‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 61 sur 458 · PART. XII. THEOL. HISTORIQUE. — II. HIST. DE FRANCE. L1V. XVII · texte numérisé non relu

PART. XII. THEOL. HISTORIQUE. — II. HIST. DE FRANCE. L1V. XVII

qu'il affectait de lui faire paraître, ceux qui regardaient les choses de près remarquaient que de toutes ses qualités, celle qu'il prisait le plus élait l'adresse qu'il avait île se rendre maître d'un parti.

L'affaire du mariage, quoique résolue, tirait en longueur; parce que le Pape ne voulait point accorder les dispenses. Pour rompre ce mariage, il fit demander la princesse Marguerite par le roi de Portugal : il envoya un légat pour appuyer la demande de ce prince, et tout ensemble pour obliger le roi à entrer dans la ligue contre le Turc. Le roi répondit civilement au roi de Portugal ; mais il dit que le bien de son Elat lui avait fait prendre d'autres engagements.

Pour la ligue, il répondit que les divisions vie son royaume ne lui permettaient pas de prendre part aux affaires étrangères. Un peu après se donna la fameuse bataille de Lépan te

Don Juan d'Autriche avait été déclaré général de la ligue, comme il venait d'achever en Espagne la guerre contre les Maures révoltés, que leur opiniâtreté avait rendue dillicile et dangereuse : son autorité empêcha les divisions qui s'étaient mises entre les chefs. Il vint en Italie, et partit de Naples vers la mi-août, après avoir reçu du cardinal de Granvelle, vice-roi, les marques du commandement que le Pape lui avait envoyées; il tint conseil à Messine au commencement de septembre, et il apprit, quelque temps après, que les Turcs, qui ne croyaient plus qu'il y eût rien à entreprendre, la saison étant déjà si avancée, avaient déjà renvoyé soixante vaisseaux que leurs plus fameux corsaires avaient joints à leur (lotte : le reste était demeuré vers le golfe de Corinlhe. L'armée chrétienne partit de Corfou vers la fin de septembre, pour aller au secours de Famagouste; elle apprit en chemin que la valeur admirable de Bragadin n'avait pu la sauver; le bâcha, irrité contre ce bravo homme qui lui avait fait périr tant de monde, malgré la capitulation le fit expirer parmi les tourments, qu'il souffrit avec autant de piété qu'il avait montré de valeur dans la défense de sa place. C'est ainsi que ces conquérants brutaux insultent à la vertu qu'ils sont incapables de connaître, et qu'ils mettent dans une fierté insolente.

La nouvelle de la perte de Famagouste n'empêcha pas les Chrétiens d'aller aux Turcs, quoiqu'une grande partie de la flotte vénitienne se fût dissipée. Ils trouvèrent l'ennemi au golfe de Lépante, contrée déjà fameuse par la bataille d'Actium. Là se donna un combat naval le 7 d'octobre : les infidèles furent défaits ; cent dix-sept de leurs galères furent prises, et plus de vingt coulées à fond ; il y eut vingt-cinq à trente mille hommes abîmés, et quatre mille pris : tous les chefs furent noyés ou tués, à la réserve d'un seul ; tout l'empire ottoman trembla de cette défaite, et sa puissance, depuis ce temps-là, ne s'est jamais remise sur la mer.

Les témoignages de confiance que le roi donnait à l'amiral continuaient : les traités

avec l'Angleterre et les princes protestants s'avançaient beaucoup; en môme temps l'évoque de Valence faisait agir son fils Balagni en Pologne, pour ménager celte couronne au duc d'Anjou. Le roi Sigismond-Augusle n'avait point d'enfants, et sa mort paraissait prochaine, à cause de ses infirmités et de son grand Age; l'affaire se traitait fort secrètement : mais le roi en laissa exprès échapper quelque chose; rien ne donna plus de confiance aux huguenots. Ils regardaient le duc d'Anjou comme leur ennemi le plus déclaré et le plus à craindre, et ses victoires lui étaient un engagement contre le parti protestant : ils pénétrèrent aisément que le roi si jaloux de son frère no songeait pas tant à l'élever qu'à l'éloigner. La reine de Navarre vint à la cour; les articles du mariage furent signés le 11 d'avril, et la manière dont on convint pour le célébrer, n'était pas fort éloignée de celle dont on usait dans l'Eglise. Le Î9, l'alliance fut conclue avec la reine d'Angleterre, et avec obligation de se défendre mutuellement contre tous les ennemis sans distinction. Le maréchal de Montmorency avait négocié cette affaire auprès d'Elisabeth : mais le mariage du duc d'Anjou avec celle princesse fut absolument rompu. Elle fut ravie d'avoir pour prétexte son zèle pour sa religion, et de refuser au duc d'Anjou l'exercice de la sienne, qu'il demandait pour toute l'Angleterre.

[1572] En même temps le roi fit partir Gaspard de Schomberg pour traiter une ligue offensive et défensive avec les princes protestants d'Allemagne, et n'oublia rien pour engager dans ses intérêts Je prince Palatin et ses enfants. Il envoya aussi au grand-duc : c'était Côme de Médicis, à qui le Pope avait donné cette qualité, et qui se l'était conservée, quoique l'empereur le trouvât mauvais. Ce prince avait conçu de grandes jalousies du roi d'Espagne, qui depuis peu s'était saisi de Final, place qui relevait de l'empire, et avait fait peu d'état des plaintes de l'empereur. Toute l'Italie fut émue de cette entreprise, mais principalement le grand-duc, que cette conquête menaçait plus que les autres, et qui se persuada aisément que Philippe avait des desseins sur Sienne. Le roi voulut profiter de la conjoncture pour engager Côme contre l'Espagne; et comme il était fort riche , on lui demanda une grande somme d'argent à emprunter.

Tous ces grands préparatifs qu'on faisait en tant d'endroits contre le roi d'Espagne, persuadèrent à l'amiral qu'on voulait tout de bon lui faire la guerre; il n'écoula point les llochelois, qui lui écrivaient lettres sur lettres, pour l'avertir de prendre garde à lui.-Strossi armait ùcs vaisseaux dans leur voisinage, et quoiqu'on publiât que c'était à dessein de passer eu Flandre, les llochelois étaient alarmés de cet armement; mais l'amiral les exhortait à bannir ces vaines terreurs, et les assurait que le roi avait bien d'autres desseins que celui d'attaquer les protestants. Il attribuait b's bruits qu'on faisait courir parmi eux de^ mauvais ues-

- os Je la cour, nux ennemis de l'Etal; el

loin vie prendre, comme ses .unis j'v exhor-

iii, ae nouvelles précautions, H obligea

• is à rendre les places de sûreté

ii mois avant le temps porté par redit.

i ;\ de la Rochelle furent les seuls qui ne

rérèrenl point à ses sentiments; les au- - rurenl loués publiquement par des letti t^ patentes du roi, qui recommandaient religieusement l'exécution de l'édit.

Le Pape Pie v mourut le 1er de mai,affligé de ce que les divisions des confédérés des » raient emj fichés de profiter de la victoire de Lépante, et de ce que les Yéniliens n'avaient pu sauver leur royaume de Chypre. Grégoire XIII, son successeur, ne fut pas si difficile que lui pour la dispense du mariage, d il devait se célébrer le premier de juin; mais quelque difficulté que le cardinal de Bourbon trouva dans la forme de la dispense, fit différer jusqu'au mois d'août. Ce délai priva la reine de Navarre de la consolation de le voir accompli; elle mourut le i de juin, âgée de quarante -quatre ans, à Paris, où elle était venue pour faire les apj rets de la cérémonie. Comme elle était fort active, on dit qu'elle s'échauffa par les soins qu'elle se donna pour faire tout magnifiquement à son ordinaire; d'autres croient qu (.-Ile mourut empoisonnée par des gants parfumés, et il est constant que celui qui les lui vendit était capable d'une noire action; mais on ne vit rien de certain touchant ce crime. On peut croire aisément que les protestants furent inconsolables de sa perte ; sans sa religion, son grand esprit, soutenu par un grand courage, l'aurait fait regretter même par les Catholiques.

Environ dans le même temps, le prince d'Or. nue ayant surpris Mons, l'amiral [tressa Je roi de se servir de celte conjoncture, el de déclarer la guerre au roi d'Espagne , pendant que tout le pays était ému de la prise de celle place. Le roi ne pensait à rien moins alors qu'à faire la guerre; mais comme il craignait, plus que toute chose , que l'amiral ne pénétrât ses intentions, il u --a pas le refuser ^ouvertement : l'expédient qu'il prit pour gagner du temps, fut de lui mander de mettre son avis par écrit, ;din de le faire examiner dans son conseil. Sur cela, l'amiral écrivit un long discours; mais il se liait principalement aux raisons qu'il avait dites au roi en particulier, dont la principale était, que s'il ne protégeait les Hollandais, ils seraient contraints de se jeter entre les bras de la reine Elisabeth, qui, devenue maîtresse dans les Pays-Bas, réveillerait avec autant de puissance, et d'aussi près que jamais, les anciennes animosités des Anglais contre la France.

Pendant que le gante des sceaux Morvil-

I ter répondit à l'écrit de l'amiral, les choses

tiraient en longueur, et le roi consentit que

le comte de Nassau et (ienlis menassent

ain quelques secours ,au prince d'O-

pour défendre Mons, que le duc

Vlbe menaçait. Ce duc commençait à ne rien ccnnaltre dans les desseins de la*Fraiieo;

il ne pouvait croire que Charles pût se réconcilier de hoirie foi avec les huguenots, ni abandonner le dessein do les perdre, tant de fois résolu entre les deux rois; il voyait bien qu'un tel dessein ne pouvait pas compatir avec la guerre d'Espagne , cl il soupçonnait quelque chose de ce qui était; mais c'était pousser la dissimulation bien avant que d'envoyer des troupes contre lui, et en tout cas il était de sa prudence de ne pas so laisser surprendre : ainsi il marcha contro Genlis et le battit.

A voir comme le roi reçut cette nouvelle, il n'y eut personne qui ne crût qu'il en était sensiblement touché; ainsi l'amiral vint à Paris plein de confiance, contre l'avisdetous ses amis : il croyait sa présence nécessaire auprès du roi dans celte conjoncture. A son arrivée, on renouvela les défenses de porter des armes et de faire aucune émotion. Il crut qu'on voulait pourvoir par là à la sûreté de sa personne, et arrêter la fureur du peuple qui le haïssait, tant 5 cause de sa religion que pour l'amour du duc de Guise. Le roi lui accorda tout ce qu'il voulut, et lui permit de lever autant de troupes sur la frontière qu'il jugerait nécessaire, pour soutenir le prince d'Orange dans le dessein de secourir Mons, que le duc d'Albe avait assiégé.

Cependant le temps du mariage approchait. Le prince de Navarre, devenu roi par la mort de sa mère, était arrivé avec son cousin le prince de Condé, dont les noces venaient d'être célébrées avec la princesse de Clèves en présence du nouveau roi. Tous les seigneurs protestants suivaient les deux princes ; l'exemple de l'amiral les avait rassurés, ils no croyaient presque plus qu'il y eût à craindre dans une occasion où un homme de sa prudence marchait avec tant de sécurité. Les seigneurs catholiques se rendaient aussi auprès du roi, entre autres le duc de Guise qui, voyant tous les huguenots s'assembler dans Paris avec l'amiral, ne douta [joint que le temps de la vengeance n'approchât, et vint suivi d'une infinité de gentilshommes catholiques de ses amis.

La dispense vint telle qu'on la pouvait désirer, et le mariage se fit le 20 d'août, dans l'église de Notre-Dame de Paris : les fiançailles avaient été faites la veille dans la chapelle du Louvre. On remarqua, dans la célébration du mariage, que la princesse Marguerite, qui n'épousait qu'à regret le roi de Navarre, parut toujours avec un visage chagrin. On dit même que jamais elle no prononça le « Oui » nécessaire, et que lors-; qu'on lui demanda, selon la coutume, si elle ne prenait pas Henri de Bourbon, roi de Navarre et premier prince du sang, pour son mari, comme elle tardait à répondre, le duc d'Anjou son frèro lui baissa la tête par derrière, ce qui fut pris pour consentement. Le nouveau marié et les huguenots se retirèleut dans l'évêché pendant la Messe; mais , pendant qu'ils étaient à l'église, on les vit regarder souvent avec douleur les étendards pris sur eu" ' ' " ' "' :" '" '" "

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