éclatante voix elle parle au dehors : Au dedans elle meut d'invisibles ressorts; Elle montre de près à notre àme attendrie Au milieu de l'exil la céleste patrie; Dans les livres sacrés nous écoutons l'Epoux, Puisqu'on entend sa voix, il n'est pas loin de nous. Nuit et jour on secret, il parle au cœur qui l'aime, Et par son Esprit saint, il s'appelle lui-même. Esprit, que doucement vous nous entretenez! S. ms cesse vous criez : Seigneur Jésus, venez! Et l'épouse répond : Venez, voire présence Peut seule soulager ma longue défaillance, En regardant au ciel, mes yeux fondus en pleurs, De langueur accablés, vosis disent : je me meurs. Tantôt dans les plaisirs que je crains plus encore, Tantôt dans la douleur où l'ennui me dévore, Ne verrai je jamais qu'un torrent qui s'enfuit Et ne laisse dans l'air qu'un inutile bruil ? Me voulez-vous tenir de Sion élognée, A l'exil éternel sans pitié condamnée?
Venez; qu'allendez-vous? cruel, hâtez vos p:*s , Dans Terreur de la nuit ne m'abandonnez pas. Oui, je viens prompiement : à nos vœux favorable, Il va nous découvrir sa face désirable Qui nous fait oublier tous les travaux passés, Que l'ange bienheureux ne voit jamais assez ; Par d'enflammés désirs, volons, perçons la nue, Dans l'essort de la foi goûtons la claire vue, Et quoiqu'environnés de doux amusements, Poussons jusques au ciel de saints gémissements.