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PART. XIF. Tït,r:OL. IHSTimiQUE. — II. H1ST. DK FRANCE. L1V.XVI.
qu'on était assure'' du prince de Comté. Les
ministres de France souscrivirent à cette délibération, et la Renaudie sut si bien la faire valoir, qu'en peu de temps il fit signer une conjuration à un nombre infini de personnes de toutes les provinces.
Pour diriger davantage tout le dessein , il donna rendez-vous à Nantes aux principaux chefs, et ils résolurent que des gens d'élite seraient distribués aux environs de Blois, où était la cour; qu'une partie se glisserait dans la ville; que les choses étant ainsi disposées, une grande multitude de gens sans armes présenterait une requête pour obtenir la liberté de conscience, et des temples [jour exercer la religion. Ils s'attendaient bien à un refus, et alors ces suppliants devaient être soutenus par les gens de guerre qui seraient répandus de toutes parts; une partie devait se saisir des portes du château, les autres devaient y entrer pour enlever le duc et le cardinal, ou les tuer, si on ne pouvait les prendre vivants. Cela fait, on devait s'assurer de la personne du roi. chasser la reine sa mère, ou l'éloigner des affaires et donner la régence aux princes ; car pour le roi de Navarre, ils le croyaient trop faible pour le mettre dans une telle affaire. Le rendez-vous fut donné au 5 mars, et les conjurés arrivèrent de toutes les provinces du royaume avec un secret si profond , que les premiers avis de la conspiration vinrent à la cour des pays étrangers.
Sur cette nouvelle, les princes lorrains menèrent le roi à Amboise, dont le château était plus fort que celui de Blois, et d'ailleurs le lieu étant plus petit, on y pouvait plus aisément remarquer ceux qui arrivaient de dehors. Ils n'y furent pas plutôt arrivés qu'ils reçurent des avis plus certains de l'entreprise, qu'ils ne savaient jusqu'alors que confusément. La Renaudie était venu a Paris, où il avait été contraint de se découvrir à un avocat protestant chez qui il logeait; cc- Jui-ci, de meilleure conscience que lui, se crut obligé d'en donner avis, et fut envoyé à Amboise au cardinal de Lorraine. Il était naturellement timide, et n'épargnait pas les moyens violents pour s'assurer; ainsi il conclut d'abord à envoyer sans délai aux gouverneurs des ordres de courir sus à ceux qu'on trouverait en armes sur le chemin.
Son frère plus circonspect et plus modéré soutint au contraire qu'il fallait dissimuler jusqu'à ce que la conjuration se découvrit d'elle-même, et n'employer les remèdes extrêmes que quand ils seraient reconnus nécessaires. La reine fut de cet avis; mais pour éviter les surprises, le duc manda secrètement ce qu'il avait d'amis dans les provinces ; la reine lit venir les Coligni , en apparence pour prendre leur conseil sur quelque affaire importante, mais en effet pour s'assurer d'eux.
La Renaudie, cependant, sur l'avis de la retraite de la cour, ne fit. que changer les rendez-vous, et marcha à Amboise dans le même ordre qu'il devait faire à Blois : il sut même, quelque temps api es, que la conjura-
tion était découverte, et ne continua pas moins l'entreprise, espérant de prendre li cour au dépourvu. Le prime de Coulé, pour ne point donner de défiance, fut obligé de se rendre aussi à la cour; toute la France était en attente de quelque chose d'extraordinaire.
Il y avait déjà cinq cents chevaux des conjurésdans le voisinage d'Amboise; soixante gentilshommes étaient caches dans ia ville : mais, sur le point de l'exécution, un des chefs des conjurés, nommé Lignière, demanda a parler a la reine, et lui découvrit tout l'ordre de la conjuration. Elle apprit de lui que l'heure était prise pour le lendemain sur le dîner, et qu'on n'attendait à la campagne que le signal qu'on devaii donner du château.
Alors, après avoir posé des gardes dans quelques endroits et avoir muré quelques portes, le duc de Guise envoya tout ce qu'il avait de gens auprès du roi , avec ordre de saisir ou de tuer ceux qu'on trouverait en armes sur le chemin de la cour. On prit trois ou quatre des principaux chefs ; la plupart des autres conjurés furent taillés en pièces dans la forêt; on en pendit un grand nombre : tous les jours on faisait de ^nouvelles prises et de nouvelles exécutions. Le duc de Guise affecta de venir au roi comme alarmé, pour lui raconter ce qui se passait, et dans la frayeur qu'il donna à ce jeune prince, il obtint, sans la participation de la reine, d'être déclaré lieutenant général du royaume. Elle fut étonnée de ce coup ; mais comme elle ne pouvait y apporter de remède, elle obligea elle-même le chancelier à sceller les lettres, qu'il refusait obstinément.
Quoique la Renaudie vît ses affaires comme ruinées, il ne perdit pas courage; il était sorti de Vendôme, où était son principal rendez-vous, et rôdait autour d'Amboise pour rallier ses gens, qui arrivaient tous ies jours. Il rencontra Pardaillan dans la forêt; comme il vit qu'il allait être attaqué, il marcha fièrement à lui et le tua d'un coup d'épée ; mais en même temps un page de Pardaillan le jeta à terre d'un coup de pistolet. Il n'évita pas, après sa mort, la honte du supplice qu'il méritait île souffrir en vie; il fut pendu par les pieds avec cette inscription : «Au chef des rebelles,» ensuite mis en quartiers, et attaché à des poteaux en divers endroits pour servir d'exemple. Mais les conjurés ne furent ralentis ni par la mort de leur chef, ni par le supplice de leurs compagnons, et un grand nombre demeuraient cachés autour d'Amboise, n'attendant que l'occasion d'exécuter leur dessein.
La cour n'ignorait pas qu'il se tramait encore quelque chose, et l'amiral, sans approuver ce qui se faisait, disait tout haut qu'aussi poussait-on trop loin ceux de la nouvelle religion. Il était temps, disait-il, de mettre fin aux supplices qui désespéraient tant de braves gens : le chancelier était de même avis, ou l'accusait d'être favorable
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On réso ut dana le conseil de publier un
il pour surseoir les supplices des protestants, jusqu'à ce que les matières de religion
ssenl '!»' i l< es par un concile. Le roi pardonnait à tous ceux qui avaient pris les armes, pourvu qu'ils les posassent dans vingt-quatre heures, en exceptant toutefois
! rédicateurs et tous ceux qui avaient atlenté contre la famille royale, les [innées et les ministres de l'Etat. Cependant on faisait le | i.i as aux chefs des conjurés, et à un domestique de la Renandie, qui savait tout le secret de son maître : celui-ci, interrogé sur le prince de Condé, que son ambition et la haine déclarée contre les princes lorrains avaient déjà rer.du suspect, dit qu'il n'était pas de l'entreprise, mais qu'il avait ouï dire qu'il devait se déclarer, si elle réussissait; il n'en fallut pas davantage pour lui faire donner des gardes.
O-i redoublait aussi les précautions, et on pressait le procès des prisonniers; mais pendant que le chancelier différait autant qu'il pouvait, un reste des conjurés fit un effort contre la yille, et il aurait réussi , si quelques-uns des chefs n'étaient arrivés trop tard. Tous ces mauvais succès n'emhèrenf pas que le jeune Maligni n'enlreprii de tuer publiquement le duc de Guise, au hasard de sa propre vie, sans le prince de Condé qui l'en empêcha. La nouvelle entreprise fil révoquer la grâce qui avait été accordée, et parce qu'on avait honte de faire mourir tant de monde aux yeux du public, on donna ordre de n'en plus pendre dans les bois, mais de les tuer sur l'heure; ce qui lit périr, avec quelques coupables , un grand nombre de voyageurs innocents.
En ce temps on établit une nouvelle garde <!e mousquetaires à cheval , et le premier qui en eut le commandement , fut Antoine du Plessis de Richelieu. Les supplices recommencèrent, la rivière était couverte des corps de ceux qu'on noyait : les places remplies de gibets, et les rues pleines de sang; ces malheureux allaient à la mort aussi déterminément qu'ils avaient commencé leur entreprise; un zèle aveugle leur persuadait qu'ils étaient innocents, parce qu'ils avaient épargné la vie du roi, et un d'eux, prêt à être exécuté, trempa ses mains dans le sang de ceux qu'on venait de faire mourir, puis les levant toutes sanglantes vers le ciel : \odà, dit -il, à grand Dieu, le sang innocent des liens r/ue tu ne laisseras pas sans vengeance. Ce n'était pas ainsi que faisaient les anciens Chrétiens , dont les derniers vœux »ur les empereurs qui les condamnaient injustement, et pour les bourreaux q 11 exécutaient la si nleuce.
On voyait paraître à des fenêtres la reine avec ses enfants, dans la place où se faisaient les exécutions, et on gémissait qu'elle ac- COUtumât au sang déjeunes princes qu'on ne saurait trop former a la douceur. Il y eut plusieurs dépositions contre le prince de Condé, semblables à celle du domestique de la Renaudie : on lit ce qu'on put pour envelopper le roi de Navarre dans le crime; mais il ne se trouva rien contre lui : au contraire, quand on envoya lesordresaux gouverneurs, pour détruire dans les provinces les de la rébellion, ce prince fut un de ceux qui montra le plus de zèle; il tailla en pièces deux mille des conjurés qui soulevaient l'Agénois.
A l'égard du prince de Condé, plus il su sentait coupable et plus les soupçons étaient violents, pi us il pariait hautement de sa fidélité inviolable. Le roi fut obligé de lui donner audience en plein conseil, où, après qu'il eut exposé avec beaucoup de force et d'éloquence les raisons par lesquelles il se justifiait , il finit en disant que si quelqu'un osait encore l'accuser, il était prêt à défendre son innocence par les armes. Aussitôt le duc de Guise s'offrit à être son second. Le roi déclara qu'il le tenait pour sujet fidèle ; mais malgré de si belles démonstrations, ses amis ne lui conseillèrent pas de demeurer plus longtemps à la cour, de sorte qu'il pensa sérieusement à son départ.
Le chancelier, que tant de désordres et tant de supplices plongèrent dans une profonde mélancolie , en tomba malade et mourut quelque temps après. Alors la reine songea à se faire une créature, et appela à cette grande charge Michel de l'Hôpital, homme d'un profond savoir et d'une intégrité connue, qu'elle crut d'humeur à vivre indépendant des princes lorrains, s'il était soutenu. Il était pourtant de leurs amis, et ils consentirent à son établissement, quand ils virent qu'ils ne pouvaient mettre dans la charge Jean de Morviliers, évêque d'Orléans, leur confident particulier.
On trouva à propos, dans ie conseil, d'informer le parlement de ce qui s'était passé à Amboise. Cette commission fut donnée au connétable, qui fit en pleine assemblée l'éloge des princes lorrains, mais d'une manière qui ne leur plut guère : il dit que c'était avec raison que Je roi n'avait pu souffrir que des séditieux attaquassent de ses principaux officiers jusque dans sa maison et en sa présence; il ajouta qu'un particulier ne souffrirait point qu'on fit une insulte à ses amis, et prit grand soin de faire entendre que les conjurés n'avaient aucun dessein contre les personnes royales. Ce n'était pas ce que voulaient les princes lorrains, et il fallait, pour leur plaire, publier que leurs ennemis en voulaient au roi. Les tlatteries du parlement en cette occasion furent excessives; ils écrivirent au duc de Guise, contre la coutume, aussi bien qu'au roi, et lui donnèrent le litre de «Conservateur de la patrie. »
Dans la lettre que le roi écrivit aux gou-
verneurs pour le môme sujet , il chargeait les conjurés d'avoir attenté contre sa personne. Il parut bientôt une réponse qui rejetait tout sur les princes lorrains, qu'où menaçait des étals généraux, où ils rendraient compte de leurs insolences et de leurs excès. C'était ainsi qu'on parlait, et l'écrit était si fort, que le cardinal de Lorraine ne voulut jamais permettre aux députés du parlement de Rouen de le présenter au roi, quoique cène fût que pour s'en plaindre : mais il regarda ces plaintes comme un moyen indirect de publier des choses qu'il était bien aise de tenir cachées. Pour le parlement de Paris, à qui on avait adressé, aussi bien qu'au parlement de Rouen, une copie de cet écrit, il l'envoya au cardinal de Lorraine ; mais il parut peu de temps après contre lui un autre écrit encore plus piquant. Quelques restes des conjurés s'étaient sauvés de prison; on adressa au cardinal une lettre par laquelle on lui promettait qu'ils se rendraient bientôt auprès de lui en meilleure compagnie que jamais; il fut intimidé de cette menace , et il parut plus doux envers les protestants.
Ou s'appliquait à étouffer les restes de la rébellion par tout le royaume, et on envoya dans les provinces des personnes affidées. L'amiral qui avait allumé le feu, eut ordre de l'aller éteindre en Normandie. Ce n'est pas qu'il ne fût suspect aux princes lorrains; mais ils étaient bien aises, sous prétexte de confiance, de l'éloigner d'auprès de la reine, à qui il parlait librement, et qui ('écoutait. L'amiral, de son côté, ne fut pas fâché d'avoir une occasion de se retirer de la cour, où ses ennemis étaient tout-puissants. Au reste, comme il voyait bien que la conspiration ne pouvait plus produire l'effet qu'il en avait espéré, il se fit un mérite auprès de la reine de réprimer les séditieux, d'autant plus qu'il savait qu'on avait pourvu secrètement à la sûreté de la proyince.
Au mois de mai il parut un édit mémorable sur le sujet de la religion; par le premier chef de l'édit, la connaissance du crime d'hérésie était ôlée à la justice royale et attribuée aux évoques. Le chancelier fit cet édit pour éviter l'inquisition que les princes de Guise voulaient introduire. Le second chef de l'édit portait défense de tenir des conventicules pour y parler de religion, et d'assembler des gens en -armes; on autorisait les justices subalternes à condamner les coupables, dont la confiscation était donnée aux délateurs, et lesfauxaccusateurs étaient condamnés à la peine du talion. Malgré la rigueur de ces édits, le cardinal de Lorraine affectait toujours de se radoucir ; il soutirait que les protestants l'approchassent, il se rendait facile à les écouter ; et afin de se disculper des désordres de l'État, il conseilla à la reine de tenir une assemblée pour y remédier. Elle fut indiquée à Fontainebleau , et la Course disposa à y aller; le roi résolut de passer à Tours, pour rassurer celte ville, suspecte par le grand nombre d'hérétiques qui y étaient. Ce lut là, et environ