‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 59 sur 458 · PART. XII. TIÏEOL. HISTORIQUE. — H. HIST. DE FRANCE. LIV. XVII · texte numérisé non relu

PART. XII. TIÏEOL. HISTORIQUE. — H. HIST. DE FRANCE. LIV. XVII

avec un officier du duc d'Anjou, avait entrepris de l'empoisonner. Le supplice de ce misérable ne mettait pas l'amiral à couvert : il se voyait attaqué de tous côtés, et par toutes sortes de voies, par des ennemis implacables; privé de sa charge d'amiral qui avait élé donnée à Villars ; à la tête d'un parti où il n'y avait ni discipline, ni obéissance, qui manquait de tout, et qui ne subsistait que par les secours des étrangers; il ne les obtenait qu'avec une peine extrême, et quand ils étaient venus, il n'en était plus le maître, parce qu'il n'avait [joint d'argent à leur donner. Le prince d'Orange était allé en Allemagne après la bataille de Jarnac, et il ne doutait pas qu'il n'en ramenât des troupes ; mais comme il n'avait pas de quoi les payer, il appréhendait de nouveaux désordres et de nouvelles révoltes.

Les Français n'étaient pas plus dociles : la noblesse des provinces éloignées qui l'environnait, se lassait de consumer tout le temps dans une guerre de chicane, où elle se ruinait sans a.vancer les affaires du parti, et pressait l'amiral de terminer la querelle par une bataille ; mais il n'était pas sûr de la donner, parce que l'armée catholique , outre qu'elle était de beaucoup pi us forte que la sienne, recevait des payements réglés, et qu'elle était accoutumée à l'obéissance sous un empire légitime. Tout autre que l'amiral aurait succombé sous de telles difficultés; mais c'était dans ces rencontres que son courage se relevait plus : la nécessité régla ses desseins, etde peurd'être forcé par lessiens à combattre, il résolut de le faire comme de luimême, quoiqu'il vît bien que le mieux était de ne l'entreprendre qu'après avoir ramassé tout ce qu'il avait de troupes, surtout celles de Montgommeri, qui n'avait plus rien à faire dans le Béarn. Dans ce dessein il décampa pour aller aux environs de Monlcontour, où il y avait des plaines propres à étendre sa cavalerie.

Les sentiments étaient partagés dans l'armée du duc d'Anjou. Le maréchal de Cossé et les vieux officiers persistaient dans le premier dessein de ruiner l'armée protesfante par ses propres nécessités et par ses propres désobéissances. Mais le duc s'ennuyait de cette guerre, et après un mois de temps qu'il avait passé à ne faire qu'observer l'ennemi, il voulait finir la campagne par quelque chose de plus glorieux. La cour était entrée dans ses sentiments ; elle voyait venir, en faveur des huguenots, de grosses armées d'Allemands, auxquels elle ne pouvait résister qu'eu appelant des troupes de même nation; ainsi la France se remplissait d'étrangers dont elle pouvaitdevenir la proie, s'ils s'avisaient dese réunir contre elle, quand elle se serait épuisée par de continuels combats. Il fallait donc tâcher de profiler de l'occasion, et d'accabler l'amiral pendant qu'il était plus faible.

Tavanes, officier de grande considération, qui faisait la charge de maréchal de camp, appuyait celte opinion, et représentait au duc d'Anjou que l'amiral était dans lo pire

OEUVRFS COMPI-. de Bossuet. XI,

état où il se pût jamais trouver ; que Montgommeri le joindrait bientôt, que h: prince

d'Orange ne tarderait pas à ramener un renfort d'Allemands; que l'armée royal.' était d'un tiers plus forte que l'armée ennemie, et (pie jamais le roi n'aurut tant d'avantage sur les rebelles. Toute là jeunesse applaudissait, et le combat fut résolu au conseil do guerre, de l'avis même du maréchal de Cossé, soit qu'il (lattût l'inclination du duc d'Anjou, ou que l'état des affaires le fit revenir ù son sentiment

On était dans ce dessein, quand on sut que l'amiral était en marche. Biron, maréchal do camp, toujours attentif à le suivre et à l'observer, rencontra aux champs de Saint-Clair son arrière-garde, commandée par Mouy.

L'amiral lui-même avec l'avant-garde, et Louis, comte de Nassau, avec la bataille, avaient déjà gagné le devant. On vint rapporter h !\!ouy qu'il paraissait un parti de l'année royale, détaché pour la petite guerre : il ne s'en émut pas, et continua tranquillement sa marche; mais il était encore éloigné deMonlcontour,et leducdeMontpeusier, qui commandait l'avant-garde catholique, étant averti par Biron, tomba sur lui à l'improviste : ce ne fut pas sans avoir auparavant mandé au duc diAnjou de venir le soutenir. Mouy, quoique surpris, ne perdit pas la présence d'esprit, et fit volte-face; les mousquetaires, qu'il plaça à droite et à gauche, arrêteront quelque temps le duc de Montpensier; mais enfin il les poussa , et Mouy fut contraint à se couvrir d'un petit ruisseau. Les huguenots publièrent depuis que si Montpensier l'eût traversé, comme il le pouvait, et qu'il eût continué son attaque, leur arrière-garde se serait mise en déroute et y aurait mis le reste de l'armée ; mais le duc demeura tout court, sans qu'on sache bien pourquoi.

On crut qu'il avait jugé la retraite des huguenots trop facile : quoi qu'il en soit, il perdit cette occasion. L'amiral, averti de l'état des choses, se persuada aisément que ia crainte l'avait arrêté : sur ce fondement il crut avoir bon marché des Catholiques; ainsi il repassa le ruisseau, et déjà Montpensier était ébranlé, quand le duc d'Anjou survint et contraignit l'amiral à prendre la fuite en désordre, sans s'arrêter, jusqu'à une lieue et demie de là, d'où, après trois heures de repos, il arriva le lendemain à Montconlour. La perle fut légère, mais l'épouvante fut grande; la nature du pays, coupé de petits vallons, et la nuit venue sauva l'armée. Le duc d'Anjou campa sur le champ de bataille pour marque de victoire, et le lendemain il résolut de poursuivre l'ennemi, pour le forcer au combat.

il arriva en bataille près de Montconlour, presque en même temps que l'amiral. La petite rivière de Dive séparait les deux camps : le duc d'Anjou la passa à sa source, d'où il la remonta durant la nuit, et le lendemain 3 octobre, il parut à la vue de l'ennemi. Deux cavaliers détachés de son année, avaient fait dire à l'amiral, le soir précédent, par une de ses sentinelles, qu'il se gardât

on mu s compi

mhattre; que les Catholiques

:it irop forts el résolus, el qu'il ne pou-

. r que par une promnle retraite.

! (Mail disposé à pçpflter de l'avis qu'il con-

réritable, mais il n'était pas maître

•le »oii armée : les lansquenets s étaient muli-

-. i demandaient de l'argent ; il avait fallu

\ enir les princes nu camp pour les ai ai-

i »ti ou vint a bout à force de promesses,

. sentant rombien il était honteux de

quitter l'armée à la veille d*une bataille,

ni l'événement déciderait de la fortune du

p rli; mais le temps qu*il Fallut perdreà les

persuader rendit la retraite impossible, et il

h" v avait i lus de parti à prendre que celui

oml attre courageusement.

I avanes, qui s'était avancé pour reconrraî-

([•■•, trouva une grosse troupe qui se relirait

sur le chemin de Parlhenai, petite ville "à

' u huit lieues de Mon (contour. C'étaient

- deux jeunes princes qui retournaient à Parthenai, non sans avoir versé beaucoup de larmes, parce que l'amiral, qui ne voulait pas les hasarder, les renvoyait malgré eux avec une grande escorte : leur retraite, quoique nécessaire , était de mauvais augure pour l'année protestante, que leur suite nombreuse affaiblissait. Tavanes, qui sa- \ait profiter de tout, revint à l'armée catholique avec un visage gai, disant qu'il avait rencontré les huguenots en déroute, et que la victoire était assurée. Toute l'armée fut encouragée par celle parole et par la conte-

oce <le Tavanes ; l'artillerie tonna des deux côtés.

Martigue la fit taire en commençant le

mbat avec sa cavalerie, à la suite des entants poidiis. et poussa les premiers esca- • ions de l'avant-garde ennemie commandée par l'amiral en personne. Tavanes, qui veillait h tout, s'aperçut alors d'un mouvement (pie lit l'amiral , pour s'élargir sur la droite ei pour gagner du terrain : sur cela il pressa le duc d Anjou de faire combattre son avantgarde, que le duc de Montpensier conduisait; i " duc, taisant semblant de suivre Martigne et les entants perdus, tout d'un coup tomba sur Mouy, que ses reîtres abandonnèrent. Aulricourt prit sa place, et Martigue fut re- I ousséavec violence sur le duc de Montpen- >ier; chacun soutint les siens à propos; ainsi ce duc, dégagé par le secours du duc de Guise, revenait fmdre sur l'amiral et l'accablait par l<' nombre. Comme l'amiral vit ses rangs eclaircis, -il crut qu'il était temps de faire agir l'arrière-garde, dont il avait donné le commanderoept au comte Louis de Nassau, ••i lui manda de lui envoyer trois cents hommes de cheval.

Le comte les mena lui-môme contre les oidres qu'il avait reçus, et laissa l'arrière- Harde sans chef. Tavanes, ayant aperçu ce

tordre, ne manqua pas d'en profiter ; il counu à toute bride à l'arrière-garde, où était le duc d'Anjou, avec toute la force de l'armée, pour l'avertir de donner sur l'arrière-garde ennemie, pendant que le chef clail éloigné. Le duc partit à l'instant avec, na cavalerie, et laissa à côté quatre mille

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Suisses qui la couvraient. Alors l'arriérégarde huguenote qui ne savait par où elle allait Être attaquée, .s'avança vers l'amiral pour être a couvert du moins do ce côté-là ; cl (huant qu'elle résistait le comte Louis retourna aux siens. Les retires de l'armée royale allaient tomber sur l'amiral, el h» rhingravequi les commandait s'étant avancé trente pas au-devant des siens, l'amiral lit une pareille démarche. Ils tirèrent tous deux l'un sur l'autre presque en même temps.

L'amiral eut quelques dents cassées par le coup que lui lira lerhingrave; mais le rhingrave tomba mort de celui que lui tira l'amiral ; sa blessure ne lui permit pas de profiler de cet avantage. 11 surmonta sa douleur, jusqu'à ce que le sang l'étouffant, il se laissa emmener; à sa retraite, on vit s'ébranler' tout ce qui élait de ce côté-là ; mais le comte de Nassau et le comte de Vrolrad do Mansfeld soutinrent l'effort des Catholiques. Le premier, à la tète de sa cavalerie , tua de sa main le marquis de Bade, qui commandait les restes de l'armée royale, et le second poussait devant lui tout ce qu'il rencontrait, avec une telle impétuosité, que les huguenots commençaient à crier victoire. Le maréchal de Cossé les arrêta, et reprit l'avantage que le comte Louis de Nassau allait encore faire perdre aux Catholiques, quand le duc d'Anjou fit avancer ses quatre mille Suisses.

L'infanterie allemande, qui leur élait opposée en pareille nombre, eut à soutenir leur choc; il semblait que ces deux belliqueuses nations, qui se disputaient depuis tant do siècles la gloire de la valeur, avaient entrepris de vider celle ancienne querelle , tant on les voyait acharnées l'une contre l'autre. Les choses étant ainsi en balance, tant par l'opiniâtreté des soldats (pie par la vigilance des chefs, il n'y avait que le nombre qui pût décider. L'amiral était trop faible pour avoir un corps de réserve; Tavanes et Biron étaient continuellement attentifs pour faire agir à propos celui que le duc d'Anjou avait formé de l'élite de toutes les troupes. Quand ils virent l'âpre combat des Suisses et des lansquenets, ils crurent que le moment éiait venu ; et comme tout semblait dépendre do l'effort que le maréchal de Cossé faisait contre Nassau, ils donnèrent de ce côté-là. Leur attaque fut suivie d'un prompt succès, lout s'ébranla dans l'armée huguenote; l'infanterie française de ce parti, après avoir longtemps soutenu l'infanterie française do l'armée royale, succomba^ et leurs adversaires; irrités de ce qu'ils leur avaient refusé quartier à la rencontre de Boche-la-Belle, allaient lout passer au fil de l'épée, quand le duc d'Anjou vint crier : « Sauve les Français. » ,&,

Ce mol arrêta l'ardeur des siens, et ce qui restait de fantassins français lurent faits prisonniers. Ce prince [tassa de là aux Suisses , qui avaient fait une horrible boucherie des lansquenets, quoiqu'ils eussent mis les armes Pas; mais le duc d'Anjou trouva les Suisses attachés sur eux avec une

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telle furie, qu'à peine en put-il sauver deux cents. Les retires huguenots, qui s'étaient renversés sur eux, les avaient beaucoup incommodés, et étaient aller tombés entre

les mains des troupes du ducd'Albe, qui, n'ayant point encore combattu , les mirent bientôt en déroule.

Cependant les escadrons et les bataillons catholiques se ralliaient derrière les Suisses et le corps de réserve. Les huguenots, qui voyaient fondre sur eux de tous côtés tant de troupes fraîches et tant d'escaJrons ralliés, ne purent plus résister. Les comtes de Nassau et de Mansfeld virent quelques escadrons qui se défendaient encore; ils se mirent à leur tête, et firent leur retraite avec eux en combattant ; ils se rendirent à'Partenai avec l'amiral, par Airvaut, passage important, que le général avait eu la précaution de faire garder en cas de malheur. Les autres se retirèrent a Niort, et les plus timides s'enfuirent jusqu'à Roche-la-Belle et à Angoulême, remplissant d'épouvante toutes les villes du parti. Les Catholiques ne perdirent que six cents hommes, et eurent presque autant de blessés; mais la perte des huguenots fut de six mille hommes, sans compter les valets qui combattirent presque aussi opiniâtrement que leurs maîtres, et dont le carnage fut effroyable. Tout le canon et tout le bagage des Allemands fut pris ; le bagage des Français avait été envoyé un peu devant la bataille à Par^tenai et à Niort : le nombre des prisonniers fut grand, et parmi eux se trouvèrent la Noue et d'Acier; le dernier fut pris par Santa-Fiore.

On dit que le Pape fut fâché contre lui, de co qu'il n'avait point défait les Catholiques d'un homme de celte importance, capable de succéder à l'amiral s'il manquait; mais il le fit relâcher libéralement, pour montrer qu'il en voulait seulement à la religion et non aux personnes. Fontenai, Lusignan, Châtellerault, et presque toutes les places que les huguenots tenaient en Poitou, se rendirent sans résistance ou furent abandonnées. L'amiral laissa Partenai aux victorieux, et après avoir laissé Mouy 5 Niort pour les amuser, il se retira à la Rochelle. Sa blessure, plus incommode que dangereuse, ne l'empêcha pas d'écrire en Allemagne et en Angleterre dès le jour même de la bataille. Il le fit avec un tel artifice, qu'en diminuant sa perte, pour ne point décourager ses alliés, il leur fit entendre qu'il avait tout à craindre sans un prompt secours.

Mouy se préparait à défendre Niort contre le duc d'Anjou, qui l'assiégea deux joins après la bataille; mais il fut blessé par derrière, au retour d'une vigoureuse sortie, où les Catholiques avaient eu peine à le repousser. Louviers-Montr 'Vel , homme scélérat (il n'était pas de l'illustre maison de Montrevel de la Baume), Louviers, dis-je, lit ce mauvais coup. Il était venu dans l'armée huguenote dans le dessein de gagner, en tuant l'amiral , les cinquante mille écus mis sur sa tête; mais désespérant de réussir,

pour ne point revenir sans avoir rien fuit. il tua Mouy, quoiqu'il fit semblant d'être son ami : après co coup il s'enfuit à Chandenier, où le duc d'Anjou fit connaître, par *la manière dont il le reçut, qu'il n'approuvait pas une si lâche trahison. Niort perdit courage par la blessure de son brave défenseur qui en mourut quelque temps apr< et se rendit : toute la cour y vint, et ce fut là qu'on délibéra de ce qu'il y avait à faire.

La résolution qu'on y prit fil voir combien il est rare de savoir bien user d'une victoire ; la plupart des vieux officiers disaient qu'il fallait poursuivre l'ennemi durant que tout était consterné, sans lui donner aucun relâche; qu'on n'avait déjà que trop perdu de terrfps, et qu'il fallait ou contraindre l'amiral à une cinquième bataille dans laquelle sa perte était assurée, ou l'assiéger dans !î place où il se renfermerait, telle qu'elle fût. On opposa à cet avis cette vieille maxime de guerre, qu'il ne fallait point laisser de place derrière soi, sans considérer qu'il y a certains avantages qui rendent un parti tellement supérieur, qu'il peut, sans rien hasarder, s'affranchir des règles communes.

Il fut conclu qu'on suivrait ce dernier avis, soit que les principaux chefs voulussent tirer la guerre en longueur pour se rendre nécessaires, ou que par un aveuglement assez ordinaire à la prudence humaine, après de grands événements, on comptât trop sur la réussite de tout ce qu'on en reprendrait; ainsi on résolut le siège de Saint- Jean-d'Angely, quoique le cardinal de Lorraine appuyât l'avis contraire de toute sa force, et que tout le monde criât qu'on allait faire une plus grande faute que celle de l'amiral, quand il alla consumer ses forces devant Poitiers.

Le siège fut commencé le 1G octobre. La cour se flattait d'un prompt succès: mais on ne songeait pas' qu'il y avait dans la place deux mille" des plus braves hommes du parti, grand nombre de noblesse, et plus que tout cela, le brave Piles, un des plus vaillants et des plus sages capitaines des huguenots. Ses premières sorties firent bien connaître que sa défense serait . longue ; dans la première il ruina le faubourg, et coupa les arbres qui pouvaient couvrir les assiégeants; il fit plus à la seconde, il enleva un quartier au duc d'Anjou. Ou commença à sentir que l'entreprise serait difficile; mais le roi était au siège, et il ne fallait pas qu'il y reçût un affront,

Cependant l'amiral ne s'endormait pas, il pourvut autant qu'il put à toutes les places. Sa seule fermeté empêcha le parti de désespérer, et les restes de l'armée de se rendre au roi. Après avoir affermi les siens, il attendit à la Rochelle ce que ferait l'armée royale. Dès qu'il la vit attachée à un siège, comme il se promettait que la résistance de Pies lui donnerait un temps considérable « afin de l'employer utilement, il résolut d'aller lui-même ramasser ses troupes, tl ensuite de passer en Bourgogne, pour y

<* I VUES COMPI r.lKS DE BOSSUfcT.

ors qui lui \ l*Alle-

ne, 1 1 s'api roclu r do Paris.

. i tiu i i •• d( ssein, ûi - le i . deui jours Bprèa que le siège do nt-Jean-d'Angélj rut formé) il partit .le i: belle avec trois mille chevaux, tanl eraands que français, qui lui restaient, et ma vers la Guyenne, où les troupes de mmmeri l'attendaient en bon état. Il laissa la Noue auprès de la remède Navarre dans la Rochelle, qui était bloquée par mer et par terre ; mais pour encourager ses sol- ■> et donner de la réputation à ?a marche, il mena avec lui les princes, qu'il était bien aise d'accoutumer au commandement et aux travaux de la guerre. Les garnisons nui étaient sorties îles places de Poitou, ne demeuraient pas inutiles : elies allèrent se jeter en diverses places du parti, qu'elles aidèrent à se défendre, les unes à A t: ri I lac en Auvergne, les autres à Vézelai en Bourgogne, et la plupart dans la Charité, d'où elles se répandirent de tous côtés, et troublaient lacommunicalion des grands chemins de Lyon, d'Orléans et de Paris, par les postes qu'elles occupèrent.

Pendant qu'on battait Saint-Jean-d'Angely, on faisait en môme temps des propositions d'accommodement. Le roi souhaitait la paix autant | mir mettre On aux victoires de son re, que pour le bien de son Ltat. Quoique les propositions n'eussent aucun succès, la cour ne laissait pas do publier la paix te, pour ralentir les étrangers qui se préparaient à donner du secours aux princes. Quand il y eut une brèche raisonnable, on se prépara à l'assaut. Piles, qui désespéra iic; garder la place, fit faire lui-même une autre brèche à l'extrémité la plus éloignée de celle qu'avaient faite les Catholiques, par < ù il espérait s'échapper avec sa garnison, si 1'essaut réussissait mal , et pendant que les Catholiques pilleraient la ville; mais le i des assiégés lit qu'on n'osa s approcher d'abord.

on ne voulut rien hasarder dans un uù le roi était, et il différait l'attaque. Sa précaution ne put empêcher qu'il n'arrivét.un malheur des plus grands qui pussent arrivera la guerre : c'est qu'on combattit is en avoir ordre, et aussi fut-on repoussé ec fierté. Une seconde attaque, faite avec une pareille précipitation, fut suivie du même succès. Les assiégés chantaient victoire; mais Piles, qui ne se laissait pas éblouir par les apparences, ne lira pas md avantage d'avoir repoussé deux assauts Dnés on confusion, et vit bien qu'il ne résisterait» pas à une attaque plus régulière; ainsi il résolut d'employer la tromperie où la force lui manquait, li lit une capitulation par laquelle on convenait d'une suspension rt'armes durant vingt jours; et il promettait - rendre, si h s princes et l'amiral, qu'il devait avertir durant ce temps, ne lui ennt pas du secours dix jouis après.

avaient pris un long détour pour aller • me, ou pour ramasser les jens, m [Wjser ceux qui s'opposeraient à

leur marche ; côloyani i Auvergne, i amiral lié i via Aurillar, que Saint-Hérem assiégeait. Après avoir séjourné quelque temps aulour de Montauhan, il allait à Aiguillon* où il

avait dessein de faire un pont sur la Garonne, afin que Monlgouuneri , qui devait l'attendre à Coudom, le pût venir joindre. Ce n'était pas l'intention de Piles de rendre la place, mais de gagner du temps pour rafraîchir ses soldais cl pour réparer ses brèches. Au lieu d'envoyer à l'amiral, il pria Saint-Mesrae, qui commandait dans Angoulême, de lui envoyer du renfort. Celui-ci qui craignait d'être assiégé, ne lui donna (pie quarante hommes. Piles nu laissa pas d'appeler secours le peu de mon le qu'il avait reçu, et après le terme expiré il n em pas honte de rompre sa capitulation. Les Catholiques crièrent avec raison à la perfidie; mais il fallut recommencer les batteries et les attaques,* ils profitèrent pourtant <Je la trêve, en prenant Saintes, qui se rendit sans résistance. Cognac se défendit mieux, et demeura au parti, avec Angoulèiue et la llochelle; car les huguenots ne comptaient presque que sur Saint-Jeand'Angely, qu'ils ne pouvaient tenir longtemps.

La fin du siège fut funesîe aux Catholiques par la moi t de Martigue, qui fut tué à une attaque : ils perdirent beaucoup de braves gens par les fréquentes sorties de Piles, qui ne lâchait qu'à gagner du temps, sur ce qu'il savait (pie la noblesse protestante de Poitou, de Sainlonge ei d'Angoumois, s'assemblait secrètement pour venir à son secours. Lu effet, Sain t-Auban avait ramassé cinq ou six mille soldais choisis, mais il ne put tenir sa marche si secrète, que les Catholiques avertis ne lui coupassent le chemin et ne le plissent prisonnier. Celle nouvelle, rapportée a. Piles, lui fit perdre toute espérance, de sorte qu'il demanda tout de bon à capituler. Le roi et toute l'année, ennuyés d'un siège qui avait duré plus de six semaines, et où il avait perdu plus'de six mille hommes-, écoulèrent la proposition avec joie; mais ies soldats de Martigue, indignés de la perle de leur capitaine, au préjudice de la capitulation et malgré leurs officiers, tuèrent une partie des gens de Piles, ce qui lui donna préteste de manquer à la parole qu'il avait donnée do ne point servir de quatre mois.

Pendant le siège de Saint-Jean-d'Angely, la Noue avait entrepris de dégager la Rochelle, qui était bloquée par mer cl par terre, cl d'y faire entrer par intelligence les huguenots bannis d'e Nîmes. On s'était aperçu qu'on pouvait) introduire du monde par un aqueduc, qui était formé eu dehors par des barres de fer. Un artisan s'attacha à en limer quelques-unes; il ne pouvait travailler (lue la nuit, et durant le peu de temps qu'un soldat avec qui il s'entendait était eu faction, parce qu'autrement il aurait élé découvert : ce soldat l'avertissait quand quelqu'un venait; l'artisan était dans la boue jusqu'aux genoux, et i! persévéra durant trois se naines dans ce long et pénible travail. A ;a li::,

i'Z PART. XII. THEOL. HISTORIEE. — 11. lUST. DE FRANCE. l.\\. XV;i.

il vint à bout d'ouvrir un passage, par où proposition, et la cour, de son côté, ro

l'on lit entrer peqdaut une nuit obscure non-»seulementloutIe royaume, mais encore

trois cents soldats, qui, avec les huguenots toute l'Europe des plaintes do leur orgueil,

de la ville, firent une tuerie effroyable des que tant de victoires ne pouvaient réduire.

Catholiques, Elle nefut arrêtée que parSaint- On pressait en môme temps le roi d'Espagne

Romain, envoyé de la part dus princes; le de l'aire un effort pour accabler un parti qui

château se détendit trois mois durant, après à la lin irait fortifier les rebelles des l'as s-

quoi il fut contraint de capituler, et les bu- Bas. On l'excitait par l'exemple de la rein»;

guenots demeurèrent absolument maîtres Elisabeth, qui avait envoyé de l'argent pour

d'une ville si considérable. faire subsister Tannée des princes, et avait

L'amiral était arrivé à Aiguillon, qui s'é- animé par là les protestants d'Allemagne à tait rendue à lui ; il construisit un pont sur leur donner un pareil secours, la Garonne, qui n'est pas éloignée de cetle Cependant non-seulemenlon faisait durer ville, pour faire passer Montgommeri, qui la négociation, mais encore on faisait courir lui amenait près de trois mille hommes de le bruit que la paix allait se conclure, parce troupes fraîches et bien équipées; il espérait que l'expérience faisait voir que cetle couavec ce renfort >e saisir de quelques places sidération ralentissait les Allemands; et de Guyenne et de Languedoc : la mésintelli- pour donner plus d'apparence à ce bruit, on gence du maréchal Dam ville et de Montluc envoya au prince et à l'amiral, Biron, qu'on lui donnait celte espérance, et il avait même avait l'ait depuis peu grand maître de l'arlilquelque dessein sur Bordeaux; mais tout lerie, et Henri de Mesrae, maître des requêétait retardé par la lenteur de Montgom- les. Ils trouvèrent les princes à trois lieues nieri, qui avail peine à quitter des postes de Carcassonne, où ils étaient arrivés, après avantageux, où ses troupes s'enrichissaient, avoir reçu quelques troupes aux environs Aussi Montluc lui reprochait qu'il n'avait de Castres, et avoir renvoyé quelques compas su profiter de ses avantages : il se fit at- pagines de voleurs, accoutumés à voler dans tendre quinze jours par l'amiral, et cepen- les Pyrénées, qui leur vinrent offrir leurs dant Montluc renversa le pont, en abandon- services; mais quelque besoin que l'amiral nant au courant de l'eau quelques moulins eût de soldats, il ne voulut point se charger qui l'emportèrent ; de sorte que Montgom- dételles gens, qu'il crut incapables de sermeri fut contraint dépasser sur des bateaux vir, et capables seulement d'augmenter le avec beaucoup d'incommodité et de lenteur. " brigandage dans ses troupes, déjà si sédi-

[1570] L'amiral, qui ne put jamais raccom- lieuses. Les lettres que Biron et de Mesme

moder son pont, abandonna ses desseins de rendirent aux princes et à l'amiral étaient

Guyenne, et tourna vers le Languedoc avec pleines d'honnêteté : il y en avait du roi, de

les Iroupes de Montgommeri. Aussitôt qu'ils la reine et du duc d'Anjou; ils remportèrent

furent éloignés, Montluc se prépara, selon des réponses respectueuses* qui témoignaient

l'ordre qu'il en avait, à entrer dans le Béarn, un grand désir de la paix, pourvuqu'on leur

où il restait peu de monde. L'armée des accordât le plein exercice de la religion. Ils

princes s'arrêta aux environs de Toulouse, envoyèrent ensuite des députés à Château-

et brûla les maisons des conseillers, pour Briaut, où était le roi, et partirent sur la tin

venger sur eux la mort de Hapin, qu'ils de mars pour aller à Narbonne, d'où ils pas-

avaient lait mourir malgré son sauf-conduit, sèrent dans le Vivarais, et y joignirent les

sans que le maréchal de Damville se mît en troupes que Monlbrun y rassemblait,

devoir de les chasser, parce qu'il n'avait que Durant ces grands détours, ils prenaient

des troupes nouvelles, qu'il n'osa jamais et ils pillaient beaucoup de petites places ;

opposer aux vieux soldats de l'amiral. Le ils en rançonnaient d'autres, et ils subsis-

peuple ne laissa pas de l'accuser de s'enlen- laientpar.ee moyen, au grnd déplaisir de

dre avec les huguenots. l'amiral, que la seule nécessité forçait à cette

La négociation de la paix s'était toujours façon de vivre. La longue marche qu'il iaiconiinuée depuis le siège de SainMean^d'An- sait, l'obligea h donner des chevaux à l'iugely,et, pour l'avancer davantage, le roi, fanlerie, qu'il ne put plus après lui faire qui était venu à Angers au commencement quitter. Ils augmentaient parla leurs pille- Oe janvier, envoya le maréchal de Cossé à la ries, et le chagrin de leur général, qui ne ttochelle, pour traiter avec la reine de Na- pouvait presque plus soutîVif une milice si varre. Il la trouva plus difficile qu'on ne l'es- déréglée. Le marquis de Gordes voulut duperait à la cour, oùJ'on s'élait persuadé que pêcher Monlbrun et quelques autres copila bataille de Montcontour ferait prendreaux laines de passer le Biiône pour foire des leiiuguenots un ton humble. Le maréchal leur vées dans le Dauphiné, et attaquer leur caota d'abord toute espérance d'obtenir des as- non, qu'ils avaient fait passer devant; majs semblées publiques; mais il eut beau parler Monfbrun se servit si bien d'un poste qu'il haut, on ne l'écouta pas jusqu'à cequ'il se avait sur celle rivière, et la traversa si vile, fût un peu radouci, et qu'il eût laissé espé- qu'il prévint la diligence de Gordes, qui lut rer qu'en envoyant au roi on pouvait oble- repoussé avec une grande perle des siens. nir qu'il se relâchât. Beauvais-la-Nocle et Nassau lui lit, un peu après, lever lesiége Téligni furent députés à Angers de la part d'un fort qu'il atta nia ; ils demeurèrent des princes; on leur accorda la liberté de quelque temps à se rafraîchir, et en lèreni conscience, et deux lieux d'exercice dans ensuite dans le Eure/, sur le tin de mai : ils tout le royaume • ils se récrièrent à celte yreçurentquelquereufortdu tôlédeGenèvej

nais ils pensèrent (ont perdre avec l'amiral, qui eut une dangereuse maladie^ L'armée apprit a connaître ce que lui valaifun tel général, et on voyait une grande différence entre lui et Louis de Nassau, qu'on jugeait, malgré sa jeunesse, le plus capable de lui succéder. Comme il fut revenu de sa maladie, il écouta Diron ci de Mesme qui venaient encore négocier. La paix lui impossible, parce que la cour persistai! a refuser l'entier exercice ; l'amiral rejeta la trêve que la cour demandait avec instance. Avoir comme il tenait ferme, on eût dit qu'il eût été le vainqueur, et qu'il eût une grande année, lui qui ne menait que des troupes quatre fois vaincues, ruinées par une marche de quatre cents lieues, et que la désertion, jointe aux continuels combats qu'il avait fallu donner contre les garnisons et les paysans, avaient réduites h deux mille cinq cents mousquetaires, et à deux mille chevaux, dont la moitié, à la vérité, était de noblesse française, très-bien équipée; mais l'autre était d'Allemands, qui avaient perdu leurs armes sur les chemins, ou les avait eux-mêmes jeti es de découragement et de lassitude. En cet état, il traversa le Nivernais et entra en Bourgogne, où il so saisit du poste d'Arnayle-Duc, dans le dessein d'aller bientôt porter la guerre aux environs de Paris, persuadé qu'il élait que la cour ne ferait la paix que quand celte grande ville souffrirait.

Le roi élait retourné à Saint-Germain, et les nouvelles qui venaient de l'amiral y causaient beaucoup d'élonnement. On voyait ce général, qu'on croyait entièrement abattu par tanlde défaites, traverser tout le royaume, et être encore en état de se faire craindre; il était temps de lui opposer une armée, puisque la saison nouvelle lui donnait lieu d'exécuter ses projets, après s'être un peu reposé. Le duc d'Anjou était malade, et sa maladie, quoique légère, vint a propos pour servir de prétexte au roi de ne l'envoyer pas contre l'amiral ; il ne pouvait plus souffrir ia gloire de son irère, et la reine n'osait combattre une jalousie si violente. Le maréchal deCossé, à qui ondonna dix-sept mille hommes, eut ordre de partir au commencement de juin, et de combattre l'armée des princes, plutôt que de souffrir qu'elle s'approchât de Paris; l'amiral l'attendait de pied ferme, et au défaut de monde il se préparait a se défendre par la résolution et par l'avantage du poste.

Il y avait auprès d'Arnay-le-Duc deux coteaux couverts de bois, séparés d'un petit vallon où coulait un ruisseau : l'amiral occupa un de ces coteaux, qui était défendu d'un étang par l'un des côtés; il eut soin d'occuper tous les postes avantageux, et il Jaissa quelque monde dans Arnay-le-Duc, pour y assurer sa retraite; il mit le comte Louis de Nassau auprès du prince de Béarn ; le marquis de Benel prenait soin du prince ueCondé; ils attendaient en cet état l'armée loyale. Le maréchal de Cossé, quicrovaitla victoire aisée, voulut pa-ser le ruisseau; il uva plus de résistance qu'il n'en avait at-

tendu de troupes si délabrées et eu si petit nombre. Saint-Jean, frère de Monlgoromeri, ne défendit pas avec moins do valeur la chaussée de l'étang, ei repoussa plusieurs fois la Valette, qui l'attaquait. Durant l'ardeur du combat, le maréchal faisait couler quelques troupes vers Arnay-le-Duc. L'amiral, qui s'en aperçut, leur lit couper le chemin; l'escarmouche dura sept heures, sans (pie l'armée royale eût rien avancé, et l'amiral, qui ne voulut pas so laisser engager à un combat général, lit sonner la retraite.

Le lendemain il se présenta fièrement en bataille devant l'ennemi; mais le maréchal appréhenda de trop hasarder, s'il le poussait. Pour l'amiral, il demeura quelques jours dans le même poste, pour montrer qu'il ne craignait rien, et ensuite il délogea pour s'aller camper au milieu de trois villes de son parti, Vézelai, Saneerre et la Charité. 1! ne pouvait mieux se poster qu'en un lieu où il trouvait tout ensemble la sûreté et la subsistance. La cour fut étonnée de voir qu'avec tant de forces on ne pût venir à bout de ce capitaine, ni d'une poignée de gens qu'il conduisait, et la reine, qui le crut invincible dans la guerre, ne trouva plus de moyen de le perdre que par la paix : elle résolut de la faire à quelque prix que ce fût; et l'amiral, par bonheur pour elle, se trouva dans la même disposition : car quoiqu'il sentît croître tous les jours son crédit et sa réputation, tant parmi les siens que parmi les étrangers, il ne pouvait se résoudre à mener toujours des troupes sans discipline, sans obéissance, où les désertions étaient si fréquentes, et qu'il no pouvait entretenir que par de continuelles pilleries; le chagrin qu'il en avait, lit qu'il envoya les députés des princes à la cour avec ordre de faciliter le traité de paix par toutes les propositions les plus équitables. On fit d'abord une trêve, mais qui n'était pas pour les provinces éloignées.

Montluc continua à subjuguer le Béarn et la Navarre, où il ne lui restait plus à prendre que Navarins. Il n'y eut que le château de Baveslin qui tint quelque temps, car la ville ouvrit ses portes. Montluc reçut au château une blessure qui lui défigurait tellement tout le visage, qu'il fut contraint de porter un masque le reste de sa vie; les soldats irrités entrèrent de furie dans le château, et passèrent tout au lil de l'épée. Puigaillard, lieutenant dans le Poitou, sous l'autorité du comte de Lude, avait de nouveau bloqué la Bochelle avec douze mille hommes; mais il fut surpris par- la Noue, qu'il croyait surprendre, et battu auprès de Luçon qu'il avait fortifié.

11 périt cinq cents hommes, presque tous officiers, avec beaucoup de drapeaux, et les huguenots se vantaient de s'être vengés de la journée de Montcontour. Pour., rabattre leur orgueil, on envoya le prince Dauphin avec une armée. La Noue ne laissa pas de prendre Fontenay à composition; il y perdit un bras, et le bras de fer qu'il se mit, lui donna depuis le nom de Bras-de-fer. Brouage, et les îles de Marennes, après avoir été pri-

ÏM PART. XII. THEOL. HISTORIQUE. — il.-III.ST. DK M'.ANCE. I.IY. WII. ' 3

s. -s et reprises, demeurèrent enfin h la Noue; Le Pape et le roi d'Espagne, lents à donner

ainsi la guerre s'échauffait dans la Saiulouge du accours, après avoir rappelé leurs trou-

ot dans le Poitou. pes tin peu après la bataille detoonlcontour,

Paris était menacé par l'armée des princes, (juand ils virent la paix sur le point d'i

qui avait passé la Loire et s'était logée entre conclue, firent de magnifiques promes

Monlargis, Bleneau, et ChAiillon-sur-Loing: pour l'empêcher. Le roi avait pris d'autre*

relie du roi s'était mise sur le chemin, dans mesures avec la reine sa mère ; il voyan

la vallée d'Aillan : mais pendant que de part qu'il ne pouvait abattre les huguenots par

el d'autre on se préparait à quelque grande la force, sans épuiser son Etat cl hasarder la

entreprise, tout fut Uni par la paix. Quoi- victoire. Il s'était déterminé à la paix, pon-

que l'amiral y fût disposé, pour l'y porter dant laquelle il pouvait, eu les rassemblant

davantage, et l'attacher à la cour par des à la cour sous mille prétextes plausibles,

espérances, on lui lit entendre qu'on ferait trouver des moyens [dus sûrs de les perdre.

la guerre d'Espagne dans les Pays-Bas, el La chose était résolue, quoique la manière

qu'on lui donnerait ce commandement. de l'exécuter fût peut-être encore indécise.

L'orgueilleuse et dure conduite du duc II n'y avait que le roi, la reine, le duc d'An-

d'Albe avait aigri les esprits au dernier jou, le cardinal de Lorraine, et Albert de

point. Enflé de ses victoires, il avait fait Gondi, comte de Retz, Florentin, intime

faire des inscriptions, où il se donnait des confident de la reine, qui fussent de ce se-

litres superbes, qui l'avaient rendu odieux, cret : on se défiait de tous les autres,

non-seulement dans les Pays-lias, mais en- La reine était persuadée que la plupart

core dans la cour d'Espagne, et au roi même, des grands seigneurs, même catholiques,

qui en conçut de la jalousie. Un nouvel im- favorisaient secrètement les huguenots pût qu'il établit eut de dangereux effets dans

l'affaire d'Arnay-le-Duc, où le maréchal de Cossé, si fort supérieur eu force, s'était arrêté tout court, le rendit suspect et l'avait

les provinces, principalement dans la Hol lande et dans la Zélande, plus franches que

toutes les autres. Il avait fait publier un acte fait accuser de connivence avec l'amiral. On par lequel le roi pardonnait toutes les fautes croyait que la maison de Montmorency s'enpassées ; mais il le fit d'une manière qui tendait avec ce chef du parti huguenot, avec donna plus de crainte que d'espérance, laquelle il avait de si étroites liaisons, et que- Toutes ces choses donnaient beau jeu au généralement tous les grands du royaume prince d'Orange, qui répandait sous main étaient bien aises de faire traîner la guerre, des bruits capables d'exciter ces peuples, durant laquelle iis étaient plus considérés, déjà émus par eux-mêmes. L'amiral, à qui et l'autorité royale moins absolue : toules ces la maison d'Orange avait donné de grands raisons déterminèrent à la paix. Les plaisirs secours, brûlait d'envie d'en témoigner sa mêmes eurent leur part à une affaire si sé~ reconnaissance : il crut aisément que la lieuse; la reine, qui menait toujours avec France se résoudrait facilement à porter la fille une nombreuse suite de dames pour guerre au dehors, quand elle serait paisible entretenir le divertissement de la cour, au dedans. voyait bien qu'une longue guerre ne les lais- La paix fut conclue le 15 août; outre la serait pas durer. Le duc d'Anjou croyait avoir restitution de tous les particuliers dans leurs acquis assez de gloire, et ne songeait plus charges, et l'amnistie générale accordée à qu'aux plaisirs; le commandement lui semtout le parti, comme dans les autres traités, niait une chose délicate et difficile à soutenu' le nouvel édil qu'on fit alors accordait deux parmi les effroyables jalousies du roi son lieux d'exercice libre dans toutes les pro- frère, qui s'augmentaient avec l'âge el eus.vinces, au delà de ceux qui avaient déjà été sent éclaté sans la paix, accordés; Paris et !a cour demeurèrent ex- Après qu'elle fut conclue, la reine de N;iceplés. On régla plusieurs choses pour les varre, avec les deux princes, l'amiral, les procès, toutes avantageuses aux protestants, chefs et presque loule la noblesse du parti, entre autres, qu'ils ne pourraient être cou- les députés des provinces el plusieurs mitraints de plaider au parlement de Toulouse, nislres, demeurèrent assemblés à la. Rochelle, qui leur était trop contraire. On leur donna sous prétexte de chercher les moyens de pour juges les requêtes de l'hôtel, avecattri- satisfaire les Allemands :1a cour n'était pa> bution de juridiction souveraine, lis furent sans ombrage de celle assemblée el des grauadmis aux. collèges, aux hôpitaux et aux des levées d'argent, qui se faisaient sous ce charges, en réduisant pourtant à un certain prétexle; elle étail d'ailleurs fatiguée des nombre ceux qui devaient entrer dans les demandes exorbitantes que faisait faire l'apariements; et ce qui passait de bien loin mirai, comme pour sonder la bonne dispositout ce qu'ils avaient osé prétendre dans les lion du roi, qui de son côté, quelque réputraités précédents, on leur laissa la Rochelle, gnance qu'il eût à donner des marques de sa Montauban, la Charité et Cognac, comme bienveillance à des gens qu'il haïssait au places de sûreté, à condition de les rendre dernier point, depuis l'audace qu'ils eurent au bout de deux ans, à quoi les principaux de "le vouloir enlever, savait fort bien se du parti s'obligèrent en leur propre et privé contraindre; ainsi, il accordait presque tout nom. Ainsi l'amiral, qu'on croyait à bas par avec une si grande faufilé, qu'où s'ét'oiui.e tant de défaites, fit une paix plus avauta- queles huguenots n'en aient point eu de dégeuse qu'il ne l'avait osé espérer dans les fiance, meilleurs temps. Il était temps de marier le roi, qui avait

nngt mis; la reine m mère, toujours pleine (l • \ asles desseins, a\ ;n! songé à Marie, reine d'Ecosse, encore assez jeune pour loi plaire, «•t même a Elisabeth, reine d'Angleterre] m. us les malheurs de la reine d'Ecosse mireni bientôt Go lui pensées qu'on avail pour elle, et la reine Elisabeth avait répondu que le roi était trop grand et trop petit selle vmilail dire qu'il était trop jeune pour eile qui

iii trente-huit ans, el d'ailleurs trop grand roi pour venir demeurer en Angleterre; ainsi on se détermina h Isabelle, tille de l'empereur Maiimilien, dont le roi d'Espagne venail d'épouser l'aînée.

Il y avait quelques années que la reine avait commencé de l'aire traiier ce mariage avec l'empereur, qui, voulant tirer avantage des troubles de la France, (it des propositions extraordinaires : elles furent rejettes bien loin, et le mariage ne se conclut qu'en ce temps. Il fut célébré sur la tin de novembre, et le roi alla recevoir à Mézières sa nouvelle épouse, qui avait environ seize ans; ses noces furent accompagnées de la magnificence ordinaire en ce temps. Mais la reine Catherine ne quitta point le dessein de gagner ou d'amuser la reine d'Angleterre, à qui elle fit proposer son fils d'Anjou par le cardinal de Châtillon, toujours en grand tiédit dans cette cour. Si elle ne pouvait pas faire réussir ce mariage, elle espérait du moins rompre celui que cette princesse pouvait faire avec le prince de Navarre : quoiqu'elle ne découvrît pas ce secret au cardinal de Châtillon, elle éiail bien aise de lui donner quelque marque de confiance, pour endormir d'autant plus les huguenots qu'ils verraient leurs chefs employé dans les plus grandes affaires de l'Etat.

Durant ces négociations la chrétienté était attaquée avec une terrible violence parSélim, empereur des Turcs : ce prince, I lus enclin aux ouvrages de la paix, qu'aux. exercices de la guerre, voulut faire bâtir quelques mosquées et fonder quelques hôpitaux; mais son muphti lui répondit que la loi ne lui permettait de construire de tels édifices que des dépouilles des Chrétiens. Les Turcs, voyant la mollesse qui commençait à s'introduire dans la maison ottomane, se servirent apparemment de ce moyen pour exciter leur empereur à se jeter dans la guerre, connue avaient fait ses ancêtres. Ce dessein leur réussit; et l'île de Chypre fut attaquée avec toutes les forces de l'empire : i \ énitiens, qui en étaient maîtres, perdirent d'abord Nicosie. Le Pape Pie V ne manqua ni à son devoir ni à la chrétienté '.ans celte occasion si importante ; il excita de toute sa force le zèle des princes chrétiens. La France, épuisée par les guerres ci-

s, n'était pas en état d'agir ; Philippe, dontles Etats étaient florissants, fit d'abord

b ant de vouloir se remuer, et désespéra

s \ énitiens par des promesses qui furent

longtemps inutiles, a la lin il conclut une

ie entre le Papi«, le roi d'Espagne et les

liliens, el o i assembla une Hotte forai i- • Marc-Antoine Bragadin

défendait Famagouste contre les Baibares, Le roi était revenu à Paris, et pour entretenir d'espérances l'amiral <>t ses amis, il avail visité en passant le maréchal de Montmorency, dans sa belle maison de Chantilly. Les huguenots étaient toujours assemblés à la Rochelle ; et comme la longueur de cette assemblée devenait de plus en plus suspecte au roi, il y envoya le maréchal do Cosse, avec-un maître des requêtes, pour terminer leurs affaires et les séparer; ils s'excusaient toujours sous prétexte des grandes sommes qu'ils devaient aux Allemands. Les conférences se passèrent en plaintes réciproques; mais le maréchal avait ordre de traiter tout avec douceur : l'assemblée envoya ses députés à la cour, pour solliciter l'entière exécution du dernier édit. Cependant les huguenots eurent permission de tenir leur synode national à la Rochelle, à condition qu'il y assisterait un commissaire du roi, pour empêcher qu'il ne s'y passât rien contre son service. La reine de Navarre y invita Théodore de Bèze, qui craignit les ressentiments de la maison de Lorraine, trop puissante alors et trop déterminée o venger sur lui l'assassinat du duc de Cuise.

On renouvelait souvent les propos de la guerre des Pays-Bas , et les affaires du prince d'Orange devenaient tous les jours meilleures ; la Hollande el la Zélande avaient commencé à se rendre puissantes par mer, et avaient remporté quelque avantage sur le duc d'Albe. Dordrecht,Flessingue et plusieurs autres places importantes quittèrent les Espagnols. Cependant la cour de France ne paraissait occupée que des réjouissances, qui n'avaient point discontinué depuis le mariage du roi; il fit son entrée solennel-lo dans Paris avec la reine sa femme, qui fut ensuite couronnée à Saint-Denis. Le roi entra au parlement, où il lit avec sa gravité ordinaire un long discours sur la réformation de la justice, et sur l'obéissance ponctuelle qu'il voulait qu'on lui rendît, quand il enverrait des édils à vérifier.

[1571] En ce temps il arriva une sédition à Paris, au sujet d'une pyramide élevée, il y avait déjà longtemps, à la place de la maison d'un nomiué Gastine. Cet homme, pour avoir prêté son logis aux huguenots qui y avaient fait leur cène, fut condamné à mort avec son frère et son beau-frère : leurs biens furent confisqués, leur maison fut rasée, et la pyrauiide érigée expliquait la cause de cette condamnation. Comme cette inscription notait les huguenots comme séditieux et ennemis de l'Ltat, iis crurent être bien fondés à demander la démolition de la pyramide en faveur de la paix, et le roi l'avait jugé raisonnable: mais quoiqu'on eût pris la nuit pour exécuter ses ordres, tout le voisinage s'émut. Le maréchal de Montmorency fut obligé de faire pendre sur l'heure un des séditieux, après en avoir fait tuer quelques autres, et il acheva d'attirer sur lui la haine du peuple. Les huguenots, satisfaits de ;' "" qu'on leur avait

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