‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 45 sur 458 · PAIIT. XII. T1IEOL. HISTORIQUE. —II. BIST. DE HUNCE. LIV. XVI · texte numérisé non relu

PAIIT. XII. T1IEOL. HISTORIQUE. —II. BIST. DE HUNCE. LIV. XVI

elarer. Il y avait apparence qu'il n'en manquerait pas. Gaspard du Coligni, amiral de Fiance, gouverneur de l'Ile de France et de Picardie, capitaine renommé et accrédité parmi les troupes, était (Je co parti : et outre l'intérêt de sa religion, il pouvait être poussé par ses intérêts particuliers, -voyant les princes de Lorraine, ennemis de sa maison, maîtres de tout, et son oncle le connétable absolument décrédité.

Avec son mérite personne!, il avait ses deux frères, l'ut», grand homme de guerre, aussi bien que lui, à qui les facilités ordinaires dans les nouveaux régnes avaient l'ait rendre sa ebarge de colonel de l'infanterie; l'autre, habile et hardi, qui, malgré sa pourpre et son caractère, était plus disposé à quitter sa religion qu'à se désunir de ses frères.

Le parti protestant avait encore d'autres espérances : il se promettait beaucoup du roi de Navarre, dont la femme, attachée aux nouvelles opinions, pouvait y engager son mari, déjà irrité par lui-même contre la cour. Il y avait encore plus à craindre de Louis son frère, prince de Condé; il élait homme de grand courage et de grande ambition, à qui le mauvais état de ses affaires, et surtout la jalousie contre ceux de (luise, pouvait inspirer des desseins de brouillerie, que l'amiral de Coligni, son allié et son aiui particulier, était capable do fomenter.

A l'âge où élait le connétable, il n'y avait point d'apparence qu'il remuât, et de plus, comme il se glorifiait d'être le premier baron chrétien, l'honneur de sa maison l'obligeait à demeurer dans l'Eglise catholique ; mais sa grande autorité ne laissait pas de servir d'appui à ses neveux, et de leur donner des moyens d'entreprendre.

D'un autre côté, lès princes Lorrains, qui s'étaient fait un honneur de passer pour les protecteurs de la foi catholique, étaient disposés à ne garder aucune mesure avec les protestants, de sorte que de toutes paris les choses semblaient portées aux dernières extrémités. Le connétable en avertit la reine mère ; il quitta un peu de temps le corps du feu roi pour venir au Louvre saluer soi) nouveau maître, et il demanda audience à celle princesse. La il lui représenta les malheurs où allait tomber la France, si elle n'accoutumait de bonne heure le roi son fils à un gouvernement qui pût êlre approuvé de tous les ordres du royaume ; qu'elle ne «levait pas le laisser entrer dans les partis de la cour, mais au contraire l'obliger a renfermer chacun dans les fonctions de sa charge ; que c'était le seul moyen d'avoir la paix et d'entretenir le bon ordre; pour conclusion il l'avertissait qu'elle commandait à un peuple qui ne se lassait jamais de servir ses rois, mais qui élait incapable de s'accoutumer au gouvernement des étrangers.

Par ces paroles, non-seulement il taxait les [ni nces Lorrains, mais encore la reine elle-même. Elle écoula ces remontrances comme les discours d'un vieillard qui n'était

plus à la mode , et le renvoya aux iouinelle.sachever les cérémonies. Aussitôt toute la cour changea de lace : la duchesse de \ • lcnlinois fut honteusement chassée ; le duc d'Aumale, son gendre, s'y opposa quelque temps ; à la fin il céda aux sentiments do ses frères, cl se laissa entraîner aux intérêts de sa maison : aiusi celte femme, auparavant maîtresse de tout le royaume, demeura tout d'un coup sans projection et abandonnée de sa propre famille; on lui ôla ju->qu'aux meubles et aux pierreries que le roi lui avait données. Elle fut contrainte de céder à la reine mère sa belle maison de Chenonceaux sur le Cher, pour une terre qu'on lui donna en échange. Tous ses amis furent éloignés do la cour, et le cardinal de Lorraine ne fut | as moins soigneux d'écarter ceux du connétable, pour mettre ses amis à leur place.

Pour donner de la réputation au nouveau gouvernement, en étant les sceaux au cardinal Jean Bertrandi, que la duchesse avait établi, on rappela le chancelier François Olivier, que son intégrité et son savoir faisaient respecter partout le royaume. Pendant que les princes de Lorraine tâchaient de remplir de leurs créatures les grandes places de l'Etal, la reine, pour avoir quelqu'un qui pût être attaché à elle, tit revenir le cardinal de Tournon, homme désintéressé et de grande expérience dans les affaires.

Tout le reste de lu cour s'idtachuit aux princes de Guise, qu'on croyait tout-puissants. Le maréchal de Saint-André, qui dans le règne passé s'était soutenu par lui-mèu.o indépendant des uns et des autres, vit bien qu'à ce coup il fallait plier, et oilïilau ci de Guise, pour un de ses lîls, sa tille unique avec tous ses biens, dont il se réservait seulement l'usufruit. Il se sauva par ce moyen des mains de ses créanciers, et de ceux qu'il avait injustement dépouillés pour s'enrichir.

Il fallait encore aux princes lorrains quelque php se de plus éclatant pour alïermir leur pouvoir. Ils obligèrent le roi à déclarer aux députés du parlement qui vinrent le saluer à son avènement à la couronne, que, par le conseil de la reine, sa mère, il avait choisi le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, ses oncles, pour mettre le gouvernement des affaires entre leurs mains; il leur ordonnait de s'adresser à eux, et donnait au duc de (iuisc le soin de la guerre, et celui des finances au cardinal.

Il n'y avait plus rien qui pût changer les affaires, que l'arrivée* du roi de Navarre; mais ce prince, lent de son naturel, et d ailleurs peu satisfait du connétable, auteur de la paix dont il se plaignait, ne se pressait pas île venir. Le prince de Condé, sou irère, qui voyait que sa lenteur a-ll'ermissait le pouvoir de la maison de Lorraine, alla audevant de lui avec le prince de la llochesur-Von, son cousin, p.mr tâcher de l'échauffer; d'Andelot était avec eus. et le prince de Coudé l'avait réconcilié dypuis .

h i VRES C0M1M il! S DE BOSSl ET.

a prince de Il Roche-sur-Ton, nu grand déplaisir du (tue de Guise, qui aimait S entretenir la division entre les grands de

ir.

ii> trouvèrent le roi de Navarre h Vendôme, plus tranquille que ne demandait l'état dee affaires. Les déni princes lui représenti renl rabaissement déplorable de la maison royale, avec laquelle les princes rorre ii i ne gardaient plus de mesures; ils lui apprirent ce qui était arrivé la première fois que le roi avait paru avec sa robe de deuil : l'ordre était que les princes du sang seuls portassent la queue, et le duc de Guise t jeté cuire les princes de Condé el de li i: sur-Ton, l'avaient portée avec eux. ils exagéraient l'insolence de celte action, •ar laquelle des étrangers avaient osés'égaerèeux, comme s'il ne leur eût pas suffi d'avoir apporté tout le pouvoir sur les princes du sang, sans leur ûter encore les lionneurs ; de sorte qu'il ne restait aux Guise ijue .le monter sur le trône.

Ni les discours des deux princes, ni les raisonnements forts et vigoureux d'Andelot, n'émurent le roi de Navarre : il ne s'en pressa pas davantage, et ils furent obligés u'e retourner à la cour sans rien faire ; ils trouvèrent les obsèques de Henri achevées, et les princes lorrains avaient déjà amené Je roi à Saint-Germain, pour le gouverner plus à leur aise.

Le connétable l'y vint trouver, et le roi, bien instruit par ceux do Guise, ne lui fit pas bon visage : on remarque que le connétable ne lui parla que de ses neveux de Châtillon, dont il lui recommanda les intérêts avec beaucoup de chaleur; mais le roi, sans lui répondre sur cette demande, lui dit assez froidement que, pour épargner sa vieillesse après tant de services et de travaux, il avait • barge les princes de Guise, ses oncles, des affaires de l'Etat, et qu'il lui avait conservé une place honorable dans son conseil, quand sa santé lui permettrait d'y assister. La réponse du connétable fut hère : il dit qu'il n'était pas de sa dignité d'obéir à ceux qu'il avait commandés toute sa vie, et qu'au reste, quand le roi aurait besoin de son service, il le trouverait encore vigoureux de corps et d'esprit. Après celle conférence, il ne voulut plus demeurer à la cour, et se relira à Chantillv.

Le duc de Guise fut ravi de le voir parti avant l'arrivée du roi de Navarre; et alin que ce prince ne trouvât personne capable 'le l'exciter, les princes de Condé et de la Roche-su r-Yon furent envoyés en Espagne, l'un pour jurer la paix, et I autre pour porter le collier de l'ordre à Philippe. On vivait dans une parfaite intelligence avec ce pnuce; la paix s'exécutait de bonne foi, et on lui rendait toutes ses places. Depuis qu'il n avait plus de guerre dans les Pays-Bas, il n y avait | as cru sa présence si nécessaire; et après avoir laissé le gouvernement de ses provinces à Marguerite, duchesse de Parme, sa sœur naturelle, il était repassé en Espagne, où il se plaisait davanla-o.

Quand le prince de Condé fut prêt à partir, le cardinal fie Lorraine n'eut point de honte de lui l'aire donner mille écus pour son voyage, comme s'il eût voulu insulter à sa pauvreté. Un peu après, on eut une nouvelle que le roi de Navarre approchait et serait bientôt à la cour. Il fallait l'écarter aussi bien que les autres, et c'est ce que les princes lorrains surent bien faire par les dégoûls qu'ils lui donnèrent. Quand les personnes de ce rang arrivaient à la cour, les grands seigneurs allaient au-devant, et cet honneur semblait dû principalement au premier prince du sang; mais le duc de Guise affecta de n'y point aller : il occupait le principal logement dans le château, et on s'attendait qu'il le céderait au roi de Navarre; il dit hautement qu'il regardait l'honneur cpie le roi lui faisait de le lui laisser, comme une juste récompense de ses services, et qu'il mourrait plutôt que de le quitter.

Le roi de Navarre, piqué d'un tel mépris, fut prêt à s'en retourner : le maréchal de Saint-André prit soin de l'apaiser, et lui offrit sa maison, dont il fallut qu'il se contentât. La plupart des grands le pressaient de prendre l'administration des affaires; mais ses principaux officiers, gagnés par le cardinal de Lorraine, l'en détournaient. Jl fit quelques faibles tentatives, et trouva tout dans la dépendance de ses ennemis; ils avaient gagné le clergé par le zèle qu'ils témoignaient pour la religion : la noblesse épuisée ne regardait qu'eux; les principaux du parlement étaient à leur dévotion, et le roi de Navarre était trop faible oour relever son parti.

Avec loule sa faiblesse, on ne le voyait pas volontiers a la cour, et la reine, toujours favorable aux princes lorrains, trouva moyen de hâter son retour en Guyenne. Elle écrivit au roi d'Espagne, et implora son secours pour le roi son fils. Ce prince, ravi d'étaler sa puissance, fit une réponse pleine d'ostentation, déclarant qu'il emploierait ses armes contre tous ceux qui refuseraient d'obéir au roi son beau-frère, et à ceux qu'il avait chargés du soin de ses affaires. On affecta de lire cette lettre en présence du roi de Navarre, et les princes lorrains surent lui faire entendre par leurs émissaires (pie ces menaces regardaient leBéarn.U en entra en inquiétude; et comme la reine, pour lui donner un prétexte de se retirer, le pria de vouloir conduire la jeune reine d'Espagne à son mari, il embrassa cette occasion avec joie, d'autant plus qu'on lui lit espérer de négocier eu même temps ayee l'Espagne la restitution de la Navarre. Ainsi on trouva moyen d'occuper trois princes du sang de trois fonctions qu'un seul aurait faites avec dignité. Le roi de Navarre n'attendait pour partir que le sacre du roi, qui devait se faire au mois de septembre.

Durant le voyage de Reims, le duc de Guise, qui ne perdait point de temps pour avancer ses intérêts, travailla à rompre l'union de l'amiral avec le prince de ConJé,

PART. XII. TI1EOL. HISTORIQUE. — 11. 1IIST. DE FKANCE. L1V. XVI.

qui ne faisait que revenir de son voyage (I l'Espagne. Nanteuil, maison du ducde Guise, est sur le passage, et ce prince y reçut la cour magnifiquement. Ce fut là qu'if dit à l'amiral, par une espèce de confidence, que le prince de Condé demandait le gouvernement de Picardie. L'amiral se mit d'abord^ en colère; mais il s'expliqua avec ce prince," qui lui donna une pleine satisfaction, et, de concert avec lui, il fit sa démission du gouvernement de Picardie, que le prince devait demander; car il vit bien que d'en garder deux n'était pas chose possible, en l'état où se trouvaient les affaires. Après qu'il eut donné sa démission, le prince fit sa demande; mais il fut refusé, et ceux de Guise firent donner le gouvernement au maréchal de Brissac, également ravis et d'avoir exclu leur ennemi, et d'avoir mis dans leurs intérêts un homme de cette importance.

Le roi arriva à Reims, et le 20 de septembre il fut sacré par le cardinal de Lorraine, archevêque de celte ville. Cette cérémonie fut accompagnée d'une création de chevaliers de Saint-Michel, plus nombreuse que toutes celles qui s'étaient faites depuis Louis XL On reprocha aux princes lorrains de s'être tait des créatures au préjudice de la dignité de l'ordre, qui commença en ce teinps à se ravilir.

Le duc de Guise avait une extrême envie d'avoir la charge de grand maître, et la reine voulut bien la demander au connétable; il répondit que François, son fils aîné, en avait obtenu la survivance dans le temps qu'il épousa la fille du roi défunt, et qu'il lui serait honteux de le dépouiller de son principal établissement. Le reine ne se rebuta pas, et lui promit pour François la dignité de maréchal de France, plus convenable à son âge : elle mêlait quelques menaces à ces promesses; et le connétable, qui craignit qu'on ne fît la chose par autorité, conseilla à son fils de céder. Il fut lait maréchal de France, et le duc de Guise fut fait grand maître, avec un chagrin extrême de (oute la noblesse de France; il voulut que le chef de sa maison se ressentit de son pouvoir, et le roi, au retour de Reims, en passant à Bar, donna la souveraineté de ce duché au duc de Lorraine, qui était venu à son sacre.

On maudissait en France le gouvernement des étrangers, qui agrandissaient leur maison aux dépens de la couronne. Cette haine était fomentée, et en partie excitée par les protestants, qui n'oubliaient rien de ce qui pouvait aigrir les esprits contre le gouvernement : aussi on les traitait avec une extrême rigueur; tous les jours on en voyait traîner quelques-uns en prison; leurs biens élaient vendus, leurs enfants abandonnés; on se servait de toutes sortes de moyens, même de la calomnie, pour les rendre odieux, et ils avaient encore plus à craindre des peuples que de la rigueur des magistrats.

Us commencèrent à faire courir des li • belles, séditieux, et il en paru! un entre

autres qui attaquait directement la loi qui déclare les rois majeurs à quatorze ans : on y soutenait que le roi devait être encore en tutelle, et n'avait pu donner à sa mère l'administration ; que, par les lois du royaume, les femmes exclues de la succession l'étaient aussi du gouvernement, qui était dû au premier prince du sang, et qu'il fallait assembler les états généraux, selon l'ancienne coutume, pour régler le pouvoir du régent et donner une forme aux ati'aires.

On s'élevait principalement contre les princes lorrains, qu'on n'accusait de rien moins que de vouloir usurper la couronne : on remarquait leurs prétentions sur l'Anjou et sur la Provence, et même sur tout le royaume, sur lequel on les taxait de s'attribuer un droit ancien du côté des Carlovingiens, dont ils se disaient descendus; ce qui leur faisait regarder les Capets comme usurpateurs. Leurs liaisons avec le Pape étaient rapportées comme un moyen pour établir leur domination; on déplorait la misère do la France, donnée en proie aux étrangers,. et du roi, qui avait pour tuteurs ceux qui croyaient avoir droit de le dépouiller.

Ces libelles, répandus par toute la France, étaient des avant-coureurs de la sédition, et les esprits étaient tellement préoccupés, qu'une réponse de Jean de ïillet, greffier du parlement, qui fut admirée dans un meilleur temps, ne put être supportée alors. La santé du roi mal affermie augmentait l'audace des esprits turbulents, dont le royaume élait plein; à peine fut-il guéri d'une fièvre quarte qui l'avait fatigué longtemps, qu'on vit son visage, naturellement pâle et livide, tout à coup couvert de rougeurs; les médecins n'y trouvèrent d'autre remède que de le faire changer d'air : il futmené à Blois, où sa santé ne fut pas meilleure.

On fit courir le bruit qu'il était ladre, ei qu'on faisait enlever des enfants pour lui faire un bain de sang. Les protestants accusaient les princes lorrains d'avoir répandu ces bruits pour rendre la famille royale odieuse. Ces princes, au contraire, en rejetaient la faute sur les protestants, ennemis de la royauté, et toutes ces dissensions augmentaient les aigreurs et rendaient les parties irréconciliables.

On continuait cependant le procès d'Anne du Bourg, qui éludait, autant qu'il pouvait, le jugement par des réponses ambiguës sur le sujet de la religion, et par de continuelles appellations; car il appela comme d'abus au parlement, de la sentence de l'évèque de Paris ; renvoyé à son évêque, il appela à l'archevêque de Sens, comme métropolitain ; de là encore au parlement, et enfin à l'archevêque de Lyon, comme primat. Il fut coudamné partout, et son évêque le livra au: bras séculier, après l'avoir dégradé de son ordre de diacre.

Alors il commença à se déclarer, et reconnut qu'il suivait la confession de foi dressée par Calvin. Conduit au parlement il parla avec une fermeté extraordinaire ; et

(CI vni PLI II 5 DE BOSSl ET.

il)

une i .i\ ii ré< usé un i résident | c'était président Ifinard ), qui ne voulut poinl se déporter iln jugement, il osa lui dire qu'il t h enipMié par une autre roie. Quel-

qu irli prirent soin d'accomplir

iphétie, el peu de jours après le président i"ui assassiné. On accusa de ce meurtre R ibert Stuart, parenl de la reine, et il est a nstant que deui présidents, ennerofisjut i de la nouvelle religion) eussent eu un - ; t , s " i i > Fusse ni sortis ce jour-là de leur maison. C'est ainsi qu'agissaient ces I :• tendus imitateurs de l'ancienne Eglise. Celte action sanguinaire lit bâter la conimnation d'Anne du Bourg; il fut étranglé en ; ûlé. Il souffrit la mort

oir, el lii voir que l'erreur pouvait avoir ses martyrs. Son supplice ne servit qu'à irriter les hérétiques et à l'aire cliani er la t'<>i tics Catholiques ignorants. Les conseillers qui s'étaient rendus suspects lorsque Henri 11 lut au parlement, lurent obligés tie >e rétracter, et un peu après on les rétablit dans leurs charges.

Boordin, procureur générai, eut ordre de ( ontihuer les poursuites contre les sectaires, «■t lit arrêter Robert Stuart, accusé d'avoir voulu mettre le feu dans Paris. Tout semblait disposé à la sédition; le nombre des mécontents était infini, les protestants n'oubliaient rien pour les aigrir; les princes lorrains ne croyaient pas leur personne en sûreté, el ceui qui accouraient de tous côtés à la cour, pour demander ou le payement de leurs avances, ou la récompense de leurs services, leur devinrent tellement suspects, qu'ils conseillèrent au roi de faire criera son de trompe, (pie s'ils ne se reliraient de la <our dans vingt-quatre heures, ils seraient I endos à une potence qu'on avait dressée exprès. On conseil si violent les rendit encore plus odieux, principalement aux gens de guerre; tout le monde réclamait les états pour s'opposer àleur tyrannie, et ceux qui en parlaient étaient traités de séditieux.

Au commencement du mois de décembre, la reine Elisabeth partit pour l'Espagne; François et Catherine la conduisirentjusqu'à Voiliers : le roi de Navarre, qui après le re était retourné en son gouvernement, i '.ut cette princesse à Bordeaux, et Ja mena sur les frontières des deux royaumes, il enlama dans le môme temps quelques négociations pour ses intérêts; Philippe l'amusait de belles propositions, de concert avec la reine Catherine, et finalement se moquait de lui.

Sur la fin de l'année, Jean-Ange de Médequin, frère du marquis de Mangnan, fut élu Pape à la place de Paul IV, mort trois mois auparavant, et prit le nom de Pie IV. \u ! mier jour de janvier [1560) fut publié un i 't mémorable pour régler les juridictions royaume el empêcher la vénalité des ofli--es. Les charges vacantes devaient ôlre rempiles par élection : il était ordonné quo les officiers des compagnies présenteraient trois hommes qu'ils estimeraient les plus capables, donl le roi en retiendrait un. Cet

édit fut l'ouvrage du chancelier Olivier, qui songeait sérieusement à la réformation du royaume et de la justice : les intrigues et l'avarice des courtisans, qui voulaient ou

avancer leurs créatures, on profiter des vacances, rendirent inutile une ordonnance si salutaire.

I.e prince de Condé se lassait d'être exclu des affaires et de vivre dans la dépendance des princes lorrains; comme il les voyait fort haïs, et le royaume plein de mécontents, il crut qu'il pourrait aisément faire un parti : il assembla à la Fore ses principaux amis, qui étaient les deux Coligni el le vidame de Chartres, homme de grande naissance, et qui le portait aussi haut que les princes. Comme on délibérait dans ce petit conseil de ce qu'il y avail à faire pour ruiner les princes lorrains et relever la maison royale, l'amiral prit cette occasion de former le parti protestant; il représenta au prince que le duc de Guise s'étant rendu le chefdes Catholiques, il n'avail point de parti à lui ppppser que celui des réformés; qu'au reste il n'y avait que le zèle de la religion qui pût lui assurer les esprits contre l'autorité royale dont ses ennemis se prévalaient; que le parti dont il voulait se rendre chef était plein de braves gens qui étaient au désespoir, et que si le prince voulait se mettre à leur tête, au lieu de ce qu'il aurait à souffrir, il se verrait bientôt en état de faire la loi. Il ne fut pas malaisé à persuader : son ambition ne pouvait compatir avec l'état où ii se trouvait, et la religion de ses ancêtres fut un faible obstacle pour le retenir. Il ne fut donc plus question que de chercher les moyens d'engager les protestants; l'amiral se promit de lever tous les scrupules qu'ils pourraient avoir de se soulever contre le roi ; il ne fallait pour cela qu'avoir l'avis dey principaux théologiens et jurisconsultes de leur parli, et l'amiral les avait trop pratiqués pour ne pas connaître leur disposition.

Un brouillon, appelé la Renaudie, gentilhomme de Périgord, fui choisi pour l'exécution de ce dessein; il avail été banni du royaume pour une fausseté, et comme il allait errant en divers pays, ii avait contracté de grandes habitudes avec les protestants, tant en Allemagne qu'en France. On résolut de le faire aller par les provinces, et il eut ordre de dire aux principaux que, quand le parti serait formé, le prince se mettrait à la tête; jusque-là on le devait ménager et ne le faire paraître que bien à propos. Les autres seigneurs ne devaient non plus se découvrir; car ni l'amiral, ni son frère, quoique zélés défenseurs de la religion, ne s'étaient pas encore ouvertement séparés de l'Eglise.

11 vint une consultation d'Allemagne, où, sur l'état qu'on exposait des affaires de France, les ministres consultés si on ne pouvait pas se saisir du cardinal de Lorraine et de son frère pour leur faire rendre compte, répondaient qu'on Je pouvait, pourvu qu'on fût appuyé de l'autorité d'un prince du sang. On avait mis exprès cette condition, parce

Page 1