‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 63 sur 458 · PART. XII. TIIEOL. HISTORIQUE.— 11. I11ST. DE FRANCE. 1.1V. XVII · texte numérisé non relu

PART. XII. TIIEOL. HISTORIQUE.— 11. I11ST. DE FRANCE. 1.1V. XVII

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voulait point à la religion huguenote ; mais qu'il voulait au contraire que- les édils fussent observés plus que jamais. Le premier

président loua en public la sagesse du roi, qui avait pu cacher un si grand dessein et le couvrir le mieux qu'il put, mais en particulier il remontra fortement au roi que si celte conspiration était véritable, il fallait commencer par en faire convaincre les auteurs, pour ensuite les punir par les forme-, et non pas mettre les armes, comme on avait fait, entre les mains de furieux, ni faire un si grand carnage, où se trouvaient enveloppés indifféremment les innocents et les coupables.

Le roi commanda qu'on fît cesser le massacre ; mais il ne fut pas possible d'arrêter tout à coup un peuple acharné. Son ardeur se ralentit peu à peu comme celle d'un grand embrasement, et il y eut encore beaucoup de meurtres quatre ou cinq jours après la défense. Il périt durant sept jours plus de six mille personnes, parmi lesquelles il y eut cinq à six cents gentilshommes qui se laissèrent égorger comme on aurait fait des animaux sans courage, tant ils furent étonnés et interdits par une violence si étrange et si imprévue ; il n'y eut que le seul Guerchi qui mourut l'épée à la main. De six à sept cents maisons qu'on pilla dans le désordre, il ny en eut aussi qu'une seule qui fit de la résistance.

Pour confirmer le bruit qu'on voulait répandre de la conjuration de l'amiral, on lui lit faire son procès ; la reine mère fit chercher parmi ses papiers quelque chose qui diminuât l'horreur qu'un tel meurtre devait causer dans les pays étrangers. On n'y trouva que des Mémoires pour la guerre de Flandre et des avis qu'il donnait au roi pour le bon gouvernement de son Etat. Il l'avertissait entre autre chose de ne point donner trop de crédit ou trop de puissants apanages'à ses frères, et d'empêcher de tout son pouvoir que les Anglais n'acquissent dans les Pays- Bas révoltés un pouvoir qui deviendrait fatal à la France. La cour affecta de communiquer ces Mémoires au duc d'Alençon et à la reine d'Angleterre; on représentait à l'un et à l'autre la manière dont les traitait un homme qu'ils estimaient tant. La réponse fut honorable pour l'amiral : ils dirent qu'ils pouvaient peut-être se plaindre de lui; mais que le roi du moins devait s'en louer, et que des avis si solides et si désintéressés ne pouvaient venir que d'un fidèle serviteur.

Ainsi tout ce qu'on employait pour décrier l'amiral ne servait qu'à illustrer sa mémoire : elle fut pourtant condamnée par un arrêt solennel, qui eût pu être juste dans un autre temps et pour un autre sujet; mais rien ne parut plus vain ni plus mal fondé (pie la conjuration dont on l'accusait alors. On ne laissa pas d'exécuter l'arrêt dans la Grève, en présence du roi et de la reine , et au défaut de son corps, que le peuple avait déchiré, on décapita son fantôme, qui fut ensuite traînésur une claie à Monlfaucon. (C'est le lieu où on expose les corps des voleurs de grands

chemins et des scélérats.) Le vidameel MonigommerV furent effigies en même temps mais le supplice de quelques autres que L'on condamna avec eux fut effectif.

Pour imprimer davantage la conspiration dans les esprits, on rendit à Dieu des actions de grâces publiques sur la prétendue découverte.Ces grimaces n'imposèrent à personne, et l'action qu'on venait de faire fut d'autant plus détestée par les gens de bien, qu'on no put trouver un prétexte qui eût la moindre apparence. L'horreur en augmentait tous les jours par les nouvelles qu'on recevait des provinces ; car encore qu'on eût publié la déclaration que le roi avait faite au parlement, et des défenses d'inquiéler les huguenots; comme les ordres expédiés pour les massacres avaient couru par toute la France, ils firent d'étranges effets , principalement h Rouen, à Lyon el à Toulouse. Cinq conseillers du parlement de cette dernière ville furent pendus en robe rouge, vingt-cinq ;i trente mille hommes furent égorgés en di vers endroits, et on voyait les rivières traîner avec les corps morts l'horreur el l'infection dans tous les pays qu'elles arrosaient. Le roi désavoua tout, comme fait contre ses ordres. Il y eut des provinces exemptes de ce carnage, et ce fut principalement celles dont les gouverneurs étaient amis de la mai sonde Montmorency. Le comte de Tende.

qui en était allié, >auva la Provence; Gord> el Saint-Herem, attachés à cette maison, empêchèrent le désordre: Alençon et Bayonne furent délivrés par les soins de Matignon et du vicomte d'Onhez leurs gouverneurs. Le^ bons ordres que donna Chabot en Bourgogne furent cause qu'il n'y périt qu'un seul homme : tous ces gouverneurs répondirent qu'ils ne croyaient point que le roi commandât tant de meurtres, et qu'ils attendraient de nouveaux ordres.

Les nouvelles du massacre, portées dans les pays étrangers, causèrent de l'horreur presque partout. La haine de l'hérésie les fit recevoir agréablement à Rome; on se réjouit aussi en Espagne, parce qu'elles y firent cesser l'appréhension qu'on y avait do la guerre de France. Aussitôt qu'elles furent venues dans les Pays-Bas, le prince d'Orange perdit courage et n'osa plus entreprendre de faire lever au duc d'Albe le siège de Mons : ainsi celle place fut bientôt rendue, et le duc d'Albe reprit toutes les places que le prince d'Orange avait. En France les huguenots ne savaient à quoi se résoudre; ils ne songèrent d'abord qu'à prendre la fuite : étonnés de la perle de leurs chefs et d'un si grand nombre de leurs compagnons, la plupart quittaient leurs maisons, et même un grand nombre alla à la Messe, et si le roi eût eu une armée prèle, ils ne se seraient jamais relevés ; mais il les crut abattus, et d'ailleurs il répugnait à lever des troupes, de peur d'augmenter la gloire de son frère, qui les devait commander comme lieutenant général; ain-i il laissa reprendre cœur aux huguenots. Nîmes, Montauban, et les autres villes où ils étaient les pins forts, principale

I ; LETI i : : B -sSl'KV.

leni la Rochelle, se mirent en étal de dé-

. el reçurenl tous ceux de leur reli ;ion,

i tyairi plus de salul que dans la

. résolurent à la faire plus délermioé-

uienl que jamais.

i , irrité de les trouver plus forts qu'il n'avait pensé, lova trois armées, par lesquelles i! espérai! de 1rs accabler lout d'un coup. La première assiégea Sancerre, où un

•il nombre de huguenots s'étaient réfulous les endroits du royaume. 1. habitants de la ville, plus soigneux de leur propre conservation que de celle de leurs comj agnons, ne voulaient pas s'exposer pour eux et avaient délibéré de les chasser. Les ministres nièrent tant et les elfrayèn ni tellement par le carnage de la Saint-Barthélémy, qu'ils conclurent d'un commun accord que, puisque la cour avait conjuré leur perle pailles moyens si barbares, il fallait se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Ainsi la Châtre, qui les assiégeait, avançait peu. Yillars, à qui on avait donné la seconde année, avec la charge de l'amiral, ne réussissait pas mieux clans la Gascogne : la fureur et le désespoir rendaient les huguenots invincibles f tu quelques -endroits on les attaqua mollement. Le maréchal Damvil'le, qu'on avait renvoyé de Paris en Languedoc avec la troisième armée, voyant qu'on en voulait à sa maison, ne pressa pas Nîmes, qu'il avait I romis de prendre, et perdit son temps et ses troupes devant Sommières, petite place qu'il ne prit que longtemps après.

La prodigieuse difficulté du siège de la Rochelle fut cause que le roi tenta toute voie d'accommodement avant que d'en venir à la force. On choisit pour négocier Biron , qui n'était pas regardé comme fort contraire aux huguenots; le péril qu'il avait couru à la Saint-Bartbélemy semblait le liera leurs intérêts. Il vint à Saint-Jean-d'Angély, d'où il envoyait aux Roche loi s des propositions assez recevantes; mais quand les choses semblaient prèles de la conclusion, il venait quelques nouvelles lâcheuses qui rompaient toutes les mesures. Une fois on rapporta que les troupes du roi, reçues à Castres, sur la parole qu'on avait donnée qu'elles n'y feraient aucun désordre, avaient tout pillé. Un peu après, on sut qu'à Bordeaux un prédicateur séditieux avait tant animé le peuple a imiter le zèle des Parisiens, qu'il les avait portés à un massacre semblable a celui de la Saint-Barthélémy. Ces nouvelles venues à contre-temps rendaient inutiles toutes les belles paroles et toutes les lettres pleines de douceur que Biron portait de la part de la cour; mais un des plus grands obstacles à la négociation venait , à ce que l'on crut, de Biron lui-même. Ce n'est pas qu'il eût dessein défavoriser les huguenots; mais il voyait croître avec peine le crédit du duc de Guise parmi les Catholiques et à la cour. Dans la nécessité où l'on était d'abattre le parti protestant, il jugeait que le roi serait comme forcé de se servir de ce nce, qui en était l'ennemi le plus déclaré et le plus irréconciliable; ainsi celui

qu'on voulait charger de la haine du massa, paraissait le seul qui en profilât.

Biron, qui s'était vu si près d'y périr, regardait avec, horreur un prime dont les ordre* avaient tout fait, et craignant que si oe massacre avait des suites heureuses, le succès n'en rendit son ennemi trop considérable, il oe souhaitait pas beaucoup que les Rochelois sa soumissent. Dans la situation où ils étaient, il n'était pas malaisé de leur donner de la défiance : ils attendaient des réponses de Montgommeri et du vidame, qui étaient en Angleterre, et lâchaient de leur ménager du secours; l'espérance qu'ils en conçurent leur lit rejeter les propositions d'accommodement. Biron eut ordre de les trader de rebelles et d'investir la place avec Strozzi ; i qu'il lit plus volontiers qu'il ne travaillait à les réconcilier avec la cour, mais la reine conseillait au roi de tenter encore les voies de douceur.

La Noue, quoique huguenot, fut jugé propre pour ce dessein, parce qu'il était persuadé dès le commencement que les allai; de la religion ne devaient pas être établies par des révoltes; il n'était entré dans les guerres civiles qu'avec répugnance, il s'était sauvé du massacre par la commission que le roi lui avait donnée d'aller défendre Mons avec le comte Louis de Nassau. Après la capitulation de cette place il vint à la cour, où il fut bien reçu. Il se chargea volontiers de moyenner l'accord des Rochelois à des conditions équitables; mais H déclara au roi que s'il ne pouvait les obliger par ses raisons 5 les accepter, il n'était pas résolu à les trahir; au contraire, qu'il leur donnerai' les moyens do se défendre, sans pourtant, perdre la pensée de leur inspirer dans Loi casion de bons sentiments pour la paix. On s'en tia à sa bonne foi, qui était connue, li vint à la Rochelle, dont les habitants le firent leur chef : il n'y fut pas longtemps sans connaître leur mauvaise disposition, et quand il eut désespéré de les persuader, il en doi. : avis à la cour. Aussitôt on fit marcher uim quatrième armée plus grande que les trois autres ensemble, et le duc d'Anjou, destiné à la commander, partit au commencement de lévrier.

[1573] Quand le roi se vit engagé à une guerre civile qui paraissait ne devoir être» guère moins fâcheuse que celle qu'il avait soutenue, il ne jugea rien de plus nécessaire que de s'assurer autant qu'il pourrait des étrangers. Il lit dire au roi d'Espagne qu'il n'avait jamais eu dessein de faire la guerre aux Pays-Bas, et que tout le semblant qu'il en avait fait, n'était que pour amuser l'amiral. On le crut facilement, et ce n'était pas aussi en cette cour que la négociation était le plus difficile.

La Saint-Barthélémy avait fait d'étranges effets en Allemagne et en Angleterre. Le roi ne s'en excusait que sur la soudaine découverte de cette prétendue conspiration : mais un légat, arrivé depuis en France, avait bien parlé d'une autre sorte; car en se réjouissant avec le roi, au nom du Pape,

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de l'action qu'il venait de faire, il la loua connue méditée de «longtemps cl Conduite

avec une prudence admirable pour le bien de la religion et de l'Etat. Ce discours déconcertait les conseils du roi et découvrait ce qu'il voulait tenir caché; pour empocher les mauvais effets qu'il faisait parmi les princes protestants, il fallut ciioisir les hommes les plus adroits et les plus habiles qui fussent en Fiance.

Le comte de Retz, envoyé à la reine Elisabeth, employa toute la souplesse de son esprit, pour apaiser cette princesse; il commença par la prier, au nom du roi, de tenir une tille qu'il avait eue depuis peu. La chose se passa agréablement de part et d'autre; le comte ménagea avec une extrême délicatesse l'esprit de la reine d'Angleterre et de ses ministres. D'abord il parla si haut, qu'elle n'osa secourir ouvertement la Rochelle, de peur de rompre avec la Fiance; c'était sous le nom de JMontgommeri qu'on préparait secrètement du secours, mais beaucoup moins que si l'Angleterre se fût déclarée; il n'y eut pas moyen de parer ce coup. La reine disait qu'elle ne pouvait empêcher le zèle de ses sujets pour leurs frères assiégés; mais le comte répandit de l'argent si à propos, et fit si adroitement naître des affaires en Angleterre, qu'insensiblement le temps s'écoulait, et que la flotte qu'on préparait ne se hâtait pas. Il revint ensuite au siège, quand il eut mis les affaires dans la meilleure disposition où elles pouvaient être dans la conjoncture du temps.

Schomberg, qui fut envoyé aux protestants d'Allemagne, n'agit pas avec moins d'adresse. Il avait deux choses à faire : l'une, d'empêcher les secours des protestants, que les discours du légat avaient extraordinairemenl aigris; l'autre, de les obliger h favoriser, ou du moins à ne pas traverser l'élection du duc d'Anjou pour la couronne de Pologne. Il avait trois concurrents, dont le principal était Ernest, fils de l'empereur; le prince de Moscovie, qui avait un faible parti, et enfin le roi de Suède, qui présentait son fils, quoiqu'il n'eût que huit ans. Plusieurs palatins voulaient qu'on en exclut tous les étrangers, et qu'on élût un seigneur du pays ; les protestants étaient forts dans la diète, et ils étaient tous opposés au duc d'Anjou, à qui ils attribuaient le massacre de la Saint- Barthélémy; les protestants d'Allemagne étaient dans le même sentiment. Les Catholiques zélés les confirmaient dans cette pensée par les louanges qu'ils lui donnaient.

On attribua h des ordres secrets de l'empereur les panégyriques qu'on lui fit à Ittgolslad, où, sous prétexte de le louer pour cette action, on le rendait odieux par toute l'Allemagne. L'électeur palatin était le plus animé contre la France et contre le duc, et le prince Casimir, son fils, grand protecteur des huguenots, avait beaucoup de pouvoir auprès de son père. Schomberg, pour gagner ces princes, leur alla dire avec un grand secret, et avec toute l'apparence d'une con-

fiance particulière, qu'il avait à leur îécoiîvrir une affaira de grande importance ; que le Pape avait eu 'avis d'un complot fait entre l'électeur de Saxe et relui de Brandeboui pour ôier l'empire à la maison d'Autriche, et faire empereur un prince protestant; que la colère du Pape était extrême, surtout définis qu'il avait appris que l'électeur de Mayence était entré dans ce dessein, et qu'il aiiait venir un décret de Rome, pour Jestituer les électeurs, les déclarer déchus du droit d'élire, et l'attribuer au Saint-Siège; <pie c'était peu d'un décret, mais que le roi (l'Espagne était prêt à le soutenir avec une puissante armée ; qu'il leur laissait à penser s'il était à propos, dans cet état, qu'ils rompissent avec son maître. Celte histoire que Schomberg avait lui-même composée, fut racontée à ces princes si sérieusement, qu'elle fit une profonde impression dan* leurs esprits. Casimir s'employa efficacement auprès de son père et des autres pVinces. Schomberg leur fit voir combien ils avaient à craindre pour leur liberté, en ajoutant le royaume do Pologne aux pays que possédait déjà la maison d'Autriche ; ainsi il obtint des uns de puissantes recommandations pour des personnes principales de Pologne, et reçut des autres des avis très-importants qu'il donna à l'évêque de Valence; et quoiqu'il y eût des princes qu'il ne put jamais détacher de la maison d'Autriche, comme les électeurs de Saxe et de Brandebourg, il ménagea si heureusement tout s choses, qu'il ne se fit rien de considérable en Allemagne contre les intérêts du roi.

Au milieu de ces bons succès des affaires étrangères, celles dû dedans allaient mal, par la vigoureuse résistance des Rochelois : nulle attaque ne les étonnait, les femmes même s'y signalaient h l'envi des hommes. Montgommeri parut avec une flotte anglaise, mais bien lard et trop faible pour rien en-> treprendro. Cependant les magistrats mirent bon ordre aux vivr.es; quoique la ville fût fort pressée et qu'il n'entrât rien du dehors, les besoins étaient supportables : la mer même semblait aider les assiégés, en jetant sur leurs bords une infinité de coquillages qui servirent à la nourriture des pauvres : au contraire, il n'y avait aucune police dans le camp, tout y manquait, et la maladie s'y mit bientôt. Le duo d'Alençon, le roi de Navarre, le prince de ('onde, îe duc de Guise, le duc de Nevcrs, le maréchal de Gossé, et enfin tous les princes et tous les seigneurs y étaient par ordre du toi, qui craignait qu'ils ne remuassent ailleurs : tain de grands seigneurs ne servaient qu'à mettre la cherté dans le camp; mais ce qu'il y avait de pis, c'est qu'on ne s'y entendait pas. Une grande partie de l'armée était composée de huguenots qui avaient quitté leur religion par crainte, et d'autres, qui y étaient demeurés, s'étaient attachés au duc d'Anjou par divers intérêts : tous ceux-là souhaitaient avec passion que le siège réussit mal. La noblesse catholique n'était pas mieux affectionnée, on haïssait le gouvernement de la

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il de fomenter les ili I il, l'.mr maintenir son aulorité ii pour enrichir trois ou quatre étrangers ens rie loul le royau i s grands étaient encore plus partagés ; ai u di s i olili |ues se formait peu à peu !.- 1 réd i du maréchal de Cossé. Le roi N ivarre et le prince de Condé, qui n'ont catholiques que par considération, s'y engagèrent secrètement, et ne demandaient qu une o< casion de se retirer de la cour : lo duc d'Alençon semblait prêt à se dé< larer, el on craignait qu'il ne s échappât tout d'un ip; Thoré le gouvernait, el avait mis dans sa i nce un Bis de sa sœur; instrument

très-propre à de tels m i s. Ce fut Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte do Turenue, jeune seigneur plein d'esprit et île courage, mais, d'une ambition inquiète, avide d'une prompte élévation, et inca able de souffrir lenteurs des voie* ordinaires. Celui-ci, quoique catholique, ne faisait point de scrupule de favoriser les huguenots : il était industrieux ù entretenir les mécontentements, et par des haines secrètes il savait lier les mécontents de la cour. Ils étaient, lui et son oncle, dans une étroite correspondance avec la Noue, qui, souvent maltraité parles Rochelois qu'il portait à la paix, ne put demeurer avec eux. Un ministre emporté lui avait donné un souillet : il lui avait pardonné; mais pour ne s'exposer plus à de tilles insolences, il se rendit au camp dans une sortie. Il y lit plus de tort au service du qu'il n'eût l'ait, s'il fût demeuré parmi ses ennemis; car il prit, pnr le moyen des politiques, do très-étroites liaisons avec le duc d'Alençon, qu'il engagea à se rendre protecteur des huguenots. Le roi, averti de la mauvaise conduite de son frère, crutqu'ii le retiendrait dans son devoir en le menaçant, el lui envoya défendra des'emparer du <amp, sous peine d'encourir son indignalion ; mais il répondit, sans s'étonner, au secrétaire d'Elat qui lui portait l'ordre, qu'il eût ù le lui faire voir par écrit; il ne l'avait. , 5, el le duc lil une réponse ambiguë, qui acheva d'alarmer la cour. Le roi manda au duc d'Anjou de prendre la place à quelque p; ix que ce lût, et de se rendre aussitôt ] rès de sa personne avec les troupes; ainsi on donna assaut sur assaut mal à propos et sans mesure. Les Kochelois en soutinrent jusqu'à trente, dont il y en eut huit ou neuf de très-vioienis, mais toujours funestes aux iégeants : ils ne perdaient pas moins de monde par de continuelles sorties des assiégés ; le duc d'Aumale y périt avec une infinités de personnes qualitiées.

Les huguenots ne laissaient pas d'être em- -és, après tant de remises du côté de Angleterre; ils n'attendaient [dus aucun secours; ils voyaient bien qu'on s'obstinait à les prendre, et craignaient le duc d'Anjou, tant de loi., victorieux. Quand la Noue les avait quilles, il avait été suivi de la plus „ionde parlie des geniilshommes; ce qui leur en restait leur était suspect: ils savaient que les g-'ntdshommcs n'obéissaient qu'à

lie cœur ii des magistrats populaires ci a des ministres insolents, ci ne songeaient tous qu'à faire \\\\ accommodement avantageux

avec la (our, à leurs dépens. En effet, tous les jours il s'en détachait quelques-uns. Le parti, décrédité et affaibli par leur retraite, avait

besoin de la paix pour ne succomber pas loul a fait. En cet état on s'opiniâtrait de part el d'autre, et de part et d'autre on souhaitait quelque occasion de finir la guerre . sans ipie l'un des deux parût en avoir le démenti.

Les choses en étaient là quand on apprit l'élection du duc d'Anjou. L'évèque de Valence et les autres ambassadeurs français avaient pris le des>us dans la diète, nonseulement par la préséance, qui leur fut adjugée sur les Espagnols, mais encore par l'inclination que la plupart des palatins témoignaient pour eux. Us remontrèrent si vivement ce que la Pologne avait à craindre pour sa liberté de la redoutable puissance des Autrichiens, qu'ils firent donner l'exclusion à la maison d'Autriche, en quoi ils s'aidèrent des protestants qui ne pouvaient s'y fier : ils ne craignaient guère moins le duc d'Anjou ; mais l'évéque de Valence leur persuada que ce prince , accoutumé à vainc e les huguenots en bataille rangée, avait toujours détesté les moyens honteux dont on s'était servi pour les perdre; ensuite il représentait avec beaucoup d'éloquence la douceur, l'honnêteté el la clémence du duc, el toutes ses autres vertus , sa bonne mine, sa haute naissance, la plus auguste de l'univers. U vantait surtout sa valeur, son humeur guerrière , ses grandes victoires, le soin qu'il avait de récompenser les braves soldats, el tout ce qui pouvait le rendre digne d'être le. chef d'une nalion aussi belliqueuse que les Polonais. Par là il gagnait tous les esprits; mais pour achever de s'acquérir les protestants, lui et ses collègues s'engagèrent à faiie accorder une composition honnête aux Rochelois et aux villes huguenotes. Une chose contribua encore à faciliter l'élection du duc d'Anjou : c'est que la France était en correspondance avec les Turcs, contre lesquels les Polonais ne voulaient point alors d'atfaire. Ainsi il fut élu roi avec une joie extrême de la noblesse polonaise, ravie de meilre à sa lête, contre les Tartares, les Moscovites et les Turcs, s'il en était besoin, un prince dont la réputation était si grande dès sa première jeunesse. L'élection se fit le 1er mai en pleine campagne, selon la coutume. De trenle-cinq mille vocaux, il n'yen eut que cinq cents d'avis contraire; mais ils furent bientôt obligés de se ranger à l'avis des autres. L'archevêque de G-nesne, primat du royaume, qui était tout français, ne tarda pas à faire la proclamation.

Cette nouvelle, portée au camp de la Rochelle, fournit aux deux partis le prétexta qu'ils souhaitaient pour la paix; le.duc d'Anjou, appelé à un royaume, pouvait promptement quitter le siège, et le traité fait en Pologne l'obligeait à offrir aux Rochelois une

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capitulation honorable; ils furent ravis de l'avoir obtenue par la médiation dps Polonais de leur croyance, tt que leur paix eût l'ait un des points d'une affaire si importante, L'exercice de leur religion leur fut permis, ils obtinrent la même grâce pour Nîmes et pour iMontauban ; ruais le roi n'accorda aux autres villes que la seule liberté de conscience. Ils tirent tous leurs efforts pour sauver Sancerre. Il y avait huit mois que celte place avait à combattre» non plus les soldats, mais la disette et la faim extrême ; on y avait mangé, après les herbes et les animaux les plus immondes, jusqu'aux cuirs et jusqu'aux ordures qui l'ont horreur; le roi, résolu d'en faire un exemple, ne leur voulut accorder aucune capitulalion : ainsi il fallut se rendre à discrétion, et la ville fut presque entièrement démolie. L'auteur de la révolte fut jeté secrètement dans un puits.

Quelques jours après , Harlem , ville de la Hollande, révoltée comme Sancerre, pour la religion, assiégée dans le môme temps, et défendue comme elle, huit mois durant, au milieu des mêmes extrémités, et avec une pareille obstination, eut un sort semblable, <l fut contrainte de se remettre à la volonté du duc d'Albe; mais il en usa avec plus de ligueur que ne fit la Châtre contre Sancerre, et. fit répandre beaucoup de sang : aussi ses habitants avaient ils été exlraordinairement insolents; mais les cruautés du duc d'Albe ne servirent dans la suite qu'à rendre les autres villes plus obstinées. Une maladie l'avait obligé de remettre la conduite de ce siège à Frédéric de Tolède, son fils aîné, qui, rebuté par la difficulté et par la longueur de celle entreprise, songeait à se retirer, quand il reçut de son père une lettre pleine de reproches, où il lui disait que s'il n'agissait en homme de courage, il se ferait jui-môme porter au siège , inalg é sa maladie. Ce fut le dernier exploit qui se fit par les ordres du duc d'Albe. Le roi d'Espagne lui donna, un peu après, pour successeur, le comle de llequescens, homme de grande valeur, mais dont la douceur faisait craindre aux personnes sages des Pays-Ras tous les maux qui ont coutume darriverquandon passe d'une extrême sévérité à un extrême relâchement. Sancerre et Harlem furent rendues dans le mois d'août.

Les ambassadeurs polonais étaient déjà en France au nombre de douze; ils avaient à leur tète l'évèque de Posnanie. Le nouveau roi de Pologne , après avoir été reçu en roi dans toutes les villes de son passage, par les ordres du roi son frère, s'était rendu à Paris, où les ambassadeurs arrivèrent un peu après. Si leur entrée fut supeibe, la réception qu'en leur fit le fut encore davantage : le roi était habillé à la royale, environné des princes de son sang et île tous les grands du royaume ; ou lui avail élevé un trône dans la grande salle du palais; là fut entendue la harangue de l'évèque de Posnanie, après laquelle lui et ses collègues présentèrent au nouveau roi, dans une cassette d'argent, le décret de son élection, auquel cent dix sceaux étaient

atlachés. Aptes qu'il eut Accepté h une

qu'on lui offrait , il reçut les ambassadeurs du roi, et embrassa le duc d'Alençon et le roi de Navarre; il lit aux autres, qui le saluèrent, des honneurs proportionnés à leur qualité. Celle magnifique cérémonie se lit le 10 de septembre.

Le roi s'était pressé de la faire , dans l'extrême désir qu'il avait de voir bientôt partir son frère. Un sentiment opposé faisait chercher au roi de Pologne des prétextes pour différer son départ : il n'élait pas seulement retenu par le regret de quitter la France où il était si considéré, et la reine sa mère de qui il était aimé si tendrement; il avait une violente passion pour la princesse de Condé, dont le duc de Guise, beau-frère de cette princesse, lui faisait espérer les bonnes grâces. Ainsi le duc était dans un commerce continuel avec ce prince, et s'insinua si avant dans son amitié, qu'il n'y eut jamais de favori plus chéri. Il conseillait à Henri de ne pas s'éloigner, et lui offrait des troupes contre le roi, s'il l'y voulait obliger. Henri put connaître, par de telles offres, ce qu'il y avait à craindre d'un tel favori.

La reine nrère ne pouvait se consoler de se voir séparée d'un fils qui avait non-seulement toute sa tendresse , mais encore toute sa confiance, et qu'elle regardait comme son unique appui, tant contre le caractère dur et brusque du roi, que contre les circonstances et les bizarreries du duc d'Alençon. Dans celte pensée, elle avait fait ce quelle avait pu pour obtenir du prince d'Orange qu'il donnât au roi de Pologne le commandement de l'armée des Provinces-Unies, et ce prince ne s'en 'éloignait pas, dans l'espérance qu'il avait conçue que la reine ne leur voudrait pas donner son fils, sans leur procurer en même temps de grands secours. Schomberg, envoyé du roi en Allemagne, traitait celle affaire avec Louis, comte ie Nassau, et s'entendait secrètement avec la reine pour cette négociation ; mais il n'y a ait aucune appar< née d'y faire jamais entrer le roi.

Il dit à son frère (pie tout était ; rêt i ouison départ, qu'un plus long délai passerait pour mépris dans l'esprit des Polonais, et qu'il ne fallait pas mécontenter des peuples qui lui avaient témoigné tant d'affection; qu'au reste, tous les passages lui étaient ouverts en Allemagne, et qu'il en awdt reçu toutes les assurances possibles de la part de l'empereur et des princes. Il avait pris, en cil'et, un soin particulier de tout ce qui pouvait faciliter un voyage qu'il souhaitait avec passion, et il croyait qu'il ne serait roi que quand son frère serait éloigné; ainsi le moindre retardement lui é ait insupportable. Comme il soupçonnait la reine sa mère de favoriser ces délais, il lui demanda un jour durement ce que taisait donc son Irèr-j si longtemps en France : et il ajouta , en ju rant, qu'il fallait que l'un des deux sortd bientôt du royaume. Après ces rudes paroles, il n'y eut plus moyen de reculer.

Le roi se mit en état d'accompagner son frère jusqu'à la frontière, en apparence pour

VUES COMPLETES DE CO

lui Bure honneur; mais en effet pour hâter so . 'iir qu'au chemin taisant

il bc se cantonnât dans quelque province.

:> |;i'ils furent à Villors-Coterets, lea hua Languedoc et de Guyenne prêtèrent une requête qui lit voir que, malê Ki paix, l'esprit de rébellion n était pas :i: dans leur cœur: ils avaient été extraient enorgueillis de ce que les »tants de Pologne s'étaient entremis pour eui, et ils étaient irrités du peu de cas qu'on avait lait de leurs remontrances; car sur la demande qu'ils tirent, qu'on adoucit la rigueur des édiis, et que, selon les promesses de Moulue, on leur lit un traitement plus favorable, le roi ne leur avait donné que des paroles générales, avec lesquelles il leur avait fallu partir. Mais les huguenots n'étaient pas d'humeur à s'en contenter: ils oan la eut par leur requête le libre exercice par tout le royaume; des garnisons pour ceux de leur religion, entretenues par le roi, dans les trois villes qu'on laissait à leur garde, et encore deux villes dans chaque province, prolestant qu'après la boucherie de la Sainl-Barlliélemy, que le roi lui-môme avait avouée, ils ne pouvaient se tenir assui es à moins.

L'insolence de leurs demandes Ht dire à la reine que le prince de Condé, s'il était au monde, avec cinquante mille hommes au ir du royaume, ne parlerait pas de moitié si haut ; ils ne s'étonnèrent point de cette parole , résolus d'augmenter plutôt leurs demandes que d'en rien rabattre. En même temps les députés de Dauphiné et de Pro- ^ . e vinrent se plaindre avec la même hauteur de ce qu'on les accablait d'impôts, contre leurs privilèges. Quoique la députalion se fit au nom des provinces, les huguenots y agissaient sourdement, excités par Hontorun, qui, durant le siège de la Rochelle, et depuis encore, n'avait cessé de jeter dans les esprits des semences de guerre civile. Le roi ne s'attendait à rien moins qu'à des députa lions séditieuses, il y répondit pourtant plus doucement que son humeur impérieuse ne portait ; il promit de soulager à l'avenir la Provence et le Dauphiné, et justifia le passé, tant par les dénses des guerres civiles, que par les charges excessives de l'Etat. Pour les huguenots du Languedoc, il cru s'être défait de leurs poursuites insolentes en les renant à Damville, gouverneur de la province ; mais le contraire arriva, car Damville leur ayant permis de s'assembler pour régler leurs demandes, au lieu de les modérer ils en ajoutèrent de nouvelles, et plus fièrement que jamais, de sorte que tout semblait - disposer à la guerre: les écrits séditieux, ■ eu sont généralement les avanl-coureurs, volaient par tout le royaume.

Le départ du roi de Pologne enflait le courage des huguenots, ils se crurent plus s par l'éloignemenl d'un prince qui les avait tant de fois battus: ils connaissaient I humeur inquiète et brouillonne du duc û AJenço i, ses liaisons avec la Noue, elles

politiques s'augmentaient au lieu de diminuer; ils voyaient bien qu'il ne manquerait

pas de prétendre h la charge de lieutenant général, que son frère laissait vacante. La lui refuser, c'était lui donner un prétexte de faire la guerre; el la lui donner, c'était mettre à la lèlo des armées un prince favorable à leur parti. Le voyage continuait; et quoique le roi fût tombé malade, il ne laissait pas de1 vouloir marcher, poussé par la défiance qu'il avait de sa mère et de son frère le roi de Pologne; mais lorsqu'il fut à Vilry, le mal s'accrut, de sorte qu'il ne lui fut fias possible de passer outre: ainsi il revint ù Saint-Germain.

On remarqua que son mal lui avait pris peu de jours après la dure réponse qu'il lit a la reine: il n'y avait rien qu'on ne la crût capable d'entreprendre pour maintenir son pouvoir, qu'elle voyait chanceler. Le roi prenait goût aux alfaires, el commençait à se retirer des vices auxquels on l'avait exprès abandonné; il devenait redoutable par la fermeté avec laquelle il parlait. Le pouvoir qu'on lui voyait avoir sur lui-même, faisait juger aux favoris qu'on ne le gouvernerait pas longtemps : pour avoir remarqué une seule fois les extravagances où le vin l'avait porté, il prit la résolution de n'en plus boire, el il la tint. Dans une grande jeunesse il s'était retiré de l'amour des femmes, où il sentait affaiblir et son esprit et son courage; il n'y avait que la passion de la chasse qui ne se ralentissait pas en lui : non-seulement il y consumait tout son temps, mais il s'y tourmentait de sorte que sa santé ne pouvait manquer d'en être altérée, et c'était une des causes de sa maiadie ; mais tout le monde voulait qu'il y eût du poison mêlé, et le soupçon tombait sur la reine.

Cette princesse accompagna le roi de Pologne, euivi du duc d'Alençon et du roi de Navarre. Le comte Louis de Nassau se rendit en Lorraine, où il eut de longs entretiens avec la reine mère, sur la négociation commencée par Schomberg pour le commandement des Pays-Bas : elle ne pouvait renoncer au dessein de rapprocher le roi de Pologne : mais le comte était recherché pour la même chose par le duc d'Alençon qui lui en parla en secret, et à qui il donnait de grandes espérances ; car il était aisé de juger que le roi entrerait dans ce dessein, el ne serait pas fâché d'éloigner le duc d'Alençon sous un prétexte honorable, comme il avait fait le roi de Pologne. Ainsi, sans en rien dire à la reine, et sans faire part à la cour du traité commencé avec elle, il prenait des liaisons plus particulières avec le duc. La séparation de la mère et do tiis se lit à Blâmont; leurs embrassements furent accompagnés de beaucoup de larmes de pa'rt et d'autres : ils ne s'entretinrent que des moyens de se réunir bientôt, et on entendit la reine dire au nouveau roi, en le quittant, qu'il ne serait pas longtemps en Pologne. Celle parole, que quelques-uns crurent échappée indiscrètement, fut regardée par

PART. XII. 'l!ii:OL. HISTORIQUE. -H. HlST. DE FRANCE. LIY. XV».

les plus fuis, comme dite avec dessein, pour c f.;servcr le crédit du roi de Pologne en France : au reste, elle fut bien accueillie, et n'augmenta pas peu le soupçon de l'empoisonnement du roi.

En partant, le roi de Pologne ne recommanda rien si fortement à la reine que le duc de Guise et toute la J maison de Lorraine. Plusieurs princes de cette maison le suivirent dans son voyage, et grand nombre d'autres seigneurs. Le roi avait nommé des ambassadeurs pour raccompagner jusqu'en Pologne, et le comte de Retz, l'ait depuis peu maréchal de France, avait eu ordre d'aller avec lui en Allemagne. Mais son voyage n'était pas une simple cérémonie, il portait beaucoup d'argent, et allait pour suivre la négociation commencée par les Nassau. La reine revint auprès du roi. La mort du chancelier de l'Hôpital arriva un peu après ; cette grande charge fut donnée à René de BLrague, étranger» dont toute la recommandation fut d'être dévoué à la reine mère: Morvilliers , garde des sceaux, demeura sous lui, avec beaucoup de crédit dans le conseil.

Le roi de Pologne continuait toujours son voyage ; son passage en Allemagne lui fut glorieux, par l'empressement qu'eurent la plupart des princes et électeurs à le bien recevoir, mais fâcheux par les reproches qu'il eut à essuyer sur la Saint-Bathélemy uans -les cours des princes protestants. L'électeur palatin, le promenant dans une gaierie pleine des portraits des hommes illustres de ce siècle, pendant que le roi était occupé a les regarder, et qu'il discourait sur leurs actions, fit tout à coup tirer un rideau qui couvrait celui de l'amiral, lui disant que parmi tant de grands hommes, l'amiral était celui qu'il estimait davantage, le plus zélé pour son maître, et le plus indignement traité. Le roi de Pologne eut bien de la peine à cacher sa confusion. Ce prince se rendit dans son royaume sur la fin du mois de janvier, et aussitôt se prépara pour son couronnement.

Tous les seigneurs étant assemblés, l'archevêque de Gnesne qui devait faire la cérémonie, était revêtu de ses habits ; mais il arriva un grand désordre. Le palatin deCracovie, un (ies protestants, et celui qui avait exigé, pour ceux de sa religion, tant en France qu'en Pologne, des conditions avantageuses, irrité du mépris qu'on faisait de ses demandes, s'éleva au milieu de la cérémonie avec ceux de sa cabale, et se mit à dire qu'on les avait trop méprisés, et puisque le roi n'avait tenu compte des promesses qu'on leur avait faites, il s'opposait à son couronnement. Ces paroles furent suivies d'un bruit confus des factieux, qui disaient qu'on les traitait en esclaves: le roi, accoutumé à un empire plus absolu, ne savait que l'aire dans un tel désordre, et n'osait pas même parler: l'un des ambassadeurs de France le tira de cet embarras; car, après s'être approché du roi, comme pour recevoir ses ordres, et après lui avoir parlé à

l'oreille, il dit tout à coup d'un Ion de maître, que le roi ordonnait à l'archevêque de pai

outre, et qu'ensuite il pourvoirait à tout par l'avis de rassemblée: tout le monde applaudit; la cérémonie fut achevée avec beaucoup d'ordre et sans que les mutins osassent parler. Le palatin de Cracovie mourut peu de jours après de dépit, à ce que l'on croit.

Jamais prince ne fut tant aimé de ses sujets que Henri le fut : sa bonne mine, la gloire qu'il s'était acquise par les armes, sa libéralité et son honnêteté lui avaient gagné tous les cœurs; mais il se souvenait trop de la cour de France, et il était si attentif à ce qui s'y passait, qu'il en négligeait les affaires de son royaume : ainsi dégoûté des Polonais, il se renfermait avec trois ou quatre Français, qui seuls avaient part à sa confidence. Les grands seigneurs du royaume n'auraient pu longtemps estimer un prince dont ils se croyaient méprisés.; et si sa réputation ne l'eût soutenu, il aurait vu de grands troubles dès le commencement de son règne; il n'avait plus de secours à espérer de la France, où tout était en confusion.

[1574] Les huguenots se remuaient partout le royaume; une entreprise secrète qui se fit sur la Rochelle, quoique le roi la désavouât, leur donna l'alarme; les politiques, autrement nommés mécontents, leur prêtaient la main, sous prétexte de réformer les abus, et ne parlaient que des états généraux. Les Guise et les Montmorency partageaient toute la noblesse ; il se formait divers partis auxquels on n'avait personne de confiance à opposer. Le mal du roi s'augmentait, et le gouvernement s'affaiblissait avec sa santé : i.I n'y avait plus de duc d'Anjou pour mettre àla'têtedes troupes, et le duc d'Aleoçon qui prétendait succéder, n'avait que des desseins pernicieux : quoiqu'il eût souhaité d'abord le commandement des Pays-Bas. :. I ne voulut plus l'occuper quand il lui fut offert. Il crut qu'il ferait trop de plaisir au roi de se laisser chasser comme son frère, sous un prétexte honorable, et il trouvait plus digne de lui d'avoir un parti dans le royaume; ainsi il écoutait plus volontiers les huguenots de France, et promettait tout à la Noue qui l'assurait de lui fournir des troupes autant qu'il voudrait.

Le duc de Bouillon lui offrit Sedan pour sa retraite. Le roi de Navarre, le prince de Condé, Thoré et Turenne le devaient joindre par divers chemins, et ensuite se répandre en plusieurs endroits du royaume, où ils avaient leurs intelligences. Ils prévoyaient que le roi ne pouvait donner le commandement des armées qu'au maréch.d de Cossé, qui n'avait point d'envie de le; pousser; ils avaient la même opinion du maréchal Damville trop liai de la cour pour s'y fier et la bien servir; ainsi leur partie leur paraissait sûre, pourvu que le duc d'Alençon ne leur manquât pas.

La reine mère eût pu l'apaiser, du moins pour un temps, en lui faisant donner la charge île lieutenant général du royaume; mais comme elle l'avait toujours maltraité,

U.IMU ÎSCOM :■: i i: s DE liOSSl il

« p appréhendait loul Je lui, et craignait

r toute chose, que, le mettant à la tête des armées, elle ne Lui donnât le moyen do s'em-

:,■!■ de la couronne au préjudice du roi de Pologne, si le roi venait à manquer. Ainsi il' prince n'aspirait plus a la charge, ti ne songeait qu'à se mettre à la tête des fiuguerhoré et Turen.ne l'aigrissaient contre la cour, et il se serait déclaré, si la Mole, s n confident, ne l'avait poussé à prendre conseil du maréchal de Montmorency.

Il était dans une étroite liaison avec le duc cl les politiques, dont il prétendait se faire un appui contre les persécutions qu'on faisait à sa maison; elle avait plus à craindre que jamais, parie que la reine mère, par les pressantes instances du roi de Pologne, se

ilarail contre lui et les siens pour ceux de Guise ; niais, quelque maltraité qu'il fût, et quelque besoin qu'il eût du duc d'Alençon, il ne voulait point l'employer contre le bien de l'Eiat : aussi les politiques qui le connaissaient, ne lui proposaient leurs desseinsque par l'endroit spécieux, c'est-à-dire la réformation des abus et des états généraux; le reste lui eût fait horreur. Ainsi quand le duc d'A'cnçon lui parla de ses liaisens avec les huguenots, il se mit à lui représenter ce qu'il aurait à souffrir dans un parti toujours divisé, et combien il serait honteux h un fils de France de n'être plus, comme l'amiral, qu'un chef de rebelles. La Mole appuyait ses raisons, non par une bonne intention qu'il eût pour l'Etat; mais parce que les mesures n'étant pas encore assez bien prises à sou avis, il croyait qu'il fallait différer de se déclarer.

Cependant le duc, toujours emporté, ne se serait rendu à aucune raison, si le maréchal ne lui eût ouvert des voies plus honnêtes de satisfaire son ambition. Il lui offrit de demander pour lui, au roi, la charge de lieulenant général, et se promettait de l'obtenir; il prit en même temps si bien son temps, que le roi se résolut de donner ce contentement à son frère, malgré les oppositions..de la reine, et c'était peut-être une des raisons qui l'y portaient. Mais cette princesse artificieuse irouva mille moyens de retarder l'exécution de la parole du roi, en lui donnant de justes défiances de son frère, et fit si bien, qu'elle empêcha qu'il ne lui fût expédié des provisions, et qu'elle engagea le roi à dire qu'il voulait que son frère se contentât de sa parole et des lettres de cachet qu'on envoya en quelques provinces pour l'y laire reconnaître par les gouverneurs.

La reine travaillait cependant à faire donla charge au duc de Lorraine sou gendre, bien plus capable de l'exercer que le duc i Àlençon, et dont le roi n'avait rien à craindre. Leduc d'Alençon pressait de son côté ses provisions, et ne voulait rien moins que ce qu'hait en le roi de Pologne. Au milieu .le ces mouvements, le roi, déjà chagrin -a maladie, était dans un extrême embar-

- ; un accident survenu l'augmenta encore. Ventebrune, qui avait été domestique de liioré. et depuis s'était donné au duc dp

Guise, s'en était séparé ensuite avec de si grands mécontentements du duc, qu'il lui i étendit de se trouver jamais en sa présence; il arriva qu'il rencontra Ventebrune sur le degré du roi, et s'oublia si fort qu'il mit l'épée à la main pour le tuer. Le bruit en vint aussitôt au roi, qui fut cxlraordinairemcnt irrité de l'insolence du duc. La reine, toujours attentive à faire servir a ses desseins les rencontres les plus imprévues, vint dire au roi que le duc n'avait fait que se défendre, et que Ventebrune, suborné par les Montmorency, l'avait voulu assassiner. Elle fit si bien que ce gentilhomme confirma la même chose ; elle se mit à exagérer la violence des Montmorency, qui n'en voulaient pas, disaitelle, aux Guise, mais à l'Etat et au roi même, et qui ne s'attachaient au duc d'Alençon quo parce qu'ils trouvaient en lui un instrument propre à brouiller; que c'était pour celle raison que le maréchal de Montmorency avait tant pressé le roi en faveur de ce prince, et (pie l'Etat n'avait jamais été en plus grand péril. Par ce moyen elle, apaisa la colère quo le roi avait conçue contre le duc de Guise : elle augmentait son aigreur contre les Montmorency, et tout ensemble elle lui rendait suspectes la personne et les liaisons du duc d'Alençon. Cette conjoncture lui parut favorable pour achever l'a lia ire du duc de Lorraine, qu'elle manda secrètement. Ventebrune fut arrêté; on le laissa échapper un peu après, à condition qu'il s'éloignerait et ne ferait point de bruit.

Cependant on négocia une réconciliation entre les maisons de Guise et de Montmorency ; mais elle fut rompue, et le roi ne savait de qui il avait le plus à craindre, ou de son frère, ou des Montmorency, ou des Guise, ou de la reine sa mère, en sorte qu'il ne pouvait se résoudre à rien. Le duc d'Alençon n'était pas moins agité que lui ; les huguenots avaient pris les armes en divers endroits et attendaient à chaque moment que le duc se déclarât; mais la Noue qui connaissait l'irrésolution de ce prince, autant hardi à promettre que timide à exécuter, crul qu'il fallait le déterminer par quelque coup décisif; il fit assembler deux cents chevaux, les plus braves et les mieux équipés de tout le parti, dont il donna le commandement à Jean de Chaumont de Guitri, homme de grande réputation pour la guerre; il les envoya aux environs de Saint-Germain, persuadé qu'il élait que le duc n'attendait que l'occasion de s'échapper, et ne la manquerait pas, pourvu qu'il le pût l'aire en sûreté ; mais encore que dans le peu de monde qu'il y avait alors à la cour, ces deux cents chevaux fussent plus que suffisants pour l'en tirer sans aucun péril, si peu qu'il eût voulu s'aider, il n'osa jamais tenter sa retraite. Guitri s'en retourna après avoir eu un secret entretien avec le roi de Navarre, qu'il alla trouvera Saint-Prix, où il s'était rendu sous prétexte d'un voyage de chasse. Personne de la cour ne s'en élait aperçu ; mais la Mole jugeant bien que son arrivée et l'approche des deux cents chevaux découvriraient le

PART. XH. THEOL. HISTORIQUE. — il. HIST. DE ! L!V. XV. I.

dessein, de peur d'être prévenu, alla en donner avis à la reine.

Celte princesse fui ravie d'avoir ce prétexte d'exécuter ce qu'elle méditait il y avait longtemps, et de s assurer, des princes, dont elle craignait les complots; elle commença par donner l'alarme au roi, lui faisant accroire qu'on avait entrepris contre sa personne; sur ce fondement, elle lit faire perquisition dans tout le cliôteau, et mit toute la cour en frayeur, comme si on avait une armée de cinquante mille hommes sur les bras. En même temps le roi partit de Sajnt-Gérmain, lit suivre le duc d'Alençon, le roi de Navarre, et le prince de Coudé, qu'on observait par son ordre, sans les arrêter, vint coucher à Paris chez le comte de Relz, comme se déliant de tout le reste de ses courtisans, et alla de là à Vincennes. Le parlement eut ordre d'informer contre les auteurs de la conspiration; beaucoup de gens furent arrêtés, entre autres la Mole et Coconas, que la Mole avait mis dans la confidence du duc. Thoré et ïurenne n'évitèrent la prison que par une fuite précipitée.

Les huguenots cependant s'étaient déclarés ouvertement, leurs synodes assemblés avaient décidé de nouveau qu'ils étaient obligés de prendre les armes pour la défense de leur religion et de leurs personnes. La Noue, que la Rochelle avait fait son chef, avait surpris quelques places des environs et dans le Poitou; Montgommeri s'était jeté dans la Normandie, et y avait pris Carentan, avec quelques villes voisines où il s'était cantonné. Montbrun brouillait dans le Daupbiné et dans la Provence ; Nîmes et Montauban tenaient en échec Ja Guyenne et le Languedoc. La cour, qui se déliait du maréchal Damville, craignait beaucoup pour cette dernière province.

Le printemps commençait, et le mal du roi s'était augmenté dans une saison où les humeurs. ont accoutumé de se remuer : il ne laissait pas de s'appliquer beaucoup aux affaires; mais après les avoir résolues, il en laissait l'exécution à la reine sa mère, à qui il recommandait sur toutes choses la sévérité et la diligence. Elle donna deux armées au duc de Montpensier et au prince Dauphin son fils, pour agir dans le Poitou, dans le Languedoc et dans les provinces voisines; Matignon en eut une troisième en Normandie, dont il était lieutenant du roi. Avant que le prince Dauphin entrât dans le Languedoc, Jacques de Crussol, ennemi particulier de la maison de Montmorency et du maréchal Damville, y fut envoyé avec des ordres secrets de la cour contre lui. Il était devenu ducd'Usez par la mort d'Antoine son frère, et avait renoncé au parti protestant. Le maréchal s'en délia et se saisit de Montpellier; la cour envoya Martinengue pour soutenir le duc d'Usez et prendre l'occasion d'oter l'autorité au maréchal, pendant que Yilleroi, secrétaire d'Etat, qui lui fut aussi envoyé en même temps, négociait avec lui ; niais il n'était pas facile de je surprendre ni de l'abattre, parce que tout éloigné qu'il

était de se déclarer pour les huguenots, il s'en servait pour se maintenir.

Cependant on travaillait avec chaleur au procès de Coconas et de la Mole, et on poussa la chose jusqu'à interroger dans les formes le duc d'Alençon et le roi de Navarre. Le prince de Coudé s'était sauvé dans son gouvernement de Picardie, et attendait à Amiens quel serait l'événement de cette affaire; le duc d'Alençon répondit dans son interrogatoire avec une faiblesse pitoyable, se chargeant lui-même aussi bien que ses amis, et en avouant plus qu'on no voulait; mais le roi de Navarre tint bien une autre conduite, et en confessant ce qui était vrai, il parut plutôt accusateur qu'accusé. Il s'étendit sur les mauvais traitements qu'il avait reçus de la reine mère en toutes rencontres, et de l'insolence de ceux de Guise, qui l'aigrissait contre lui; il les traita d'ennemis publics, et se plaignit (pie le roi de Pologne à son départ de Blâmont, n'avait pas daigné direun mot de lui à la reine, pendant qu'il lui avait recommandé avec affection tout ce qu'il y avait de gens à sa suite, et que la reine l'avait aussi toujours regardé de mauvais oeil depuis ce temps-là ; qu'on lui refusait honteusement les portes des cabinets, sans aucun égard à sa naissance; et qu'enfin no pouvant souffrir tant de traitements indignes, il avait eu dessein de se retirer, non pour rien entreprendre contre le roi, pour lequel il s'estimerait heureux de donner sa vie, mais pour metlre sa personne à couvert.

La Mole et Coconas furent punis de mort comme rebelles et auteurs de mauvais conseils. Des images de cire trouvées chez la Mole et qu'il avait souvent percées à l'endroit du cœur firent dire qu'il voulaitaltenter à la vie du roi par enchantement, mais ii espérait seulement inspirer de l'amour à une fille dont il était épris. La reine avait mis en vogue ces illusions, et fît sauver l'imposteur qui avait donné à la Mole ce moyen de gagner le cœur de sa maîtresse. Pour Coconas, il mourut en avertissant plusieurs fois qu'on prît garde à la vie du roi, et qu'elle était attaquée | ar divers endroits.

Tous ces avis chagrinaient ce malheureux prince déjà allligé par le triste état de sa santé et par les brouilleries du royaume. Il s'entretenait pourtant do belles idées de réformalion : la justice, l'ordre des finances, le soulagement de ses peuples faisaient ses entretiens les plus ordinaires. Sa mauvaise éducation le remplissait de dédain contre la reine sa mère: il ne lui pouvait pardonner l'affaire de la Saint-Barthélémy, ni tant de sang répandu qui lui causait de l'horreur. La résolution était prise de l'éloigner des affaires et de la faire sertir du royaume pour quelque temps : le prétexte était tout trouvé, il devait dire à sa mère qu'il fallait qu'elle allât voir le roi de Pologne et l'aider à établir son autorité; mais ces desseins n'empêchaient pas que la reine eût tout pouvoir, et qu'au moyen de la profonde connaissance

'elle irait de l'esprit du roît elle ne lui il ce qu'elle voulait.

i. v ;,. ,:, . : et le Montmorency

ni îles effets de son crédit dans ledes- ■I qu'elle avait de se taire nommer réente : elle ne craignait d'obstacle que de ir côté; ruais oomme.Coconas et la M

- . 1 1 u \ en : môles dans leurs inter-

la sut bien profiter de leurs iitions. Il n'était pas malaisé d'irriter

roi, qui par son humeur et sa maladie n a

prenait feu que trop aisément. Les deux

iaui furent mandés : loin de résister

.! cet ordre, eux-mêmes, sur le bruit qui

avait couru qu'on les accusait, venaient à la

tir pour .se justifier, se fiant à leur innoce ce ; mais elle n'empêcha pas (pie la reine s'assurât d'eux : un leur marqua leur logeaient dans le donjon, d'où ils ne sortaient

s sans être suivis ou observés. Ces pré- ; aillions n'étaient pas nécessaires, puisqu'ils ne songeaient pas a s'échapper, et le maré-

. de Montmoren y rejeta bien loin tous les moyens que ses amis lui en donnaient.

Cependant après quelques jours, la reine inquiète les lit conduire à la Bastille : en

: ie I mps on donna des gardes au due

klençon et au roi de Navarre, Il n'était

- malaisé de porter le roi à de semblables résolutions; maison ne l'apaisait pas avec la même facilité, quand il était en colère. < >n a vu plus baut que dans le temps que la iour était encore a Saint-Germain , le duc de Cuise avait voulu tuer Ventebrune, à qui ce duc avait défendu de se trouver où il seiaii. La colère où le roi en;ra à ce récit fut si extrême, qu'elle parut môme venir de plus haut et se déclarer seulement à celte

asîon. En effet, l'humeur de ce duc, et

ses baisons particulières avec le roi de Po-

ne, et l'affectât on de se rendre chef du

i catholique, et le nombre des créatures

qu'il acquérait tous les jours, l'avaient rendu

si suspect et si odieux an roi, qu'il ne croyait

avoir être mailredans son Etat sans le

. Il se laissa néanmoins fléchir pour

► fois par le duc de Lorraine. Leduc de

demanda pardon à genoux avec toute

-ion possible ; mais le roi céda, de

I • qu'on vit bien qu'il gardait toujours

mie proton le indignation dans ie cœur, et

qu'il n'attendait pour les faire paraître

qu'une meilleure santé.

oe temps qu'on s'assura des deux maréchaux et des deux princes, on envoya à orna pour arrêter le prince de Gondë. Il avait prévu ce coup ; et Tlioré qui pensait à tout, le conduisit à Strasbourg, où il abjura publiquement la religion catholique, et se déclara protecteur de la protestante ; il écrivit aux huguenots qu'il était résolu, à l'exem- |ie de son père, d'exposer sa vie [jour les •mire, et qu'il espérait bientôt leur mener un gran i secours d'Allemands, à quoi il travaillait en effet sérieusement. Ces nouvelles enflèrent le courage des huguenots; 'es mauvaises voies dont on se servait pour les perdre, les portaient au désespoir. Deux (pis on avait tenté d'assassiner fa Noue, et

Louviers-Montievel l'ut encore nu des assassins. Au surplus, Tel. Ides affaires était fort douteux.

Le due, de Montpellier, qui assiégeait Fonlenai, n'avançait guère, et la reine lui manda de quitter ce siège. Biron tenta vainement diverses places dans le même pays; mais .Matignon, soutenu puissamment dans la Normandie par la reine, qui se faisait un honneur d'avoir Monlgommeri en sa puissance, et de venger son mari tué malheureusement par ses mains, le pressa de telle sorte dans Saint Lô, et ensuite dans Dorofront, qu'il fut enfin obligé de se rendre à lui avec une capitulation ambiguë. Malignon eût bien souhaité de l'interpréter favorablement pour lui, mais la reine no voulut jamais y entendre; et Vassé, parent de Montgomnjeri, qui l'avait porté à se contenter de paroles vagues, eut ordre de le mener à Paris pour y être bientôt immolé à ia vengeance de la reine : par sa prise la Normandie; fut entièrement réduite. La nouvelle de cette prise, portée au roi par la reine avec une démonstration extraordinaire de joie, en fut reçue assez indifféremment , soit qu'il prît peu de part à la vengeance de sa mère, et qu'il connût que l'Etat, affligé par tant d'endroits, avait besoin d'autres remèdes, ou que l'accablement où il se trouvait par sa maladie le rendît moins sensible aux affaires.

Il demeura pourtant toujours fort jaloux desonautorilé : tant qu'il eul un peu de force, jamais la reine ne put obtenir qu'il la déclarât régente. Il envoya seulement ses ordres dans les provinces, afin qu'on lui obéit durant sa maladie. Ce ne fut qu'à rentrémité, et quand il sentit qu'il n'en pouvait plus, qu'il fit expédier des lettres de régence; elles portaient que le roi déclarait sa mère régente, jusqu'à ce qu'il eût plu à Dieu de lui renvoyer la santé, et en cas qu'il lui appelé à une meilleure vie, jusqu'au retour du roi de Pologne son frère et son successeur. Afin que la chose fût plus authentique, on y appela les ducs d'Alençon et le roi de Navarre, qui ne manquèrent pas de prier la reine d'accepter cette qualité; ce qui fut inséré dans la déclaration : elle fut faite le 30 mai, qui était le jour de la Pentecôte, et le môme jour le roi mourut, après avoir embrassé avec une grande démonstration de respect et de tendresse la reine sa mère, à qui il recommanda la reine sa femme, qu'il^ avait toujours aimée et sa fille : elle ne lui" survécut pas longtemps. 11 laissa un fils bâtard, nommé Charles comme lui, qui fut grand prieur de France , comte d'Auvergne, et enfin duc d'Angoulêrae. Il témoigna de la joie de ne point laisser de fils capable de lui succéder, de peur qu'une minorité n'achevât deruiner la France, dont les divisions, disaitil, avaient besoin de l'autorité d'un homme fait. Ce n'est pas qu'il espérât beaucoup de son frère. Il avait dit souvent que quand il serait en place, le faible de ce prince paraîtrait, et qu'on verrait s'évanouir cette grande gloire ;. mais ceux qui se laissaient éblouit

PAKT. XIII. TIIEOL. SOCIALE. — l'OLITIQlJL; TIREE DE L'ECRITURE.

par les apparences, attribuèrent ce jugement

a sa jalousie.

I.«i manière dont il mourut fut étrange : il eut des convulsions qui causaient de l'horreur, et les pores s'étant ouverts par des mouvements si violents, le sang lui sortait de toutes parts. On ne manqua pas de remarquer que c'était avec justice qu'on voyait nager dans son propre sang un prince qui avait si cruellement répandu celui de ses sujets. Telle fut la lin de Charles IX, à l'âge de vingt-cinq ans. Quoiqu'il fût d'un natu-

rel dur et féroce, plusieurs marques d'honnêteté et morue de politesse, qu'il donna, et l'ardeur qu'il P moiguasur la lin de ses jours pour bien régner, firent croire que son humeur pouvait être non-seulement adoucie et corrigée, mais encore tournée en grandeur d'âme. Ainsi il peut servir d'exemple aux princes pour leur apprendre combien une bonne éducation leur est nécessaire, et combien ils doivent craindre de prendre trop tard de bonnes résolutions.

ŒUVRES COMPLÈTES

SSL

EVEOUE DE MEAUX.

^treizième parti*.

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