‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 60 sur 458 · PART. XII. TIIEOL. HISTORIQUE. — II. II1ST. DE FRANCE. L1Y. XVII · texte numérisé non relu

PART. XII. TIIEOL. HISTORIQUE. — II. II1ST. DE FRANCE. L1Y. XVII

faite, le furent beaucoup davantage des belles promesses que leurs députés leur rapportèrent.

On n'avait rien oublié pour contenter la reine de Navarre et l'amiral ; mais Biron arriva quelques jours après avec des offres beaucoup plus considérables ; il disait que le roi., fatigué des guerres civiles qui ruinaient smi Etat et le donnaient en proie aux étrangers, voulait oouper jusqu'à la racine des dissensions ; qu'il avait enfin compris qu'il ne pouvait déraciner un si grand mal sans se réconcilier de bonne foi avec les huguenots, principalement avec la reine de Navarre; et qu'afin défaire avec elle une solide alliance, il destinait la princesse Marguerite, sa sœur, au prince de Béa rn, fils de celle reine; ceci se disait également de la part du roi et de la reine sa mère. Mais Biron avait ordre d'insinuer qu'à l'âge où était le roi, et se. sentant capable d'affaires, il était las d'être gouverné ; que la reine mère faisait trop valoir le duc d'Anjou , qu'elle voulait établir au préjudice du roi et aux dépens de sa réputation, et qu'une des raisons qui le portaient à faire un accord sincère avec les huguenots, c'est qu'il espérait, par cette union et par les conseils de l'amiral, trouver les moyens de s'affranchir. La guerre de Flandre, ajoutée à tant de motifs, avait un tel charme pour l'amiral, qu'on pouvait tout obtenir de lui par ce moyen.

La princesse Marguerite était en ce temps les délices de la cour, tant par sa beauté que par son esprit et ses agréments; elle avait paru aimer tendrement le duc de Guise, et n'avait pu s'empêcher de témoigner qu'elle était touchée de la gloire qu'il s'acquérait autant dans les combats que dans les tournois. Ce prince avait eu envie de répondre à la passion de la princesse: mais sitôt qu'il eut aperçu qu'il oifenserait mortellement le duc d'Anjou, qui l'aimait, et le roi qui le considérait beaucoup, il résolut en habile courtisan de faire céder son amour à son ambition : et pour ôler tout prétexte à ses ennemis, il se maria dans le même temps avec tant de précipitation, qu'on sut plus tôt l'accomplissement que la proposition de ce mariage. Il épousa Catherine de Clèves, veuve du prince de Portian. Marguerite ne laissait pas de l'aimer encore, quand elle fut destinée, contre son inclination, au prince de Béarn.

Quoique la reine de Navarre fût touchée comme elle le devait de cette alliance, elle ne répondit pas sur-le-champ, et voulut prendre quelque temps pour voir si elle pourrait réussir dans un dessein plus avantageux. La reine d'Angleterre amusait tous les princes de l'Europe de l'espérance de l'épouser, et, pour engager d'autant plus les huguenots, elle avait témoigné quelque inclination pour le prince de Béarn. Ainsi la reine sa mère résolut d'attendre quelque temps avant que de conclure avec Marguerite; et cependant, pour ne point fâcher le roi, elle répondit qu'elle se sentait eitraordinaircment honorée du mariage qu'il lui

faisait proposer, mais qu'elle était obligée de consulter avec ses théologiens, si ol le pouvait en conscience donU'T à son fils une princesse d'une religion contraire ; ans i

liien alors le prince n'était-il pas à la I',oohelle. La reine sa mère l'avait envoy» visiter ses places, et était bien aise de le montrer à ses sujets : elle faisait cependant sonder à fond les intentions de la reine d'Angleterre, ce qu'elle pouvait aisément par le cardinal de Châtillon ; elle .-ut que les espérances que donnait cette princesse n'étaient qu'a' tffices, et qu'elle ne se résoudrait que très-difficilement à se donner un maître ; ainsi la reine de Navarre ne tarda pas à faire réponse au roi : le mariage fut résolu, et il ne fallait plus pour l'accomplir que la dispense du Pape.

Environ dans le même lemps, Marie de Clèves, sœur des duchesses de Nevers el de Cuise, élevée dans la religion protestante auprès de la reine de Navarre, fut promise au prince de Condé. L'amiral, qui avait perdu, quatre ans auparavant, Charlotte de Laval.se remaria à Jacqueline d'Entremont, Savoyarde de grande maison, et puissamment riche, que la grande réputation île ce capitaine en avait rendue amoureuse : elle le vint trouver à la Rochelle, et le roi lui lit rendre son bien, que le duc de Savoie avait confisqué. Téligni épousa aussi la tille de l'amiral, que son seul mérite lui obtint, car il n'avait aucun bien; et quoiqu'il lût gentilhomme, sa naissance n'était pas proportionnée à la dignité ni à la considération de l'amiral.

Les réjouissances causées par tant de mariages mêlés ensemble, furent troublées par la mort du cardinal de Châtillon. Il mourut subitement en partant d'Angleterre pour revenir en France, et on ne sut que deux ans après qu'il avait été empoisonné par son valetdechambre.il était né avec de grandes qualités pour le monde et. pour la cour ; mais encore qu'il eût été cardinal presque dès son enfance, il n'avait jamais eu de goût pour l'état ecclésiastique. Les intérêts de sa maison, auxquels il sacrifia sa religion, le jetèrent dans l'hérésie: il ne laissa pas de garder quelque forme d'ecclésiastique pour conserver les revenus de ses bénéfices; et comme il était retenu par là de prendre ouvertement les armes, il s'était mis dans la négociation, où beaucoup d'adresse cl beaucoup d'esprit, joint à beaucoup de franchise, du moins apparente, lui donnaient degrands avantages. L'amiral sentit vivement cette perle, et se voyant seul de trois frères qui lui étaient d'un si grand secours, il chercha de nouvelles ressources dans son esprit et dans son courage.

Le roi désirait avec ardeur de l'attirer à la cour, et pour le faire avec plus de facilité, il s'avança jusqu'à Blois. C'est là qu'où dit que se tint ce laineux conseil où le carnage des protestants fut résolu; un peu après arriva l'assassinat de Lignerolles, qui étonna « toute la cour : c'était le favori du duc d'Anjou. Cependant le vicomte de la Guerchc

Ht VUES COMPLETES DE BOSSU ET.

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tiin avait .ivre lui de vailles inimitiés, se lit

sler des principaux de la cour pour le

tuer:- la confiance de son maître lui coula

javie; il lui avait dit le secret du meurtre

s huguenots ; et ci* jeune homme, ou par imprudence ou par vanité, avait [ail sentir .•m roi qu'il le savait; il ne le porta pas loin, on se servit de la Guerche pour le tuer; et pour amuser le monde, on môla dans son aventure quelque histoire de femmes, afin qu'on l'attribuât à la jalousie; mais comme il e ait malaisé de tromper l'amiral, le roi s'appliqua plus que jamais à l'attirer. Le meilleur moyen qu'on en put trouver, était de lui proposer clos desseins de guerre, et surtout dans les Pays-Bas; il en tut alors parlé plus ouvertement et plus à fond que jamais.

Louis, comte de Nassau, était auprès de lui à la Rochelle; le roi donnait tant d'espérance de la guerre, que l'amiral résolut d'envoyer ce comte avec la Noue, pour découvrir de plus près ce qui en était; ils revinrent persuadés que le roi souhaitait cette guerre de bonne loi, et qu'il n'attendait pour la commencer que l'arrivée de l'amiral, à qui il en voulait donner la conduite. Ils le trouvèrent occtq>é de grands desseins à son ordinaire : sa charge lui donnait de puissants moyens pour les entreprendre.

Durant les intervalles des guerres civiles, il avait envoyé dans le Nouveau-Monde pour y établir des habitations, et même durant la guerre il n'abandonnait pas tout à fait ce dessein ; il y entrait quelque chose des intérêts de sa religion, qu'il se faisait honneur d'étendre; mais tout le monde avouait que la grandeur du royaume, qu'il avait toujours à ca'ip, faisait un de ses principaux motifs. Le peu de paît que prenait la cour à ses entreprises, le lit mal réussir; et toutefois on lui doit les commencements de l'établissent ni (pie les Français ont fait dans le Canada et dans les îles.

Depuis la dernière paix il avait renvoyé en Amérique pour reconnaître les ports.

Une nouvelle raison s'était jointe à toutes les autres : c'était le désir de nuire aux Espagnols; et comme il espérait leur faire bientôt la guerre dans la Flandre, il songeait en même temps à les traverser dans le Nouveau-Monde, d'où ils tiraient leurs richesses. Les mauvais succès dont il venait d'apprendre la nouvelle, loin de le rebuter, le faisaient penser aux moyens de réparer ce dommage; c'est ce qui l'occupait dans le temps que Louis de Nassau lui vint rapporter les réponses et les intentions du roi. Il lui conseillait d'aller à la cour sans diilérer davantage. Le maréchal de Cossé , qui le trouva ébranlé, lui donna encore plus de conliance, en lui portant la permission de se faire accompagner de cinquante hommes d'armes pour sûreté de sa personne; et le maréchal de Montmorency, dont les conseils lui étaient point suspects, acheva de le dé erminer.

Lu tiers parti, qu'on appelait le parti <\^s • , commençait u se former à la

cour; ce parti, sans parler de religion, devail seulement proposer la réformation des abus et l'assemblée (\e^ étals généraux. Le duc d'Àlençon faisait espérer de se mettre bientôt à leur tôle : à mesuro (pie ce jeune prince croissait, on découvrait tous les jours en lui un mauvais l'omis et un grand désir de brouiller. En attendant, les deux maréchaux étaient les chefs du parti ; c'est ce qui leur fit souhaiter de voir à la cour et auprès du roi un homme de la force de l'amiral, seul capable de ruiner le crédit des Italiens, odieux à tout le monde, excepté a la reine mère qu'ils gouvernaient, et de balancer le pouvoir de la maison de Lorraine, maîtresse absolue des peuples, que la forte inclination du duc d'Anjou pour le duc de Guise rendait tous les jours plus puissante.

L'amiral donnait beaucoup à ses amis et aux marques de considération qui lui venaient de la cour; ainsi il se rendit auprès du roi, qui le reçut encore mieux qu'il ua l'avait fait espérer. Comme il se fut jeté à genoux devant le roi , il le releva, l'embrassant et l'appelant son père, et lui dit qu'il ne verrait jamais de plus heureuse journée que celle-ci, qui mettait le dernier sceau à la paix. L'amiral, Français jusqu'au fond du cœur, et que le seul esprit de sa religion avait jeté dans les intérêts contraires au bien de l'Etat, ne pouvait retenir ses larmes.

Les caresses du roi furent suivies de ses libéralités; il donna cent mille livres à l'amiral pour Je dédommager du pillage de sa maison durant les guerres : il fut môme libéral envers lui aux dépens de l'Eglise, en lui accordant une année des revenus des bénéfices de son frère le cardinal, et môme quelques-uns de ses bénéfices; il lui rendit encore sa place dans le conseil, où il tenait le milieu entre les maréchaux de France ; mais ce qui paraissait le plus solide, c'est qu'il traitait à fond avec lui les plus grandes affaires de l'Etat, qui paraissait être l'alliance qu'il projetait avec la reine d'Angleterre cl avec les protestants d'Allemagne, pour eu venir incontinent après à la guerre de Flandre, tant souhaitée par l'amiral. Il en résolut avec lui tous les moyens comme avec celui à qui il en voulait donner la charge.

L'amiral eut permission de passer quelque temps à sa maison ; le roi continuait à traiter par lettres avec lui ce qu'il avait commencé de vive voix. Le duc de Guise, quoique averti, ne savait que croire de ces marques de confiance, et se retira de la cour presque autant par crainte que par dissimulation : le fort génie de l'amiral faisait craindre qu'il ne changeât l'esprit du roi.

La reine mère et le duc d'Anjou, qui devaient faire semblant d'entrer en jalousie, n'en étaient pas tout à fait exempts, et le crédit de l'amiral faisait crier tout lé monde, excepté les Montmorency et leurs amis. Guillaume de Montmorency, seigneur de Thoré, un des frères du maréchal, et le plus remuant de lous, travaillait secrètement à lui unir lu duc d'Alençon. Ce prince témoignait un grand attachement pour l'amiral; cl dans l'eslrme

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