‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 47 sur 458 · II. IIIST. I>E FRANCE. L1V. XVI · texte numérisé non relu

II. IIIST. I>E FRANCE. L1V. XVI

dans le même temps, qu'on leur donna ,y nom de huguenots.

La reine crut alors devoir les méuager pour ses intérêts, et tâcher de se concilier l'affection d'un parti dont elle voyait croîtra la puissance. Elle manda quelqucd ministres qui ne voulurent jamais se her à elle; mais ils lui firent tenir un écrit contre les princes de Guise, qu'elle fut contrainte do leur remettre entre les mains, parce qui; la reine, sa belle-fille, s'était aperçue qu'on le lui donnait. Le parti était fécond en tels écrits et les meilleures plumes du royaume s'y employaient; ainsi l'hérésie et la rébellion s'insinuaient tout ensemble avec la satire et les agréments du discours. Il fallut avoir recours aux derniers supplices contre les imprimeurs, et encore ne pouvait-on réprimer ni la démangeaison des écrivains, ni la curiosité des lecteurs. La cour était fort impatiente de sortir d'une province où il était arrivé de si grands désordres. Le prince de Condé partit tout d'un coup pendant le voyage , et renouvela les appréhensions qu'on avait conçues de s:i conduite; on sut qu'il allait vers le roi son frère, et que Damv i I le, fils puîné du connétable, s'élait abouché avec lui sur le chemin. Cet entretien redoubla les inquiétudes de la cour qui craignait tout.

Mais le prince, durant ce temps, était en peine lui-même des lettres qu'il recevait du roi son frère : il lui témoignait à la vérité un grand désir de le voir; mais il souhaitait en même temps qu'il demeurât à la cour, du moins quelque temps, pour y confirmer l'opinion de son innocence. D'Escars, son principal confident, gagné j ar le cardinal de Lorraine, lui inspirait ces sentiments; mais le prince n'était pas de même avis, e'i il crut ne pouvoir trop tôt mettre sa personne en sûreté : ainsi il se rendit en poste à Nérac, où était le roi de Navarre.

Toute la noblesse des pays voisins s'y assembla auprès d'eux. Les protestants se multipliaient sans nombre; outre l'amour de la nouveauté, chacun voulait être d'un parti où on voyait des gens si déterminés et des chefs si considérables. On se piquait do s'unir aux princes du sang contre les étrangers, et il n'y avait que la lenteur du connétable qui empêchât qu'il ne se fît quelque grand éclat. Cependant les princes lorrains affectaient de lui donner toute sorte de dégoût, jusque dans les moindres choses, soit qu'ils voulussent ou le décrédiler toutà fait, ou le pousser à la révolte, il ne laissa pas de se trouver h l'assemblée de Fontainebleau, où l'amiral vint aussi; mais pour lo roi de Navarre et le prince de Coudé, on ne put jamais les y attirer. La Sague, secrétaire du prince, fut envoyé en apparence pour faire leurs excuses, en etl'et pour observer ce qui se passait et achever de lier les intrigues.

Après que le roi, la reine et le chancelier eurent proposé le sujet de l'assemblée , qui était le soulagement du peuple et la réformation des désordres de l'tital, le duc de

uti Mil S i OMPLETLS DE UOSS1 , 1

i la cardinal rendirent compte, l'un i: ii' el l'autre dea finances , cl le cardinal fît voir que les chargea du royaume !ii les revenus de près de trois mus ; les profusions d'Henri Il avaient lit l'épargne en cette disette. Comme les i nseillers d'Etal se préparaient à opiner, <t que Jean de Montluc, évoque de Valence, avait déjà la bouche ouverte, l'amiral surprit t"uie l'assemblée, en se mettant à ge-

ii levant le roi el lui présentant deux i equêtes ; il dit qu'elles lui avaient été mises in main en Normandie par un grand nora-

• de personnes. On en lit la lecture à sa prière : elles étaient des huguenots, qui demandaient qu'on cessât de les persécuter, el qu'on leur permit l'exereiee de leur reli-

11, jusqu'à < e (|i:e leur cause eûl été légitimement examinée. Ils se servaient ordinairement de ce style pour gagnerdu temps, et réclamaient le concile, bien résolus, quand - & ienl assez loris, de n'en reconnaître aucun qui ne décidât à leur fantaisie.

l. - requêtes étaient conçues en termes modestes; mais l'amiral dit en opinant , qu'ayant pressé ci ux qui les présentaient dé les souscrire, ils avaient répondu que, si OU voulait, elles seraient signées de cinquante mille hommes. Le cardinal de Lor-

ne releva cette parole et l'insolence de ceux qui osaient ainsi menacer le roi; la chose se poussa si loin entre lui et l'amiral, que le roi fut obligé de leur imposer silence. Il v eut un autre démêlé entre l'amiral et le Guise : l'amiral avait témoigné qu'il

ivail étrange qu'on eût redoublé la garde du roi; qu'il n'y avait rien de plus pernicieux que d'accoutumer un jeune prince à craindre ses sujets et à en être craint; que leur amour devait èlre sa seule garde.

Le duc de Guise lit voir la nécessité de garder la personne sacrée du roi, au milieu oe tant d'attentats, c-t que ceux qui voulaient le voir sans garde se rendaient suspects; ainsi les disputes s'échauffaient, et il n'y avait guère d'utilité à espérer de l'assemblée. Tous les avis allèrent à convoquer les étals

néraux pour régler les affaires de l'Etat, et a demaoder au Pape le concile œcuménique, pour linir celles de la religion, faute de quoi on les terminerait en France par un concile national : en attendant on proposait une surséanec aux supplices des hérétiques, sans néanmoins y comprendre les séditieux, et le roi l'ordonna ainsi.

L'evè que de Valence se signala dans cette assemblée, par ses invectives contre les abus

la cour de Rome et contre tout le clergé. C était sa coutume de les faire violentes, etdy mêler beaucoup de choses favorables a la nouvelle religion, à* laquelle il devait le commencement de sa fortune; mais cet lé pour la discipline , l'avait lui-même dans un de ses chefs prin-

aux, n ayant point rougi de se marier étant

que, chose détestée par tous les canons, et uont il ny a dans toute l'histoire de IE- - se aucun exemple approuvé. Ce mariage, quoique fait secièteuieni , n'él, h ignoré

de personnes, el il avail élé publiquement reproché à ce prélat; mais son savoir el son éloquence lui donnaient beaucoup de crédit, et sa grande habileté à manier les affaires lui avait acquis l'estime el la confiance do la reine.

Durant tout le temps do l'assemblée , lo cardinal de Lorraine et le due de (luise faisaient soigneusement observer toutes les démarches de la Sague. Ce secrétaire, discoureur pour le malheur de son maître, trouva à la cour un camarade avec qui il avait servi dans les guerres de Piémont sous le maréchal de Brissac. Il lui parlait souvent des desseins du prince de Coudé, et celui-ci ne manqua pas d'en rendre compte au maréchal, qui était revenu auprès du roi après la restitution des places de l'Italie. Les princes de (luise, avertis par ce moyen . tirent arrêter la Sague, qui, présenté à la question, déclara tout ce qu'il savait des desseins du roi de Navarre et de son frère ; il dit qu'ils se préparaient à venir à la couravec une suite nombreuse de noblesse ; qu'ils avaient pris des mesures pour s'emparer, en passant, de Tours, de Poitiers et d'Orléans, qui devait ôlre leur place d'armes; (pie le connétable leur répondait de Paris, dont son fils élait gouverneur. Ils avaient des intelligences en Picardie, en Bretagne, en Provence, el en beaucoup d'autres provinces, où les protestants devaient exciter de grands mouvements. On vit en effet , en môme temps, des soulèvements presque parlo'ut : à Valence, les protestants se rendirent maîtres de l'église des Cordeliers, el ne se laissèrent apaiser qu'à peine par les promesses de leur évoque. Deux frères, nommés les Mouvants , qui s'étaient soulevés dès le temps de la Benaudie, continuaient à troubler toute la Provence; le jeune Maligni, quoiqu'il eût reçu ordre du roi de Navarre de différer une entreprise qu'il avait faite sur Lyon, ne pût s'empêcher de la faire éclater, parce qu'il fut découvert, et le prévôt des marchands ne le chassa pas sans péril.

Tant de mouvements ne justifiaient que trop les dépositions de la Sague, ce qui fit résoudre d'arrêter tous ceux qui avaient quelque intelligence avec les princes. Les lellres du connétable et du vidante, dont la Sague se trouva chargé, ne disaient rien de précis; mais il découvrit que le secret était écrit dans l'enveloppe de celle du vitlame, et qu'on le pourrait lire en la trempant dans l'eau. On n'y trouva autre chose, sinon que le connétable devait se servir do l'autorité des états pour éloigner des affaires les princes lorrains; et le secrétaire ajoutait du sien, qu'il valait encore mieux employer les armes. Le vidame fut arrêté, et fut relâché un peu après, s'étant justifié devant les chevaliers de l'ordre, qui lui furent donnés pour juges, selon sa demande et les privilèges du l'ordre.

A peu [très dans ce même temps, Bouchard, chancelier du roi de Navarre, et l'un de ses confidents, pour se faire valoir à la cour, dit des choses à peu près semblables à

PART. Xll. THEOL. HISTORIQUE. —'.I. II19T. DE FRANCE. LIV. XVI.

celles que la Sague avait découvertes. On

(ji.slrihiia les tfoupes dans les provinces, on y envoya dos seigneurs pour s'en assurer et châtier les rebelles, et on manda aux princes <ie se rendre prompte ment a la cour, pour accompagner le roi aux états. La lettre portait (pur y avait contre eux des accusations auxquelles le roi n'ajoutait aucune croyance, mais dont il était à propos qu'ils se justifiassent; on les voulait avoir tous deux a la Cour, afin de les arrêter ensemble. La reine avait bien compris la conséquence d'une toile résolution, qui mettait toute la puissance entre les mains des princes lorrains, et l'assujettissait elle-même a leur volonté; mais elle n'avait pu résister à l'autorité absolue <pie les (luise s'étaient acquise sur l'esprit du roi. Cet ordre, reçu de Ja cour, mil le prince de Condé dans de grandes délia nées.

La douairière de Roy e, sa belle-mère, femme d'un courage haut et d'un grand esprit, n'oublia rien pour l'empêcher de faire le voyage : et afin de dégoûter la cour du dessein de le faire venir, elle écrivit à la reine que si son gendre était demandé, il obéirait, mais qu'ayant tant d'ennemis, il ne pourra: t s'empêcher de marcher bien accompagné.

La reine répondit comme elle devait, qu'il ne fallait approcher du roi qu'avec sa suite ordinaire et dans le respect; mais que si le prince venait avec une grande suite, il en trouverait encore une plus grande auprès du roi. Celle réponse augmentait les inquiétudes du prince, qui jamais ne se serait résolu à se mellre entre les mains de ses ennemis, sans les faiblesses du roi son frère ; mais d'Escars et le chancelier Bouchard, et tous ceux que le cardinal do Lorraine avait gagnés dans sa maison, ne cessaient de lui représenter le péril qu'il y avait à désobéir, et disaient hautement au prince qu'il fallait ou suivre son frère, ou rompre avec lui.

A la cour, on craignait tant de les manquer, qu'on leur détachait tous leurs amis et leurs parents les uns après les autres, pour les attirer par de belles paroles. Antoine!, comte de Crussol., alla le premier; le cardinal de Bourbon, frère des deux princes, suivit après ; lous deux étaient si bien trompés, qu'ils trompèrent aisément les autres. Ils ne leur parlaient q.ue des bonnes dispositions de la cour, et du désir qu'on availde les voir pour les satisfaire ; de sorte que les sages, qui étaient d'avis de demeurer, non-seulement n'étaient pas écoutés, mais ils étaient môme traités de brouillons ou de visionnaires. Ils partirent donc de Nérac; et, à mesure qu'ils s'avançaient, le maréchal de Terme les suivait de loin avec des troupes; ils trouvèrentsur le chemin le cardinal d'Armagnac, leur fiaient, qui, trompé comme les autres, les rem pli t d'espérance. L'archevêque de Vienne, un des principaux du conseil, écrivit à la duchesse de Montpensier, ttès-élroilement unie d'intérêt et d'amitié avec les princes, ce qui se tramait contre eux, et lui conseillait de leur mander que du moins ils se saisissent des

enfants du duc do Cui.se, pour leur servir d'otage. Tous ces avis furent inutiles; les princes étaient comme enchantés, et continuaient à marcher vers Orléans, où h-s états devaient se tenir; la coury était déjà. Après que le d\ic de Guise eut rassemblé les tronpesqni lui venaient d'Ecosse et de Piémont, il mena le roi à Paris et de là a Orléans. Il y fit son entrée le dix-huitième d'octobre; tout le monde remarqua qu'il entra en armes, contre l'ordinaire des rois ses prédécesseurs, les gens de guerre rangés dans les places et dans les rues.

Un speciacle si nouveau alors remplit toute la ville de frayeur; les états ({ni faisaient la crainte et l'aversion dos derniers rois, étaient désirés à la cour, non-seulement à cause du secours d'argent qu'on en espérait dans de si pressantes nécessités, mais encore dans le dessein d'autoriser par leur présence ce qu'on méditait contre les princes. Les Cuise avaient pris grand soin de s'assurer des députés, et le roi étant si bien armé, on ne doutait pas que ceux qui seraient d'humeur à résister ne fussent contraints de céder à la force. Les états furent commencés par une profession de foi solennelle, dressée paria Sorbonne; le cardinal de Tournon, secondé des maréchaux de Saint-André et de Brissac, lit ordonner qu'elle fût jurée de tous les députés, sous peine de la vie.

Les princes, attendus avec une extrême impatience, arrivèrent enfin le dernier d'octobre, sans que personne allât au-devant d'eux que ceux de leur maison ; ce fut la première marque de disgrâce qu'ils eurent à leur arrivée : ensuite le roi de Navarre voulant, selon la coutume de ceux de son rang, entrer à cheval chez le roi, fut arrêté à la porte et introduit par le guichet. Ils commencèrent à augurer mal de leurs affaires ; la froide réception que leur fit le roi acheva de les confondre, et on fut étonné que les Cuise, qui étaient dans la chambre auprès de lui, ne daignassent pas quitter leur place ni faire un pas pour les recevoir. A peine étaient-ils entrés, que le roi les mena dans la chambre de la reine sa mère, devant laquelle il dit sèchement au prince de Condé qu'il désirait qu'il se justifiât de quelques accusations auxquelles il voulait bien n'avoir pas de croyance; ils crurent voir tomber quelques larmes des yeux de la reine. Pendant qu'ils se préparaient à parler, le roi coupa court et les renvoya. Le prince fut arrêté au sortir de la chambre, se plaignant en vain Je son frère le cardinal de Bourbon, et de ses amis qui l'avaient trompé. Comme le roi de Navarre vitqu'on le faisait prisonnier, il demanda qu'on le mit en sa garde; mais loin de l'écouter, on lui donna d.es gardes à lui-même, après lui avoir ôté lous ses gens. Le même jour on arrêta Croslot, bailli d'Orléans, qui était de lintellisjence du prince, et on envoya des ordres pour arrêter en Picardie la douairière de Rnve, sa belle-mère; on s'assura aussi du vidaïuc, qui ne sortit plus de sa prison, où

UEUYRES I OMPI ; ri - DE BOSSUET

;rin ii« fu mourir peu de temps après. , juoique ce l« cour, était

nie, el d'An lelot, plus défiant, sélail ni i ; c nnétable venait lentement, sous prétexte d'indisposition, el s'arrêta à Pans. ,, l, qui avait Irahi son mettre, n évita l as la prison, el on l'arrêta contre son aticnte, i"in être confronté au prince, à qui donna des commissaires. Le chancelier résider au jugement, cl la résolution l .- isc dans le conseil, de lui faire son procès, éiail s de ions les seigneurs qui le

composaient, S la réserve tics princes lorrains; ils crurent, en s'excusent, éviter la haine d'une action si hardie.

Le « hancelit r vint interroger le prince, qui refusa de répondre, alléguant le privilège ssance, qui ne permettait pas qull fûljugéautre part que dans la cour des Pairs appelés el le roi présent; ainsi avait-il été l raliqué au procès du duc d'Alençon, sous Charles VII, et à celui du connétable de Bourbon. Il ne fui point écoulé, et son op-

- lion, souvent réitérée en présence du chancelier et des commissaires, fut rejetée par plusieurs arrêts du conseil secret. Tout le monde était étonné d'une si grande coniravenlion aux lois du royaume faite à la des états, et qu'on refusât à un si grand prince d'être jugé en plein parlement, ce qu'on n*avait pas encore dénié au moindre conseiller; entin, il fallut répondre aux .res, el le prince se contenta de protester que c'était par violence.

La princesse de Condé, sa femme, obtint qu'on lui donnerait un conseil ; mais on lui isa la liberté de communiquer avec elle, avec ses frères et ses amis, même en présence de témoins choisis par le roi.

Malgré les murmures de la cour et de tout le peuple, les Lorrains faisaient poursuivre le procès a vécu ne précipitation inouïe, et déjà les preuves étaient si considérable*, qu'ils tenaient la perte du prince assurée; mais ils croyaient n'avoir rien fait, s'ils n'enveloppaient le roi de Navarre dans la môme condamnation : car quelle apparence de perdre le prince en lui laissant un vengeur dont le nom seul était capable de faire remuer toule la France? Cependant il n'y avait rien contre lui que de faibles soupçons. On dit que les Lorrains conçurent alors Je dessein de le faire poignarder en la présence du roi, et que, sur le point de l'exécution, le jeune prince n'en osa donner l'ordre, au grand déplaisir du duc de Guise. Mais la chose, pour son importance, demanderait de plus grandes preuves. Pour le prince, il se voyait à la veille d'êlre condamné, sans toutefois montrer la moindre crainte, soit que, ferme naturellement, il eût mis en celle occasion dans sa fermeté sa principale défense, soit qu'en etfet il n'ait jamais cru qu'on osâl venir aux extrémités, ni exciter en versant son sang l'indignation de toule la France. On ne laissait pas de poursuivre son procès avec chaleur, et déjà la condamnation de Croslol servait de préjugé à la sienne.

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La reine lâchait cependant d'exciter le chancelier à s'opposer aux desseins des prin-

s lorrains; leur autorité était si grande, qu'il n'osa jamais rien « ntreprendre, mais il survint d'autres obstacles auxquels on ne pensait pas. Le 1G de novembre, le roi étant allé à la chasse, pour n'être pas présent au supplice de Croslot, fut saisi inopinément de douleurs extraordinaires; un abt es formé dans son cerveau lui avait pourri l'oreille. Les princes lorrains publièrent que ce n'était rien, et pressèrent avec une extrême vivacité le jugement du prince, la reine n'osant parler, tant que la sanlé du roi ne fut pas tout à fait désespérée. L'arrêt de mort fut prononcé, le chancelier refusa de le signer; on obligea le roi, tout malade qu'il était, à mander la pluparldes seigneurs pour les y faire souscrire, et de tous ceux q-ui furent mandés, Louis du Beuil, comte de Sancerre, fut le seul qui ne se laissa jamais fléchir, et le roi admira sa constance : le jour destiné à l'exécution était venu, quand les médecins déclarèrent que la maladie du roi était sans remède.

Les Lorrains, auparavant si absolus, tournèrent leur orgueil en flatterie, et supplièrent la reine avec des soumissions extraordinaires, de se défaire d'un seul coup de deux ennemis. Ils l'avaient déjà résolue à confiner le roi de Navarre dans une prison perpétuelle; maintenant ils voulaient sa mort, et déjà la reine commençait à craindre un prince qui pouvait lui disputer la -régence, qu'elle espérait durant le bas âge de Charles, son second fils, qui n'avait que onze ans. Le chancelier la trouva irrésolue, et lui représenîa les inconvénients où elle allait se précipiter; qu'elle allait soulever contre elle toute la noblesse et tous les peuples, qui respectaient naturellement le sang royal, et ne le verraient répandre qu'avec horreur : mais de plus que ferait-elle du roi de Navarre? Le laisserait-elle en vie, afin que. son frère eût un vengeur implacable et puissant; d'entreprendre de le faire mourir, quelle apparence? il n'y avait rien à lui reprocher que les fautes et le malheur de son frère; que craignait-elle, habile comme elle était, autorisée, et ayant sa maison pleine de rois? Ces considérations étaient puissantes ; mais le roi de Navarre avait besoin que la duchesse de Montpensier achevât de la guérir des soupçons qu'elle avait contre lui. Celte princesse, aimée de la reine, n'avait cessé de lui dire qu'elle se perdrait ellemême en perdant les princes, et qu'il ne lui restait plus que de se livrer lout à fait aux Lorrains, quand elle aurait ôlé le seul contre-poids de leur pouvoir; mais ce qu'elle fit de plus essentiel, fut de lui dire qu'elle répondait du roi de Navarre, qui s'unirait sincèrement à ses intérêts.

Celle parole fit tout l'effet qu'elle en attendait ; mais la reine, pour s'assurer davantage, voulut elle-même parler à ce prince. François de Monlpensier, dauphin d'Auvergne, fils de la duchesse, fut chargé de l'introduire secrètement chez la reine. Elle sut

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hien entrer dans les senliments du roi do Navarre contre les princes lorrains, qu'elle promit d'éloigner avec !e temps, et rejeta sur eux tout ce qui s'était entrepris contre lés Bourbons ; sans s'expliquer davantage dans ce premier entrelien, elle renvoya le roi de Navarre : content de son procédé et résolu de la satisfaire, il lui en donna sa parole. 11 obtint aisément le retour du connétable, que la reine soubailail autant que lui, et sans insister beaucoup sur la liberté de son frère, il la vit assez assurée par la conjoncture des affaires ; mais la reine voulait dans le temps faire valoir au roi de Navarre cette délivrance.

François mourut le 5 de décembre, âgé de dix-huit ans. On remarqua que le cardinal de Lorraine, qui l'assistait à la mort, lui re-

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