‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 50 sur 458 · PART. XII. TIIEOL. II1STORIQLK.— II. (1IST. DE FRANCE. LIV. XVII · texte numérisé non relu

PART. XII. TIIEOL. II1STORIQLK.— II. (1IST. DE FRANCE. LIV. XVII

détermina encore à continuer le concile (Je il ne cessait de se plaindre de M Paveur <:<•

Treille, plutôt qu'à en convoquer un nou- ceux de (luise, el ne sachant par où eom-

veau : il nomma des lésais pour y présider, mencer à les quereller, il prétendit que les

Le roi donna ordre aux prélats de se tenir clefs du château où le roi logeait, qu'on

prêts ppur se rendre à Trente; mais les portait durant la nuit au duc de Guise,

affaires n'allaient pas si vite du côté de comme grand maître, devaient ôtreappor-

liome. lées à lui, comme lieutenant général du

Les états travaillaient à leurs cahiers et royaume et chargé de la personne du roi.

préparaient leurs demandes. Elles étaient si La reine disait, au contraire, qu'on les avait

délicates, que la reine eût trop hasardé , si toujours portées au connétah'e, tant qu'il

elle les eût ou accordées ou refusées, et avait eu la charge de grand maître, et ne

d'ailleurs ayant tiré des états les services pouvait se résou Ire a faire tort au duc de

qu'elle en espérait, qui étaient la reconnais- Guise, qu'elle voulait ménager; mais le roi

sance de son autorité, elle les congédia, à de Navarre le prit avec elle d'un Ion si haut,

condition de se rassemhler au mois de mai. qu'elle n'osa le refuser tout à fait, et cher-

Le 28 janvier elle publia un édit par le- cha un tempérament, qui fut de se faire

quel les prisonniers pour la religion étaient apporter les clefs à elle-même; ainsi elle

élargis : il portait des défendes de violenter accordait au roi de Navarre une partie de ce

personne sur ce sujet. Il fallut donner cette qu'il demandait, c'est-à-dire l'exclusion de

satisfaction au roi de Navarre, qui, quoiqu'il son ennemi ; mais elle voulut en même

ne fût pas de ce parti dans le cœur, cepen- temps lui faire connaître que ce n'était pas

dant l'appuyait, à la considération de sa une chose qui dût être contestée au duc de

femme et pour se faire des créatures. Le Guise : elle se fondait sur l'exemple du

chancelier, ennemi des supplices , et d'ail- connétable ; et le roi de Navarre soutint, a i

leurs assez favorable aux protestants , dont contraire, qu'on l'ava t considéré comme

il espérait, tirer quelque bien pour la réfor- chef des armées, quand on lui avait rendu

malion de l'Eglise, conseillait celte douceur celte .déférence. Ils s'échauffèrent tellement

a la reine : elle y inclinait d'elle-même, sur celte vaine dispute, qu'ils ne se sépa-

dans le dessein qu'elle avait d'entretenir rèrent que bien avant dans ia nuit ; et le roi

deux partis dans le royaume, au milieu des- de Navarre, qui cherchait querelle, ne vou-

quels elle prétendait établir plus sûrement lut jamais s'apaiser par toutes les condes-

sa domination. cendances de la reine : on le vit sortir tout

t Le cardinal de Lorraine el le duc de Guise ému du cabinet.

s'élevèrent contre l'édit : le roi de Navarre Le lendemain il parut botté, comme un le défendait; chacun allait à ses intérêts, homme qui allait quitter la cour; il avait sous prétexte delà religion, et les partia- envoyé devant lui son équipage: tous les lités s'entretenaient à la cour sous les noms princes du sang se mirent en état de le suide catholiques et de huguenots. Le roi de vie. Le duc de Monlpensier le faisait avec Navarre, qui voyait les finances épuisées, regret, et contre les conseils de sa femme, après avoir proposé le retranchement des auxquels on remarque qu'il s'opposa pour gages et des pensions, proposa encore à la la première fois dans celte rencontre. Pour reine de faire rendre à l'épargne les gratili- le connéiable et l'amiral, ils n'avaient garde cations qu'on avait reçues dans les derniers d'abandonner le roi de Navarre : la plupart règnes, et il offrait d'en donner l'exemple: des grands seigneurs suivaient leur exemil espérait par ce moyen réduire le conné- pie. On affectait de laisser le roi et la reine table, qui avait le principal intérêt à ce rè- seuls avec les Lorrains, alin qu'ils parussent gleraent, à se jeter entre ses bras, mais, au tout à fait livrés entre les mains des étrancontraire, il ne fit que l'éloigner et lui don- gers, qui, par ce moyen, demeuraient eharner la pensée de chercher d'autres liaisons, gés de la haine publique : les amis des prin -

La cour partit d'Orléans pour aller à Fon- ces du sang publiaient qu'ils s'en allaient a (ainebleau, et en même temps la reine écri- Paris; que là on traiterait, dans le parlevit au prince de Coudé, qu'il pouvait venir ment, de l'administration du royaume, et travailler 5 sa justification. Il partit accom- qu'on ferait bien voir à la reine qu'il n'était pagné d'un grand nombre de ses amis; mais pas au pouvoir du roi de Navarre de lui réapprochant de la cour, pour ne point donner der la régence. Jamais l'autorité de cette j'ombrage, il ne retint auprès do lui que le princesse n'avait été en si grand péril ; mais comte de la Rochefuucault, qui s'était fait elle sut trouver un prompt remède à un si huguenot pour épouser la sœur de sa femme, grand mal. Elle s'avisa de mander au con- II lui fut aisé de se justifier, quand il n'eut nétable que le roi voulait lui parler : le carplus de partie; il demanda au chancelier, dinal de Tournon fut chargé de lui porter en plein conseil , quelles charges il y avait cet ordre, et quelques-uns pour celte raison contre lui; le chancelier répondit qu'il n'y le crurent auteur du conseil. Il le trouva en avait aucune : ainsi il fut reconnu pour prêt à partir, mais il n'osa désobéir à un innocent dans le conseil; mais il fallut commandement si exprès; il trouva le roi essuyer de plus longues procédures au par- enfermé dans sa chambre avec ses quatre lement, auquel il souhaita d'être renvoyé secrétaires d'Etat, en présence desquels il pour être justifié dans toutes les formes. Il lui dit que le bien de son service demandant ne fut pas plutôt à la cour, que le roi de la présence du premier officier de la con- Navarre parut plus inquiet qu'auparavant ; ronne, ii'hn défendait absolument de sortir

OEUVKKS COMPL. L'K BOSSL'ET. XL 11

ii . i h même temps il comman la

i rétair il de relenir par

e qu'il donnait au connétable , et

sj fort « m maître, quoiqu'il eûl h

; , nu- douxe ans , que le connétable comprit

me, >* 1 1 .m désobéissait, il s'ei>souviendrail

loule sa vie; ainsi il promit d'oLéir. Il no

- princes ni de ses nel'.i rc < hangcr de résolution ; ils forent déconcertés par sa résistance, et ils lèrenl au r<>i de Navarre de perdre la quitter la cour ; mais la reine ne fut pas i- ut a fait guéi ie de son appréhension.

1. - étals particuliers étaient assemblés a Paris pour députer aux étais généraux. On parlait hardiment dans cette assemblée du gouvernement de l'Etat , et on voulait chartes députés de proposer la régence pour roi de Navarre : un ne doutait point que i temple de la ville capitale no donnai le branle à tout le royaume, tellement que la icinefut obligé- à' s'accommoder de nouveau avec le roi de Navarre, qui lui céda, à la vérité, encore une fois, le nom de régente, mais h condition qu'elle ne ferait rien sans .mui avis. Le maréchal de Montmorency, iverneur de l'Ile de France, apaisa l'asblée de Paris, où il ne se parla plus d'affaires d'Etal; mais la reine ne se fiait pas à ces paix plâtrées : elle vit bien que jamais elle n'aurait qu'une autorité empruntée, tant que le roi de Navarre serait uni au connétable, ainsi elle s'appliqua à rompre celle union : l'amiral et ses irères en étaient le lien; mais il y avait dans la maison du connétable une brigue puissante ntre. eux.

11 y avait longtemps que Madeleine de Savoie, sa femme, les baissait, parce qu'ils possédaient toute l'affection de leur oncle, ( c qui iui avait fait mépriser les frères de sa femme, pour lesquels il n'avait jamais voulu demander aucune grâce à la cour ; elle était d'ailleurs zélée pour la religion catholique, et ne cessait de représenter à son mari qu'il en devait être le prolecteur, lui qui était le premier baron chrétien : par ces discours l'amiral et ses frères . opiniâtres défenseurs du calvinisme, commençaient à lui être moins agréables; il avait aussi moins d'aversion pour les Lorrains, depuis que la duebesse de Valenlinois, depuis peu réconciliée avec eux , s'était servie de l'ascendant qu'elle avait toujours eu sur lui pour les mettre mieux dans son esprit. Le marécbal de Saint-André, très-propre a semer les divisions, leur (it entendre que son neveu ï'amiral se moquait de lui, cl qu'il avait dit a reine que pour le rendre inutile, elle n'avait qu'à contenter le roi de Navarre ; ce qu'elle pouvait sans peine, en accordant aux huguenots la liberté de conscience.

l£n ce temps, on avait renouvelé dans smblée de Paris la proposition faite par ; ii de Navarre, d'obliger les favoris des h - s, à restituer les grâces qu'ils

avaient reçui s. Un assura au connétable que . ; our se rendre agréable au peuple,

i* i \i;i s COMPLETES DE BO^M t. ! .

avait réveillé les esprits sur ce sujet ; ces choses lui étaient rapportées avec tant d'adresse et de vraisemblance; que, tout accoutumé qu'il était aux intrigues de la coin-, il avait peine à s'en défendre ; ci sa ferumu qui savait choisir les moments de les lui mettre devant les yeux, les faisait en tri r profondément dans sou esprit; la reine n'ignorait pas ses dispositions, et faisait jouer une partie de ses ressorts : mais elle chercbaii l'occasion de parler elle-même au connétable : le roi de Navarre ne tarda pas à la lui donner.

Ce prince avait fait un grand festin à l'ambassadeur du roi de Danemark, qui était venu, comme plusieurs autres, faire des compliments de condoléance sur la mort de François IL On y parla beaucoup do religion, et quoique le roi de Navarre n'eût pu êlre persuadé par la reine sa femme d'embrasser le calvinisme , la complaisance qu'il avait pour elle, ou un vain désir de montrer son autorité, lui lit dire qu'on verrait bientôt le culte de Dieu purilié dans tout le royaume. L'ambassadeur de Danemark releva cette parole indiscrète, et après s'être réjoui avec le roi de ce qu'il favorisait l'Evangile (c'était ainsi que les luthériens nommaient la nouvelle religion), il l'exhorta h suivre plutôt les sentiments de Luther que ceux de Calvin, nés pour troubler les Etats. Sur cela le roi de Navarre avait répondu que les luthériens et les calvinistes, unis contre le Pape en quarante articles, ne devaient pas êlre empêchés par deux ou trois points d'attaquer fennemicommun,et après de chercher entre eux les moyens de s'accorder.

Ce discours fit grand bruit dans toute la cour, et ne fut pas plutôt venu aux oreilles de la reine, qu'elle résolut de s'en servir pour son dessein. Après avoir raconté au connétable tout ce qu'avait dit le roi de Navarre, elle lui exagéra les pernicieux desseins de ce prince, et lui témoigna en même temps la douleur qu'elle ressentait de ne pouvoir s'y opposer ouvertement, étant obligée de le ménager pour les intérêts du roi son fils. C'était, disait-elle, au connétable, le premier baron chrétien, à se déclarer pour la religion de ses ancêtres et à se rendre le chef du bon parti. Ces paroles émurent le connétable, il se mit à faire réflexion sur toute la. conduite des princes de Bourbon, et ne fut pas longtemps sans demeurer convaincu que les brouilleries qu'ils faisaient dans la religion, tendaient à la subversion entière de l'Etat. Les bienfaits dont Henri II l'avait comblé lui revenaient dans l'esprit, il se laissait attendrir en considérant les périls où étaient dans leur bas âge ses enfants, qu'il appelait ses petits maîtres; dès ce moment il ne cessa de crier contre les innovations qui se faisaient tons les jours dans la religion. Tout retentissait dans sa maison de ce nom de premier baron chrétien, dont il était si touché; il se plaignait hautement du prince de Coudé, qui faisait faire le proche dans so i apparie-

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ment; il n'épargnait pas l'amiral son ne- Cependant, dans les périls qu'elle >r

yen, (]ui en avait l'ait autanldans le sien, voyait, pour attirer de plus en plui au nu

et traitait d'allental la hardiusse qu'il avait son fils la vénération do ions les peuples

eue de faire piocher la religion de leur elle résolut de faire la cérémonie de .s. u

maître dans sa propre maison. sacre. Il y arriva une grande contestation

Cependant la reine, qui continuait dans entre les princes du sang et le duc de Guisr, ses dissimulations ordinaires, faisait elle- qui prétendit, comme plus ancien pan , môme monter en chaire, publiquement et précéder le due de Muntpensier : cette préen présence du roi, un homme pins dange- lenlion souleva presque toute la cour contre reux que tons les ministres : c'était l'évêque lui ; fin disait hautement qu'il voulait abatde Valence, qui, avec un extérieur ecclé- tre peu à peu les princes du sang et siastique, et sous pré'exle de reprendre les ahaisscr la maison royal", pour profiler de abus de la cour de Rome et du clergé, ne la première occasion de s'établir sur lu manquait jamais d'attaquer indirectement, trône; mais lui qui était fondé en possesà son ordinaire, la doctrine'de l'Eglise; dès sion, et qui avaitjoui de- celle prééminence son premier sermon il choqua tous les Ca- dans le sacre des deux derniers rois, ne tholiques. Le duc de Cuise et le connétable voulut jamais se relâcher, et soutenait que, protestèrent de n'aller jamais à des prédi- dans une cérémonie où les pairs font leur calions si scandaleuses; mais le dernier principale fonction, la seule pairie devait poussa son mécontentement jusqu'à la reine: décider. La reine n'était pas fâchée de moril considéra que le prélat était dans sa con- titier les princes du sang, et daignait de fiance particulière, et ne douta point que la choquer le duc de Cuise : ainsi elle proreine, qui le faisait prêcher» ne fut de son n nça en sa faveur; mais elle fit une nousentiment. Les complaisances qu'elle avait veau té à l'égard du roi de Navarre, qui fut pour les huguenots ne lui parurent plus un précédé, contre la coutume, par Alexandre effet du ménagement politique qu'elle lui frère du roi, depuis appelé Henri. Jusqueavait montré; il la crut gagnée de bonne foi là on avait donné la préséance à la qualité à ce parti, et intimement liée avec les prin- de roi; cette décision lit de grands éclats ces du sang. Selon lui, l'évéque de Valence et releva beaucoup le crédit du duc de était le lien de leur union; il se dégoûla de Cuise. Le sacre fut fait par le cardinal de la reine, et résolut de se séparer non-seule- Lorraine, archevêque de Reims, avec les ment du roi de Navarre, comme elle l'avait solennités ordinaires, souhaité, mais encore d'elle-même. Toute Le prince de Condé ne se trouva pas à sa famille et tous ses amis l'entretenaient cette cérémonie. La religion qu'il profesdans celte disposition, excepté le maréchal sait ne l'en aurait pas empêché; mais il de Montmorency, qui était étroitement uni était occupé de sa justification, qu'il pouravec les (.rinces, et croyait que les intérêts suivait au parlement. Après une longue de son père l'obligeaient du moins à ne procédure sur la déclaration que donnèrent point rompre avec eux; car pourquoi se les quatre secrétaires d'Etat, qu'il n'y avait déclarer entre deux partis, lui que son âge aucune charge contre lui, il fut renvoyé et ses services faisaient respecter des uns et absous, et par le même arrêt la douairière des autns? ne devait-il pas plulôl les lais- de Iloye, sa belle-mère, fut déclarée innoser s'échauffer pour ensuite se rendre bar- cenle avec tous les aulres accusés. On juslibilre par l'autorité de sa charge. lia aussi la mémoire du malheureux Vi-

Ce conseil paraissait sage ; mais le con- dame: l'arrêt fut solennellement prononcé Retable avait déjà pris sa résolution, et ne en robes rouges, le 13 de juin, en présence pouvait plus souffrir ni le roi de Navarre, des princes du sanget ùcs pairs, mê.i e du ni la reine môme. Il n'écoula non plus ses duc de Cuise, qui se mit sans contestations neveux de Châtillon, quoiqu'ils lui lémoi- au-dessous des princes. Au milieu des trouvassent toutes sortes de soumissions à ses blés de l'Etat, et parmi les divisions des volontés et un grand zèle pour le bien de i'E- grands, les esprits des peuples s'aigrissaient tat; niais après s'être éloigné de ses anciens aussi sous le liora de Papistes et de h.ugu- amis, pour ne pas demeurer seul, il s'unit nuls; les dissensions allèrent dans pluavec le duc de Cuise sur le fondement de sieurs villes jusqu'à la sédition, principasoutenir de concert le parti catholique, lement à Beauvais, où le peuple pensa pil- Le maréchal de Saint-André moyenna cette 1er la maison du cardinal de Châtillon, son réconciliation; et tous trois unis ensemble évêque, qui avait fait à Pâques la Cène à la composèrent ce qui fut appelé par les pro- mode des huguenots, dans la chapelle du lestants le triumvirat, et ce qui donna pré- palais épiscopal.

texte à tous les mouvements du royaume. La reine se résolut à publier un édit pour

Pour ne point effaroucher la reine, ils pri- défendre les noms de secte et empêcher les

cent soigneusement garde de ne point faire supplices, à condition toutefois que les

éclater leurs liaisons; mais elle était trop huguenots vivraient dorénavant à la calho-

allenlive à ses affaires pour ne point pêne- lique, c'est-à-dire qu'ils en seraient quill. s

i:er un secret si important, et voyant que pour dissimuler, et moyennant celle feinte,

par ses finesses elle avait poussé le con né- i'édit les rétablissait dans leurs biens et ra, -

table plus loin qu'elle ne voulait, elle se pelait d'exil ceux qui avaient été chassés

résolut plus que jamais à ménager l'ami- pour la religion des le lemps de François

rai et les huguenots. 1". On n'osa pas adres cr cet édit au pai-

(U.l VUES COMPLETES DE LObSl ET.

hl, où . linsi

le, aux

l'on savait qu'il ne sérail i as l'adresse en fui faite contre la gou \ erneurs des provinces ; ni en empêcha la publication i s, i ensuite obtint du roi qu'elle n'y fût pas faite. Mais comme l'édîl fui exécuté - grande partie du royaume, on vii revenir de toutes parts des gens qui . \ ûenl pris en Allemagne el à Genève des sentimeuts opposés à la monarchie. Les salles les plus spacieuses ne suffisaient plus 5 prêches; les huguenots s'assemblaient en pleine campagne, prêts à demandes même pour y faire leur exercice ; leur insolence devenait de plus en plus insupportable. Le cardinal de Lorraine s'en nlaignil en diverses fois ;> la reine et ■ nseil; mais comme il ne fut pas ilé, il remua tout le clergé, déjà assez irrité; el à la lêlfl de toul ce corps, il représenta à la reine les inconvénients de son f lit, avec tant de force, qu'elle ne put pas r. Elle résolut de mener le roi au ement, pour aviser aux moyens de remédier aux désordres que causait la diversité des religions. Il y eut trois avis, et celui qui lut suivi, défendait toul exercice de la nouvelle religion ; les peines étaient réduites au bannissement, et il n'y avait que séditieux qui fussent punis de mort.

a pi

lupari des ministres, et à «les gens bannis par les lois? Il n'était pas aisé de former la bouche a des opiniâtres, ni de confondre des esprits subtils, qui avaient mille moyens de s'échapper, joinl que l'extérieur de piété qu'ils affectaient imposait au peuple, et qu'ils ne manqueraient pas de publier leurs victoires, dont le bruit se répandrait dans toute l'Europe, par une in Qui té d'éloquents écrits (pie les ministres sauraient taire , de sorte qu'ils sortiraient de la conférence avec plus d'avantage, ou du moins avec plus d'orgueil qu'ils n'y seraient entrés.

Les raisons du cardinal de Tournon persuadaient tout le monde, excepté le cardinal de Lorraine; il s'était figuré (pie son éloquence confondrait les ministres, et, occupé de la gloire qu'il se promettait de la conférence, il n'en considérait pas les inconvénients; d'ailleurs, de la manière qu'il avait fait son projet, il croyait que les ministres ne pourraient éviter de tomber dans un grand désordre, car il faisait voir des théologiens de la confession d'Augsbourg, zélés défenseurs de la réalité qui ne manqueraient point de disputer fortement sur cet article contre les calvinistes, leurs irréconciliables ennemis. Le cardinal espérait de là l'un de ces deux avantages, ou que les huguenots seraient confondus par les luthériens, ou que

Tout cela fut ainsi arrêté, jusqu'à ce que le du moins quelque division scandaleuse qui

paraîtrait entre eux, ferai l voir ;aux catholiques la vanité et la confusion de ce;s nouveaux réformateurs : sur ces raisons le cardinal persista dans sa pensée, et la conférence fut résolue pour le mois d'août à Poissy. Les états, après diverses reprises, fuient convoqués à peu priés pour le môme temps.

Cependant le connétable engagea la cour à faire l'accommodement entre le prince de Condé et le duc de Guise : ce duc arrivait de Calais, où il avait accompagné la reine Marie Stuart qui, mécontente de sa belle-mère, et rappelée par les affaires de son royaume, s'était embarquée pour y repasser. Le roi manda le prince et le duc, qui vinrent à Saint- Germain, où était la cour, suivis de tous leurs amis ; là, en présence de la reine et de tous les grands assemblés, ie roi, bien instruit par la reine, leur commanda de vivre en bons amis et en bons parents, car ils étaient cousins-germains. Ils se le promirent solennellement, et il en fut dresse un acte par les secrétaires d'Etat.

Depuis ce temps, le connétable qui, par

concile général ou national y eût pourvu; voilà ce qui s'appela l'édit de juillet.

Dans le même temps que le cardinal de Lorraine harangua avec tant do force contre les protestants, il proposa à la reine une conférence par laquel e il espérait, dans la plus grande chaleur des esprits, dé les ramener à l'amiable. L'amiral et tout le parti aci. '(itèrent la proposition avec joie : outre qu'ils avaient grande confiance au savoir et à l'éloquence de leurs ministres, ce leur élait un grand avantage de traiter en quelque sorte d'égal avec les prélats, en entrant avec eux dans une conférence réglée. Parmi les catholiques, le cardinal de Lorraine était seul de son sentiment sur ce sujet ; ses amis lui représentaient qu'il se commettait beau- • oup en disputant avec des gens versés dans 1 s langues, exercés dans les controverses et puissants en invectives; mais le cardinal de Tournon était contraire à la conférence par

- considérations plus hautes : il songeait ii m-seulement que le cardinal se commeti lit, mais qu'il commettait en sa personne la cause de l'Eglise qui, quoique plus forte et bien défendue, pourrait être révoquée en doute I ar les esprits faillies, dès qu'elle paraîtrait mise eu dispute. Quelle apparence de souffrir une conférence où les ennemis de l'K-

se pourraient tout dire contre elle et ses ministres, en présence du roi et de loute la i-our; car c'est ainsi que la conférence avait

■ proposée. N'était-ce pas exposer ce jeune i rime et ses frères, aussi bien que le> courtisans, que de leur faire voir les artificieux

■ ours des hérétiques? Fallait- il donner la lioei lé de parler dans une assemblée si auguste, à des moines apostats, tels (prêtaient

respect pour le prince de Coudé, usait de quelque réserve avec le duc, s'unit tout à fait à lui ; le prince fut blâmé dans son parti de lui avoir donné ce prétexte de prendre ouvertement des liaisons avec les ennemis des princesdu sang, et d'avoir rompu parce moyen les mesures de bienséance qu'il gardait encore avec eux.

Les états s'assemblèrent d'abord à Ponloise, où l'affaire de la régence fut de nouveau agitée avec beaucoup de chaleur; on s'obstinait principalement dans le tiers état à la donner au roi de Navarre qui l'avaii cédée; la plupart des députés de cel ordre

PAUT. XII. TIIEOL. HISTORIQUE.-

élaient favorables à la nouvelle religion et dépendaient de l'amiral ; ainsi la reine connut de plus en plus le besoin qu'elle avait de lui. Il s'appliqua de son côté à profiler de la conjoncture, pour faire déclarer ouvertement une princesse dont tout l'artifice était de gagner du temps, et de tenir les choses toujours dans l'incertitude ; elle fut si vivement pressée, qu'elle n'eut point honte de promettre à l'amiral de se l'aire calviniste, et d'instruire le roi dans celte croyance ; mais il fallait, disait-elle, que la résolution des états précédât sa déclaration, qui sans cela eût paru forcée. La conférence de Poissy venait à propos; elle promettait alorsde céder comme convaincue, afin que sa déclaration, faite avec connaissance de cause, lût déplus grand poids. L'amiral se.rendità ces raisons, il détermina ses amis à se déclarer pour la reine. Le cardinal de Lorraine lui assura le clergé, le duc de Guise lui ménagea la plus grande partie de la noblesse ; ainsi ceUe affaire n'eut point de suite.

Incontinent après, les états furent transférés à Saint-Germain, où l'ouverture se (it en présence du roi et de la reine. Les cardinaux disputèrent la préséance au prince du sang, et perdirent leur procès. Le cardinal de Tournon, doyen, se relira de l'assemblée avec le cardinal de Guise, irrités contre les cardinaux de Chàtillon et d'Armagnac, qui cédèrent ; pour le cardinal de Bourbon, il prit sa place ordinaire avec les princes du sang, au-dessus du prince de Condé, son cadet.

Les harangues de la noblesse et du tiers état furent pleines d'invectives contre le clergé, selon fa mode du temps ; cet ordre, menacé de tous côtés, accorda au roi des décimes. Le peuple fut déchargé parce moyen, Jes états furent renvoyés, et la reine délivrée des embarras que lui causa cette assemblée. Pour contenter l'amiral, à qui elle était obligée de la plus grande partie d'un aussi bon succès, elle avait de continuels entretiens avecSoubise, homme de grande qualité, dévoué au parti huguenot, et bien instruit de la nouvelle doctrine, qui faisait tout espérer à l'amiral; pour le flatter davantage, la reine écrivit une lettre au Pape, où elle parlait d'une manière avantageuse en faveur des huguenots ; elle traitait d'iniiitl'érenles la plupart des questions qu'ils agitaient, et ne craignait point de renverser les choses que des conciles généraux et la tradition perpétuelle de l'Eglise avaient établies. L'évêque de Valence avait dicté cette lettre, qu'il finissait par la demande du concile, comme du seul remède à tous les maux.

Le temps de la conférence approchait : les prélats s'étaient assemblés è Poissy au nombre de quarante, sans compter les théologiens, parmi lesquels Nicolas Despence et Claude de Saintes étaient les plus renommés. Les protestants avaient aussi député leurs principaux ministres ; Théodore de Bèze était à la tête, et devait porter la pa rôle : il fit le prêche dans l'appartement du prince de Coudé, avec un concours infini

- II. IlIST. DE FHANCE. LIV. XVII. 53*

d'auditeurs. La reine voulut le voir dans l'appartement du roi de Navarre; c'était la mode à la cour de favoriser la nouvelle religion. Toutes les dames s'en mêlaient, et travaillaient à gagner les courtisans, entre autres la comtesse de Crnssol, que son esprit et ses agréments avaient fait succéder à la faveur de la duchesse de Montpensier, qui venait de mourir protestante.

Quelques jours après on commença le fameux colloque do Poissy. Le roi en lit l'ouverture avec sa hardiesse et sa bonne grâce ordinaire; le chancelier expliqua plus au longses intentions, et exhorta les deux partis à la douceur. Le cardinal de Tournon prit ensuite la parole ; et comme le chancelier avait parlé d'une manière qui tendait à affaiblir l'autorité des conciles, il demanda que sa harangue fût mise par écrit; maïs comme cette proposition ne tendait qu'à des querelles, le chancelier y résista, et le roi commanda à Bèze de parler. Aussitôt lui et ses confrèresse mirent tous ensemble àgenoux, et Bèze fit une prière à haute voix. Il fallait donner ce spectacle de piété à la cou;' : le discours de ce ministre fut long, éloquent et plein d'invectives ; il parcourut. tous les points de la religion, et lorsqu'il fut venu au saint Sacrement, il attaqua la réalité, jusqu'à dire que le corps de Jésus-Christ en était autant éloigné que le ciel l'est de la terre. Celte proposition fit horreur à toute l'assemblée: les huguenots même, qui la croyaient dans le fond, ne voulaient pas qu'on l'avançât si nue et si dure : il s'éleva un murmure qui pensa rompre la conférence ; mais la reine trop engagée lit continuer. Bèze reprit sans s'émouvoir et acheva son discours comme il l'avait commencé, avec beaucoup d'aigreur.

Le cardinal de Tournon l'avait écouté avec indignation, et Bèze n'eut pas plutôt lini, qu'il adressa la parole au roi, lui disant que tout ce qu'ils étaient de prélats dans cette assemblée n'y assistaient qu'à regret, et ne se serai; ni jamais résolus à écouter les bîasphômes de ces nouveaux évangélisles, sans un commandement exprès. La reine, piquée de cette parole, dit qu'elle n'avait rien fait que de l'avis du conseil et du parlement, dans la vue d'assoupir les troubles et de ramener à l'ancienne religion ceux qui s'en étaient séparés. Les Catholiques demandèrent du temps pour répondre, et la conférence fut remise à un autre jour.

Cependant Bèze, fâché d'avoir parlé si durement de l'Eucharistie, (it une longue requête, où il tâchait d'adoucir ses propositions ; mais les expositions qu'il apportait no consistaient qu'en termes équivoques. Lo jour de la conférence arriva, et le cardinal de Lorraine fit cette harangue méditée depuis longtemps. On crut que 1 envie de Ja prononcer avait été cause qu'il avait pressé ce colloque : il y réfuta le chancelier, qui avait. donné aux princes le droit de présider dans les conciles; il attaqua la doctrine de Bèze sur l'Eucharistie, défendit l'autorité de l'Eglise, et montra que les ministres qui n'a-

<H l VRES < OMPI.ETES DL BOSSU.!'.

snl ni mission! ni succession, ne devaient i mêuK >utés. Sa doclrine était

iar des pas - i s tinta Ecri- : ; - Pères ; li - Catholiques lui apludirenl. Bè e, accoutumé à parler, déniai |uer sur-le-champ; mais le roi mil à une autre f<

l - miuislres publièrent qu'on avail voulu

mner au cardinal l'avantage de triompher

seul dans cette journée. I i reine commençait

onnattre qu'il n'arriverait aucun bien delà

; m contraire, que les esprits en

liraient plu is : elle l'aurait rompue

l ie de \ a ence, qui lui lit voir

quelle se condamnerait elle-même on s|ar-

Dl au c menceraent de son entreprise.

. qui voulait parler, demandait avec instance qu'on se rassemblât. La reine y Qseutit; mais comme elie vit les Catholiques scan lalisés -lue l'on lit des disputes de religion devant le roi, elle ne voulut plus qu'il y allât, et y assista toute seule. liez*', attaqué sur la mission, répondit par

- invectives contre les prélats, qu'il accusa d'être siinoniaques et marqua si distinctement le cardinal de Lormine, qui avait eu tant «le bénéfices par la faveur de la duchesse de Valenlinuis, que tout le monde jetait les yeui sur lui ; il s'en mit dans une telle co-'"

e, qu'il ne se posséda plus dans la réplique, et discourut presque sans ordre, jusqu'à ce que la parole lui manquât. Despence prit la place; de Saintes paria après lui, et comme tous deux ne disaient que la même chose, le cardinal levint à l'Eucharistie. Jl eût tiré alors un grand secours des docteurs luthériens qu'il avait mandés, s'ils eussent nu se rendre àPoissy; mais quoique la maladie les eût retenus à Paris, il n'embarrassa peu les calvinistes, quand il leur demanda s'ils voulaient signer l'article de la ■ onfession d'Augsbourg, où la matière de la Cène était expliquée ; car ils ménageaient les luthériens, et ils cachaient au peuple le plus qu'il leur était possible, la contrariété qui était entre eux. Aussi Bèze employa- t-il toute son adresse à éluder la proposition, tantôt en lui demandant qu'on lui rapportât cette confession tout entière, et non 'pas un seul article détaché du reste ; tantôt en demandant a son tour au cardinal si les catholiques voulaient la signer : mais le cardinal le pressait de déclarer ses sentiments particuliers; et comme la conférence se tournait en cris confus, sans qu'on pût presque s'entendre, on espéra de mieux réussir en donnant une nouvelle forme au colloque. On nomma des députés de part et d'autre, pour

~ser l'article de l'Eucharistie d'une manière dont on pût convenir; mais arrès

tucoup de propositions et de disputes, on •ve sépara sans rien faire.

Les ministres se vantèrent d'avoir triom- ! hé. C était en effet pour eux une espèce de ucloire d'avoir soutenu leur croyance dans

- ^semblée si solennelle, sans" qu'on pût

de s'en départir; mais ils ne se (tentèrent pas de cet avantage, ils publié- - • il qu ils avaient confondu les Catholiques :

r.e que leurs discours éloquents, leur cabale et l'amour de la nouveauté fit croire à beaucoup de monde. Il n'y eut que le roi de Navarre que la conférence dégoûta dvs calvinistes, parce qu'il reconnut les divisions qui étaient entre eux, et qui fut scandalisé de 1rs voir .si opposés aux luthériens qui, do leur aveu, avaient commencé la Réforme : tout le reste du parti devint plus insolent que jamais, et s'accroissait tous les jours.

La reine avait peine a se défendre dos reproches que lui taisaient tous les Catholiques d'avoir trahi la cause de la religion en la mettant en compromis; un Jésuite, envoyé au colloque par le cardi al d'Esté, légat en Fiance, lui avait dit en pleine assemblée qu'elle entreprenait sur les droits du Pape. Beaucoup de Catholiques zélés, qui voyaient favoriser les hérétiques, eurent secrètement recours au roi d'Espagne durant le temps du colloque. Un prêtre fut trouvé chargé d'une requête à ce prince, par laquelle ou le priait d'assister la religion trahie par la reine, et de prendre soin de la France, où l'hérésie devenait maîtresse sous le règne d'un enfant. Il allait en Espagne, où il devait se dire envoyé du clergé de Fiance; on crut qu'il était avoué de plusieurs docteurs, de quelques prélats et du cardinal de Lorraine. Quoi qu'il en soit, on n'osa jamais approfondir l'affaire à caase de ceux qui s'y trouvaient enveloppés, et on se contenta de châtier légèrement ce faux zélé.

Cependant le roi d'Espagne parlait hautement contre la reine, et parut si scandalisé des colloques qu'elle avait permis, qu'il fallut, pour se justifier, lui envoyer des ambassadeurs, qui eurent peine à avoir audience, tant il affectait de, paraître irrité. Enfin, ils furent reçus par l'entremise de la reine Isabelle; mais Philippe ne daigna pas les entretenir lui-même, les renvoya au duc d'Albe, qui parla durement contre la reine, et leur déclara que le roi d'Espagne, à la lin, serait obligé de donner aux bons Catholiques de France le secours qu'ils lui demandaient [tour exterminer l'hérésie.

Les ambassadeurs avaient ordre de parler de la restitution du royaume de Navarre; mais on se moqua de leurs demandes, et on dit qu'on écouterait le roi de Navarre, quand il aurait commencé la guerre aux hérétiques, à commencer par le prince de Coudé son frère, et par les Coligni ses bons amis. C'est ainsi que les Espagnols abusaient de la faiblesse du gouvernement de France, et lâchaient d'exciter la guerre civile dans le royaume. Les dispositions y étaient grandes, la reine s'était trop avancée avec l'amiral pour ne lui rien accorder, et le parti catholique, animé par les princes Lorrains, ne paraissait pas résolu à les souffrir.

Ence temps, Pie IV, pressé par les continuelles sollicitations de l'empersur et de la France, dans l'appréhension qu'il eut du concile national, dont on continuait de le menacer, publia sa buile pour recommencer

t\\ PART. XIL THEOL. HISTORIQUE.— II. IWbT. DE FRANCE. LiV. \V!I.

(".'lui du Trente. Elle fut reçue cm France de Béarn que (Je ce qui lui restait du nvec des sentiments fort différents. Le chan- royaume de Navarre çpieje Pape devait eelier, qui n'espérait pas que le concile de donner au roi son mari. D'Escars par i nié- Trente apportât de véritables remèdes aux rôt et l'évêque par simplicité, exagérai maux du royaume, pressait rassemblée du ces promesses. Le roi ne voulut point en- ( oncile national ; et quoique les protestants tendre parler de répudier sa femme, h cause fussent disposés à ne déférer ni à l'un ni à du tils qu'il en avait, jeune prince de l'autre, ils espéraient davantage d'un concile grande espérance et cher à son père; mais fait dans lo royaume, où ils auraient leur il était las de servir d'aponi aux prolesrabale, que dé celui ne toute l'Eglise. Au tants, dont aussi bien il n était le chef que contraire, les princes Lorrains empêchaient de nom, cl où son frère avait avec l'amiral de toutes leurs forces le concile national, ou le pouvoir effectif; il voyait môme que parce qu'ils le croyaient dangereux, ou d'être le chef d'un parti rebelle, pouvait parce qu'ils avaient le dessein de plaire à donner fondement a l'exclure de la cou- Rome. La commencèrent les deux partis ronne lui et sa famille : ces raisons et l'es- (Jes politiques et des Catholiques zélés : le pérance du royaume de Sardaigne le toupremier, soutenu parle chancelier, entrai- citaient, et, déjà aliéné des protestants, il riait tout le parlement; joint aux protestanis, entra dans les sentiments du duc de Guise. que le roi de Navarre favorisait, quoi qu'a- Le connétable et le maréchal de Saint-An vec moins d'ardeur qu'auparavant, il était entrèrent dans celle union, et tous ensans comparaison le plus fort. Le second, semble jurèrent de défendre le parti calhoplus fa'ible au dedans, lâcha de se faire ap- lique.

puyer par l'Espagne. Philippe, qui était uni La reine, qui vit leur accord, n'avait plus très-étroitement avec le Pape, entra aisé- d'espérance qu'aux huguenots : ils le sentiment dans le dessein de traverser le concile rent bientôt; et comme ils s'étaient déjà disnational, que toute la cour de Rome appré- posés à tout entreprendre, ils ne gardaient liendait. Il envoya en France Antoine de plus do mesures. Non conlenls de s'assem- Tol'ède, qui, étant mort en chemin, Jean Lier publiquement contre les défenses, ils Manrique lui fut donné pour succisseur. Il occupèrent les églises, ils en chassèrent les ne cessait d'exciter la reine à exterminer les Catholiques, ils en pillèrent les vases sacrés hérétiques, et la détournait du concile na- et les ornements. Au milieu de tantdedésorlional, par des raisons dont elle était satis- dres, le conseil de la reine était incertain : le faite, dans la crainte qu'elle avait qu'une si chancelier proposa d'assembler les députés de grande assemblée ne diminuât son autorité; tous les parlements, pour chercher, d'un mais elle n'osait répondre sur une affaire commun consentement, des remèdes a de si dont elle n'était pas maîtresse, il fallait au- grands maux. L'assemblée se tint à Sain tparavanl s'assurer du roi de Navarre. Le Germain, et presque tous les députés conduc de Guise, qui voyait qu'il commençait couraient à relâcher quelque chose de la rih se dégoûter des calvinistes, ne déses- gueur des premiers édits. péra pas de l'en détacher tout à fait; il en [1562] Les princes Lorrains, qui le prévidonna les moyens à l'ambassadeur d'Es- rent, et qui se crurent les plus forts, prinpagne. cipalement depuis qu'ils se sentaient ap- Ce roi était gouverné per deux personnes puyés du roi de Navarre, pour témoigner d'une humeur bien différente : l'un était davantage leurs mécontentements, se retirèévôquè d'Auxerre, homme affectionné à son rent de la cour ; le cardinal se rendit à Reims, maître et incapable d'ôtre corrompu, mais et le duc alla en Lorraine, tous deux résolus faible, crédule, ignorant et très-aisé à trom- de passer en Allemagne, où ils avaient lié per ; l'autre était d'Escars ; c'était un hom- une conférence avec le duc de Wirtemberg : me habile et entendu, mais attaché à ses in- leur dessein était d'empêcher ce prince et térêts, et ne cherchant que l'occasion de les autres luthériens d'assister les calvinisprotiler de sa faveur. Manrique les gagna les. Le lieu de leur entrevue fat choisi i tous deux par une conduite proportionnée Saverne, où le duc de Wirtemberg devait se à leurs inclinations : on n'épargna à d'Es- rendre sous d'autres prétextes, aussitôt que cars ni l'argent ni les promesses; pour lo ces deux princes y arriveraient. bon prélat, on lui disait qu'on donnerait au Durant ce temps on forma Ja résolution roi de Navarre le royaume de Sardaigne, de publier le nouvel édit qui cassait celui qu'on iui faisait abondant en toutes sortes de juillet, car les huguenots avaient la lide biens. On ajoutait que si ce prince vou- berté de s'assembler sans armes jour faire lait répudier sa femme, on lui ferait épouser leur prêche : les synodes et les consistoires la reine d'Ecosse, mariage que le duc de leur furent permis, à condition (pie les nia- Guise faisait extraorJinairement valoir, et gistrats des lieux y assisteraient; ils délie promettait rien moins à celui qui l'épou- vaient observer les fêles et restituer les serait que le royaume d'Angleterre. Le car- églises aux Catholiques, avec tout ce qu'ils dioal de Ferrare" entra dans celle négocia- y avaient enlevé, voilà ce que contenait ce lion, et promettait, de la part du Pape, de fameux édit de janvier, qui causa tant de déclarer Elisabeth, comme bâtarde et héré- troubles dans tout le royaume: le parlement lique, incapable de posséder ce royaume, de Paris refusa de le vérifier; il fallut jus- Une paceille déclaration devait .priver la sion sur jussion pour l'obliger aie recevoir, reine Jeanne d'Albret, tant de la principauté encore ajouta-t-il qu'il le faisait par le coin-

(»: l Niii s i.DMl'Li/lLS DE BOSSU ET.

menl oxprès du roi, n anière de prononcer qui marque une extrême répugnance » t 5 r la uouvelle n ligion.

Il lui aisé aux princes Lorrains déjuger

qu'un ( '■ qui passait avec une telle résis-

sisterail pas longtemps, ci pour

ni trouver d'obstacle au dessein qu'ils

cent de le renverser, ils pressèrent leur rec le duc de VYirtemberg : (ouïe

ir adresse consistai) à ne lui témoigner

une aversion pour les protestants d'AI- . :e. Le cardinal de Lorraine lui repré-

la ions les efli ils qu'il avait faits au colloque île Poissy , pour faire signer aux

vinisles la confession d'Augsbourg; il ui- • i qu'on n'en voulait eu France qu'à la religion zwinglienne, qui nourrissait des

iiis brouillons el séditieux, nés pour renverser les liais et (pie les luthériens n'avaient point d'intérêt de les soutenir, puis-

ils étaient si contraires à leur croyance, i e lac de Wirtemberg avait avec lui deux

leurs, ennemis des zwituliens, qui Irou-

vèrent les sentiments des princes Lorrains

sonnables, et le duc de Wirtem-

; romit de l'aire agréer, autant qu'il pourrait, a son parti, les propositions des deux frères, pourvu qu'ils n'empêchassent point la Réforme.

Au retour de la conférence, le cardinal do Lorraine retourna à Reims, et le duc de Cuise passa à sa maison deJoinville; le roi de Navarre ne l'y laissa pas longtemps. Dei uis qu'il s'était lié avec le duc de Guise et

- deux amis, i! affectait de n'être guère à la cour, et demeurait à Taris, où le peuple, ennemi des huguenots, était ravi de le voir

taché de ce parti. Jl crut avoir besoin du ■lue de Cube, pour s'affermir contre la i< ine ; il lui écrivit donc de revenir à Paris. i chemin était de passer par Vassi, petite ville auprès de Joiu ville, où les huguenots tenaient leur prêche avec un concours incroyable de tous les environs.

Antoinette de Bourbon, mère du duc et tante des princes de Bourbon, très-zélée pour la religion catholique, se plaignait souvent au duc des scandales que causait i ctle assemblée, et l'affaire lit tant de bruit

os sa maison, que ceux de sa suite, parmi

- |uels il y avait beaucoup de gens de guerre, passant' dans ce lieu, ne purent voir le prêche tranquillement : les 'huguenots n'étaient pas souffrants, et la querelle s'é- < bauffait, lorsque Anne, femme du duc, que sa mère Renée tic France, duchesse de Ferrare, avait élevée dans des sentiments favorables à la nouvelle religion, le pria d'apaiser le tumulte. En approchant du temple, i. fut frappé au visage d'un coup de pierre; quoique la blessure fût légère, le sang que mis gens virent couler les anima tellement, qu'ils blessèrent deux cents hommes et en laissèrent soixante morts sur la place, sans que le duc | Ci t y apporter aucun remède;

appela l' officiai de l'évêque, à qui il ht

de ce qu'il souffrait ces as-

. cis'élaclexr.usésurl'édit

lit que le (.lue mil la main

sur son c|m Y. avec protestation île s'en servir pour en empêcher l'effet.

Celle parole, soit fausse, soi l véritable, répandue par toute la France, lui regardée par les huguenots comme te signal de la guerre : le duc fit faire des informations par lesquelles le commencement de la sédition élait attribué aux prolestants, el il prit soin de l'écrire ainsi au duc de Wirtemberg. Mais le prince de Coudé et les huguenots faisaienl un bruit étrange à la cour; ils n'y parlaient que du massacre de Vassi, et le prince disait à la reine que si elle no voulait être cause d'une infinité do meurtres, elle devait défendre l'entrée de Paris à celui qui avait tant répandu de sang innocent et qui ne manquerait pas de porter encore le carnage dans cette grande ville.

Elle ne savait 5 quoi se résoudre ; mais l'union qu'elle voyait si étroite entre le roi de Navarre et le duc de Guise, la détermina à satisfaire le prince de Condé. Ainsi, après avoir écrit au roi de Navarre qu'il donnât ordre qu'il ne se fît rien à Paris au préjudice de l'autorité royale, elle fit défense au duc de Guise d'y aller, el lui manda de se rendre avec peu de monde à Monceaux, où élait la cour. Il était à Nanteuil, occupé à recevoir ses amis, qui y accouraient de toutes parts. 11 se servait de ce vain prétexte pour s'excuser d'aller à Monceaux, selon l'ordre de la reine. Elle ne fut pas mieux obéie par le maréchal de Saint-André, à qui elle commanda d'aller à Lyon* dont il élait gouverneur : il répondit qu'il ne pouvait quitter le roi dans de si grands besoins de l'Etat, et qu'il était plus nécessaire auprès de sa personne que dans son gouvernement.

Un peu après, la reine manda au duc de Guise qu'il ferait bien de se retirer dans son gouvernement de Dauphiné, pour ne point donner prétexte à la guerre civile, el que le roi le souhaitait ainsi ; mais le duc avait bien d'autres pensées dans l'esprit. Le connétable alla le prendre à Nanteuil avec le maréchal de Saint-André, pour l'amener à Paris, contre la défense de la reine. Il y fut reçu d'une manière qui sentait plus un souverain qu'un particulier; lout le peuple y accourut en faisant des cris semblables à ceux qu'on a accoutumé de faire a l'entrée des rois. Ce ne fut pas seulement le peuple qui lui rendit des honneurs extraordinaires; le prévôt des marchands et les échevins furent au-devant de lui et le haranguèrent. Ses ennemis remarquèrent qu'il entra par la porte ^aint-Denis, par laquelle les rois font leur entrée .solennelle au retour de leur sacre ; mais plus ils s'efforçaient de le décrier, plus le peuple de Paris publiait ses louanges. Le siège de Metz soutenu contre u:\ empereur toujours victorieux, la France sauvée après la bataille de Saint-Quentin, Calais enlevé aux Anglais, et les autres victoires de ce prince, élaient dans la bouche de tout le monde ; on regardait déjà les huguenot- abattus par sa valeur, et le roi qui

PART. XII. TJIEOL.

IIISÏOUIOLI

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