LIVRE XVI T
CHAULES IX. [An15G0.1
Aussitôt que François II fut mort, et que tout le monde eut rendu hommage a Charles IX, son successeur, la reine manda le connétable, qui depuis la maladie du roi s'avançait à petites journées vers Orléans, attendant quelle serait la suite des affaires. Elle lui écrivit qu'il était temps qu'il vînt reprendre sa place à la cour et dans les conseils, où le roi voulait lui donner la principale autorité, à i'exemple du roi son père et du roi son aïeul ; qu'au reste, il n'aurait plus à craindre d'être soumis aux étrangers; que la noblesse de Fiance rentrerait dans sa première considération, et que le roi voulait dorénavant que chacun fit sa charge. Elle songeait à gagner ce sage vieillard, seul capable d'entier dans les tempéraments nécessaires. Elle élait en grande inquiétude de ce qu'elle ferait des princes lorrains, qui l'avaient si indignement traitée dans le règne précédent ; mais une autre passion l'empêchait de songer à la vengeance, et il s'agissait d'établir son autorité.
Les princes lorrains, dans la décadence apparente de 'eur fortune, n'avaient pas perdu courage : ils crurent qu'ils se maintiendraient aisément avec une princesse ambitieuse, s'ils trouvaient moyen de lui faire croire qu'ils lui étaient nécessaires; ainsi ils fort fièrent leur parti, en y attachant par aitférents intérêts le cardinal de Tournon , le duc de Nemours, les maréchaux de Saint- André et de Brissac, qui, depuis la mort de Henri II, étaient devenus de leurs amis et qu'ils prirent soin d'unir à eux encore plus étroitement, et plusieurs autres personnes de grande considération.
Avec un si puissant parti, et les amis qu'ils avaient, tant dans les provinces que d-ans les Etats, ils crurent qu'ils pourraient se faire craindre de la reine, et firent en efiet si bonne mine, qu'elle les crut encore plus
puissants qu'ils n'étaient. Elle n'en fut pas fâchée; car quelques mesures qu'elle eût prises avec le roi de Navarre, elle vit bien que jamais elle ne pourrait s'assurer ni du prince de Côndé, ni des Coligni qui le gouvernaient. D'ailleurs , elle n'ignorait pas que les états n'inclinassent h forcer le roi de Navarre à aci opter la régence, à laquelle ils le croyaient appelé par les lois fondamentales du royaume; ainsi elle demeura convaincue qu'elle ne pouvait mainlenir son autorité qu'en s'assurant d'un parti qu'elle pût opposer aux princes de Bourbon, et ce lui était un grand soutien de voir les princes lorrains irréconciliables avec eux.
Comme elle était dans ces pensées, et disposée à les rechercher, elle fut ravie de voir qu'ils la recherchaient. Le maréchal de Saint- André se rendit le médiateur de leur accommodement, et l'assura de la soumission de ces princes. Il leur porta aussi les assurances d'e la protection de la reine; mais l'accord devait être secret, jusqu'à ce qu'on eût consommé l'affaire de la régence : la duchesse de Montpensier portait le roi de Navarre à lui céder ; elle lui représentait qu'il lui serait glorieux de faire ce sacrifice au bien de l'Etat, et la reine lui faisait insinuer qu'il y avait peu d'apparence de taire régent du royaume le frère d'un criminel d'état, et que lui-même n'était pas bors de soupçon. Les Coligni même entrèrent dans lesscntimentsdela reine, et ils crurent qu'ils pourraieul mieux prendre leurs sûretés avec elle qu'avec le roi de Navarre, toujours incertain et irrésolu.
Les choses étaient dans cet état quand le connétable arriva à la cour, où on l'attendait pour prendre une dernière résolution ; en entrant à Orléans, il parut étonné «le voir des gardes aux portes, et il demanda pour quel usage elles y étaient au milieu du royaume? En même temps il leur commanda de se retirer, en disant qu'il saurait bien
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a sûreté «iu roi, el
qu'il établirait si bien sou autorité, qu'avec
un seul liuissii > il te Garait obéir par tout Le
. onioitf avec des armées.
\ . mné d'abord celte marque
de sa puissance, il ouïra chez le roi avec
ip de dignité ; il ne pul s'empêcher
\, rser des larmes à la vue de ce jeune
prince, se souvenant di es qu'ila.vait
reçues de son père et de son grand-père. La
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lui toute sa confiance; que deux partis
liâlres partageaient la cour et détrui
ni l'autorité royale ; qu'elle n'ignoraitpa
ni
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isons qu'il avait avec celui 'les prin-
- u sang, mais qu'elle savait aussi qu'il
préférait le bien de l'Etat et le service de
son maître à toute autre considération;
ainsi qu'elle se remettait entre ses bras et
lui recommandait son pupille. Il fut altcn-
u.'i par ces paroles, et promit à la reine une
obéissance. Elle fut bientôt après dé-
. a: ri ■ nie. Le roi de Navarre céda, a la
litiou qu'il serait chef de tous les con-
- sel lieutenant général du royaume ; les finances furent laissées au cardinal de Lorraine; on établit la l'orme des conseils, et toute la cour obéit à la récente.
Il restait encore à la reine une grande aphension; elle ne pouvait s'empêcher de délivrer le prince de Condé ; mais comme elle connaissait son esprit hautain, elle eraignait qu'il ne brouillât les affaires, et voulait ga0ner du temps pour les ali'ermir. Depuis la mort du roi, ce prince n'était gardé que pour la forme ; mais il ne voulut jamais tir de prison qu'il ne se fût justifié, et
[naudait qu'un lui nommât ses accusateurs. La reine lui faisait dire qu'elle souhaitait de le voir promptement dans les con-
- i -, el il'autrc part eJie avait des personnes affidées, qui lui remontraient que s'il ne se i urgeaitdans les formes, on croirait qu'il dc-\ rait sa délivrance à la laveur plutôt qu'à la justice : celle pensée , conforme à l'humeur du prince, entra si avant dans son esprit qu'il abandonna toute autre affaire.
;r éviter l'ennui de la prison, il demanda la permission de se retirer dans une des
isons du roi son frère ; elle lui fut accordée sans peine, et cependant on résolut de faire l'ouverture des étals.
Le chancelier de l'Hôpital représenta les malheurs d'où le royaume venait de sortir ; il exhorta tous les ordres à y chercher des remèdes, dont le principal, disait-il, était la tenue de celte assemblée ; il appuya beaucoup sur l'utilité des états généraux, dont il paria comme du soutien de la royauté, se plaignit de la licence de ceux qui voulaient régler la religion à leur mode, et du faux zèle des autres qui croyaient les réprimer par des supplices; il montra la nécessité de les adoucir, et que le salut de l'Ltat consistait dans l'obéissance que tous les ordres rendraient à la reine. La première séance finit par cette harangue ; elle flattait les états pour les laire concourir au bien public; elle donnait de l'espérance aux huguenots,
elle établissait l'autorité de la régente, 'faut choses considérables se passèrent huit jours après la morl du roi, Quelques-uns des députés, qui n'espéraient pas grande utilité des étals, les voulaient rompre', sous prétexte que leur pouvoir était expiré | ar celle mort ; on le salisht parcelle maxime, qu'en Fiance le roi ne mourait jamais ; mais on ne se pressa pas de tenir la seconde séance ; elle fut remise à l'année suivante.
[1561]. Le cardinal de Lorraine, dès le vivant du l'eu roi , s'était préparé à porter la parole au nom des trois ordres, chose .si inouïe jusqu'alors., qu'on avait différé de la lui accorder: il eut aisément le sull'ragc du clergé, où il avait tout pouvoir, et à (fui la proposition était honorable; la noblesse y trouva peu de difficulté ; mais le tiers état s'opposa avec vigueur à celle nouveauté : outre qu'il était résolu à avoir son orateur particulier, selon la coutume, il déclara qu'il n'avait garde de confier ses intérêts à celui dont il avait résolu de se plaindre. Le cardinal refusé dédaigna de parler au nom du clergé, de peur de se mettre en "égalité avec les députés des autres ordres ; la harangue de la noblesse et du tiers étal ne furent remplies que de la nécessité de soulager les peuples el de remédier aux désordres du clergé ; le député de la noblesse demanda, au nom de son ordre, des temples pour les huguenots : celui du clergé traita cetle proposition de séditieuse, et en parlant contre ceux qui se chargeaient des requêtes des hérétiques, on le vit jeter les yeux sur l'amiral, qui l'obligea à lui faire réparation.
Le cardinal de Lorraine et le duc de Guise se plaignirent que dans les harangues on ne h-s avait pas traités de princes ; les députés de Bourgogne et de Dauphiné, provinces dont le duc de Guise et le duc d'Aumale étaient gouverneurs, appuyèrent leurs plaintes dans les étals : presque toute la noblesse s'éleva contre eux ; on se souvint du comte de Sainl-Pol, prince du sang, qui, sous le règne de François i", dit à Claude, comte de Guise, comme il se vantail d'être prince, qu'il parlait allemand en France. 11 n'est pas croyable combien les princes de Lorraine lurent touchés de cette opposition : ils passèrent jusqu'à dire que ceux qui leur refusaient dans les étals une qualité si bien due à leur naissance, étaient des séditieux. Les étals, irrités de cette parole, en poêlèrent leur plainte à la reine, qui interpréta la pensée des princes lorrains, et assura qu'ils ne regardaient comme séditieux que ceux qui manquaient d'obéissance pour le roi et pour elle. La noblesse ne laissa pas de demeurer offensée de leur procédé, qui causa une grande aliénation dans lous les esprits.
On eut nouvelle en ce temps que le Pape s'était enfin résolu à rassembler le concile: il y avait été obligé par les propositions qu'on avait faites, de tenir en France un concile national. Côme de Médicis, qui s'était acquis sur lui un grand pouvoir, le reconnaissant pour être de sa maison, après lui avoir inspiré un conseil si nécessaire, le