‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 51 sur 458 · II. IHSTOir... DE FRANCE. I.IV. MVI · texte numérisé non relu

II. IHSTOir... DE FRANCE. I.IV. MVI

les haïssait, croyait avoir besoin d'un tel défenseur contre le prince d'à Condé.

Ce prince était venu dans la ville pour y donner vigueur à son parti qui, quoique plus faible en nombre, ne laissait pas d'être redoutable par la hardiesse de ceux qui le soutenaient. L'amiral n'était pas alors auprès de lui ; aussitôt après le désordre de Yassi, lui et d'Andelot son frère étaient ailés ramasser leurs gens, et déjà on en avait avis i;ue leurs troupes n'étaient pas à mépriser. La cour alla à Melun où elle crut être plus en sûreté : la ville pouvait tenir quelques jours, et donner le loisir à l'un des partis de venir secourir la reine, si l'autre l'assiégeait; et d'ailleurs la commodité de la rivière lui facilitait les moyens de s'échapper quand elle serait pressée. Tous les jours il se tenait à Paris des conseils chez le connétable, où le roi de Navarre était logé ; là se réglaient les affaires d'Etat sans la participation de la reine : ils prenaient le nom de conseil royal.

Quoique le prince de Condé en fût exclu, i« était considéré à Paris à cause du maréchal de Montmorency, gouverneur de celte ville, qui était tout à fait dans ses intérêts; son père fut d'avis qu'on lui ôlât le gouvernement, qui fut donné au cardinal de Bourbon. On se préparait des deux côtés à la guerre, et tout semblait consister à se rendre maître de la personne du roi, parce que le parti où il serait déclarerait l'autre rebelle. Pour l'attirer à Paris, le roi de Navarre lit en sorte que le prévôt des marchands allât à Melun, pour représenter à la reine le besoin extrême qu'avait cette grande ville, d'être rassurée par sa présence contre le prince de Condé et les hérétiques; il demanda en même temps qu'on rendit au peuple des armes qu'on lui avait ôtées à l'occasion de quelque tumulte. La reine accorda ce dernier point, et lit espérer le retour du roi dans peu de temps. Cependant elle résolut de quitter Melun, où elle ne pouvait plus être sans donner trop de soupçon : elle amena le roi à Fontainebleau ; les Parisiens armés menaçaient tous les jours les huguenots, et' pour être encore plus forts, ils reçurent quinze cents hommes de garnison.

Le prince de Condé sentit alors qu'il n'y avait plus moyen de demeurer dans une ville si animée contre son parti ; mais afin que sa retraita ne parût point une fuite, il dit à son frère le cardinal de Bourbon, que, pour éviter les troubles qui se préparaient dans Paris, il était prêt à s'en retirer, pourvu que le roi de Navarre et les trois amis en sortissent en même temps : ils acceptèrent le parti, parce qu'ils étaient alors résolus d'aller à la cour, pour obliger la reine à retourner incontinent avec eux dans Paris. Us avaient déjà tenu divers conseils pour aviser ii ce qu'ils feraient de celte princesse, protectrice trop déclarée des huguenots, et le maréchal de Saint-André avait usé dire qu'il n'y avait qu'à la jeter dans la rivière. Les autres curent horreur de colla proposiliou, et la reins conserva Piuln sa vie beaucoup

de reconnaissance p iur le diw de G \\w. s'y était opposé ; nuis quoiqu'il dél<

une si étrange extrémité, il n'en fui p: moins d'avis de l'obliger de gré ou de force à ramener le roi à la ville capitale.

Pour exécuter ce dessein, le roi de Navarre al a à Fontainebleau, et les trois autres le suivirent. Us affectèrent d'y paraître bien accompagnés pour faire peur à la reine; car alors la garde était faible, et les troupes dépendaient moins d'elle que du roi de Navarre, du duc de Guise et du connétable. Lllo connut d'abord leur dessein, et dit elle-même au roi de Navarre qu'elle voyait bien qu'il était venu à la cour pour la forcer à régler ses conseils suivant les intérêts et les passions des particuliers, plutôt que selon le bien de l'Etat; que le service du roi demandait, non qu'où poussât les huguenots au désespoir, mais qu'on gagnât du temps pour laisser affermir l'autorité royale et ralentir la fureur de ces frénétiques ; que cette seule raison l'avait obligée à faire l'édit de janvier et à se tenir éloignée de Paris, où l'on aurait pris trop aisément contre eux des conseils extrêmes; que renverser cet édit, c'était les pousser à une rébellion manifeste, et que du moins il fallait le faire avec un peu de temps ; mais que rompre tout à coup, c'était vouloir ouvertement la guerre civile, qui n'était bonue qu'aux désespérés. Ces raisons louchaient déjà le roi de Navarre et le connétable; mais le duc de Cuise, plus habile et plus ferme , avait pris le dessus dans les conseils.

Aussitôt qu'ils se furent retirés d'auprès de la reine, il fit connaître au roi de Navarre que s'il ne se dépêchait de s'assurer du roi, iJ serait prévenu par le prince de Condé et par l'amiral. En effet, ce prince avait assemblé ses troupes à la Ferlé-sur-Marne, ville de son domaine, où il s'était retiré depuis sa sortie de Paris : son armée était petite, niais composée de braves gens. Outre la noblesse huguenote , d'Andelot lui avait attiré la fleur de l'infanterie française, ravie en celle occasion de suivre la 'fortune de son générai. La reine ne cessait de l'inviter à s'approcher de la cour avec ses troupes : il avait marché à Meaux, et de Jà , en tournoyant autour de Paris, pour voir s'il trouverait l'occasion de quelque surprise, u eiait venu à Saint-Cloud : Paris en prit l'épouvante, on courut aux armes; ut le prince n'osa approcher.

La reine cependant l'attendait toujours, résolue à se mettre entre ses mains, et, ce qui passe toute croyance, se déclarer huguenote , si elle eût trouvé le parti assez puissant; mais Dieu ne permit pas qu'un jeune roi innocent fût fait hérétique par une mère ambitieuse, ni (pie l'hérésie s'emparât du trône de Charlemagne et de saiut Louis. La reine interrogea ceux que le prince avait laissés autour d'elle; mais comme ils Ki trouvèrent peu instruite l\v.> forces el des desseins de leurs chefs, ils crurent qu'on les lui cachait à dessein , et leurs réponses ambiguës la laissèrent en suspens ; ainsi elle n'o-

v i p à Oi léans , où le

promettait de se rendre aisément le maître.

I - nés riant dan.» cel état, il lu t aisé au duc de Guise de raire voir au roi de Narai i e qu'il n'j avail plus de temps à i erdre. On tii mi dernier effort pour persuader la reine, en lui envoyant le maréchal de Saint- André, qui lâcha de lui faire peur du Pape et du roi d'Espagne. Comme ol le parut peu touchée de nés raisons, le roi de Navarre \int déclarer que la présence du roi était nécessaire à Paris; que le prévôt des marchands pressait extra rdinaireraent son iv-

r; ainsi , qu'elle pourrait faire ce qu'il lui

rail, mais que pour lui il allait amener le roi. Elle était accoutumée a plier son esprit Selon l"S événements; ainsi, sans pa i aître étonnée, elle dit au roi de Navarre que si le bien de l'Etat demandait que le roi allât à Paris, elle était prête à l'y mener. Cela oit, elle se prépara à monter a cheval avec

enfants (en ce temps on allait guère autrement); ce ne l'ut pas sans écrire au prince qu'elle était contrainte desuivre les triumvirs à Paris , et qu'elle espérait qu'il ne laisserait pas longtemps le roi et elle captifs entre les mains de leurs ennemis. Cette lettre lui coûta cher dans la suite, et donna lieu aux huguenots non-seulement de soulever toute la France, mais encore d'exciter les étrangers.

Cependant la cour partit de Fontainebleau, et on vit le jeune roi pleurer pendant le voyage, autant de dépit que de tristesse, tant la reine l'avait persuadé qu'on lui faisait tiolence. Quand le prince eut reçu sa lettre, il n'est pas* croyable combien il se reprocha à lui-même de s'être laissé prévenir par ses ennemis et tromper par une femme. 11 est pourtant véritable qu'elle n'avait pas tant eu dessein de le tromper, qu'ei.e était elle-même irrésolue, et le prince était averti par Soubise que cette princesse, incapable d'embrasser leur parti d'ellemême, ne serait pas lâchée d'y être déterminée par la force; mais il ne put se résoudre à lui faire cette violence. Pour réparer, le mieux qu'il pouvait, la faute qu'il avait faite, il résolut de se déclarer ouvertement et de marcher vers Oriéans, où il avait déjà envoyé d'Andelot. Les huguenots étaient puissants dans celte ville : Je gouverneur qui avait tenu une conduite ambiguë durant tout le temps que la reine avait paru incertaine, résolut ne suivre le parti pour lequel elle se déclarait.

Au milieu p'e tant d'irrésolutions, les hu- - • Dots, attentifs à profiter des conjonc tu i -, s'étaient mis en étal de se rendre maîtres à Orléans : le gouverneur n'eut pas

tôt vu la reine à Paris, qu'il songea à se précautionner contre eux , mais trop lard. A I arrivée de d'Andelot ils avaient pris de nouvelles forces , et il n'y avait nul doute que le prince n'y fui bientôt le maître, s'il se hâtai i de s y rendre. La reine l'amusa un peu de temps par des propositions spécieuses U accommodement, mais qui n'aboutirent à rien : et cependant, pour rassurer cette place,

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irince bu elle envoyait secrètemefot', p.ar d'autres che-

d'Ëslrées, gentilhomme huxuenol

mins,

mais [idèle au roi , et qui blâmait peux de sa religion qui soutenaient leur réforme eu prenant les armes : il eût rompu les mesures du prince, si celui-ci n'eut été dans le moine temps pressé par un courrier de d'Andelot , qui lui mandait qu'il perdait tout, s'il retardait d'un seul moment son arrivée.

Le prince partit aussitôt avec deux mille chevaux qui couraient à bride abattue, se renversant les uns sur les autres sans s'arrêter, et les passants, q li voyaient une lelle précipitation, les prenaient pour des insensés. Ils entrèrent plus tranquillement dans la ville, avertis a la porte que d'Andelot s'en était assuré. Ils permirent au gouverneur et a d'Eslrées de se retirer; et ainsi, ce parti, encore faible, acquit une place qui. par sa situation et son importance, devint le siège de la guerre, et l'aida a soulever toutes les autres. Le peuple de Paris n'eut pas plutôt su la résolution de la reine, qu'il attaqua les huguenots dans un temple où. ils étaient assemblés hors de la ville : il n'y eut point de sang répandu , mais ils connurent qu'il n'y avait point de sûreté pour eux dans Paris.

Le lendemain que le roi y fut arrivé, on tint conseil au Louvre, où l'on proposa la guerre contre le prince de Coudé. Le chancelier, qui voulut s'y opposer, fut maltraité par le connétable, qui lui dit qu'un homme de sa robe n'ava;t que faire dans de tels conseils, et qu'il n'entendait rien à la guerre ; mais que cependant ils savaient bien s'il la fallait faire ou non. Le chancelier se relira aussitôt, et ne reparut plus dans ces conseils, qui dans la suite ne furent composés que de quelquescréaturesuu roi de Navarre, et d'autres personnes alïidées au connétable et au duo de Guise. Le prince, de son côté, fit publier un manifeste pour montrer qu'il n'avait pris les armes que pour mettre le roi en liberté, pour maintenir l'édit de janvier, et pour empêcher qu'on ne détournât les sommes que les états avaient destinées à acquitter les dettes du royaume : il parlait respectueusement du roi son frère, et offrait de désarmer, pourvu que les trois ligués en fissent autant. Il écrivit en même temps aux Eglises prétendues réformées, pour les exhorter à le secourir d'hommes et d'argent, dans le dessein où il était de maintenir la pure religion et de leur assurer la liberté de conscience, que l'édit de janvier leur avait donnée : il fallut beaucoup exagérer la captivité du roi et de la reine# afin qu'on ne s'étonnât pas des ordres qu'on recevrait de la cour. Les lettres que la reine lui avait écrites, lui donnèrent le prétexte le plus spécieux qu'il pût avoir. Par le conseil du prince palatin qui se déclara pour lui , il en envoya des copies aux princes protestants , et remplit toute l'Allemagne des bruits d'une fausse ligue que les triumvirs avaient faite avec le Pape et le roi d'Espagne pour exterminer les protestants, la-

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