PART. XII. T1IE0L. HISTORIQUE. — II. IHST. DE FRANCE. L1V. XVII
le cardaient l'abandonnèrent; et d'Andelot, (jui ce jour-là avait encore la fièvre, empêcha le duc de Guise d'emporter les îles, d'où la perte de la ville s'en serait ensuivie. Les huguenots revinrent alors do la profonde tranquillité où les avait mis la trop bonne opinion qu'ils avaient de leurs troupes, et se défendirent dans la suite avec plus de précaution [1563]. Ils avaient besoin d'une extrême vigilance contre le prince qui les attaquait; toutes les nuits le duc de Guise visitait les quartiers, sans que personne on sût rien, qu'un petit nombre de gens dont il se faisait suivre; le soir il faisait semblant de se coueber, et se relevait aussitôt pour aller inconnu partout où il le croyait nécessaire. Une nuit il se trouva près de deux soldats, dont l'un s'emportait contre lui, jusqu'à dire qu'il était résolu de le tuer; il Je lit arrêter, et lui demanda quel mal il lui avait fait pour l'obliger à entreprendre contre sa vie : le soldat, qui était buguenot, lui répondit qu'il voulait délivrer son parti do son plus redoutable ennemi. Le duc, sans s'émouvoir, lui dit ces propres mots : Si ta religion t'obligea me tuer, la mienne m'oblige à te pardonner : il joignit les paroles aux elfets, et donna la liberté au soldat d'aller à l'armée de l'amiral, ou de demeurer dans la sienne, où il serait en pleine sûreté.
Ce soldai n'élait pas le seul qui eût conçu un tel dessein : Jean de Méré (qu'on appelait Poltrot), gentilbommebuguenot, domestique de Soubise, et l'un de ses confidents, s'était vanté plusieurs fois qu'il tuerait le duc de Guise. Aubcterre, ennemi juré de ce prince et de sa maison, l'avait donné à Soubise : son maître l'avait envoyé au lieu où se faisaient les négociations entre le duc de Nemours et des Adrets, pour lui rendre compte de ce qui s'y passerait. Là, en présence de plusieurs personnes des deux partis, comme on parlait de la mort du roi de Navarre, et de l'avantage qui en revenait aux huguenots, il reprit plusieurs fois que ce n'était pas eelui-là qui leur nuisait, et que c'était le duc de Guise dont il fallait se défaire; alors .se tenant le bras, il jura que jamais il ne mourrait que de cette main. Soubise l'avait QUÏ souvent tenir de pareils discours, qu'il faisait semblant de ne pas écouter, comme n'ayant rien de sérieux. Après la bataille de Dreux il l'envoya à l'amiral, sous prétexte île s'informer des particularités et des suites de cette action, et l'amiral lui donna ordre d'aller àOrléansauprèsded'Andelot : il obéit, et comme il vit la ville pressée, il vint se tendre au duc de Guise, en lui témoignant qu'il voulait quitter l'hérésie et la rébellion. Le duc, qui ne savait pas les mauvais desseins qu'il machinait contre lui, le reçut à bras ouverts, l'assura de son amitié, et lui donna la même liberté dans sa maison que s'il eût été son domestique : le traître le suivait partout, et observait tous les lieu* < ù il avait accoutumé d'aller : il remarqua que ce prince ne manquait pas toutes les nuiis de visiter le quartier de Porlereau, et de revenir par un petit bois accompagné
ordinairement d'un seul gentilhomme; il l'épia sur ce passage, dans un temps ou il jugeait qu'il se préparait à une attaque
nérale à laquelle les assiégés n'étaient pas en état de résister, et lui tira de six ou sept pas un coup de pistolet par derrière. Le due. dit au gentilhomme qui le suivait, que ce n'était rien, et continua son chemin. L'assassin, assuré de l'avoir blessé à mort, se sauva sur un coureur que l'amiral lui avait donné; mais après avoir tournoyé toute la nuit, il se trouva au matin près du lieu d'oii il était parti, et fut arrêté.
Les chirurgiens déclarèrent au duc que sa blessure était mortelle; aussitôt il se prépara à la mort en Chrétien ; il recommanda à sa femme d'élever leurs enfants dans la religion catholique, dans la piété et dans le service du roi ; il fit venir l'aîné, qui avait treize ans, cl l'exhorta à ne point chercher l'établissement de sa fortune, ni par une fausse réputation de valeur, ni par des cabales, ni par le moyen des femmes, qui étaient alors les voies ordinaires par lesquelles on s'élevait : il parla du massacre de Vassi avec beaucoup de regret, et jura qu'il en était innocent : il fit dire à la reine qu'il lui conseillait de faire la paix, et que c'était éire son ennemi et celui de l'Etat que de ne la pas souhaiter; il vécut cinq ou six jours, pendant lesquels on interrogea Poltrot en présence de la reine qui s'était approchée ducamp.il déclara qu'il avait entrepris ce. meurtre, sollicité par l'amiral, qui s'était servi de Bèze et d'un autre ministre qu'il ne nomma pas ; pour le confirmer dans son dessein, il dit beaucoup de particularités, et il avertit la reine de prendre garde à sa personne.
On crut que ie duc de Guise avait soupçonné l'amiral, Jorsqu'après avoir dit qu'il pardonnait à l'assassin, il ajouta: Et twus qui êtes l'auteur de l'attentat, je voua le pardonne aussi. Il expira dans ces sentiments. et après s'être signalé par tant de victoires, il laissa encore en mourant un exemple mémorable de piété et de constance. Il fut regretté de tout le parti catholique, excepté de la reine, à qui sa réputation et son autorité donnaient de l'ombrage ; elle témoigna pourtant qu'elle se souvenait du service qu'il lui avait rendu en empêchant les violents desseins que le maréchal de Saint- André avait eus contre elle. Celte considération, autant que celle des services qu'il avait rendus à la religion et à l'Etat, obligea la reine à conserver toutes ses charges et ses gouvernements à son tils.
Aussitôt après la blessure du duc, elle avait pensé à la paix, parce qu'elle ne voyait personne capable de soutenir les desseins de ce prince, outre que l'argent ne venait point des provinces occupées en partie par les rebelles, et que le royaume était en proie aux étrangers. La négociation commença par le désir qu'elle témoigna de voir la priiîcesse île Coudé; celui qu'avait la princess de délivrer son mari lui lit accepter la conférence ; là, aprèà quelques reproches qui
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lit la reine contre les emportements du prince, qui avait allumé 11 guerre civile en s'emparent d'Orli os, elle «.lit qu'elle n'avait
- perdu pour cela l'inclination qu'elle
\r lui, ' t tit entendre à la princesse
que -s'ii se remettait en son devoir, elle lui
un r la lieutenance générale de
Etat, avec la même autorité don! jouissait
le • • de Navarre. Li princesse se char-
i de faire la proposition! son mari qu'elle
i trouver dans m prison, et on résolut une entrevue entre la reine, le prince et le
nnétable, pour traiter de l'accommodement.
T.. 'pendant on lit le procès à Poltrot, qui •^ir le point d'être tenaillé, troublé de l'horreur de son supplice, varia dans ses réj :ises, mais pourtant accusa presque toujours l'amiral. Comme il était déjà attaché aux quatre chevaux qui le devaient démetubrer, il demanda encore à parler ; et non content d'avoir chargé de nouveau l'amiral, il ajouta que d'Andelot était du complot. One entreprise si noire attira d'autant plus de haine aux Huguenots, que la reine, un peu avant l'assassinat du duc de Guise, leur avait donné un exemple contraire, en renvoyant à d'Andelot un capitaine qui lui avait offert de lui soumettre Orléans en le tuant. il parut des apologies de l'amiral, de Soubise et de Bèze, qui ne servirent qu'à augmenter les soupçons qu'on avait contre eux, par la joie qu'ils témoignaient tous de la mort du duc de Guise, et par la contrariété des faits qu'ils avançaient pour se justifier.
Le public ne fut pas plus satisfait de la demande que fit l'amiral qu'on différât le supplice du coupable jusqu'à ce qu'il pût être confronté. On savait bien que jamais il ne conviendrait d'une juridiction où son procès lui fût fait, et cette discussion ne convenait pas avec les desseins de la reine, qui voulait la paix. Elle pensa se rompre oès la première conférence. La reine avait
éré que le connétable y apporterait beaucoup de facilité pour se tirer de prison, et par la même raison pour laquelle il avait fait si aisément celle de Château-Cambrésis; elle se trompa dans sa conjecture.
Le prince n'eut pas plutôt nommé l'édit de janvier, que le connétable s'emporta et contre l'édit et contre le chancelier qui l'avait fait, disant qu'il aimait mieux souffrir non-seulement mille prisons, mais mille morts, que de consentir à le rétablir. Le prince, qui n'osait se départir du moindre article de l'édit , répliqua avec la même force qu'il fallait donc se résoudre à une guerre éternelle : dans cette disposition la rupture était inévitable, si la reine, après avoir fait un signe secret au prince, n'eût dit que le connétable avait raison, et que l'édit ne pouvait passer en la forme où il • tait. Le prince vit bien que la reine avait voulu lui confirmer toutes ses promesses, pourvu qu'il consentit à quelque modification raisonnable; mais comme il avait affaire à un parti soupçonneux cl à des ministres
zélés jusqu'à l'emportement, il n'osa rien proposer de lui-même : conférer avec l'amiral cl avec ceux qui étaient en Normandie, ce n'était pas lo plus court moyen d'avancer la paix qu'il souhaitait; ils étaient trop tlattés des progrès qu'ils avaient faits dans cette province : il crut que ceux qui étaient assiégés dans Orléans seraient de meilleure composition, et il proposa à l-a reine de lui permettre d'y entrer, en lui offrant d'emmener avec elle le connétable ; la chose fut acceptée, le connétable suivit la reine, et le prince alla à Orléans.
Les ministres étaient ceux dont il se défiait le plus; et comme il n'espérait pas de les amener à son point, il usa avec eux d'un grand artifice : après les avoir assemblés, il leur demanda s'il pouvait en conscience, en cas qu'il ne pût pas obliger la reine à l'entière exécution de l'édit, écouter les propositions qu'elle aurait à faire pour y apporter quelque modification innocente qui pût mettre fin aux troubles de l'Etat. Il fut aisé de comprendre par ce discours qu'il avait dessein de se relâcher ; aussitôt ils se récrièrent contre les modifications, et répondirent qu'il fallait périr plutôt que d'en souffrir aucune. Le prince les assura qu'il n'engagerait point sa conscience dans une chose qu'il condamnerait ; mais il leur ordonna de délibérer plus amplement sur sa proposition. Ils firent une assemblée de soixantedouze personnes, où non contents de résoudre qu'il fallait soutenir jusqu'au moindre article de l'édit, ils demandaient qu'on leur fit justice de toutes les violences exercées contre eux, entre autres du massacre de Vassi, comme s'ils ne les avaient pas imitées ou surpassées; et ils faisaient des propositions si insolentes et si insupportables, qu'on n'eût pas dû les attendre eux, quand même ils eussent été victorieux. Le. prince sut profiter de leur insolence, et il fit voir à la noblesse que les ministres et les habitants des villes voulaient leur faire la loi.
Le prince, dans le peu de temps qu'il avait été avec la reine, reprit le goût des plaisirs de la cour; les belles dames dont cette princesse se faisait ordinairement accompagner, l'avaient touché; son ambition était flattée par les promesses qu'on lui faisait : à quelque prix que ce fût il voulait la paix, et parla si fortement à la noblesse, que tous d'un commun accord résolurent de n'écouter plus les ministres, qui voulaient les exposer à des périls dont ils étaient exempts. L'amiral n'eut pas plutôt entendu parler do's propositions de paix, qu'il partit de Normandie pour les venir rompre; il fut prévenu par la diligence de la reine, et il trouva la paix déjà signée. On accordait aux huguenots qui avaient la haute justice l'exercice public de leur religion dans leurs châteaux; les autres gentilshommes qui relevaient immédiatement du roi, l'avaient en particulier pour leur famille seulement ; en chaque bailliage on établissait un lieu d'exercice , ou dans quelque bourg, ou aux i'au-
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bourgs de quelque ville, el on le conservait dans les villes où ils en étaient en possession. La prévôté de Paris en était exceptée. L'amiral eut beau se plaindre que le prince s'attribuait trop d'autorité dans le parti, U fallut qu'il se rangeât à l'avis des autres. Un nouvel édit fut expédié à Aruboise le 19 de mars, et il portait expressément que le roi oubliait tout ce qui s'était passé.
On prévoyait de grandes difficultés du côté des parlements. Celui de Paris céda aux ordres absolus du roi, après plusieurs jussions réitérées; il fallut souffrir que le parlement de Toulouse y apportât encore d'autres restrictions; le parlement de Dijon refusa absolument de le publier. On interpréta par un autre édit que les terres qui relevaient des ecclésiastiques, ou qu'ils avaient depuis peu été obligés d'aliéner pour subvenir à la guerre, seraient exemptes de l'exercice de la nouvelle religion, et que tous ceux qui voudraient habiter dans la prévôté de Paris ne pourraient aller au pioche en quelque lieu que ce fût. Ainsi fut terminée la guerre civile. Le siège de Monlauban et celui de Grenoble, réitérés plusieurs fois, finirent avec elle, et on ne songeait plus qu'à ôter aux Anglais le Havrede-Grâco.
La reine Elisabeth prétendait retenir cette place au lieu de Calais qui, par le traité de Cateau-Cambrésis, devait être rendu aux Anglais après huit ans, si on ne lui payait de grandes sommes que l'épargne n'était point en état de fournir ; mais comme par le même traité il était porté que les deux nations demeureraient en paix durant ce temps, on prit en France pour une infraction le secours qu'Elisabeth avait donné aux rebelles, et les troupes qu'elle avait jetées dans le Havre. On lui envoya redemander cette place dans les formes : pendant qu'on négociait et qu'on faisait des préparatifs nécessaires pour le siège, la reine était occupée à gagner le prince de Condé : on ne lui refusait aucune chose ; non-seulement il eut pour lui le gouvernement de Picardie, mais encore il obtenait tout ce qu'il voulait pour ses amis. La reine lui faisait entendre que dans le renouvellement de leur amitié et de leur correspondance mutuelle tout lui était possible , pourvu qu'il ne s'exclût pas luimême des grâces en irritant les Catholiques. Comme elle craignait qu'il ne la pressât sur la lieutenance générale, qui lui avait été promise, elle savait lui insinuer qu'il fallait attendre le temps, et qu'elle aigrirait trop ceux qui étaient demeurés avec le roi, si, en sortant de la guerre civile, elle remettait tout l'état au chef du parti contraire; mais pour l'amuser ouïe gagner plus sûrement, il fallut encore y mêler l'amour. Il était devenu passi nnément amoureuxd'une • ies tilles d'honneur de la reine, qu'elle prenait soin d'instruire de ce qu'elle avait à faire pour engager son amant. La princesse de Condé, qui s'aperçut bientôt do cet amour, en fut outrée el mourut de déplaisir ; alors la reine pensa à faire le mariage du
prince avec sa nouvelle maîtresse. La maréchale de Saint-André conçut aussi le dossein de l'épouser; ni l'une ni l'autre ne réussit. La trop grande facilité de la demoiselle la rendit indigne d'épouser ce prince el la fit chasser de la cour : pour la maréchale, le prince reçut d'elle la belle terro de Valéry en Bourgogne, dont elle lui lit présent; mais il ne voulut jamais l'épouser; et quelque temps après, par les remontrances de l'amiral, qui lui reprochait ses débauches, peu convenables au chef d'un parti qui se disait réformé, il se maria avec une princesse de la maison deLongueville, à qui la cour fit un présent considérable en faveur de ce mariage ; mais, malgré tous ces artifices, la reine ne put jamais réussir à le détacher de l'amiral.
Colignietses frères demeuraient éloignés de la cour et de Paris, où le meurtre du duc de Guise les avait rendus extraordinairement odieux. Toute la maison de Lorraino vint en grand appareil se jeter aux pieds du roi et lui demander justice de l'amiral : Antoinette de Bourbon, mère du duc, et Anne d'Esté, sa veuve, menaient les trois fils de ce prince, Henri, duc de Guise, Louis, destiné à l'Eglise, et Charles, marquis de Mayenne: ces trois jeunes princes, réservés à donner un jour au monde un si grand spectacle, attiraient les yeux de toute la cour et de tout le peuple. Les Parisiens, qui déjà commençaient à attacher leur affection au duc de Guise, le suivaient en foule, et demandaient avec de grands cris la vengeance d'une mort si fâcheuse à toute la France; tous désignaient ouvertement l'amiral comme le meurtrier; mais le prince de Condé prit hautement son parti, répondit de son innocence, et soutint dans le conseil, et partout ailleurs, qu'on ne pouvait rien entreprendre contre lui sans violer l'édit do pacification : au reste, qu'il n'empêchait pas qu'on le poursuivît dans les formes devant les juges non suspects, mais qu'il déclarait à tous ceux qui voudraient l'attaquer par d'autres voies, qu'ils s'attaqueraient à lui-même, elqu'ii défendrait contre tout le monde un gentilhomme de mérite, qui avait si bien servi le roi et 1 Etat.
Le maréchal de Montmorency fit une pareille déclaration ; et quoiqu'il ajoutât qu'il saurait bien séparer la cause de la religion d'avec celle de son cousin, il ne laissa pas d'être soupçonné de favoriser les huguenots ; ce qui lui fit perdre non-seulement l'amour du peuple de Paris, dontjusqu'alors il avait été les délices, mais encore la plupari des amis qu'il avait parmi la noblesse catholique. La reine vit bien qu'entreprendre défaire le procès à l'amiral, c'était recommencer la guerre civile; ainsi elle fit évoquer l'affaire au roi, qui la renvoya au grand conseil, où l'on savait bien (pie le parlement ne la laisserait pas juger sans former de grands incidents.
Cependant la reine d'Angleterre ayant dit qu'elle ne rendrait pas le Havre, on lui déclara la guerre. Le maréchal do Brissac fat
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mmenoer le s , et lecootable le suivit qui nie jours «près; le Warwick défendait la place avec Iroit mille hommes; mais elle fiai battue .m de violence, qu'il ne tarda pas à < apituler ; comme il contestait sur quelques art clés, il aperçut un capitaine huguenot; étonné tio le voir, il lui demanda si les huguenots étaient au - ! le capitaine rendit que la paix étant faite entre les Prans se réunissaient tous contre l'étran- . En effet, tous les huguenots et même le prince de Condé, cour se délivrer de la baine d'avoir attiré les Anglais dans le royaume, agissaient an siège avec autant d'ardeur que les Catholiques. Cette réponse étourdit le gouverneur, qui se rendit le 27 de juillet; lé lendemain il parut un secours de di\-huit cents Anglais, qu'une flotte de soixante vaisseaux devait bientôt suivre.
La cour reçut la nouvelle d'un si heureux succès à Gaillon, où elles'élait avancée durant le siège. Ouand la reine vit les affaires paisibles au dedans et au dehors, elle sonà exécuter trois choses qu'elle méditait depuis longtemps : la première, d'augmenter la garde du roi, en Taisant un régiment d'infanterie composé des dix meilleurs enseignes des troupes françaises ; elle en donna Le commandement à Charry, homme renommé pour sa valeur, et qui s'était signalé dans les guerres de Piémont sous le maréchal de Brissac ; la seconde fut d'affermir le • redit du chancelier de l'Hôpital, sa créature, dont la sagesse, la probité et le grand savoir étaient nécessaires au conseil du roi; mais elle avait un troisième dessein, plus important que tous les autres, pour affermir l'aulorilé royale et se délivrer des importunités du prince de Condé, qui la pressait sur la lieulenance générale de l'Etat; il lui était d'une extrême conséquence d'avancer la majorité du roi.
11 venait d'entrer dans sa quatorzième année, à la fin de laquelle, selon l'ordonnance de Charles V, il devait être déclaré majeur; mais attendre une année, c'était un long terme parmi tant de semences de division. Dans cette importante conjoncture le chancelier lui donna uneinterprétation, qui depuis a toujours été suivie. Elle était fondée sur celle maxime de droit que dans les ses favorables, l'an commencé devait èlre I ris pour l'an révolu: sur ce fondement on ■ lut de déclarer le roi majeur. Mais il y avait encore deux grandes difficultés : on doutait que le | arlement de Paris pût être porté à reconnaître la majorité avant le terme; mais ce qui donnait le plus d'inquiétude à la reine, c'est que par les arrêts de ce i arlement, les édits de pacification no devaient durer que jusqu'à la majorité du roi, ce qui lui faisait appréhender de voir la t-rance replongée dans les guerres civiles. Le chancelier la tira encoredecet embarras, en lui disant que « L'autorité du roi n'était pas restreinte au parlement de Paris, » et ■; i il pouvait se feiredéclarer majeur en tel autre parlement qu'il lui plairait. On choisit
ni de Rouen, qui, Halle de la prérogative qu'on lui donnait no manqua pas d'entrer
dans Ions les sentiments de la cour.
Lo 17 août, le roi entradans ce parlement, accompagné de la reine sa mère et de tous les priuces du sang, même du jeune prince de Navarre, que la reine Jeanne avait envoyé à celte cérémonie, et dont la vivacité donnait beaucoup d'espérance. La séance fut magnifique : le jeune roi en fit l'ouverture par un discours qu'il prononça avec un agrément merveilleux, et avec une gravité peu ordinaire è son âge; il remercia Dieu de la grâce qu'il lui avait faite de mettre fin à la guerre civile, de reprendre le Havre et d'être parvenu à l'Age de majorité. Il remarqua avec force qu'on s'était donné la liberté de désobéir a la reine régente, sa mère; qu'il pardonnait le passé, mais qu'on prît garde à l'avenir à demeurer dans le devoir; qu'il voulait la paix et l'observation du dernier édit, jusqu'à ce que le concile de Trente eût décidé les matières; qu'il défendait d % prendre les armes et de faire aucun traité avec les étrangers. Il finit en promettant qu'il ferait rendre la justice avec beaucoup d'exactitude, et il exhorta tout lo monde h observer les lois. Le chancelier ensuite s'étendit sur les mêmes choses, et loua la sagesse du gouvernement de France,' qui, après avoir ôté toutes les difficultés qui pouvaient naître dans la succession, avait encore abrégé le temps de minorité, el remis le plus tôt qu'il était possible l'adminislion entre les mains du roi.
Quand la harangue fut finie, la reine s'approcha du trône du roi, et voulait se mettre à genoux pour se démettre entre ses mains du gouvernement de ï'Eial ; mais il la prévint, et lui dit en l'embrassant qu'il no recevrait sa démission, que dans l'espérance qu'elle lui continuerait ses bons conseils. Il reçut en même temps les hommages de tous les grands, qui lui prêtèrent le serment de fidélité. En cet ordre,' son frère le duc d'Orléans fut le premier, ensuite le prince de Navarre, le cardinal de Bourbon, le prince de Condé, le duc de Montpensier, le Dauphin d'Auvergne, son fils aîné, h: prince de la Roche-su r-Yon, les cardinaux de Châtillon et de Guise, le duc de Longueville, le connétable, le chancelier, les maréchaux de Brissac, de Montmorency et de Bourdillon, et le seigneur deBoissy, grandécuyer. On prévit que le parlement de Palis aurait de la peine à reconnaître la majorité déclarée au parlement de Rouen contre la coutume, et que sa résistance tiendrait la plupart des provinces en suspens. On envoya à Paris Louis de Saint-Gelais de Lansao, pour tirer le consentement de cette compagnie; mais au lieu do ce qu'on souhaitait, on ne reçut que des remontrances fondées sur ce que le parlement de Paris était le Yrai parlement du royaume, d'où tous les autres avaient été démembrés ; la cour des pairs, le lieu naturel de la séance des rois, où devaient se faire les grandes actions d'Etat. A cette plainte le parlement en
ji ignit oncorc une autre conlre l'édit publié en faveur dos huguenots : que c'était ouvrir la porte h toutes sortes de sectes, et renverser avec la religion les lois fondamentales de la monarchie.
Le jeune roi, instruit par sa mère, répondit qu'il suivait la coutume de ses ancêtres, en écoulant volontiers ce qu'ils avaient à lui remontrer; niais qu'après cela ils devaient aussi se mettre dans leur devoir en obéissant. A l'égard de sa majorité, qu'il était maître de la faire déclarer où il lui plairait; et pour les huguenots, qu'il ne leur avait rien accordé que pour le bien de son Etat, et de l'avis de la reine sa mère, des princes de son sang et de tout son conseil. Il ajouta qu'encore qu'il ne leur dût point rendre raison de ce qu'il faisait, il voulait bien leur faire entendre le témoignage de toute l'assistance.
Le cardinal de Bourbon, à qui il fit signe de parler, confirma ce que le roi venait de dire: tous les autres parlèrent de même, et le roi finit en leur disant qu'il avait bien voulu leur faira entendre les avis de son conseil ; mais que dorénavant il ne voulait plus qu'ils se mêlassent d'autres affaires (pie de celles des particuliers; qu'ils devaient se défaire de la vieille erreur où ils étaient, qu'ils fussent les tuteurs des rois, les défenseurs de l'Etat et les gardiens de la ville do Paris; qu'ils pouvaient députer, pour lui faire leurs remontrances, quand il leur enverrait des écJits à vérifier, mais qu'après ils s'accoutumassent à obéir sans réplique.
11 prononça ces paroles, principalement les dernières, avec un air de sévérité qui fit connaître qu'il serait dangereux de le fâcher, et même qu'il prenait plaisir à dire des choses dures. Mais le parlement, sans s'émouvoir, ne laissa pas de délibérer de ce qu'il y aurait h faire sur cette réponse; les avis furent partagés, les uns disant qu'il fallait obéir, et les autres qu'il fallait faire de nouvelles remontrances.
La reine fut avertie des cabales qui avaient causé celte diversité d'opinions ; et pour ne mettre pas plus longtemps l'autorité du roi en compromis, elle fit donner un arrêt du conseil d'Etat, qui portait que le parlement enregistrerait l'édit purement et simplement; que tous les officiers seraient obligés d'assister, à l'assemblée où se ferait l'enregistrement, sur peine d'interdiction, à moins que d'en être empêchés par maladie. Le roi leur faisait défense d'user à l'avenir de pareils délais après les premières remontrances, et ordonna que le dernier arrêt serait tiré des registres et déchiré, avec cornu andement au greffier de mettre en la piace l'arrêt du conseil.
A ce coup d'autorité suprême, il fallu t que le parlement cédât, et tout le royaume fut en paix. Les parlements intimidés suivirent l'exemple de celui de Paris; mais il se lit .".Toulouse, environ dans le même temps, une ligue de quelques seigneurs catholiques, à la tête desquels était le cardinal d'Armagnac, archi venue de cette ville. llss'urçi-
,— ll.HIST. DE FRANCE. LIT. XYJI.
rent tous ensemble pour la défense de la religion de leurs ancêtres conlre les sectaires rebelles. On ordonna qu'il ferait dans chaque
sénéchaussée un état de ceux qui étaient capables de porter les armes. Celle ligue fut communiquée au seigneur de Joyeuse, qui commandait dans la province, et au procureur général du parlement de Toulouse, qui en fit faire l'enregistrement sous le bon plaisir du roi. La reine n'osa s'opposer à celle union, quoique la conséquence en fût extrêmement dangereuse. En effet, elle servit de modèle h la grande ligue qui pensa depuis ruiner l'Etat : durant le calme qui suivit la paix, le chancelier s'occupa h faire des règlemenls utiles au bien du royaume. La maison de Lorraine crut devoir renouveler, au commencement de la majorité, les plaintes qu'elle avait faites contre l'amiral; mais la reine, en renvoyant l'affaire au parlement de Paris, fit ordonner par le roi une surséance de trois ans, qui mit la cour en repos. Ce repos fut un peu troublé par la querelle de d'Andelot et de Charri, mesire de camp du régiment des gardes. Celui-ci ne voulut point recevoir les ordres du premier, quoiqu'il fût colonel de l infanterie, disant qu'étant chargé de la garde de la personne du roi, il n'avait à répondre qu'au roi même; d'Andelot disait au contraire que le régiment des gardes non-seulement faisait partie de l'infanterie dont il était colonel, mais encore qu'il avait élé composé des compagnies qui étaient sous sa charge. L'affaire portée au conseil du roi, les opinions se trouvèrent différentes, et la reine ne voulut rien régler d'abord; mais d'Andelot, homme ardent et entreprenant, ayant regardé lui-même dans le Louvre si Charri avait des armes sous ses babils, celui-ci se plaignit si hautement de ce qu'on avait voulu le visilcr, que la reine ne put s'empêcher de faire une réprimande à d'Andelot; quoiqu'elle fût assez douce, il sentit bien que Charri était appuyé, et qu'on voulait le rendre indépendant. Aussitôt il résolut de le perdre; il aposta Chatelier qui avait eu autrefois querelle avec Charri, mais qui s'était depuis réconcilié avec lui; quelques-uns des chefs principaux du parti huguenot, entre autres Briesnaul et Mouvans se joignirent a. ce gentilhomme, et tous ensemble, suivis de quelques domestiques de l'amiral, assassinèrent Charri. Il parut que les Chàlillon voulaient faire voir qu'on ne pouvait les choquer impunément. L'amiral se trouva présent chez la reine, quand on y parla de cet assassinat, et ne changea jamais de couleur; mais d'Andelot, qui était présent aussi, tout audacieux qu'il était, fut déconcerté et prit un prétexte pour se retirer. La reine, outrée de leur insolence, sentit bien ce qu'elle avait à craindre d'eux, et tourna en haine implacable l'ancienne inclination qu'elle avait pour cette maison. Mais les temps l'obligeaient à dissimuler; elle donna la charge de Charri à Philippe Slros>i, son parent, (ils du maréchal de ce nom. Un peu après arriva la mort du maréchal de Brissac,
un des |>iu» estimés < ai itaines de son temps, ei celui qui étail en réputation de savoir le mieux la guerre, el de maintenir le mieux la discipline militaire Son bâton fui donne I Henri de Montmorency, qu'on nommait
Dam vil le.
Environ dans le même temps le concile ,l • Trente Bnit. On en tut peu conte ni en France; les Es| agnols j avaient été trop favorisés dans la prétention qu'ils avaient eue séance dans les congrégations particulières où se traitaient les affaires du concile. Les légats avaient bit donner une chaire hors de rang s l'ambassadeur d'Espagne, afin qu'il nefûl pas au-dessous de ceux de France. Le roi trouva mauvais que ses ambassadeurs l'eossenl souffert, et en fil faire ses plaintes au l\i| e, qui rejeta la l'auto sur nos ambassadeurs qu'il accusait de n'avoir pas su maintenir les droits de leur maître ; et pour montrer qu'il n'avait point eu de part à l'injure dont le roi se plaignait, il promit à de l'Ile, notre ambassadeur, qui était à Rome, de lui donner la préséance la première fois qu'il tiendrait chapelle. Il le fit en effet le jour de la Pentecôte, malgré les plaintes de l'ambassadeur d'Espagne, qui fit hautement et (ii présence du Pape une protestation rionseulemeut déraisonnable, mais encore injurieuse au Pape même. Le Pape, content d'avoir fait justice, crut qu'il fallait le laisser parler.
Les Espagnols n'ont pas accoutumé de se rebuter ni de lâcher prise pour les refus, ils (Tiiienl en cette occasion qu'à force d'importuner et de se plaindre, ils obtiendraient quelque chose; ainsi Vargas, leur ambassadeur, menaça de se retirer, et puis faisant semblant de s'adoucir, il fit dire au Pape que s'il ne donnait à Trente quelque satisfaction a son maître, il ferait taire les évêques es- I -i.nols qui portaient dans le concile l'autorité des évoques plus haut que Rome ne le voulait. Le Pape ne négligea pas cette occasion, mais il ne savait que faire en faveur des Espagnols qui, dans les conciles précédents, n'avaient jamais fait difficulté décéder à la France. Faire agir le concile de Trente autrement que n'avaient fait les autres conciles, c'était faire tort au concile même, et le Pape n'eût pu soutenir le reproche d'avoir dépouilléun roi pupilled'undroilqui n'avaitjamais été contesté à ses prédécesseurs; mais le désir qu'il avait de profiter de l'ambition des Espagnols, fit que, n'osant leur adjuger la préséance, il leur accorda l'égalité, il envoya à ses légats des ordres secrets, en vertu desquels tout le concile étant assemblé pour » nlendre la Messe solennelle le jour de saint Pierre, on vit tout d'un coup passer un fauteuil, qu'on plaça entre le deinier des cardinaux, ei le premier des patriarches, et en même temps le comte de Luna, ambassadeur d'Espagne, s'y vint asseoir. 11 n'avait point encore pris celte place ni aucune autre dans la session publique.
Le cardinal de Lorraine se plaignit de ce qu'on faisait de telles nouveautés sons l'avertir ; mais Ferrier, un de nos ambassa-
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dciirs, appela lo maître des cérémonies, en lui demandant raison de ce qu'il faisait; il apprit de lui ce qu'il avait encore à faire, qui éi.iit de préparer deux encensoirs et deux patènes, pour donner en même temps l'encens et la paix aux deux ambassadeurs. Co que dit alors Ferrier, non point contre les légats, qui n'étaient qu'exécuteurs , mais contre le Pape, qu'il n'appela plus qu'Ange Médequin, fut si extrême, (pie les légats, qui craignaient de l'échauffer davantage en lui répondant, trouvèrent plus à propos de faire semblant de ne pas l'entendre. Toute l'église fut en rumeur, la Messe fut interrompue, et entin nos ambassadeurs, de l'avis du cardinal de Lorraine, et par l'entremise de l'ambassadeur de Pologne, de peur de perdre tout à fait leur cause, convinrent pour cette fois qu'on ne donnerait ni encens ni paix.
Cette condescendance parut une lâcheté au conseil du roi; mais ce n'était pas le seul mécontentement qu'on y eût du Pape. Il avait donné charge à l'inquisition de citer à Rome et de juger jusqu'à déposition le cardinal de Châtillon avec quelques évêques do France qui avaient embrassé publiquement le calvinisme, el même l'évêque de Valence qui le favorisait, sans toutefois rompre la communion; le roi se plaignit de celte entreprise qui renversait les libertés de l'Eglise gallicane, selon lesquelles les évêques de France devaient être jugés premièrement dans leurs provinces, et en cas d'appel, par des commissaires du Pape pris sur les lieux. On se fâcha d'autant plus en France qu'ils fussent cités à Rome, qu'aucun sujet du roi ne le peut être; mais pendant que le roi se plaignait à Rome de cet attentat, il en apprit un plus grand.
Le Pape, qui avait fait citer les évoques, cita encore la reine de Navarre, sur peine, si elle ne comparaissait et ne renonçait à son hérésie, d'être privée de ses Etats. Cette injure ne fut pas seulement regardée en France comme faite à une reine , proche parente du roi et alliée de France, mais encore comme faite à la royauté. Durant que ces choses se passaient, le cardinal de Lorraine avait eu permission d'aller à Rome, où le Pape l'appelait pour le gagner ; nos ambassadeurs avaient reçu ordre de presser le concile, de délibérer sur les articles de la réformation , qu'ils avaient proposés delà part du roi, et de protester contre le concile en cas de refus. Ils le firent avec aigreur, et se retirèrent à Venise durant l'absence du cardinal, et à peu près dans le même temps quela reine de Navarre fut citée; mais les évêques de France eurent ordre de demeurer au concile, pour y procurer, lo plus qu'ils pourraient, la réformation de l'Eglise. Lo cardinal de Lorraine revint adouci par la promesse du Pape et le concile finit peu de temps après. On trouva mauvaisen France que ce cardinal , archevêque d'un grand siège, eût fait les proclamations que les diacres avaient accoutumé de faire dans les com iles précédents, et encore plus qu'il n'y