CECI EST MON CORPS, CECI EST MON SANG
Où suis-je? par l'effet d'un sublime mystère
Sur un nouveau calvaire Je vois mourir Jésus, et de son corps sacré
Son sang est séparé !
Impassible, immortel, sa puissante parole
Encore un coup l'immole, Il souffre tous les jours par un divin transport
Une mystique mort.
Mourons, puisque Jésus à mourir nous convie;
La parole de vie, Dont j'entends à l'autel les célestes accenis
Egorge tous mes sens.
Que me sert désormais de consulter ma vue
De clarté dépourvue, Puisqu'il faut démentir tout ce que j'aperçois,
Ce que tiennent mes doigts
Jésus dans ce banquet n'est pointée que jetouche,
Ce que goûte ma bouche ; El je ne reçois plus de ma trompeuse main
Le rapport incertain.
Cédez, cédez, mes sens : fuyez, troups infidèle,
A l'esprit si rebelle, Ce n'est plus aujourd'hui ces témoins que je croi,
Je ne vis que de foi.
Tu me dis, je l'entends, orgueilleux hérétique,
Dans ton langage inique Que les sens sont choisis pourvoir en vérité
Jésus ressuscité.
J'en appelle l'accord quand un Dieu les appelle
De sa voix paternelle, Pour abattre ? ses pieds d'un esprit révolté
L'indocile fierté.
Après que par les sens, d'une incrédule race
lî a forcé l'audace, Le croire sans le ver est l'unique parti
Du peuple converti.
Non cet objet n'est plus ce que mon œil annonce, Mais ce qu'un Dieu prononce,
Qui fit tout du néant, pour montrer ce qu'il peut De tout fait ce qu'il veut.
De ses ondes en sang, par un prodige étrange,
Le Nil a vu l'échange, Dieu commande, et soudain à ce qu'il était ne,
Le fleuve est retourné.
A la verge d'Aaron sur la terre jetée
La nature est ôlée, Un bois sec s'amollit, et s'étonne en rampant
De se trouver serpent.