PART. XII. THEOL. HISTORIQUE. - 11. HIST. I>F FRANCK. I.IV XVII
s'étant attendue a colle réponse, cl ne voulant point encore se déclarer, se contenta d'appeler auprès d'elle le cardinal de ChAlillon pour tenir la cour de France en jalousie, et entretenir les huguenots dans l'espérance de sa protection.
Au milieu de ces affaires, il était venu un ambassadeur de la part ds Marie S tu art, reine d'Ecosse. Celle malheureuse princesse avait eu de continuelles traverses depuis qu'elle élail dnns son royaume : sa conduite avait augmenté la haine que ses sujets, pour la plupart hérétiques, avaient déjà pour sa religion : comme elle était accoutumée a la magnificence de la cour de France, elle faisait des dépenses que la pauvreté de son royaume ne pouvait souffrir-. Pour diminuer le crédit de Jacques, comte do Murray, son frère bâiard, chef des calvinistes, elle épousa Henri Sluart, son parent, qu'elle fit couronner roi ; mais elle le méprisa bientôt après, et éleva si haut un musicien, que non-seulement les grands du royaume , mais le roi lui-même en devint jaloux : il lui fil tuer à ses yeux son musicien, qui était devenu son secrétaire et son principal ministre. Elle fit semblant de lui pardonner; mais, quelque temps après, ce jeune roi fut étranglé dans son lit, et la chambre où il couchait saula en môme temps par une mine. Le comte de Bollrwelfut l'auteur de cet attentat, et incontinent après, il osa demander la reine en mariage; elle se. laissa forcer à l'épouser, après qu'il eut élé justifié presque sans procédures. On connut assez que la reine ne haïssait pas ce meurtrier : la haine de ses snjels s accrut sans mesure, et on se moqua en France de l'ambassade qu'elle envoya pour justifier sa conduite.
Le duc d'Alhe partit d'Espagne et fit passer ses troupes dans les Pays-Bas, par la Suisse, par la Franche- Comté et par la Lorraine. Ce ne fut pas sans donner beaucoup de jalousie à Genève et aux autres pays qu'il côtoyait ; mais il passait si vite, qu'il dissipa bientôt leur crainte : celie des huguenots de France était extrême, quand ils virent approcher dix mille hommes des meilleures troupes d'Espagne sous un général si renommé. Le prince de Condé représenta à la reine qu'elle devait armer, de son côlé, et ne pas laisser le royaume dépourvu ; son dessein était d'obtenir le commandement des armées, et de se faire déclarer lieutenantgénéral, comme la reine le lui avait promis autrefois. Elle fit semblant de profiter de ses avis, et en même temps, on donna ordre de faire des levées par tout le royaume et d'amener six mille Suisses. Le prince poursuivait sa pointe, et, pour parvenir à la charge qu'il demandait, il obtint le consentement du connétable, qui le lui accorda, soit qu'il crût que la reine s'opposeraitassezaux desseinsdu prince, soit qu'il cédât aux imporlunités de son fils, le maréchal de Montmorency, et de ses neveux de Châtillon, qui commençaient à regagner ses bonnes grâces.
La reine, étonnéequ'un homme si jaloux de son autorité eût donné les mains à une propo-
OîllVUES COMPL. DE BOSSUET. XI.
si lion si désavantageuse à snclinrgf», netrouva rien à opposer au prince que le duc d'Anjou, second fils de France. QuelquejenM qu'il il montrait beaucoup de courage, et, p doux que le roi, son frère, il gagnait déjà tous les cœurs. La reine, sa mère, le piqua d'honneur, en lui disant qu'il était temps qu'il commençai à acquérir de la gloire par les aimes, et que le prince de Coudé, qui demandait le commandement des armées, lui allait ôler tous les moyens de signaler son courage. Il n'en fallut pas davantage pour réveiller le jeune duc. 11 devait un soir, à un festin, tirer à part le prince de Condé, lui parler avec vivacité, laisser échapper tout liant des paroles de menaces et de hauteur. Le prince fit paraître une contenance pleine de respect et de soumission. Il s'agissait de la charge que le duc lui déclarait qu'il voulait avoir, et qu'il saurait bien se venger du prince s'il avait l'audace de la prétendre. La fierté du prince de Condé souffrit beaucoup dans cet enlrelien; il sentit bientôt d'où lui venait le coup, et après avoir promis au duc tout ce qu'il voulut, il sortit plein de fureur contre la reine : il ne demeura à la cour qu'autant qu' il fallait pour cacher son indignation ; il alla ensuite à Noyers, et l'amiral se relira chez lui. après avoir rempli toute la cour des plaintes qu'il faisait des injustices que les huguenots avaient à souffrir.
Cependant le duc d'Albe arriva dans les Pays-Bas, il présenta ses lettres à la gouvernante sur la fin d'août ; elle vit bien qu'il n'y avait plus rien à faire pour elle dans ces provinces, et que le duc y allait avoir toute l'autorité; elle écrivit pourtant au roi son frère sans se plaindre, et se contenta de lui marquer doucement, comme elle avait toujours fait, qu'elle craignait que l'appréhension d'un si grand armement ne poussât les peuples au désespoir.
Le prince et l'amiral crurent qu'ils allaient voir éclater quelque chose de funeste contre leur parti; les avis qu'ils recevaient de la cour les confirmaient dans cette pensée : ils assemblèrent leurs amis, et après qu'on eut proposé divers conseils, d'Andelot, bien concerté avec le prince et l'amiral, dit qu'ils avaient toujours perdu toutes leurs affaires pour n'avoir jamais été à la source du mal : que dans la dernière guerre, si, au lieu de s'emparer d'Orléans, ils s'étaient saisis de la personne du roi, ils seraient demeurés les maîtres et ne se verraient pas à la veille d'être opprimés; qu'ainsi il no, fallait plus retomber dans la même faute, à moins que de vouloir périr sans ressource. Tout le monde futde son avis. La cour étant à Monceaux peu accompagnée , il leur étail aisé d'assembler promptement quinze cenls chevaux avec lesquels ils espéraient de surprendre le roi. On se moqua des scrupules de la Noue, qui remontrait que c'était décré.iiu r leur religion que de la défendre par de telles voies.
Le renflez-vous fut donné pour le 2,8 doseptembre à Kosoy en Brie, assez près Monceaux, cl tous leurs gens s'y rendirent
H.l Mil S COMPLETES DE BOSSUET.
en grand secret par divers chemins. La reine
n'. .ii aucun avis de celle entreprise, i le se
ait, a la vérité, des huguenots , el prin-
ileuienl de l'amiral, dont elle connaissait les dess< os profonds el artificieux; ainsi e] e sait observer; el un peu avant le
jour du rendea-vous, comme elle avait eu la «enl qu'il se tramait. quelque chose, elle lui avait envoyé un homme de confiance à sur-Loing, OÙ il était : il le trouva grimpé sur un arbre qu'il ébranchait, la ,' ., .1 main, avec une vieille rasaaue
: il il était révolu. Il ne pat croire qu un homme qui paraissait si tranquille et si oecu| c des innocents travaux de la vie champêtre, méditât rien d'important ni de dan-
eux, et le rapport qu'il lit à la reine lui nui l'esprit absolument en repos.
i atte princesse fut sans crainte jusqu'au \ Lngl-huitième de septembre, qu'on lui vint dire, de tous côtés et en grande hâte, qu'une grosse troupe de cavaliers armés s'avançait par le chemin de Rosoy. Elle ne douta point que ce ne fût les huguenots ; et la première chose qu'elle fit, fut d'aller promptement à Meaux, où la rour serait plus à couvert de l'insulte. Là, comme il vint des avis certains que le prince et l'amiral commandaient ces troupes, el qu'ils marchaient en bon ordre vers le lieu où -était le roi, on envoya, pour les amuser, le maréchal de Montmorency, leur ami particulier, pendant qu'on délibérait de ce qu'il y avait à faire. Par bonheur, les six mille Suisses, nouvellement levés,, retournaient de dessus la frontière, où on It-s avait envoyés pour observer la marche du duc. d'Albe. et ils venaient d'arriver à Meaux fatigués d'une longue marche.
Le connétable était d'avis qu'il fallait demeurer en t elle ville, où l'on pouvait aisément se défendre avec ce secours en attendant qu'on mandai le reste des troupes. Le chancelier appuya cetle opinion de toute sa force, et ne voulait pas qu'on exposât le roi à èlre attaqué par ses sujets, prévoyant qu'après ce malheur la coière d'un prince si lier et la fureur des rebelles n'auraient point de bornes. Les autres trouvaient dangereux de renfermer le roi dans une place si faible et si dépourvue, qu'on verrait tout d'un coup environnée de tout le parti huguenot, et concluaient qu'il fallait aller à Paris, où l'on n'aurait rien à craindre.
Lareine, d'abord résolue àdemeurer, changea d'avis, el le duc de Nemours, auteur du conseil, eut charge d'aller dire aux Suisses que le roi leur faisait l'honneur de se remefre entre leurs mains, mais qu'il fallait partir sur l'heure. A celte proposition personne ne se trouva las; les Suisses, trop heureux de sauver le roi et la reine dans un si grand péril, furent prêts en deux ou trois heures; ils formèrent un gros bataillon. Le roi et la reine, avec le conseil , les dames et tout ce qu'il v avait de personnes incapables de porter les armes, furent placés au milieu ; le chancelier s'y rangea avec les autres, déplorant le sorl de la France, et un dessein qui allait porier les affaires ù l'extrémité de
part el d'autre; on marcha en cet équipage sous les ordres du connétable, trois ou quatre heures de nuit, el à la pointe du jour le bataillon se trouva à quatre lieues de Meaux Sans que l'ennemi parût.
Le maréchal de Montmorency avait occupé longtemps le prince de Condé et l'amiral, leur représentant tantôt l'indignité, tantôt les inconvénients de leur entreprise, leur proposant des expédients, les pressant à en proposer, appelant à son secours tantôt la prudence de l'amiral, qui s'engageait à un dessein impossible, tantôt le bon cœur et la fidélité du prince qui commettait un tel attentat contre la majesté royale, lui que sa naissance obligeait à en être le défenseur. Pendant qu'ils se défendaient sur les violences et les arlilices dont on usait envers eux, sur les infractions des édils, sur les manquements de paroles, et le peu de sûreté qu'il y avait pour eux à négocier, iis apprirent que le roi était en chemin, et ne l'atteignirent qu'au moment que le jour venait de paraître; ils s'avancèrent pour couper le bataillon, sous prétexte de vouloir parler au roi et lui présenter une requête. On leur répondit fièrement que ce n'en élait ni le lieu ni le temps, et on les remit à Paris, en même temps ils virent les Suisses baiser la terre, action par laquelle ils commencent ordinairement le combat, comme pour demander pardon à Dieu. Ils se relevèrent aussitôt, présentèrent les armes avec une contenance qui fit perdre au prince et à l'amiral l'espérance de les forcer, de sorte qu'ils se mirent à suivre en queue le bataillon, afin de profiter du premier désordre. Le connétable vit leur dessein, et, pour mettre en sûreté le roi et la reine, il délacha deux cents chevaux qui se trouvèrent à la suite de la cour, avec lesquels il les fit partir, pendant qu'il amusait à la queue les ennemis par des escarmouches; ainsi le roi arriva le soir à Paris sans avoir mangé, piqué au vif d'avoir été obligé de fuir devant ses sujets , et plein d'une fureur implacable contre-ceux qui lui faisaient un tel affront. Les huguenots tournaient inutilement de tous côtés pour lâcher d'ouvrir le bataillon, quand tout à coup on vint dire au prince que le roi avait pris le devant.
Il cessa de poursuivre les Suisse» quand ii vit sa proie échappée; mais il espéra la revoir bientôt par une aune voie. 11 écrivit dans toutes les provinces; Je monde commençait à lui venir, et tout faible qu'il élait encore, il conçut le hardi dessein d'affamer Paris : il se saisit de Saint-Denis au commencement du mois d'octobre; il brûla tous les moulins qui étaient aulour de la ville, et occupa autant qu'il le put les passages de la rivière. La reine eut recours aux négocialions ; le prince et les autres chefs, quoique souvent amusés par cet artifice, ne pouvaient l'éviter, parce qu'il fallait se montrer disposés à faire la paix, et ils n'auraient pu autrement se délivrer des reproches de loul le parti, qui les eût accusés de l'aire la guerre pour leur intérêt. Leurs premières prop«»i*
lions furent exlraordinairement insolentes ; non contents de demander le licenciement des étrangers, la liberté de conscienco sans aucune modification, et le libre accès à toutes les charges, ils demandèrent encore qu'on assemblât les états, que le peuple fût soulagé et qu'on chassât tous les Italiens dont on se servait pour les tourmenter.
La reine, attaquée trop clairement par cet article, fit résoudre que pour toute réponse on les enverrait sommer par un héraut de mettre bas les armes, sur peine d'être déclarés rebelles : à cette fière réponse ils commencèrent à s'apercevoir qu'ils s'étaient trop avancés. Ce que les ministres du roi disaient de plus fort aux princes protestants pour les détourner de secourir les huguenots, c'est qu'ils en voulaient au gouvernement, et que la religion n'était que le prétexte de leur révolte. Leurs derniers articles autorisaient visiblement ce reproche; ainsi ils se départirent de tout ce qui regardait. l'Etat en général, et se renfermèrent dans les intérêts de leur religion. Sur ce fondement les conférences se renouèrent; mais elles furent bientôt rompues par le connétable, qui ne put jamais souffrir la liberté de conscience pure et simple. Il accusa plusieurs fois ses neveux d'être cause de la ruine de l'Etat : il soutint que les édits n'étaient faits que pour un temps, et conclut en disant, avec une gravité digne de son âge, qu'il valait mieux avoir la guerre civile pour un temps, que d'autoriser dans le royaume une division perpétuelle : ainsi on se prépara de part et d'autre à la guerre. Comme il venait au prince des troupes de Guyenne, et qu'Orléans lui était nécessaire pour faciliter la jonction des troupes, il envoya la Noue pour occuper cette place, dont en effet il se rendit maître avec le secours de la bourgeoisie; et en cinq jours de temps, quoiqu'il eût à peine trois cents soldats, il contraignit la citadelle de capituler, tant elle était mal pourvue. Cependant d'Andelot se saisit du poste de Poissy avec cinq cents chevaux, et IvJontgommeri, envoyé pour prendre celui de Pontoise', en fut empêché par Strozzi, qui se trouva là par hasard en revenant de dessus la frontière avec quelques compagnies des gardes , au bruit de l'entreprise de Meaux.
Paris commençait à souffrir, et on s'y plaignait hautement de ce que le connétable avait laissé occuper les avenues par une armée qui avait à peine quatre mille hommes de pied et deux mille chevaux, lui qui, sans compter la bourgeoisie, avait trois mille chevaux et seize mille hommes de pied des meilleures troupes de France : son intention n'était pas de les attaquer, mais de les faire périr, en rompant, comme il lit, la communication de leurs quartiers, il lui fut aisé d'ouvrir quelques-uns des passages pour faire entrer des vivres ; mais comme le peuple se lassait d'être renfermé et continuait Je murmurer contre le connétable, jusqu'à l'accuser d'intelligence avec l'ennemi, il fit sortir de la ville, le 9 de novembre, une
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partie des troupes, avec ordre de harcelé* les ennemis tout le long du jour et la nuit suivante. Le lendemain il sortit lui-même avec le reste de l'année, en disant tout haut que cette journée allait faire voir ce qu'il pensait des huguenots, puisqu'il ne rentrerait dans Paris que mort ou victorieux. Cela dit, il commença à mettre son armée en ba* taille. ««
Le prince n'avait que quinze cents che* vaux et douze cents hommes de pied, avec lesquels il gardait Saint-Denis, AuberviU liers et Saint-Ouen : le reste des troupes était distribué dans les autres postes, ou suivait d'Andelot et Montgomiheri ; le connéta^ ble avait su leur départ, et après avoir donné ordre qu'on enfonçât tous les bacs pour leur empêcher le retour, il prit ce temps pour combattre. Pendant qu'il se mettait en bataille dans la plaine Saint-Denis, le prince et l'amiral, quoique sans canon et presque sans armes, se préparaient à une vigoureuse résistance : non-seulement ils ne voulurent jamais écouter ceux qui conseillaient la retraite, mais ils rejetèrent ceux qui voulaient qu'on abandonnât Saint-Ouen et Auberviiliers. Au contraire, plus ils étaient en petit nombre, plus ils jugèrent nécessaire de s'étendre, de peur d'être tout-à-coup enveloppés : au surplus ils résolurent d'attaquer les premiers et de payer de courage, espérant que dans une saison où les jours étaient courts et si obscurs, pourvu qu'ils pussent tenir quelques heures, la nuit les séparerait avant que le grand nombre les pût accabler. Le connétable ne crut jamais qu'ils osassent combattre, et prétendait seulement les chas^ser d'Aubervilliers et de Saint-Ouen pour les enfermer dans Saint-Denis.
Environ sur le midi il fit battre Aubervil* liers par son artillerie. Henri du Bec de Tardes, qui gardait ce poste avec Genlis, alla droit aux arquebusiers qui défendaient le canon, dont il était fort incommodé, et les renversa. Genlis le vint soutenir, et tous deux furent poussés par la cavalerie du maréchal de Cossé. Ils firent leur re raite par un fossé qu'ils avaient creusé exprès, et qu'ils avaient bordé de l'élite de leurs arquebusiers. Le maréchal de Cossé se trouvait en péril par Je ravage que leur décharge avait fait dans ses troupes, quand les ducs de Longueville et de Nemours d'un tôié, et les gendarmes catholiques d'un autre, vinrent le dégager. L'amiral, qui vit que Genlis ne pouvait éviter sa perte, marcha contre eux avec une contenance ferme, mais lentement, pour donner moyen à ses arquebusiers (ie suivre la cavalerie. Là, se commença un combat si opiniâtre et si furieux que la bataille de Dreux n'avait rien va de semblable.
Le maréchal de Cossé et ceux qui le soutenaient obligés de tourner le dos, se renversèrent sur un régiment que la ville de Paris avait richement armé et vêtu ; mais elle ne leur avait pas donné du courage; aussi prirent-ils la fuite sans qu'on pût jaj mais les rallier. L'amiral, sans s'amuser à
maître avait remporta la victoire, et que pour lui il voulait mourir au champ de bataille. Après avoir résisté aux prières de ses enTants, il se rendit aux raisons d'un ecclé* siastique, (|ui lui dit qu'il devait se faire porter à Paris pour y recevoir Içs sacrements.
L'amiral fut aussi conduit dans cette ville; mais il fut relâché durant la nuit par celui qui l'avait pris, et arriva à Saint-Denis dans le môme temps que d'Andelot et Montgommeri y revinrent, l'un do Poissy et l'autre de Ponloiso. Les huguenots reprirent cœur à leur arrivée, et dès le lendemain ils parurent eu bataille dans la plaine de Saint-Denis, à la vue de l'armée royale. Après s'ôlre ainsi montrés pour soutenir leur réputation, ils songèrent à leur sûreté, et résolurent de se retirer de Saint-Denis, d'où il eût été trop aisôde les chasser aprèsla perle qu'ils avaient faite; mais de peur que leur retraite ne parût forcée, ils publièrent dans leur camp qu'ils y porté par terre; car pendant qu'il allaient au-devant du prince Casimir, fils de
les poursuivre, donna sur le bataillon des i était le connétable son oncle, et l'ouTril par plusieurs endroits; il lut aussitôt luivi lu prince de Condé, et tous deux .<• que le gain «le la bataille dépendait de l'avantage qu'ils remporteraienlsur le nétable . s attachèrent à lui ; mais le fil marcher sa cavalerie avec tant d'ardeur, qu'il laissa en chemin les arquebusiers ut combattre avec elle. Le maréde Montmorency, qui accourait au seoou Rd son père, se mit entre ileux sans perdre de temps ; mais le prince ne quitta I i- | inir cela ."on premier dessein : il laissa une | arlie de sa cavalerie pour faire léte au maréchal, et alla fondre avec l'autre sur le nélah e, qu'il voyait presque abandonné - siens et tout couvert de blessures.
Lïnfanterie, qui n'était pas soutenue, ne résista i as, et la cavalerie ne tint guère daainsî le maréchal était en état de bientôt son père : mais il venait
va ii iger
combattait, à l'âge de quatre-vingts ans, avec autant d'ardeur que dans sa première jeu- ; -se, et qu'il ne songeait plus qu'à finir sa vie par une mort glorieuse, Robert Stuart lui avait lâché par derrière, à bout portant, un coup de pistolet dans l'épaule, et lui avait donné un coup mortel. Le vieillard se retourna en même temps contre lui, et avec le pommeau de son épée, qu'il venait de rompre dans le corps d'un cavalier, il lui brisa la mâchoire. Il tomba de sa blessure et de l'effort qu'il venait de faire; et en même temps, à six pas de lui, le prince fut renversé sous son cheval.
La chute des généraux mit les deux partis en désorJre : les Catholiques ne songèrent plus qu'à délivrer le connétable, et les huguenots qu'à retirer le prince; mais dans celle confusion, il fut aisé à ceux des Catholiques uni n'avaient point encore combattu, de prendre un grand avantage. Le maréchal de Danville se fit jour à travers les huguenots et en fit un gi and carnage : l'amiral, qui les soutenait, emporté par son cheval au milieu des Catholiques, 'disparut un peu après; mais il tomba entre les mains d'un de ses amis qu'on ne nomme point, qui, pour en ôier la connaissance à ses soldats, lui arracha son écharpe blanche sous prétexte de la donner. Les huguenots se trouvant destitués de la présence d'un chef si considérable, le prince n'en pouvant plus, un {-rand nombre de leurs gens et des plus qualifiés ayant été tués, el les autres étant épuisés par le travail, malgré les Catholiques qui le*- accablaient, se retirèrent dans leurs premiers logements à la faveur de la nuit.
Ou courut au connétable, qui, revenu d'un évanouissement, demanda d'abord à ceux qui l'environnaient enquelétatétaient les affaires. Un lui montra les ennemis qui se reliraient, et il répondit aussitôt pourquoi donc on s'amusait autour de lui, et pourquoi on ne les poursuivait pas : il fut longtemps sans vouloir souffrir qu'on l'emportai, disant q . il n avait plus riva à désirer, puisque son
'électeur palatin, qui en effet devait venir à leur secours par la Lorraine. Ils ne voulurent pourtant point partir sans donner l'alarme à Paris, et d'Andelot brûla quelques moulins auprès des faubourgs : les Catholiques ne songèrent pas à profiler de leur avantage.
La perte avait été presque égale à ne regarder que le nombre; mais outre que les huguenots avaient perdu beaucoup de personnes de distinction, la perte se remarquait plus dans une si pelite armée. Celle du roi ne regrettait que peu de personnes considérables ; mais le connétable lui seul en valait beaucoup. On le vit tourner à la mort dès le lendemain de la bataille : le roi et la reine le visitèrent, il ne leur parla que de la joie qu'il avait de mourir pour la religion et pour leur service, et il accomplit tous les devoirs d'un Chrétien avec beaucoup de foi et de constance.
Le roi Je fit enterrer comme on fait les plus grands princes. On se souvenait que la France, attaquée autrefois par Charles-Quint du côté de la Provence, lui devait son salut. La paix de Cateau-Cambrésis était une tache dans sa vie; mais il semblait l'avoir effacée par les services qu'il avait rendus à la religion et à l'Etal dans ses dernières années, et, quoique presque toujours malheureux, il passa [jour un des plus grands hommes de son siècle.
La cour fut occupée durant quelques jours du soin de faire remplir sa place. La reine pensa au duc d'Anjou, malgré sa grande jeunesse; la tendresse qu'il avait pour lui, et le désir de donner un contrepoids à l'autorité royale pour maintenir son crédit, lit qu'elle le proposa au roi pour le faire connétable. Elle connut à sa contenance qu« cette proposition l'avait mortellement offensé; elle lui représenta pourtant qu'il n'avait que ce moyen d'éviter la jalousie des grands de la Cour, qui ne céderaient jamais un si grand emploi qu'a un fils de France; mais celle que le roi avait pour son frèie
l'empêcha de se rendre. La reine en sortit par un expédient, et fit trouver bon au roi de déclarer le duc d'Anjou son lieutenantgénéral.
Toute la France était en mouvement à cause des places qui se déclaraient, et des troupes qui venaient de tous côtés fortifier les deux partis. Parmi les villes qui s'unirent aux huguenots, Nîmes, Montpellier, Sisteron, Valence, Auxerro et Mai on, fuient les principales. Ils espéraient d'avoir bientôt la Rochelle, par le moyen d'un nommé Truchard, qui devait être maire l'année suivante. Les environs de Lyon étaient à eux, et les troupes huguenotes, commandées par d'Acier, Mouvans et Ponsenac, tenaient cette place bloquée, en attendant que ceux de la même religion, qui y étaient en grand nombre, trouvassent l'occasion de s'y rendre les maîtres.
Les protestants d'Allemagne demeurèrent quelque temps en suspens. Lansac leur avait presque persuadé que les huguenots n'étaient que des séditieux, qui ne combattaient pas pour leur religion, dont ils avaient l'exercice, mais pour satisfaire leur ambition, et par des intérêts particuliers. Ainsi Jean Guillaume, duc de Saxe, et Charles, marquis de Bade, loin d'envoyer du secours au parti, en avaient promis au roi, et l'électeur palatin avait mandé à son fils de s'ar-, rêter jusqu'à ce qu'un de ses ministres eût passé à l'armée du prince pour connaître par quel motif elle agissait. Comme cet envoyé était protestant, il fut aisé de lui persuader ce qui était utile au parti, et le prince. Casimir ne fut pas longtemps sans recevoir ordre de continuer sa marche.
Cependant l'armée catholique croissant tous les jours, la réputation du jeune duc d'Anjou, et la tendresse déclarée de la reine sa mère, y attiraient toute la noblesse : aussitôt après la. nouvelle de l'entreprise de Meaux, Montluc envoya de Guyenne beaucoup de troupes. Le secours du duc de Saxe et du marquis de Bade était de trois mille chevaux : on manda au duc de Nevers, qui commandait une armée dans le Lyonnais et le Dauphiné, de se rendre auprès du duc ; et comme il faisait dilliculté d'obéir à cet ordre, de peur de laisser ces provinces en proie au duc de Savoie, on s'assura de ce pi ince, dont le Pape et le roi d'Espagne se rendirent caution : tellement qu'on espérait bientôt d'avoir ces troupes composées de l'a plus belle milice du royaume, et fortifiées des nouvelles levées que le duc avait faites de l'argent du Pape. Le duc d'Aibe fut invité par le roi à lui donner quelques troupes, suivant la convention faite à Bayonne ; non-seulement il les accorda, mais il offrit de les mener lui-même. On aima mieux en France se passer d'un tel conducteur, et le comte d'Aremberg amena au duc d'Anjou quinze cents chevaux qui étaient l'élite des troupes d'Espagne.
I s affaires des Pays-Bas paraissaient alors assez tranquilles ; le nouveau général avait jeté tant de terreur dans les esprits, que