PART. XII. THEOL HISTORIQUE. - II. 1IIST. DE FRANCE. LIT. XVII
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de Monlconlour, cl on entendit l'amiral qui disait au maréchal Dam vil le, que bientôt on mettrait d'autres étendards plus agréables à voir, a la place de ceux-là : tant il était occupé des victoires qu'il espérait remporter dans la guerre des Pays-Bas.
Il ne savait pas que pendant qu'il se nourrissait de celte espérance, et au milieu des îéjnuissances de la noce, on tenait des conseils secrets [tour le perdre avec tous ses amis. Le maréchal de Montmorency, plus défiant que lui, s'en douta, et sous prétexte de quelque indisposition qui lui restait, disait-il, de son voyage d'Angleterre , d'où il revenait, il se retira à. Chantilly. Un peu après, on eut nouvelle de la mort du roi de Pologne, avec lequel périt la famille des Jagellons; l'évoque de Valence l'ut envoyé en Pologne pour y achever ce que son fils Balagni y avait commencé par ses instructions, et procurer l'élection du duc d'Anjou ; ni le duc ni la reine mère ne souhaitaient le succès de celle entreprise. Le duc regardait son élection, dans un pays si éloigné, comme un bannissement honorable, et la reine ne pouvaitse résoudre à éloigner d'auprès d'elle un fils qui lui était si cher. Mais l'évêque, qui savait combien la chose était agréable au roi, était résolu d'y travailler de toule sa force.
La reine était occupée du dessein de faire périr les uns par les autres tous ceux qui lui donnaient de l'ombrage. Elle prétendait que ceux de Guise la déferaient de l'amiral, des Montmorency et des huguenots, pour ensuite périr eux-mêmes accablés par les troupes, après qu'ils se seraient épuisés en ruiasst leurs ennemis. Dans ce dessein, voici Tordre qu'elle méditait pour l'exécution : elle voulait commencer par l'amiral, et donner au duc de Guise son ennemi la charge de le faire assassiner, à quoi il s'était otfert. Elle ne doutait point que les huguenots et les Montmorency ne prissent les armes pour le venger : c'était un prétexte pour les perdre tous ensemble, car les Guise et les Catholiques de Paris joints à eux étaient sans comparaison plus forts que ces deux partis réunis; mais comme ils ne l'étaient pas assez pour les défaire sans qu'il en coûtât beaucoup, et que de si braves gens ne manqueraient pas de vendre bien cher I» ur vie, elle espérait avoir bon marché des Guises affaiblis dans ce combat.
La chose ne fut pas proposée au roi dans toute son étendue; on lui parlait seulement et de l'amiral et des huguenots, dans la ruine desquels le peuple pourrait bien envelopper les Montmorency, que leur liaison avec l'amiral avait rendus odieux. On lui disait que jamais il n'aurait ntautorilé ni reluis, qu'il n'eût délivré son royaume de ces chefs de parti ; que s'il ne pouvait pas achever tout le dessein en un seul coup, ce sciait toujours un grand avantage de se défaire de l'amiral, qui faisait à son gré la paix on la guerre, en rejetant l'action sur les princes de Lorraine, ses ennemis déclarés ; qu'au r.sle, le toi ferait tout ce qu'il vou-
cirait des huguenots, dont il aurait abattu le chef principal, et tiendrait tous les auii s entre ses mains; que les Montmorency ne se pourraient pas soutenir tout seuls, et qu'enfin les princes lorrains seraient absolument au pouvoir du roi, quand toutes les forces du royaume seraient réunies, tellement que l'aulorilé royale reprendrait toute sa vigueur.
Le roi, tout cruel qu'il était, n'entrait qu'à regret dans un tel dessein, c;ir il avait nu fonds de droiture qui répugnait à ces noires actions; mais on l'avait gâté par de mauvaises maximes, et on lui avait tant répété qu'il y allait de sa couronne et de sa vie à faire périr l'amiral, qu'il donna ordre au due de Guise de chercher un assassin; il ne fallut pas le chercher bien loin. Montrevel, qui avait déjà assassiné Mouy, s'était retiré ensuite dans les terres du duc, qui le réservait pour ce dernier coup. Ce m'échant a!l<i lui-môme choisir, dans la maison d'un confident du duc de Guise, une fenêtre qui donnait sur la rue par où 'l'amiral passait toujours abanl du Louvre chez lui. Le ±1 août, sur les onze heures du matin, Monlrevel le voyant passer à pied assez lentement, parce qu'il lirait une lettre, lui tira un coup d'une arquebuse chargée de deux balles, dont l'une le blessa au bras gauche, et l'autre lui rompit un doigt de la main droite. Le coup fut entendu au jeu de paume où le roi jouait avec le duc de Guise; on lui vint dire ce qui s'était passé : il jeta aussitôt sa raqm tta à terre, et sortit tout furieux, jurant qu'il ferait justice d'un attentat qui ivgaroait plus sa personne que celle de l'amiral ; il parla de la même force au roi de Navarre et au prince de Condé, qui vinrent lui demander permission de se retirer : l'ardeur avec laquelle il leur témoigna qu'il voulait venger cet assassinat, leur mit presque l'esprit en repos.
Ou chercha en vain l'assassin, il s'élait sauvé sur un cheval qu'un des gens du duc de Guise lui avait mené. Les huguenots ne priient pas feu comme on I' vait espéré ; la tranquillité de l'an. irai les empêcha de s'émouvoir, il ne s'emporta jamais contre personne; mais comme on discourait de l'auteur du meurtre, il marqua le duc de Guise par un petit mot, fans toutefois le nommer. Pour ce qui est du roi, l'amiral était bie i éloigné de l'eu soupçonner; il soutint son mal et les incisions qu'il lui fallut faire avec une constance admirable : le jour même qu'il fut blessé, quoiqu il ne tût pas .^ans péril cl qu'on craignît la gangrène à ia main, il vit et enlretint tous tes seigneurs de la cour avec une fermeté qui les étonnait, témoignant une entière indifférence pour la vie U pour la mort, et assurant qu'ii mourrait (ontenl, pourvu qu'il pût dire nu roi un mot important pour sa gloire et pour le bim de son Etat. Il ajouta que la chose était <ie telle nature, que personne ne se chargeraitde.la rapporter, et qu'il fallait qu'il j arl;U lui-même. On le dit au roi, qui un peu après vint voir le blessé avec la re;:ic
s, mère, le duc d'Anjou Pl quelques seiurs i parmi lesquels ôlail le duc do Guise.
Dans l'entretien particulier qu'il cul avec le roi, il ne s'arrêta pas à lui Faire des plain-
j, et i ne lui parla de lai-même que pour
l'assurer du zèle qu'il avait pour son ser-
; son discours roula presque tout sur la
guerre de Flandre, a la |uelle il exhortait le
roi avec toute l'ardeur possible: il l'avertit
ivemenl du peu de secret qui était dans
- il, où rien ne se disait qui ne fût
aussitôt porte au duc d'Albe ; il se plaignit
: urs inouïes dont ce duc usait en-
v dois cents gentilshommes français qu'il avait i ris dans la dernière rencontre, et paraissait étonné que le roi n'en eût témoigné aucun ressentiment ; il finit en lui recommandant instamment l'exécution des édits, comme le seul moyen de conserver le ; tume.
La conversation dura si longtemps, que la reine mère, qui voyait parler l'amiral avec action, et le roi en apparence prendre u' 'ùt îi ce qu'il disait, en entra en inquiétude. Elle craignait qu'un homme si fort en raisonnement n'émût le roi ; mais ce prince se leva sans rien décider sur la guerre des Pays-Bas, et pour éviter de répondre, il se mit à l'aire plusieurs questions sur le coup qu'avait reçu l'amiral et sur l'état de sa santé. Durant tout l'entretien il l'appela toujours son père, avec une si profonde dissimulation, qu'il n'y eut personne qui ne crût qu'il était touché. Comme il jurait souvent qu'il ferait justice des auteurs de l'assassinat, l'amiral lui dit doucement qu'il ne fallait pas un grand temps pour les découvrir : après que le roi se fut retiré, la reine mère inquiète s'approcha pour lui demander ce que l'amiral lui disait avec tant d'ardeur ; il était rude de son naturel, et il commençait depuis quelque temps à parler sèchement à cette princesse; l'action qu'il méditait l'effarouchait encore davantage, de sorte qu'il répondit en jurant selon sa coutume, que l'amiral lui avait conseillé de régner par luimême. On jugea bien à son air qu'il inventait ce discours, et parlait ainsi à la reine pour lui donner à penser.
Les huguenots cependant s'assemblèrent chez l'amiral, fort alarmés; le vidame de Chartres dit sans hésiter que la blessure de l'amiral n'était que le commencement de h?, tragédie, et qu'ils en feraient bientôt tous la sanglante conclusion, s'i's ne sortaient promplement de Paris. Chacun rapportait tout ce qu'il avait ramassé sur ce sujet : les uns racontaient qu'ils avaient ouï dire qu'il y aurait | lus de sang que de vin répandu dans celle noce; les autres se ressouvenaient qu'à Notre-Dame , pendant qu'ils se reliraient après la célébration du mariage, pour ne point assistera la Messe, un bruit confus f était élevé pour leur dire qu'ils seraient bientôt forcés de l'entendre. Un président a\au averti un seigneur protestant de .ses anus qU n ferait bien d'aller passer quelques jours à la campagne; mais il n'y eut rien
de plus remarquable que ce qu'avait dit l'évêque de Valence en partant pour la Pologne. Quoique la reine mère, qui le connaissait pour affectionné au parti, se lût bien
tardée de lui rien dire, il était bien malaisé de cach.er tout à un homme si pénétrant, et qui connaissait si parfaitomenl
l'intérieur de la cour. Ainsi on taisait grand fonds sur l'avis qu'il avait donné au comte de la Rochefoucauld de se retirer le plus lût qu'il pourrait, lui et ses amis.
Il n'y eut que Téligny qui ne connut point le péril : loin d'écouler le vidame, il s'emportait contre lui de ce qu'il doutait seulement de la bonne volonté du roi, et il s'opiniAlra tellement , qu'il n'y eut pas moyen de le vaincre. Pour l'amiral, soit qu'en effet il ne vît pas ce qui se préparait, ou qu'il ne voulût pas le voir, ou qu'il aima» mieux la mort que do replonger sa patrie dans les maux d'où elle sortait, et de mener la vie qu'il menait à la tète d'un parti rebelle ; ou plutôt que, par une hauteur do courage qui lui élait naturelle, il se mît audessus de tout, il laissa' faire son gendre, et attendit en repos l'événement. Ses amis, sans y penser, avancèrent sa perle. Comme ils craignaient que le peuple ne s'émût contre eux à son ordinaire et ne se jetût sur J'amiral, ils supplièrent le roi de faire garder sa maison. Ce fut au roi un beau prétexte pour s'assurer de sa personne et acheminer ses desseins ; en même temps il lit mettre une compagnie des gardes devant le logis de l'amiral ; et, pour ôter tout soupçon, il y mêla quelques Suisses de la garde du roi de Navarre, mais en polit nombre. 11 ordonna aux gentilshommes protestants de venir loger autour de l'amiral, et leur fil marquer des logis; il défendit tout haut d'en laisser approcher aucun. Catholique à peine de la vie; en même temps les magistrats firent prendre les noms de tous les huguenots, sous prétexte de les loger.
Le roi parut craindre que le duc de Guise ne causât quelque mouvement, et feignit da vouloir assurer la vie du roi de Navarre, en l'invitant, aussi bien que Je prince de Condé, a se renfermer dans le Louvre avec ce qu'ils avaient de plus braves gens. Ainsi tous les protestants se trouvèrent en sa main sans qu'aucun ne pût échapper.
Lu vidame se confirma dans l'opinion qu'il avait conçue, qu'on les voulait perdre.
Comme l'amiral se trouva en état d'être porté dans un brancard, il insista de nouveau a la retraite ; mais le charme élait trop fort, ou la dissimulation du roi trop grande et trop profonde. Téligny demeura dans son aveuglement; mais quelques-uns du parti, entre autres Montgommeri , qui était de l'opinion du vidame, quand ils virent qu'ils ne gagnaient rien, se retirèrent dans le faubourg Saint-Germain, où ceux de leur religion se logeaient pour la plupart. Tout ce que d't le vidame fut rapporté aussitôt à la reine. C'était le '23août, veille de Saint-Barthélémy; on craignit que les véritables raisons ne l'emportassent à la (in, el sur l'heure ou
FAUT. XII. THEOL. HISTORIQUE. - il. IIIST. DE FRANCE. LIV. XVII
résolu! de faire périr sans retardement tout ce qu'il y avait de. huguenots dans Paris. On n'osait d'abord proposer an roi un si grand carnage, el on ne lui parlait que des principaux ; mais il répondit en jurant que puisqu'il fallait tuer, il ne voulait pas qu'il restât un seul huguenot pour lui reprocher Je meurtre des autres : ainsi on conclut un massacre universel, et on résolut d'en faire fane autant dans tout le royaume. Le roi de Navarre fut excepté, et ne dut pas tant son salut à sa dignité, ni à sa naissance, ni à sa nouvelle alliance, qu'à l'impossibilité qu'on vit d'attribuer sa mort, comme celle de l'amiral, au duc de Guise ; ce n'est pas que le roi ne l'aimât, mais cette inclination n'était pas assez forte pour le sauver, si on l'eût pressé. Pour le prince de Condé, que la mémoire de son père rendait odieux, sa sentence était prononcée, et il était mort, si son beau-frère, le duc de Nevers, n'eût rompu le coup en répondant de sa soumission, la nuit suivante fut choisie pour l'exè eution.
Le tocsin, sonné au palais par la grosse cloche, dont on ne se sert que dans les grandes cérémonies, devait servir de signal. Le duc de Guise ne rougit pas de se charger d'une si horrible action ; le premier crime qu'il avait commis en faisant assassiner l'amiral, lui fut un engagement pour tout le reste. On donna secrètement les ordres qu'il fallait, pour le faire obéir par les gens de guerre el dans la ville. Cependant le roi affectait de le traiter avec froideur. On arrêta un de ses valets pour l'assassinat de l'amiral ; le duc s'en plaignit, et on fit semblant de le rebuter : il disait qu'il voulait se retirer, et cependant il se tenait prêt. On fit porter des armes au Louvre, avec autant de secret qu'il fut possible : Téligny en eut avis, aussi bien que du mouvement qu'on voyait faire sourdement aux gens de guerre. Le roi l'avait averti que tout se faisait pav son ordre et qu'il fallait tenir dans le devoir le peuple, que ceux de Guise tâchaient d'émouvoir ; ainsi Téligny demeura en repos, et empêcha même qu'on avertît son beau-père. La nuit était -déjà assez avancée, quand le duc de Guise commença à donner ses ordres ; il commanda au prévôt des marchands et aux échevins, qu'on avait déjà préparés, sans leur expliquer le détail, qu'ils tinssent leurs gens prêts, et qu'ils se, rendissent à l'hôtel de ville, pour apprendre ce qu'ils auraient à faire.
Le prévôt ôe^ marchands, à qui la cour avait affecté de donner du crédit dans la populace, par l'accès qu'il avait au Louvre, déclara aux gens qu'il avait apostés, (pie le roi avait résolu de se défaire Cette nuit de tous les huguenots qui étaient alors à Paris, et qu'il avait donné ordre en même lemps qu'on fît à ceux de leur religion un pareil traitement par tout son royaume; ainsi, qu'on ne manquât pas de faire main basse au signal. 11 leur fil mettre une
manche de chemise an bras gauche, «i une croix blanche sur leur chapeau pour se reconnaître entre eux, et ordonna qu'à une certaine heure on allumât des lanternes à toutes les fenêtres. L'heure de minuit approchait, et la reine, qui avait laissé le roi encore trop irrésolu à son gré, quoique les ordres fussent déjà envoyés par les provinces, vint pour frapper le dernier coup. Comme elle le vit pâlir, et une sueur froide lui couvrir le front, elle lui dit, en lui reprochant son peu de courage : Pourquoi n'avoir pas la force de se défaire de gens qui ont si peu ménagé votre autorité et votre personne ? Il fut piqué à ce mot, et il dit qu'on commençât donc. La reine mère part en même lemps pour ne le point laisser refroidir et donna les derniers ordres.
Il commençait à se faire un grand lumulle autour du Louvre. Les lanternes étaient allumées; les huguenots étonnés demandaient ce que c'était, on leur répondit quo c'était une réjouissance qu'on faisait au Louvre. Quelques-uns d'eux y allèrent, et furent chargés au corps de garde, pendant que le roi, effrayé de l'ordre qu'il avait donné, et du sang qu'on allait répandre, commandait qu'on sursît encore.
A ce moment on entendit quelques coups de pistolet au corps de garde ; on dit au roi qu'il n'y avait plus à délibérer, et qu'on ne pouvait plus contenir le. peuple. Le tocsin sonna à Saint-Germain l'Auxerrois, paroisse voisine du Louvre, parce qu'on ne se donna pas le loisir d'aller au palais, et le duc de Guise mardi»
avec une grande suite chez l'amiral. Il s'était éveillé au bruit ; la première pensée qui lui vint, fut que le duc de Guise avait ému le peuple : quelques coups qu'il entendit tirer dans sa cour, lui firent juger \jue c'était à lui qu'on en voulait, et qup ses gardes étaient de l'intelligence. Il se îeva de son lit, fit sa prière, dit aux siens, sans paraître ému, qu'il voyait bien qu'il fallait mourir et qu'ils se sauvassent comme ils pourraient ; que pour lui il n'avait plus besoin de secours humain.
A peine eut-il achevé ce mot, qu'il vit entrer l'épée à la main , un homme qui lui demanda s'il était l'amiral. Oui, dit-i!, et lui montrant ses cheveux gris : Jeune homme, poursuivit-il, tu devrais respecter mon âge: mais achève, ta ne m'àteras que peu de moments. L'assassin lui passa l'épée au travers du corps, et le perça de plusieurs coups. On entendit l'amiral, en rendant les derniers soupirs, plaindre son sort de ce que du moins il ne mourait pas de la main de quelque honnête homme, « mais d'un valet, >> disait-il. Le duc de Cuise demanda si c'en était fait, et pour s'asswrer par ses propres yeux, il voulut voir le corps mort : on le lui jeta par la fenêtre. Téligny fut tué en même temps, el revint à peine de sa profonde sécurité par le dernier coup. Le duc de Guise sor.il à l'instant, et dit à ses gens qu'ils
\ RI 5 COMI 1.1.11..-. i>c Buï>ïh il
! ent bien commencé, meus qu'il fallait continuer de môme.
En même temps ils se jetèrent dans
(mucs les maisons voisines, qu'ils remplirent de carnage; tout le quartier ruisselait de sang. Le comte de la Rochefoocault, le marquis do Rend, et les
autres gens de qualité, fuient les premiers égorgés. Pans |e Louvre on arrachait de leur chambre les huguenots qui y logeaient, et après les avoir assommés, on
les jetait par les fenêtres. La cour était ne de corps morts, que le roi et la i. ine regardaient non-seulement sans horreur mais avec plaisir; toutes les rues de la ville n'étaient plus que boucheries ; on n'épargnait ni vieillards, ni enfants, ni femmes grosses; chacun exerçait ses vengeances particulières sous prétexte de religion, et \\\\ grand nombre de Catholiques furent tués comme huguenots. C'est par là que Salcède fut immolé au cardinal de Lorraine.
Pierre de la Ramée, professeur célèbre, fut jeté à bas d'une tour du collège de Beauvais, où il enseignait; la jalousie de Charpentier, autre professeur, lui causa la mort. Ils étaient échauffés, Charpentier a. soutenir Aristole. et la Ramée à l'attaquer; de sorte que ce malheureux périt plus encore comme ennemi de Ja philosophie péripatéticienne, que comme ennemi de la doctrine de l'Eglise. Denis Lambin, autre professeur, nullement huguenot, mais haï fie Charpentier comme la Ramée, craignit un destin semblable, et quoique son ennemi l'eût épargné, la frayeur le lit mourir. Plusieurs de ceux que le roi avait proscrits échappèrent; malgré lui le duc Cuise sauva d'Acier et quelques au- 'ies, pour se décharger d'une partie de la haine, et montrer qu'il n'en voulait qu'à l'amiral, son ennemi.
Trois Montmorency échappèrent, quoique compris dans la liste, parce que le maréchal de Montmorency leur aîné ne put être tué avec eux, étant absent. C'était assez d'èlie ami de l'amiral pour être traité en huguenot. Le maréchal de Cossé, parce qu'il était des politiques, était destiné à la mort, et fut sauvé par lo crédit d'une parente dont le duc d'Anjou était amoureux. Biron, qu'on ne tenait pas assez ennemi des huguenots, eût péri comme les autres, -i sa charge de grand maître de I artillerie ne lui eût donné le moyen ne se mi tire à couve; t dans l'arsenal, "où on n'osa l'attaquer; il y relira plusieurs des proscrits, et entre autres Jacques de Cauluont de Nonpart , jeune enfant de dix ans, qui s'était sauvé en se cachant sous les corps de son père et de son frère aîné, qu'on venait d'assassiner à ses yeux. Pour le vidame et Montgommeri, quand firent le bruit de la ville, ils voulurent passer la rivière avec ceux qui les aient suivis .tans le faubourg Saint-Ger- »«"«n pour voir ce que c'était. Chose étrange! ils aperçurent le roi qui les tirait
par les fenêtres du Louvre; iis se sauvèrent en diligence.
Le massacre dura plusieurs jours : les deux 00 trois premiers furent d'une ef- Iro vable violence. Dès la première nuit le roi fit venir le roi de Navarre avec le prince de Condé, pour leur recommander à tous deux d'abjurer leur hérésie; le cardinal de Bourbon et quelques ecclésiastiques travaillèrent à les instruire. Le roi de Navarre résista peu : le prince do Condé répondit d'abord avec fermeté qu'on ne devait pas le forcer dans sa conscience, et qu'il ne pouvait se persuader que le roi pût manquer à la foi donnée ; mais il changea de langage, quand il vit le roi en personne lui dire en jurant et d'un ton terrible, ces trois mois : Messe , mort on Bastille pour toute la vie. Le cardinal de Bourbon reçut, quelques jours après, l'abjuration de ces deux' princes, et on les obligea d'écrire au Pape. Le dessein de la cour était de rejeter toute la haine du massacre sur ceux de Cuise ; mais le duc n'était pas résolu à s'en charger, ni h laisser un si beau prétexte de le perdre dans un autre temps.
11 parla si haut que la reine" mère n'osa pousser ce dessein, quoiqu'elle y fût entrée d'abord. Elle fut la première à dire au roi que sa dissimulation allait allumer une guerre plus dangereuse que les précédentes : que le maréchal de Montmorency avait juré de venger l'amiral ; que tous les huguenots se joindraient à lui ; que le due de Guise, soutenu du duc de ïvlontpensier et des Catholiques, armerait aussitôt pour se défendre; que le seul moyen qu'eût Je roi d'arrêler tous ces desseins île vengeance, c'était de se déclarer; que les prétextes ne manqueraient pas, et qu'après tout une exécution si bar-* die ferait trembler les plus assurés, au lieu que dissimuler pfus longtemps .une chose claire paraîtrait un effet de crainte.
il n'en fallait pas davantage pour un prince qui aimait h se faire craindre, qui appréhendait moins la haine que le mépris ; après qu'on eut résolu dans le conseil ce qu'il fallait dire au parlement, le roi y alla le troisième jour du massacre, accompagné de la reine sa mère, de ses frères, des princes du sang et de toute la cour. Là il déclara que l'amiral et d'autres scélérats comme lui avaient conjuré sa perle, celle de la reine sa n. ère , de ses frères el même du roi de Navarre , pour donner la couronne au jeune prince de Condé; qu'ils le devaient ensuite tuer lui-même, atin que, ne restant plus personne de la maison royale, ils pussent partager le royaume ; que cette conjuration avait été découverte sur le point qu'elle allait éclater, et qu'il n'y avait point trouvé d'autre remède que le massacre de ceux qui troublaient l'Etat depuis si longtemps, et par tant de guerres sanglâmes sous la conduite de l'amiral ; qu'ainsi il déclarait que la chose s'était faite par son ordre, afin qu? personne n'en douldt , ajoutant qu'il n en