SI
eût compris le roi qu'en général avec tous les rois chrétiens. Ainsi finit le concile do Trente, où la doctrine catholique fut expliquée d'une manière aussi solide et aussi exacte qu'elle eut jamais été dans aucun concile, et où il se lit de si grandes choses pour la réformation, qu'il n'y fallait guère ajouter pour la rendre parfaite.
[1564] L'affaire des évoques ne fut pas poussée plus avant, et le désordre était si çrand qu'on ne put jamais convenir de la l'orme de les déposer, quoiqu'ils fussent ouvertement hérétiques, et quelques-uns mariés, contre les canons. Pour la citation de la reinede Navarre, elle ne fut pas seulement sursise à la poursuite de l'ambassadeur de France, mais encore entièrement supprimée. Au retour du concile, lecardinal de Lorraine en proposa la réception au conseil du roi : on ne faisait aucune difficulté de recevoir tout ce qui regardait la foi ; mais pour la réformation do la discipline, le chancelier s'y opposa avec tant d'ardeur, qu'il n'y eut pas moyen de lui résister. Le cardinal de Lorraine et lui s'emportèrent l'un eonlre l'autre dans le conseil, j.usqu'à des reproches personnels, qui obligèrent le roi à. leur imposer silence d'autorité. Depuis ce temps-là, le cardinal demeura toujours ennemi irréconciliable du chancelier ; il ne chercha que l'occasion de lui faire ôter les sceaux, et les choses trop fortes qu'il dit contre les Papes ne furent pas oubliées.
La reine, sollicitée non-seulement par le Pape, mais encore par le roi d'Espagne, de recevoir le concile, s'excusa par plusieurs raisons de le conseiller au roi, mais principalement par la peine que cette réception ferait aux huguenots, qu'elle obligerait à reprendre les armes. En Allemagne, l'empereur Ferdinand avait promis au Pape de l'aire recevoir le concile; mais il ne voulut pas hasarder la chose dans une diète où. les prolestants y auraient fait naître de trop fortes oppositions. Ainsi il se conlenta de réduire les princes et les villes catholiques à le recevoir en particulier, et il le reçut lui-même pour ses pays héréditaires ; mais comme il était persuadé que le concile n'avait pas pris les vrais moyens pour ramener les hérétiques, il commença une nouvelle négociation avec le Pape, if avait toujours cru que la plupart des luthériens reviendraient, si on accordait la communion sous les deux espèces et le mariage des prêtres; c'est pourquoi il avait fait de grandes instances pour obtenir du concile ces deux articles, et la France s'était jointe à lui pour le premier. Il est à croire que le concile y eût consenti, s'il en eût espéré le même fruit que l'empereur et la France s'en promettaient-
L'exemple du concile de Bâle où otî l'avait accordée aux Bohémiens, en reconnaissant toutefois qu'elle n'était pas nécessaire, faisait voir ce que l'on pouvait accorder aux Allemands; mais le concile soupçonna que l'esprit de contradiction qui régnait parmi les protestants les empêcherait de profiler
de cette condescendance, dont. au. contraire ils abuseraient pour faire croire an peuple ignorant que l'Eglise romain. ; aurait enfin reconnu son erreur et renoncé à son infaillibilité. C'est ce qui avait obligé le concile à remettre l'affaire au Pape, pour en user selon sa prudeneo et profiler des conjonctures. L'empereur, qui crut en avoir trouvé de favorables, pressa le Paped'accorder pour l'Allemagne la communion sous les d<"ix espèces, aux mêmes conditions qu'on avait accordées aux Bohémiens ; et le Pape, persuadé que les choses de discipline p uvaient être changées pour un plus grand bien de l'Eglise, y donna les mains. Quand l'empereur eut reçu le bref qui portait celle concession, il fit délibérer dans son conseil sur les moyens de s'en servir, et on trouva que les protestants étaient plus disposés à abuser qu'à profiter de ce remède, tellement que la chose demeura sans exécution.
Un peu après, Ferdinand tomba malade, et mourut sur la fin du mois de juillet. Maximilien II , son lils , renouvela ses instances pour le mariage des prêtres ; mais comme le concile n'y avait jamais voulu entendre, le Pape demeura ferme à le refuser. Pour le roi d'Espagne, il lit publier le concile par tous ses Etats, sans se mettre beaucoup eu peine s'il y serait observé; il voulait seulement contenter le Pape et obtenir quelque chose sur la prétention de la préséance avec la France. Le Pape lui fit connaître qu'il ne pouvait rien changer aux anciens ordres, et uepuis, les ambassadeurs d'Espagne ont toujours été obligés de céder la préséance aux nôtres.
Durant ce temps, la reine avait fait résoudre au conseil qu'on mènerait le roi par toutes les provinces du royaume, pour le faire voir au peuple et étouffer les principes des guerres civiles, qui ne paraissaient que trop grands par tout le royaume. Les huguenots n'étaient pas bien apaisés; et, comme les Catholiques les harcelaient de tous côtés, ils paraissaient disposés à reprendre les armes ; d'autre côté, plusieurs Catholiques trop ardents faisaient des ligues entre eux, et prenaient plaisir d'exagérer le grand zèle du roi d'Espagne pour défendre la pureté do la foi. Dans ces divers mouvements, rien ne paraissait plus nécessaire que de faire sentirau peuple l'autorité présente ; et d'ailleurs la minorité et les longues guerres civiles avaient causé beaucoup de désordres qu'il était bon de connaître, pour y remédier. A cela se joignit encore le dessein qu'avait la reine, de voir la reine d'Espagne sa lille, et peut-être, sous ce prétexte, de négocier quelque chose avec les Espagnols. Ainsi le voyage fut. résolu. Avant que de partir, t.i reine fit démolir le palais des Tournelles, en apparence pour ruiner une maison funeste au roi son mari; mais en e lie t parce que ses astrologues lui avaient prédit qu'il devait lui arriver à elle-même quelque funeste accident dans ce palais. C'était l'erreur du siècle, et la reine fondait souvent sa politique sous de vains présages.
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, par la Champagne i | i apprit .:i Troyes, la
il d'à rril, n du traité qui se né-
. ■ ■ i depuis quelques mois avec la reine i eth, i ;ir lequel les daui couronnes meoraienl «-m paix sans préjudice de leurs «ii- ta tifs, et l'on n'y fil aucune men-
n delà restitution de Calais. En passant . ! . \ la lin du mois de juillet , le roi lonna qu'on y bâtit un château pour coni nir cette ville qui avait donné tanl do i ine dans la dernière guerre. La peste obaaaa la coar de Lyon. Elle revint à Ro us- Ion, petite ville appartenant a la maison de Tournon, où le roi reçut des plaintes de tous les côtés du royaume, tant de la part C liquesquede celle (les protestants. i' r er il lit un édit, de l'avis du
chance ier, appelé i'édit du Roussillon, où, m interprétation de I'édit de pacification,, il lut dit que les prêches accordés à la noblesse seraient que pour chaque seigneur, pour sa maison et pour ses vassaux, que les huguenots ne pourraient s'assembler sous prélexte de tenir des synodes, ni faire aucune levée d'argent sur eux-mêmes, pour quelque raison que ce lût. Les moines et les prêtres apostats étaient obligés de quitter leurs femmes, et les religieuses mariées de se séparer de leurs maris, à peine des galè- - I iuir les uns, et de prison perpétuelle pour les autres, il y eut d"aulres règlements faits, env ron dans le même temps, qui n'étaient pas moins fâcheux aux huguenots : il leur était défendu de tenir des écoles , et on envoya des ordres par tout le royaume pour détruire les forteresses qu'ils avaient bâties dans les lieux où ils s'étaient rendus i s maîtres. On fit une citadelle à Orléans pour tenir cette ville en bride : par ces moyens le chancelier, qui empêchait qu'on ne les aliaquât ouvertement, les affaiblissait peu a peu, afin qu'ils ne pussent rien remuer.
Le prince de Condé et l'amiral étaient cependant retirés dans leurs maisons, où ils voyaient avec déplaisir ce qui se faisait contre leur parti. Il lut jugé à propos que le prince écrivit à la reine pour se plaindre «les infractions qui se faisaient à I'édit, et de la mort, disait-il, de plus de cent personnes que les Catholiques séditieux avaient tués en divers endroits du royaume, sans que !'on eût pu en avoir justice. Le roi lui répondit honnêtement, dans la crainte que les protestants ne prissent occasiun de son abxiice pour entreprendre quelque chose dans •es provinces d'où il. était éloigné ; mais alin de lui faire sentir qu'il avait affaire à son maître, il ajoutait qu'il ne croyait pas que •rince voulût régler ses volontés. Toutefois, pour faire cesser, autant qu'on pouvait, les plaintes des huguenots , le roi' publia un nouvel édit, où il déclarait qu'il voulait entretenir la paix, et défendait sous de grandes peines de la troubler; mais, quoi que pussent .lire les protestants, l'autorité du connétable empêcha qu'on ne leur fit aucune raison des mauvais traitements qu'ils
recevaient du maréchal Damville, en Languedoc. Ils n'étaient pas mieux traités en Guyenne, où le comte de Caudale avait assemblé dans sa maison de Cadillac les plus grands seigneurs du pays, entre autres Montluc, avec lesquels il s'était ligué contre les protestants : le maréchal de Bourdillon fut envoyé en ce pays pour empêcher la guerre de s'y rallumer. En effet, il calma d'abord un peu les choses ; mais, dans la suite, les protestants ne se plaignirent pas moins tie lui que du comte de Caudale. Le roi cependant continuait son voyage, et les neiges l'arrêtèrent quelques jours à Carcassonne, où il apprit la querelle qui s'était émue c» Paris entre le cardinal de Lorraine et le maréchal de Montmorency.
[15661 Dès le temps (pie ce cardinal était revenu du concile, il avait représenté au roi que la religion lui avait attiré une infinité d'ennemis; il demanda, sous ce prétexte, qu'il lui fût permis d'avoir des gardes. Le gouvernement était si faible, qu'on lui accorda une permission si contraire à l'autorité du roi et aux derniers édits, qui défondaientsi sévèiementàtous les particuliers de marcher armés. Durant le voyage do la cour, il était allé à son archevêché, ensuite à Join ville pour y visiter la duchesse, sa mère: de là ii revenait à Paris, avec un grand équipage et suivi de ses gardes. Le maréchal de Montmorency ne le voyait pas volontiers en cet état, surtout dans son gouvernement, croyant que le cardinal voulait le braver d'y entrer armé, sans lui montrer le pouvoir qu'il en avait; il alla au parlement, où il se plaignit qu'au préjudice des édits du roi, qui défendait d'aller en armes, quelques personnes s'attroupaient autour do Paris, et se faisaient accompagner de gens de guerre. 11 exhortait le parlement à faire ce qui dépendait de son ministère, et pour lui il déclara qu'il ferait sa charge. Il savait bien que c'était suffisamment avertir le cardinal, qui avait tant de créatures dans le parlement, et il espérait qu'il lui enverrait ses pouvoirs; mais le cardinal crut que ce sciait rabaisser la maison de Lorraine devant la maison de Montmorency, et s'obstina à n'en rien faire. Cependant, pour ne pas abu=ser des grAces du roi , durant son absence , en entrant trop accompagné dans Paris, il donna une partie de ses troupes au duc d'Aumale, son frère, et continua son chemin avec le reste; il rencontra le prévôt des maréchaux, qui lui ordonna de s'arrêter, et il se moqua de ses ordres; mais, étant déjà auprès des Saints-Innocents, il ne put résister au maréchal , qui le chargea cl mis ses gens en déroute, en sorte que le cardinal lut contraint de s'enfuir avec son neveu dans une hôtellerie, d'où il n'osa sortir qu'à la nuit.
11 y eut depuis de grandes négociations où le maréchal se soutint avec beaucoup de fierté, que les médiateurs dissimulaient Je plus qu'ils pouvaient au cardinal de Lorraine. Il fallut entin qu'il consentît qu'on portât, mais non de sa part, une copie de sa
PART. XII. TIIEOL. HISTORIQUE.— II. IlIST. DE FRANCK. LIV. XVII.
permission au maréchal, et il obtint, parce moyen, (Je pouvoir sortir tic Paris avec ses gardes ; mais le duc d'Aumale demeurant armé aux environs de cette ville, le maréchal lit venir l'amiral, qui, ayant pris sa séance dans le parlement , lui offrit son secours, comme s'il eût été un souverain. Les ordres de la cour vinrent, et les choses furent apaisées, sans que le roi blâmât ni l'un ni l'a u Ire.
En même temps un autre démêlé d'une nature bien différente partagea tous Jes esprits. Ce fut celui de l'Université et des Jésuites, que le recteur de l'Université voulut empêcher d'ouvrir leur collège dans Paris, L'affaire se plaida au parlement; on reprit dès l'origine l'institution de celte société, la blessure de saint Ignace de Loyola, gentilhomme navarrais, au siège de Pampelunc sous François Ie', sa conversion, ses éludes commencées à l'âge de trente ans dans l'Université de Paris, son dessein de foi-mer une compagnie pour l'instruction des peuples et la propagation de la foi, dans le temps (jue Luther commença son schisme, les grands fruits que tirent ses premiers compagnons au dedans et au dehors de la chrétienté, et principalement saint François Xavier, apôtre des Indes. Cette compagnie fut reçue en France, comme ont accoutumé les établissements extraordinaires, avec beaucoup de zèle d'un côlé et beaucoup de contradiction de l'autre. Guillaume Duprat, évêque de Clermont, (ils du chancelier, leur donna leeollége de Clermont; et l'Université s'y étant opposée, le parlement prit l'avis de l'évêque de Paris, et celui de la faculté de théologie : ils ne furent pas favojables, et l'affaire parut rompue; mais les Jésuites la reprirent du temps de François H, où la maison de Lorraine, qui les protégeait, élait toute-puissante.
On ne put pourtant obtenir que le parlement les reçût; mais , pour ne les pas condamner, il prit le parti de les renvoyer au concile général, qu'on parlait de recommencer, ou à l'assemblée de l'Eglise gallicane. Ils se servirent de l'occasion du colloque de Poissy, où tous les prélats étaient assemblés, pour se faire approuver : là, pour satisfaire à l'objection tirée de leurs privilèges, ils y renoncèrent; et, non contents de déclarer qu'ils se soumettaient aux évèques et à tous les ordres du royaume, ils promirent de n'avoir jamais recours à Rome pour se faire relever de leurs promesses et pour obtenir «Je nouvelles exemptions. Le cardinal de Tournoi» , touché de la doctrine et du zèle avec lequel ils combattaient les hérétiques, appuya leurs intérêts dans l'assemblée, où ils furent reçus aux conditions qu'ils proposaient, mais les oppositions et le crédit, tant de l'évêque de Paris que de l'Université, ayant relardé l'ouverture de leur collège, Paifaire traîna longtemps, et fut enfin plaidée, durant le voyage, avec une chaleur extraordinaire, par les deux plus fameux avocats du parlement , qui étaient, Etienne Pasquicr pour l'Université, et Jean Versoris
pour les Jésuih"*. Les conclusions du procureur général leur furent contraires; mais lu parlement, pour éviter de donner un arrêt absolument définitif, appointa l'affaire, et
cependant permit aux Jésuites de l'aire leurs leçons, qui élait ci; qu'ils demandaient. Rien ne leur servit tant que la haine que les hérétiques témoignaient pour eux; ils appelèrent à leur collège lànt d'habiles gens, et servirent si utilement le public, qu'on ne se repentit pas do la grâce qu'on leur avait faiie : la cour, qui élaii encore à Carcassonne, fut bien aise que le parlement leur eût donné satisfaction.
Le roi alla de là à Toulouse , où les états étaient mandés. Là, les frères du roi changèrent tle nom ; Alexandre, duc d'Anjou, fut appelé Henri; Hercule, duc d'Alençon , qu'on avait laissé à Vincennes durant le voyage , fut nommé François. On voulut leur faire quitter ces noms profanes et leur en donner d'autres auxquels les oreilles françaises fussent plus accoutumées. Les protestants renouvelèrent leurs plaintes contre -Monlluc, leur ennemi capital, qui dissipa tout par sa présence, et conduisit la cour à Bordeaux, où elle fut plus magnifiquent reçue qu'en aucune ville. La présence du roi n'obligea pas le parlement à vérifier une déclaration iavorable aux huguenots, apparemment aussi qu'on ne se soucia pas beaucoup de les appuyer; mais pour ne les pas fâcher tout à fait, on l'envoya la déclaration, contre la coutume, au gouverneur delà province, qui élait le prince de Navarre, dont l'autorité n'était guère considérable durant son bas âge. •
Le roi apprit à Bordeaux que la reine d'Espagne, sa sœur, qu'il avait lait inviter à venir sur la frontière, s'avançait vers Bayonne. Il partit en môme temps pour s'y rendre , et sur le chemin il intercepta les lettres du duc d'Aumale au marquis d'EIbeuf, son frère, où il paraissait que beaucoup de grands seigneurs, à la tête desquels était le duc de Monlpensier, s'étaient ligués contre les Montmorency et les Coligny. Le Roi paria dans son conseil avec beaucoup de menaces et d'autorité contre des cabales si préjudiciables à son service, il lit jurera tous les seigneurs qu'ils n'y entreraient jamais ; ce qui fut interprété à faiblesse, aussi bien que la précaution qu'on prit à leur faire signer leur déclaration, comme si l'autorité royale et le serinent de fidélité qu'ils avaient prêté n'étaient fias un lien assez ferme pour Jes attacher à leur devoir.
Quand le roi fut arrivé à Rayonne, il fit partir le duc d'Anjou pour aller au-devant de la reine d'Espagne, qu'il rencontra au delà de Saint-Sébastien, et qu'il accompagna dans celle place , où le duc d'Albe le joignit avec un équipage magnifique. On lit beaucoup de réflexions sur ce qu'un si grand minisire, et un si grand capitaine, le plus renommé qu'eût alors FEspagAe, avail été envoyé & une entrevue qui ne semblait être que d'amitié et de plaisir, et le prétexte d'apporter la toison d'or au roi, ne parut pas assez puissant pour y al-
m:i VUES COMPLETES DE BOSSUET.
tirer un nomme de cette imporlam e. La reine d'Espagne irrita vers le milieu du mois de juin sur les bords de la rivière; 1.1 reine, sa mère, l'avait passée en bateau, dans l'impatience |u'elle avait d'embrasser sa Bile. Pour le roi, >"n frère, elle le vil qui l'attendait en deçà, el il lui donna la main quand elle desceudilà terre. Elle entra dans Bayoni , environnée de Henri, due d'Anjou, son :v, el du cardinal de Bourbon. Tout le 9 de l'entrevue se passa en tournois, on i -uns el en danses; il n'y avait rien de plus magnifique que la cour de France; la ne avait témoigné qu'on ferait plaisir au i i , ; a Bile de paraître avec éclat. Elle fut blâmée d'avoir, par ce moyen, achevé de ruiner par des dépenses superflues la noblesse déjà épuisée par celles de la guerre, i g disait, au contraire, qu'il fallait soutenir la réputation du royaume, du moins par les apparences , puisque le fond manquait.
Le bruit de celle entrevue se répandit bientôt par toute l'Europe, et personne ne voulut croire qu'elle n'eût qu'un pur divertissement pour objet; au contraire, plus on y voyait de jeux et de plaisirs, plus on crut gu'ils cachaient quelque chose de sérieux. Les longues conférences que la reine Catherine avait en particulier avec le duc d'Albe, dans l'appartement de la reine, sa fille, où elle allait toutes les nuits après que le monde s'était retiré, firent juger qu'il se traitait quelque affaire très-importante. Les huguenots ne se trouvèrent point à l'entrevue, [trônant [tour prétexte que les Espagnols ne pourraient seulement souffrir leur vue. Mais leurs amis les avertissaient de ce qui se passait, et ils ne doutèrent point qu'on conjurât leur ruine : outre qu'ils étaient déjà dans la défiance, ils savaient que le roi (i Espagne ne les craignait pas moins que le roi de France.
Les troubles des Pays-Bas, dont leur religion était la cause principale, s'augmentaient de jour en jour. La haine que tous les ordres témoignaient [tour le cardinal de Granvelle avait obligé Philippe à le retirer de ces provinces, et sur ce que d< s factieux faisaient courir le bruit qu'il allait revenir bientôt, il avait été fait vice-roi de Naples. Les peuples ne s'apaisaient pas pour cela, et les rigueurs de l'inquisition avaient tellement porté les esprits à la révolte, qu'il était aisé de juger qu'on n'en viendrait à bout que par la force. Les Catholiques n'en avaient pas moins d'aversion que les huguenots : ils < alignaient que sous le prétexte de la religion, les Espagnols n'en voulussent à la liberté du pays. Le comte d'Egmont, un des principaux seigneurs catholiques, était à la cour d'Espagne, pour demander entre autres choses au nom des étals, que l'inquisition lût supprimée. Les huguenots de France, qui se servaient de ceux des Pays-Bas pour fomenter les troubles, voyaient bien l'intérêt qu'avaient les deux rois de s'unir contre un paiii qui leur était également odieux; et si celte raison les avait portés à finir une
grande guerre par la paix de Cateau Cambresis, il y avait bien plus d'apparence qii'i ls
s'uniraient dans un temps Ou ils n'avaient rien qui les aniinAl l'un contre l'autre.
Au sortir de la conférence, le roi vint à Tarbes où il donna audience à un envoyé du Grand Seigneur. On ne voulut point le recevoir durant l'entrevue, [tour ne point Irop donner à discourir aux Espagnols, surtout dans un temps où les Turcs faisaient de si grands efforts contre la chrétienté. Il y avait plus d'un mois que Soliman tenait Malle assiégée avec toutes les forces de sou empire. Le grand maître de la Valette la défendait avec autant de valeur que Pierre d Aubusson en avait autrefois montré à Rhodes. Il vint à Tarbes un courrier du duc de Lorraine, pour apprendre les volontés du roi sur la guerre, qu'on appelait cardinale. Le cardinal de Lorraine, évoque de Melz, avait assiégé dans Vie Salcède, sa créature, qui l'avait empêché de publier dans Melz des lettres de sauvegarde qu'il avait obtenues de l'empereur, parce qu'il prétendait que c'était offenser le roi d'avoir recours à 1 autorité impériale. Le duc d'Aumale vint au secours de son frère avec des troupes ; mais le duc de Lorraine ne voulut pas y joindre les siennes, jusqu'à ce qu'il sûl si le roi le trouverait bon. La cour n'approuva pas la conduite du cardinal; mais cependant Vie fut pris, et Salcède perdit tous ses biens.
En retournant vers Paris, le roi rétablit à Nérac l'exercice de la religion catholique, que la reine de Navarre en avait ôtô, et reçut à Angoulême une célèbre dépulation des huguenots, qui se plaignaient des contraventions qu'on faisait de tous côtés aux édils. Le cardinal de Lorraine était toujours le prétexte de leurs plaintes ; mais il n'était pas malaisé d'entendre à qui ils en voulaient, car ils menacèrent la cour presque ouvertement, et eurent l'audace de dire que si on les mettait au désespoir, on les contraindrai» de se porter à d'étranges extrémités.
Environ ce temps, on reçut l'avis de la levée du siège de Malte : le secours que le roi d'Espagne y envoya de Sicile vint si tard, qu'il fut inutile, et la délivrance de l'île ne fut due qu'à la seule valeur des chevaliers. Soliman, pour se venger de l'affront que ses armes avaient reçu, descendit en personne dans la Hongrie malgré son grand âge, et y mourut d'apoplexie pendant le siège de Sigest. On cacha sa mort aux soldais jusqu'à ce que la ville eût élé prise, et qu'on eût nouvelle que son fils Sélim avait été couronné à Conslantinople.
Le roi continuait son voyage, et recevait partout des plaintes des huguenots, qu'on payait de belles paroles. Quand le roi fut arrivé à Blois où il devait hiverner, il donna congé aux grands qui l'avaient suivi, avec ordre de se rendre, au commencement de l'année suivante, à Moulins, où il avait indiqué une assemblée solennelle pour remédier aux abus qu'il avait rema«rqués pendant son voyage, li passa l'hiver à Blois, < ù
PAUT. XII. THÉOL. HISTORIQUE. - II. HIST. DE FRANCE. I.IY. Wll.
il apprit, au mois de décembre, la mort du Pape Pie IV.
[15(56] Pie V, Jacobin, fut bientôt élu à sa place, homme de basse naissance, mais de grand mérite, qui gouverna les affaires de l'Eglise d'une manière bien différente de ses derniers prédécesseurs, et en qui on crut voir revivre la piété des anciens Papes : aussi avait-il été élevé au pontificat par les soins du cardinal Charles Borromée, neveu du Pape défunt, qui, après avoir donné un si saint Pape à l'Eglise, s'en alla travailler à son archevêché de Milan, où il fit voir par le zèle qu'il eut pour la discipline, et par les soins qu'il prit de son troupeau, que les derniers siècles avaient des évoques comparables à ceux des premiers temps.
Dans ce même temps ceux qui avaient ordre de se trouver à Moulins s'y rendaient de toutes parts. Tous les grands du royaume et les présidents les plus habiles de tous les parlements y étaient mandés; le roi y parla h son ordinaire avec beaucoup de grâce et de gravité. Le chancelier fit de grandes plaintes de la mauvaise administration delà justice, qu'il attribua à la multiplicité des lois ma) digérées et contraires entre elles, à la vénalité des offices et au nombre prodigieux des officiers qui étaient à charge à l'Etat en toutes façons. Pour remédier aux abus dont le mal était le plus apparent, on lit une ordonnance qui contenait 86 articles, qui, après quelques objections, (lassèrent d'un commun consentement; mais cette réformation n'était que le prétexte de l'assemblée : le véritable sujet était le dessein de réconcilier les chefs des partis, dont on craignait que les divisions ne rejetassent le royaume dans les guerres civiles.
Sipierre, gouverneur du roi, lui avait dit en mourant que la querelle des princes lorrains, des Montmorency et des Châtillon, deviendrait la querelle de tout l'Etat, si on ne se hâtait d'y remédier. Pour profiter de ce conseil, le roi fit venir d'un côté le cardinal de Lorraine et la veuve du feu duc do Guise, et de l'autre l'amiral avec ses frères, à qui il lit faire serment qu'il n'avait point eu de part à l'assassinat de ce prince. Sur cela le roi leur commanda d'oublier tout le passé, et fit embrasser le cardinal et l'amiral. Le jeune duc de Guise était présent, tout fier de la gloire qu'il avait acquise en Hongrie, où il venait de montrer beaucoup de valeur, et du crédit qu'il commençait à avoir en France parmi la noblesse et parmi les peuples. Comme il avait à peine seize ans, on le traita comme un enfant, quoiqu'il lût bien plus avancé qu'on n'a coutume de l'être à son âge. et on ne songea pas seulement à lui demander sa parole. Ainsi il fut simple spectateur de raccommodement, et se contenta d'y assister avec un air qui fil connaître qu'il ne se tenait pas obligé.
Les princes de sa maison ne furent pas fâchés de se réserver un moyen de reprendre une poursuite dont ils ne se désistaient qu'en apparence. Il fut plus aisé d'accommoder le cardinal de Lorraine avec le maréchal de
Montmorency, dont l'humeur sincère <'t généreuse no laissait craindre aucun déguisement. La duchesse de Guise crut avoir satisfait à ses devoirs par cel accommodement, et épousa le duc de Nemours, quoiqu'il eût déjà promis mariage à une fille de la maison de Ptohan. Mais comme elle était huguenote, elle ne fut point favorisée à la cour do France, et encore moins à la cour de Home, où elle fit des poursuites. Ainsi le prince le plus accompli qui fût-alors dans le royaume, posséda la princesse la plus spirituelle do son temps.
Après l'assemblée de Moulins, il se répandit un bruit que la reine avait eu dessein d'y attirer les chefs huguenots pour s'en défaire, et que ce qui l'avait empêchée d'éclater, c'est qu'ils n'y étaient pas tn assez grand nombre. Ce bruit eut pour fondement une parole du ducd'Albe, qui dit qu'il ne s'était rien exécuté à Moulins, parce que dans de telles entreprises il fallait prendre les gros saumons, et non les grenouilles. H est pourtant véritable que le prince do Condé et les Châtillon se trouvèrent à l'assemblée, sans qu'il parût rien contre eux; de sorte qu'il est vraisemblable que les huguenots inventèrent eux-mêmes ce discours pour disposer le parti à prendre les armes, ou que le duc d'Albe le dit exprès pour leur donner de la défiance. En eJfet, il est certain que les Espagnols n'oublièrent rien pour leur en inspirer; ils ne voulaient pas que la France fût en paix pendant que leurs affaires se brouillaient dans les Pays-Bas : Philippe n'avait rien voulu rabattre de la sévérité des édits, ni des rigueurs de l'inquisition.
Comme on n'espérait plus de remède par les remontrances, on songea à s'en garantir par la force. Neuf gentilshommes signèrent une ligue contre l'inquisition, qu'on faisait servir, disaient-ils, à envahir les biens des bons citoyens, sous prétexte de religion, et jurèrent de demeurer unis pour le service de Dieu et du roi, et pour la liberté du pays. Plusieurs autres se joignirent à eux ouvertement; mais les plus dangereux étaiei t ceux qui se tenaient cachés, du nombre desquels était le prince d'Orange mécontent depuis longtemps et ne méditant que des desseins de rébellion.
On vint dire à Marguerite, duchesse de Parme, qui, depuis le temps que Philippe s'était retiré en Espagne, était demeurée gouvernante des Pays Bas, que quatre cents gentilshommes venaient à Bruxelles pour lui présenter une requête. On trouva bon dans le conseil qu'elle leur donnât audience, pourvu qu'ils vinssent sans armes et avec respect : ils parurent aussitôt, ayant à ieur tète Henri de Brederode, gentilhomme bollandais, de la plus illustre maison de ce pays. La gouvernante répondit sur le sujet de l'inquisition, qu'elle avait été établie par l'empereur Charles V, son père, et qu'elle s'étonnait qu'on osât trouver a redire aux ordonnances d'ur. si grand prince. Elle ajouta toutefois, pour gagner du temps et
OEUVRI S COMPI : ils DE BOSSU ET.
xtrémité, qu'elle en é i irait i i roi, <it»nt il fallait attendre les
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festin que leur lit Brederode, se muent à
irir du nom qu'ils donneraient à leur
. i ^uiuo plusieurs proposaient des
ii, mi de la compagnie s'avisa .1 premiers fois qu'ils s'étaient présentés à la gouvernaule, les seigneurs qui liaient avaient dil par mépris que ut que des gueux. Ce mot de gueux i toute la compagnie, et tous s'écrieiranl à la modedu pays : '< Vivent u\ ! ■ Ce cri se répandit dans toute ; an peu après on les vit paraître arec des écuelles de bois cl une besace; ils i joignirent des bourdons do pèlerins, voulant Paire entendre à la gouvernante qu'ils étaient prêts à abandonner le pays, si elle leur faisait justice.
A rès s'être plaints souvent de ses longs sis, ils allèrent à Anvers, où Brederode lit accroire au peuple que les chevaliers de la Toison d'or s'étaient ligués avec eux. Quoique cela ne fût pas véritable, il n'en fallut pas davantage pour émouvoir une populace déjà disposée à la révolte. On reçut dans la ville toute sorte d'hérétiques : anabaptistes, luthériens, calvinistes; tous prêlient et taisaient la Cène à leur mode, niais les derniers étaient les plus forts, et il mêla des émissaires du prince de Condé et des Châlit Ion pour les animer. Ainsi ils se : irenl tout à coup à renverser les images, à piller les églises et à brûler les reliques. Cet exemple lut suivi en plusieurs villes, et la rébellion se répandait dans tout le pays. Le prince d'Orange, que la gouvernante avait envoyé à Anvers pour y commander, sur la promesse qu'il lit d'apaiser le peuplo qui le demandait, mit tin au pillage, et retint un peu les peuples dans le devoir; mais la gouvernante lut obligée de permettre le lie dans divers endroits.
On reçut réponse du roi, qui approuva la résolution qu'elle avait prise d'adoucir les ligueurs de l'inquisition. Celte condescendance, résolue trop lard, anima plutôt les rebelles qu'elle ne les apaisa, et il fallut en venir à la force contre Valenciennes. Celle ville, déclarée rebelle au conseil de la gouvernante, fut bloquée sur la lin du mois de décembre. Des troupes délacbées de devant la place, mirent Lille el Douai à la raison : Valenciennes n'était guère plus en état de résister; mais, au commencement de jan- \ier, il vint à la gouvernante des lettres ii'£spagne, où le roi témoignait que, puisqu'elle s'était engagée à faire ce siège, elle pouvait le continuer, doucement toutefois i t avec lenteur, parce qu'il était de sa clélice de ménager le sang de ses sujets ; qu'ainsi on lâchai plutôt de réduire Valenciennes par la crainte, que de la forcer ouvertement, el qu'on ne vînt a l'attaque qu'à l extrémité. La gouvernante fut souvent emban par ces contre-temps du conseil
d'Espagne; mais elle rectifiait tout par sa présence. Après qu'elle cul donné, suivant
re^ cidre», quelques délais aux rebelles,
qui profitèrent de sa patience pour s'affermir, elle lil battre la place; ils capitulèrent dès le premier jour, et se rendirent enfin il
discrétion : leurs privilèges leur furent Atés, et trente-six des plus coupables, condamnés à mort, s'en sauvèrent par la fuite. Ceux de Maastricht) étonnés de c.o bon succès, ouvrirent leurs portes; Bolduc suivit cet exemple, et Anvers même fut obligé de s'abandonner a. la discrétion de la gouvernante.
[1567] Le prime d'Orange, désespéré, avait quille le pays depuis quelques jours, et attendait en Allemagne une conjoncture plus favorable ci ses desseins ambitieux. Ainsi tout obéit à la gouvernante. Elle réserva au roi le châtiment et le pardon, contente d'obliger les villes rebelles à recevoir garnison, et à payer l'argent qu'elle exigea pour la subsistance des troupes. Cela fait, elle pressa le roi, comme elle avait toujours fait, niais plus vivement que jamais, de venir donner le repos à ses provinces, au moins de lui envoyer un plein pouvoir de mettre fin aux affaires, ou en châtiant ou en pardonnant. Sur celle proposition, les avis furent différents au conseil d'Espagne; celui du ducd'Albe, plus conforme à l'humeur du roi et à la politique d'Espagne, remporta, il soutenait que le repos procuré par Ja gouvernante n'était qu'un amusement; que la rébellion, comme un feu couvert sous la cendre, se rallumerait bientôt plus violente que jamais, et qu'elle ne serailjamais éteinte que par la rigueur et par le sang des rebelles. Les principaux du conseil, et entre autres le confesseur du roi, représentèrent en vain que les rigueurs ne feraient qu'aigrir et [tousser à l'extrémité un peuple qui s'était remis à son devoir. Philippe avait pris sa résolution ; il déclara qu'il voulait aller luimême aux Pays-Bas, el faire marcher devant lui le duc d'Albe avec une puissante armée. En effet, il fit amasser des troupes de toutes parts, et le duc se prépara à partir; mais le roi, qui ne voulait qu'amuser les peuples, ne songeail guère à le suivre.
Ce grand armement du duc d'Albe fit tomber les huguenots de France, qui étaient déjà en inquiétude. Il passait pour constant que les deux rois étaient convenus à Bayonne de s'unir contre eux . ils crurent voir l'effet de celte union dans les grands apprêts que faisait le roi d Espagne pour les Pays-Bas, et ils songeaient à se procurer du secours de tous côlés. La reine d'Anglelerre , autrefois leur protectrice, élait irritée contre eux depuis le siège du Havre ; mais ils crurent que son intérêt l'emporterait sur son ressentiment, ils ne se trompèrent pas dans leur pensée ; elle résolut de les assister, mais elle ne s'ouvrit point d'abord : elle envoya seulement des ambassadeurs pour redemander Calais, en venu du traité fait avec Henri IL On traiia leur demande d'insolence, et ou s'étonnait que les Anglais, après avoir fait la guerre au roi en faveur des rebellés, osassent perler d'un traité qui les obligeait ù vivre en paix avec la France. Elisabeth