‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 57 sur 458 · II. 1IIST. DE FRANCE. LIV. XVII · texte numérisé non relu

II. 1IIST. DE FRANCE. LIV. XVII

.ersonne n'osait remuer : il attaqua d'abord

les plus grands seigneurs, et dans une assemblée qu'il tint à Bruxelles, presque aussitôt après son arrivée, sous prétexte de pourvoir au gouvernement, il fit arrêter les comtes d'Egmond et de Horn ; l'un entièrement détaché du parti séditieux, depuis qu'il en avait connu les mauvais dessein l'autre capable do s'y attacher par la disposition de son esprit, mais jusqu'alors sans liaison, du moins apparente, avec eux. Le duc s'étant persuadé qu'il fallait répandro du sang, et un sang illustre, pour épouvanter les rebelles, fit faire le procès à cesdeux seigneurs ; mais le plus dangereux de tous lui'était échappé. On dit que le cardinal de Granvelle, quand la nouvelle de cet emprisonnement fut portée à Rome, demanda si le duo avait arrêté le « Taciturne: » il entendait par là le prince d'Orange; et comme on lui eut répondu que non : «Il ne tient donc rien, » dit-il, et se moqua de ses précautions.

Ces choses furent exécutées sans prendro l'avis de la duchesse de Parme, quoiqu'elle eût encore le titre de gouvernante: elle ne se paya pas des excuses du duc d'Aibe, qui vint lui dire avec beaucoup de respect qu'on avait voulu lui sauver la haine de cette action : elle fut néanmoins plus fâchée des suites qu'elle en prévoyait, que du mépris qu'on faisait d'elle, et sous prétexte de ses indispositions elle demanda son congé. Elle ne fui pas longtemps sans recevoir une réponse du roi d'Espagne, qui marquait qu'il préférai! la satisfaction de sa sœur à l'intérêt de ses provinces : celle lettre lui fut rendue à peu près dans le même temps que le secours vint en France, et la duchesse se prépara à repasser en Italie au commencement de l'année suivante.

Cependant l'armée huguenote reçut un grand renfort par la jonction des troupes d'au-delà de la Loire ; elles avaient pris sur leur passage ic fort château de Lusignan, et la seule vigilance de Gui Daiilon, comte de Lude, avait' sauvé Poitiers de leurs mains. Le prince de Condé sut en même tempsquo Casimir marchait vers la Lorraine : pour l'y aller recevoir, il fallait passer la Seine. Le* troupes de Champagne se préparaient à lui disputer ce passage ; le jeune duc de Guise, gouverneur de celle province, les avait rassemblées à Troyes, el faisait observer soigneusement les huguenots. Pour l'amuser, l'amiral lit .semblant d'en vouloir à Sens ; le jeune duc se jeta dedans pour sauver une place de celle importance, nécessaire pour entretenir la communication avec la Bourgogne ; mais l'amiral, qui ne songeait qu'à passer la Seine, tourna tout à coup aBray et à Nogent, où il exécuta son dessein sans trouver de résistance.

Quand il ne vit plus de rivière devant lui, et que d'ailleurs il ne se sentit pressé par aucunes troupes, il proposa de nouveaux desseins: son génie le portait toujours à ce qui était de plus gpande réputation; il trouvait que sa marché \crs la Lorraine, après

d UVRES COMPI ETES DK BOSSUET.

l'affaire de Saint- Denis, tenait quelque chose i.i fuite, et i our s'éloigner moins, il était d'avis qu'on demeurât aui environs d'E- 11 1\ . i! s,, vojail i sr ce moyen plus en il d empêcher lès Catholiques de faire lo l'Orléans* auquel ilsseroblaient se pré* rer. liais e vi lame de Chartres, qui avait beaucoup de crédit parmi les officiers, soutint au contraire qu'à la guerre les conseils les plus utiles étaient toujours les plus honorables, et que celui-là ne fuyait pas qui allait au-devant de ses troupes ; que le prince i simir trouverait qu'on aurait changé do sentiment avec trop de légèreté, et qu'il fallait i raindre ou .ju'il ne se crût méprisé, ou qu'il ne trouvât les passages fermés; enfin, qu'on reviendrait bientôt avecplusde forces, et qu'eu si peu de temps les Catholiques ne lient pas de si grands progrès devant Orléans, quand mémo ils se résoudraient à l'attaquer.

tel avis l'emporta sur celui de l'amiral; rien no retarda la marche que les négociations toujours continuées par la reine, et que le prince n'évitait pas, ou parce qu'il craignait la haine publique, ou parce qu'il aimait naturellement la cour et les plaisirs, ou parce que sa naissance lui inspirait de meilleurs sentiments qu'aux autres, pour empêcher que le royaume ne fût en proie aux étrangers. Pour la reine, outre l'intérêt et l'inclination qui la portaient toujours à négocier, elle souhaitait en cette occasion de donner au duc d'Anjou le temps de se fortifier, et aux ducsd'Aumale et de Guise celui de fatiguer, avec les troupes du duc de Lorraine, celles du prince Casimir, avant qu'el- •es fussent jointes au grosde l'armée huguenote.

Cependant lo duc de Nevers avec quatorze mille hommes battit Ponsenac, fit lever à d'Acier lo blocus de Lyon, et mît le siège ant Mâcon, que la seule hardiesse lui fit emporter : les autres places se préparaient â lui ouvrir les portes, quand il reçut des ordres réitérés do se rendre p'rompteraent auprès du duc d'Anjou. Il battit tous les parlis qu'il rencontra en son chemin, et joignit l'armée royale à Vitry, où ce prince avait son principal quartier.

On lui avait donné pour lieutenant et pour conseil le maréchal de Cossé de Carnavalet - m gouverneur; il ne respirait que de grands desseins, et toute la noblesse qui l'environnait se sentit animée par son exemple. Le roi, jaloux de sa gloire, le vit partira regret ; mais la reine sa mère, à qui il n'osait encore résister, lui disait que sa personne était trop importante pour être exposée".

[1368] Le duc n'eut pas plutôt reçu ce renfort, qu'il se mit à poursuivre les ennemis pendant qu'on lâchait à les amuser par des négociations. Téligny, du parti huguenot, niais guère moins agréable à la cour qu'à l'amiral, qui depuis en lit son gendre, était chargé de faire les propositions et do rapporter les réponses. Il y avait une espèce de irêve, et les bugui nots s'endormaient parmi étions de la reine. Le jeune

Timoléon de Cossé, ûlsdu maréchal de Briss.ic, et héritier do sa valeur, les réveilla trop tôl : il leur battit un grand parti au faubourg de Cbâlons, et par là il diligenla leur marche plus que no le souhaitait le duc d'Anjou, qui avait dessein de les surprendre. Dès lors on cessa de les poursuivre; le maréchal do Cossé et Carnavalet, accusés de les favoriser, perdirent presque toute croyance. Quand le 'prince de Condé fut arrivé à Ponl-à-Mousson, il eut de grandes inquiétudes sur ce qu'il n'apprenait aucunes nouvelles do Jean Casimir ni des Allemands : la sédition se mit dans l'armée, les Gascons menaçaient hautement de déserter. Le prince par ses manières agréables, et l'amiral par ses remontrances sérieuses, n'en pouvaient plus venir à bout; enfin, après cinq jours d'une extrême inquiétude, ils surent que Casimir arrivait avec douze cents hommes, dont les deux tiers étaient de cavalerie. Toute l'armée était en joie ; mais on retomba bientôt dans un nouvel embarras.

On avait promis aux Allemands centmilîo écus à leur arrivée; le prince n'avait point d'argent : lui et l'amiral donnèrent tout ce qu'ils avaient, jusqu'aux bagues qu'ils portaient aux doigts. Les officiers eurent honte de ne pas suivre leur exemple: l'ardeur de donner passa jusqu'aux soldats ; chacun apportait à l'envi ce qu'il avait pilié sur la route el aux environs de Paris. On fit à peine trente mille écus, dont Casimir se contenta, par l'espérance qu'on lui donna de prendre bientôt Paris, dont on lui promit le pillage.

En effet, aussitôt après, le prince retourna sur ses pas: il apprit que la négociation où la reine et le roi même étaient entrés, avait été enfin rompue par les propositions hautaines que le cardinal de Châliilon, invité par la reine à la conférence, avait eu ordre de faire. L'amiral ravi de voir ces amusements finis, en marchait avec plus de gailé, et on ne parlait dans toute l'armée que cl u siège de Paris. La marche fut difficile dans un pays ennemi, où ils étaient sans argent, sans provision, sans bagage, serrés par les Catholiques, qui ne leur permettaient pas de s'écarter, môme pour aller à la pelileguerr.e ; ils marchaient, avec précaution par des chemins détournés. Pour passer la Marne et la Seine, il leur fallut remonter jusqu'à la source de ces rivières :mais enfin, après avoir saccagé quelques petites places, ils arrivèrent à Orléans.

Peu de jours auparavant, d'Acier, Mouvans et les" troupes de Ponsenac s'y étaient rendus; elles pleuraient encore la perte de leur capitaine qui7 après avoir battu un parti catholique, avait été tué par les gens do ses camarades, dans une rencontre de nuit, où ils n'étaient pas reconnus.

La Rochelle s'était déclarée pour les huguenots. Truchard que Jarnao gouverneur avait fait maire, ou par surprise ou par connivence, leur avait assuré celle place importante, et ils avaient [iris toutes les autres placés maritimes du voisinage: mais Mont-

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lue, gouverneur de Guyenne, après les avoir rova'e el les finesses de la . reine accable-

chassés de "sa province, quoique mécontent raient tôt ou 'lard en les divisant; mais

de la cour, qui avait donné le gouvernement il fallut par nécessité, non-seulement écou-

de Bordeaux à Henri de Foix de Candalo, ne ter les propositions, mais encore les ac-

laissa pas de reprendre toutes ces places, à cepter.

la réserve de la Rochelle, qui est depuis ton- La reine fil répandre dans tout le camp joursdemeurée le principal soutien du parti, des huguenots que le roi leur accorderait la Tavannes les avait entièrement ahattus dans liberté de conscience. Ils se disaient les uns la Bourgogne : Si pierre, fds du comte de aux autres : Pourquoi exposer nos vies, puis- Tende, les soutenait dans la Provence. Des que notre religion est à couvert? Faut-il Adrets, qui s'était fait Catholique, les inquié- que nous achetions par notre sang des bienlait dans le Dauphiné, et leur avait pris faits et des dignités à nos chefs? Ils se re- Saint-Andrieu, auprès de Vienne. présentaient l'un à l'autre leurs périls, leur

Quand le prince eut reconnu ses troupes pauvreté, dans un parti qui manquait Je

h Orléans, il se crut en étal de tout entre- tout, leurs fatigues continuelles, les besoins

prendre. Le parti n'avait jamais perdu le de leurs familles abandonnées. Par de tels et

dessein de se rendre maître de Paris; et de semblables discours, la sédilion se mit

comme ils jetaient les yeux sur quelque bientôt parmi les troupes, qui désertaient

place où ils pussent faire leurs magasins en plein jour, même celles de Sainlonge et

pour une si grande entreprise, Chartres leur du Poitou, toujours jusqu'alors les plus zé-

parut la plus propre; mais il fallait la sur- iéos. Les chefs ne savaient que faire, et fu-

prendre, et le prince, pour [Investir avant rent bien étonnés quand ils virent les Alle-

que les Catholiques y pussent jeter du se- mands encore plus ébranlés que les Français,

cours, lit vingt lieues tout d'une traite. Jl ne D'un côté le duc d'Anjou, en reprenant

put pourtant empêcher qu'il n'y entrât toutes les villes des environs, leur avait

beaucoup de monde, et Lignières, qui en fermé le passage; et de l'autre, le roi leur

était gouverneur, promettait de la bien dé- faisait offrir de leur payer tout l'argent qui

fendre. Dans une grande sortie, il brûla leur était dû. A ce coup, il fallut céder; la

deux faubourgs et deux églises, où les enne- paix fut conclue; les huguenots promirent

mis s'étaient déjà postés. Au bout de cinq ou de remettre toutes les places. Il n'en coûta

six jours, il y eut une brèche raisonnable; au roi que de promettre l'exécution de I'édit

mais elle était couverte par un boulevard d'Amboise, et d'en lever toutes les modifica-

qui rendait i'assaut difficile : le boulevard lions, qu'il saurait bien rétablir quand on

lut emporté, et les ennemis s'y logeaient, aurait désarmé. Au reste, le nouvel édit qui

quand un sergent delà garnison s'y présenta fut dressé le 27 mars n'était pas limité à un

avec des Gascons, à qui il avait fait prendre certain temps comme les autres, mais devait

des écharpes blanches, et y étant reçu com- durer jusqu'à ce qu'il eût plu à Dieude réu-

me un huguenot qui amenait du renfort, il nir les Français dans une même religion; le

tua tout ce qui y était entré. roi devait licencier les étrangers quand les

Le duc d'Anjou s'était avancé sur les bords places seraient rendues et lorsque les Alle-

de la rivière de Seine, qu'il fit passer à Jean mands seraient hors du royaume. Il leur fit

de Nogaret de la Valette qui commandait la avancer l'argent de leur paye, à condition de

cavalerie légère sous le duc de Nemours, il le reprendre sur les huguenots, et Jean Ca-

incommodail beaucoup les assiégés par simir retourna à Heidelberg, auprès de

les courses continuelles qu'il faisait autour l'électeur son père. Le prince et l'amiral

du camp : il fut poussé par l'amiral, et après avaient promis de faire passer une partie d?

avoir perdu quelques Italiens qui furent leurs troupes dans celles du prince d'Orange,

surpris, il fil une glorieuse retraite jusqu'à qui venait de rallumer la guerre dans ies

la rivière, qu'il passa à la vue de l'ennemi, Pays-Bas.

parle secours du duc d'Anjou qui était à Depuis le départ de la duchesse de Parme,

l'autre bord. tout s'était tourné à la cruauté et à des exé-

Cependant le siège tirait en longueur, et cutions sanglantes. Le gouverneur avait fait les négociations recommencèrent. La reine un conseil de douze personnes, que le penne croyait pas pouvoir retenir le duc d'An- pie appelait le conseil du sang : il y présijou, que l'ardeur de la jeunesse et le désir dail, et il fit d'abord ajourner Guillaume, de la gloire ne laisseraient pas en repos; comte de Nassau, prince d'Orange, Louis de tout semblait i>e disposer à une bataille: Nassau, son frère, et les autres seigneurs du celte princesse appréhendait toujours les parti, qui avaient quitté le pays, lis furent décisions, et craignait de plus, en celte oc- déclarés criminels de lèse-majesté par concasion, d'exposer la vie d'un fils qui lui étail tumace, leurs biens furent confisqués. Le si cher. Ainsi, après avoir préparé les choses gouverneur prit Breda , place du prince à une conférence, elle fit nommer, de la part d'Orange, el son fils âgé de treize ans, à du roi, Armand de Gontaud de Biron, mare- Louvain, où il étudiait, pour l'envoyer en chai de camp, aussi renommé par son habi- Espagne : il ne pardonna à aucun de ceux leté que par sa valeur, et Henri de Mesmc, qui avaient eu part à la dernière conjuration, maître des requêtes. Le cardinal de ChAlillou Ainsi, tout était plein d'.échafauds et de suptrai tait pour les huguenots, bien d'accord plioes dans Bruxelles, avec son frère, que les accommodements Cependant les confédérés n'étaient pas étaient la ruine d'un parti que l'autorité sans espérance, parce que le prince d'Espa-

. i> ' : s, pur faisait espérer da V(>-

bientôl se mettre i leur u^ t o . Ce prinoe

farouche el mal né n'avait nue du mépris

e roi son i èi e. Il se plaisait à élever

ti . - \ , il, non tant dans le des-

M de l'imiter, que dans celui de rabaisser

II, On dit qu'il avait toujours aimé

I Ile, sa belle-mère, <j u 1 lui avait

. ol il est certain que p*r son na-

lurel ambitieux, un fatigué par les traite-

ôres de son père, il ne songeait

qu'à secouer lojoug. Les troubles des Pays-

n oXTraionl nue occasion favorable : il

>\ u ouvrit à Dom luan d'Autriche, son on-

nalurel, qui découvrit ses desseins au

: i : comme on sut qu'il devait partir le

lendemain, il fut arrêté la nuit.

():i lit courir le bruit dans toute l'Espagne qu'il avait ou de secrètes communications avec les hérétiques. Philippe, voyant bien le bruit que ferait toute l'Europe d'une si étrange résolution, témoignait dans les lettres qu'il écrivit pour en rendre raison, que ir le bien de son fils et de ses Etals, quoiqu'il né fût coupable d'aucune rébellion, il avait ete obligé de le faire arrêter, et que, quelque amour qu'il eût pour lui, il en devait encore davantage à la religion et à ses peuples. En môme temps il fit arrêter Florent de Montmorency, seigneur de Montigr.y, frère du comte de Horn, qui était a. la cour d'Espagne, député des Pays-Bas, et redoubla les ordres qu'il avait donnés au duc d'Albe de procéder en toute rigueur contre protestants. Il le fit de l'avis de l'Inquisition qu'il avait consultée avant de faire arlèter Dom Carlos.

Le prince d'Orange, poussé à bout, et per- Miadé que les rigueurs d'Espagne. soulèveraient tout le pays, remua toute l'Allemagne pour lever des troupes; et quand la paix se tit en France, il songea à profiter des débris U3 l'armée huguenote. En effet, trois colonels de celte armée marebèrent vers les Pays- Bas, avec des ordres secrets du prince et de l'amiral: l'ambassadeur d'Espagne s'en étant plaint, le prince n'osa les avouer, de peur d'être accusé de commencer les contraventions. Aussitôt après son désaveu, le maréchal de Cossé eut ordre d'attaquer les trois colonels. Il les renferma dans Saint-Valéry, < ù la plupart de leurs soldats furent taillés en pièces; eux et leurs officiers furent cemiraints de se rendre à discrétion, et eurent tous la tête tranchée.

Peu après, le prince d'Aremberg avec les quinze cents chevaux qu'il avait ramenés de France, et quelques autres troupes, donna, auprès de Winscbot, village de Frise, un combat contre Louis de. Nassau, dans lequel il en vint aux mains avec Adolphe, frère de !. -uis : il lui donna plusieurs coups mortels, et blessé à son tour par son ennemi, il tomba mort sur lui, en l'achevant. Les Espagnols lurent mis en fuite. Louis leur prit leur canon, et vengea la mort de son frère sur quelques officiers qu'il (il mourir. Le duc d'Albe, irrité, fit achever le procès des comtes de \{l- ■ î furent pleures de tout

le peuple, principalement lo comte d'EgmOnt, que son innocence ni ses services ne purent sauver. La cruelle politique du gouverneur tenait les peuples en crainte par de tels spectacles; mais de peur que les rebelles ne tirassent avantage de leur victoire, il no tarda pas a marcher contre lo comte do Nassau, qu'il délit à Gueminguc, village sur l'Ems, et lui prit tout son bagage, avec son canon, parmi lequel il trouva (('lui qu'il avait perdu dans la journée de Winscbot. U fallait encore- réduire le prince d'Orange, qui se préparait à passer le Rhin avec une grande armée d'Allemands, soudoyés par l'électeur palatin, par le duc do Wiriomherg, par la ville do Strasbourg el par lui-môme. Le prince Jean Casimir était encore avec eux; le prince d'Orange n'espérait rien moins qu'une révolte universelle dans le Brabant.

La nouvelle de la fin tragique du prince d'Espagne avait mis tous les peuples au désespoir : son père impitoyable l'avait fait mourir. La reine Isabelle ne lui survécut pas longtemps. Catherine prétendit avoir la preuve qu'elle avait été empoisonnée par son mari, quoique grosse, et toute l'Europe crut qu'il y avait eu de la jalousie. Les protestants des Pays-Bas connurent ce qu'ils pourraient attendre d'un prince qui n'avait pas épargné son fils unique : ainsi ils avaient tous la rébellion dans le cœur; mais la terreur que leur inspirait le duc d'Albe fut la plus forte, et rien ne remuait.

U n'en était pas ainsi en France; aucun des deux partis n'avait fait la paix de bonne foi. Les Ca'holiques accusaient la reine d'entretenir le parti huguenot, pour se rendre nécessaire, et les huguenots ne se plaignaient pas moins de leurs chefs, qu'ils soupçonnaient de faire la paix et la guerre pour leurs intérêts particuliers; mais ni les uns ni les autres n'allaient au fond de l'affaire, et la vérité était que la reine n'avait fait la paix que pour chercher des moyens plus suis de ruiner les chefs du parti, après avoir recouvré les places et dissipé les armées. Pour l'amiral, comme il n'avait consenti au traité que par force, il ne cherchait que les moyens de le rompre : il fit aisément entrer le prince de Condé dans ses sentiments, quand l'expérience lui eut fait voir combien étaient vaines les espérances que la cour lui donnait; ainsi en rendant quelques places, et entre autres Orléans, qu'il ne pouvait pas garder, sans se déclarer trop ouvertement, il mandait secrètement aux autres qu'elles tinssent ferme ; malgré tous les ordres qu'elles recevaient de la cour ou de lui-même, il fallut envoyer Biron pour en soumettre une partie.

Les autres se défendirent, principalement la Rochelle, qui, sous prétexte de ses anciens privilèges obtenus durant les guerres des Anglais, commença alors à prendre une forme de république. Comme les places ne se rendaient pas, le roi ne licenciait pas les troupes étrangères; et les huguenots désarmés se voyaient en état d'èiie accablés

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en un moment. On ne leur faisait aucune raison des violences que les peuples exerçaient conlre eux. Sipierre fut tué à Fréjus

par la populace, sans qu'on en fit aucune justice. Le prince de Coudé lui-môme n'était j as en sûreté. Une entreprise secrète faite .«•ur Noyers, où il s'était retiré, fut découverte.

On publia un édit, par lequel le roi ordonnait que l'argent avancé pour les huguenots aux Allemands serait imposé au plus tôt, non sur eux en général, mais seulement sur ceux du pays qui avaient pris les armes. On espérait par là les diviser, mais on ne réussit pas : au contraire, plus on faisait paraître de rigueur, plus ils se réunissaient. Comme on entreprenait sans cesse sur eux, ils ne demeuraient pas aussi sans rien entreprendre, et les choses allaient à une telle aigreur, (pie le roi se crut obligé de dire à la reine qu'il fallait mettre tin à ce désordre. Elle ne fit pas tant de réflexion sur ce qu'il lui disait, que sur la 1 art d'où l'avis lui était venu; car, quoique ce prince eût beaucoup de pénétration, elle l'avait tellement accoutumé à se reposer sur elle, qu'elle ne put voir sans élonnenient qu'il la pressât sur les affaires. Elle jugea aussitôt que quelqu'un lui avait parlé, et ne put soupçonner que le chancelier, homme libre et capable de représenter au roi le véritable état des choses. Le temps lui fit connaître qu'elle ne s'était pas trompée dans ses conjectures. Toutes les pensées qui viennent aux ambitieux lui passèr« nt alors dans l'esprit. Elle crut aussitôt que le chancelier, las de lui obéir, voulait s'emparer de l'esprit du roi; et résolue de le prévenir, elle lui tendit un piège qu'il ne pouvait éviter.

Il était venu une permission du Pape, pour aliéner les biens de l'Eglise. On en avait déjà obtenu beaucoup de semblables, sous prétexte des guerres des hérétiques, où les ecclésiastiques semblaient obligés h contribuer plus que tous les autres; mais à cette fois le Pape avait mis dans sa bulle une clause extraordinaire. Il n'accordait celte aliénation qu'à condition de faire la guerre sans relâche aux hérétiques, jusqu'à ce qu'ils fussent tout à fait exterminés ou soumis à l'Eglise romaine. Le cardinal de Lorraine était porteur de la bulie, et peutêtre avait-il fait insérer cette clause dans le dessein de renouveler la guerre. Quand l'affaire fut mise en délibération dans le conseil, le chancelier représenta que publier cette bulle, c'était rendre la guerre civile immortelle, et obliger les huguenots à combattre en désespérés; il ne manqua pas de parler hautement contre la politique des Papes et contre les prétentions de la cour de Home, .en mêlant, selon sa coutume, quelque chose qui attaquait indirectement l'autorité du Saint-Siège. La reine l'avait bien prévu ; et comme elle avait préparé le roi en lui disant qu'il fallait prendre garde au chancelier, comme à un homme qui était un huiDOt caché, il lui fut aisé de l'aigrir à

l'occasion du discours qu'il venait d'entendre.

Le conseil no fut pas plutôt fini, qu'elle exagéra au roi l'ardeur avec laquelle chancelier parlait toujours contre le Pape, et ajouta que tous ses raisonnements têndaient à appuyer l'hérésie, en s'opposant au seul moyen qu'on avait pour la mettre à la raison. Quelque temps auparavant le chancelier s'était opposé dans le conseil à ceux qui voulaient qu'on forçât la Rochelle et les autres villes qui refusaient de se rendre, soutenant que le vrai intérêt du roi était de les conserver, quoique désobéissantes, dans l'espérance de les réduire par la douceur plutôt que de les ruiner tout d'un coup en les assiégeant. Ce discours, et tous les autres de même nature, que le chancelier tenait tous les jours, étaient empoisonnés par la reine.

Le cardinal de Lorraine, qui avait toujours gardé sur le cœur les reproches que le chancelier lui avait faits dans le conseil, où il fut parlé de la réception du concile, se joignit à la reine en cette occasion. Il n'avait pas alors beaucoup de crédit; mais on en a toujours assez pour nuire. Le cardinal fit valoir la mauvaise opinion que le publie avait du chancelier, sur ce que toute sa famille faisait profession du calvinisme, et disait que, s'il se cachait, ce n'était que pour mieux servir le parti rebelle. Le roi ne put résister à des raisons si plausibles. La froideur avec laquelle il traita le chancelier dégoûta ce sage ministre qui, se voyant suspect, se crut inutile. Il se retira de luimême en sa maison, où bientôt après on lui envoya demander les sceaux, pour les donner à Morvilliers, évèque d'Orléans, grand ami des princes lorrains, homme qui n'avait pas moins d'intégrité que. le chancelier, mais qui avait moins de pénétration et moins de vigueur. Sa retraite hâta la rupture qu'il tâchait toujours d'empêcher.

Le cardinal de Rourbou, et les deux maréchaux de Monlmtirenc.y, qui proposaient des conseils plus modérés, étaient traités de politiques. On entendait par ce mot des gens qui sacriliaient la religion à de vaines raisons d'iitat. La reine ne s'appliqua plus qu'à prendre le prince de Condé. Ta van nés, qui avait déjà tâché de le surprendre à Noyers, eut ordre de faire une nouvelle ten-> talive et de se mettre en état de le forcer, On avait assemblé en divers endroits des troupes qu'on destinait contre la Rochelle; il y en avait beaucoup en Rourgogne. Pendant que Téligny allait et venait, et qu'il rapportait au prince des lettres de la cour, pleines de bienveillance, Tavannes ramassait, avec la noblesse de la province, ce qu'il y avait de plus leste dans la cavalerie ; mais il est mal aisé de cacher ses desseins dans une guerre civile, où l'on ne peut éviter que les deux partis aient entre eux de secrètes correspondances.

Le prince ayant été averti des mouvements q^ue faisait Ta vannes, l'amiral s'approcha de lui : ils amusèrent la cour pa? des

plaint**; el cependant ayant ramassé tout ce qu'ils purent de leurs amis, ils partirent le -i.l d'août, pour aller a la Rochelle. Tai, qui les poursuivit avec une extrême diligence, arriva sur les bords de la rivière île Loire comme ils Tenaient de la passer : elle ôtail guéable; etTavannes, beaucoup plus fort qu'eux, croyait déjà les tenir, luand la crue prodigieuse des eaux lui ferma tould*un coup le passage. Les amis ,.„ prince le joignirent les uns après les autres : il arriva à Verleuil, chez le comte de la Rochefoucauli, où il lit accroire au maréchal de Vieilleville, qui commandait à Poitiers, qu'il allait chercher seulement sa sûreté, en attendant la réponse d'une lettre qu'il avait écrite au roi en partant; entîn, il entra dans la Rochelle le 19 do septembre.

Les peuples et les magistrats le reçurent comme un homme descendu du ciel : il leur i irla d'une manière touchante du triste état ne la France et de la maison royale, que les Lorrains voulaient opprimer, pour ensuite monter sur le trône; il leur présenta sa femme et ses enfants, et leur dit qu'il remettait ce précieux dépôt entre leurs mains. La reine de Navarre se rendit à la Rochelle avec ses enfants, presque en môme temps (pie le prince. Le jeune Henri, prince de Réarn, son [ils aîné, avait quatorze à quinze ans, et ne respirait que la guerre. Cette princesse était suivie de beaucoup de troupes, qui furent toujours depuis l'un des principaux soutiens du parti. Elle abandonna son pays, qu'elle ne crut pas pouvoir défendre contre Montluc, jugeant que quelque malheur qu'il lui arrivât, elle se ferait bien rendre ce qu'elle aurait perdu, pourvu que le parti subsistât.

En même temps on vit courir des lettres de cette reine et du prince, qui continuaient à charger le cardinal de Lorraine et sa maison de tous les désordres de l'Etat, comme s'ils eussent eu encore le même crédit que du vivant du feu duc de Guise. Les troupes venaient de tous côtés à la Rochelle. D'Andelot y arriva avec les Rrelons et ceux des provinces voisines. Le duc de Monlpensier, qui commandait dans ses quartiers, en attendant le duc d'Anjou, en voulant leur disputer le passage, se mit lui-même en péril, d'où il ne se serait jamaisdégagé sans son extrême valeur. L'amiral fut au-devant de son frère, que Jeanne de Montmorency, duchesse de la Trimouille, avait reçu à Thouars. Tous deux ensemble ils prirent Niort et Partenay; Angoulême ne leur résista pas longtemps. Sa nl-Jean-d'Angely leur ouvrit ses portes, et ils se virent, sans combattre, maîtres des trois provinces de Sainlonge, »1'A unis et d'Angoumois; la seule capitale resta au roi dans le Poitou; ils attendaient encore vingt-trois mille hommes qui leur venaient du Languedoc, du bauphi lé et de Provence, sous la conduite de d'Acier; et ils se trouvèrent si forts, qu'ils eurent des troupes à donner au prince d'Orange.

Ce prin e avait passé le Rhin avec une

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puissante armé.'. Le duc d'AIbe s'était avancé à tkfaestrieht, vers le milieu du mois d'octobre, pour lui disputer lo passage de la Meuse ; mais les eaux étaient si basses, qu'elle S6 trouva glléable partout. Quoique le duc d'AIbe eût les meilleures troupes de l'Europe, et les mieux disciplinées, il ne voulait point hasarder une bataille, à moins que d'avoir un grand avantage. Use contentait de retenir le pays dans le devoir, et d'ôter les vivres aux ennemis, qu'il espérait voir bientôt se dissiper d'eux-mêmes, faute d'argent. En effet, ils commençaient à souffrir beaucoup, lorsque (ienlis, envoyé par lo prince de Condé, leur amena un secours de trois mille hommes de pied et de cinq cents chevaux. Le prince d'Orange résolut de les aller joindre h Tillemont, où . ils l'attendaient. Il n'y avait plus entre deux que la petite rivière de Gôte; pendant qu'il la passait, le duc d'AIbe, qui le suiyait en queue , crut avoir trouvé le moment qu'il attendait, et chargea ce qui n'était pas" encore passé.

Le désordre fut grand parmi les ennemis, et le duc leur tua deux mille hommes. Le prince d'Orange ne laissa pas de joindre les Français; mais la disette s'accrut avec le nombre des soldats. LeRrabant, où le prince d'Orange avait espéré une révolte universelle, n'osa remuer; et ce prince désespéré ne trouva point d'autre ressource à ses malheurs, que d'entrer en France. Le roi lui envoya Gaspard de Scbomberg qui, quoique protestant, venait de se détacher d'avec les rebelles, il débaucha la plupart des Allemands du prince d'Orange, qui en ramena seulement une petite partie vers la frontière d'Allemagne, où ils achevèrent de se dissiper. Quoique l'argent manquât au prince d'Orange, il aima mieux engager son bien que de les renvoyer sans les payer ; ainsi il conserva son crédit parmi eux, et attendit en Allemagne une conjoncture plus favorable.

Pendant que l'amiral suivait le prince de Condé à la Rochelle, et que d'Andelot s'y rendait par une autre voie, le cardinal de Châlillon, leur frère, se sauva en Angleterre, d'où il espérait envoyer du secours à son parti ; il y trouva la cour intriguée des affaires de Marie Stuart, reine d'Ecosse. Depuis son malheureux mariage, ses sujets l'avaient réduite à l'extrémité. Le comte de Rothwel, son nouveau mari, avait été chassé de pays en pays et de cour en cour, sans trouver aucune ressource ; elle avait été elle-même enfermée dans un château, d'où elle n'était sortie qu'en renonçant au royaume, en faveur de Jacques son lils qui était encore dans le berceau. Le comte de Murray, son frère bâtard, qui avait suscité tous les troubles, se fit déclarer régent, et tenait la reine dans un état pitoyable.

"\Jisabedi fil semblant d'être touchée des outrages faits à Marie, pour l'intérêt commun île la royauté, et à cause de la parenté qui était entre elles; elle voulut, sous ce prétexte, se rendre arbitre de ce différend, Marie, poussée h bout en Ecosse, crut trou-

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