PART. XI!!. THEOL. SOCIALE. — POLITIQUE ÏJREE Ï>È L'ECRITURE. I.IV. I
a point de foi ni (Je sûreté parmi les liommes. « Ne croyez poinl a votre ami, et ne vous fiez point à voire guide ; donnez-vous de garde de celle qui dort dans votre sein : le fils fait injure à son père, la fille s'élève contre sa mère, et les ennemis de l'homme sont ses parents et ses domestiques. »(Mich. vu, 5, 6.) De là vient que les cruautés sont si fréquentes dans le genre humain. Il n'y a rien de plus brutal ni de plus sanguinaire que l'homme. « Tous dressent des embûches a la vie de leur frère; un homme va o la chasse après un autre homme, comme il ferait après une bêle , pour en répandre le sang. » (Mich. vu, 2.)
« La médisance, et le mensonge, et le meurtre, et le vol, et J'adultère ont inondé toute la terre, et le sang a louché le sang (Osée, iv, 2) : » c'est-à-dire qu'un meurtre en attire un autre.
Ainsi la société humaine, établie par tant de sacrés liens, est violée par les passions ; et comme dit saint Augustin : « Il n'y a rien de plus sociable que l'homme par sa nature, ni rien de plus intraitable ou de plus insociable par la corruption (2028 ) »
IL Prop. La société humaine, dès le commencement des choses, s'est divisée en plusieurs branches par les diverses nations qui se sont formées. — Outre cette division qui s'est faite enire les hommes par les passions, il y en a une autre qui devait naître nécessairement de la multiplication du genre humain.
Moïse nous l'a marquée, lorsqu'après avoir nommé les premiers descendants de Noé (G en. x), il montre par là l'origine des nations et des peuples. « De ceux-là, » dit-il (Ibid., 5), « sont sorties les nations chacune selon sa contrée et selon sa langue. »
Où. il paraît que ces deux choses ont séparé en plusieurs branches la société humaine : l'une, la diversité et l'éloignement des pays où les enfants de Noé se sont répandus en se multipliant; l'autre, la diversité des langues.
Cette confusion du langage est arrivée avant la séparation , et fut envoyée aux hommes en punition de leur orgueil. Cela disposa les hommes à se séparer les uns des autres, et à s'étendre dans toute la terre que Dieu leur avait donnée à habiter. « Allons , dit Dieu, confondons leurs langues afin qu ils ne s'entendent plus les uns les autres (Ibid.,\i, 9); et ainsi le Seigneur les sépara de ce lieu dans toutes les terres. » (Ibid..
La parole est le lien delà société entre les hommes, par la communication qu'ils se donnent de leurs pensées. Dès qu'on ne s'entend plus l'un l'autre on est étranger l'un à l'autre. « Si je n'entends point, » dit saint Pau] (I Cor. xiv, 11), «la force d'une parole, je suis étranger et barbare à celui à qui je parle, et il me l'est aussi. » Et saint Augustin remarque que cette diversité de langage fait
qu'un homme se platt plus avec son chien qu'avec un homme son semblable (2029).
Voilà donc le genre humain di\ langues et par contrées : et de là il est arrive qu'habiter un même pays, et avoir une môme langue, a été un motif aux hommes de s'unir plus étroitement ensemble.
Il y a même quelque apparence que, dans
la confusion des langues à Babel, ceux qui se trouvèrent avoir plus de conformité dans le langage, furent disposés parla à choisir Ja môme demeure; à quoi la parenté cou tribua aussi beaucoup; et l'Ecriture semble inarquer ces deux causes qui commencèrent à former autour de Label les divers corj s de nations, lorsqu'elle dit que les hommes les composèrent « en se divisant chacun selon leur langue et leur famille. » (Gen. x, 5.) IIIe Prop. La terre qu'on habite ensemble sert de lien entre les hommes, et forme l'unité des nations. —Lorsque Dieu promet à Abraham (ju'il fera de ses enfants un grand | pie, il leur promet en même temps i terre qu'ils habiteront en commun. •< Je ferai sortir de toi une grande nation. » (Ibid,, xn, 2, 7.) Et un peu près : « Je donnerai cetie terre à ta postérité. »
Quand il introduit les Israélites dans celle terre promise à leurs pères, il la leur louo afin qu'ils l'aiment. Il l'appelle toujours « une bonne terre grasse et abondante, qui ruisselle de tous côtés de lait et de miel. » (Exod. m, 8, et alibi.)
Ceux qui dégoûtent le peuple de celle terre qui le devait nourrir si abondamment, sont punis de mort comme séditieux el ennemis de leur pairie. « Les hommes que Moïse avait envoyés pour reconnaître la terre, et qui en avaient dit du mal, furent mis à mort devant Dieu. » L\um. xiv, S'ô , 37. ) '
Ceux du peuple qui avaient méprisé celle terre en sont exclus et meurent dans le désert. « Vous n'entrerez point dans la le: que j'ai juré à vos pères de leur donner. Vos enfants (innocents et qui n'ont point de | a; r. à votre injuste dégoût) entreront dans la terre qui vous a déplu ; et pour vous, vos corps morts seront gisants dans ce désert. » (Ibid., 30, 31,32.)
Ainsi la société humaine demande qu'on aime la terre où l'on habite ensemble; on la regarde comme une mère et une nourrice commune ; on s'y attache, et cela unit. C'est ce .que les Latins appellent charitas patni soli, l'amour de la patrie : et ils la regardent comme un lien entre les hommes.
Les hommes en effet se sentent Jiés par quelque chose de fort, lorsqu'ils song que la même terre qui lésa portés et nourris étant vivants; les recevra en son seii; quand ils seront morts. « Voire demeure: sera la mienne; voire peuple sera mon pei pie,» disait Ruth à sa belle-mère Noémi (Uutk. i, 10, 17) : «je mourrai dans la terre où vous
(1) Auc, De civil. Dei, lib.
xu, cap. 87, loin.
(2) Aie, De civil. Dei, lib.
xix, cap. 7, ■
M l.Mll.S C.OMIM
suret enterrée, el j*j choisirai ma sépulture. "
.1 M'pli mourant dil à ses frères (<7en. l, l»'}, 24 |: «Dieu vous visitera et tous établira dans la lewequ'il a promise a nos pères : emportes mes os arec vous. »Ce fut là sa dernière parole. Ce lui es! une douceur en mourant d'espérer de suivre ses frères dansla terre que Dieu teur donne pour leur pairie ; ci ses os y reposeront plus tranquillement au milieu de ses concitoyens.
C'esl un sentiment naturel à ions les peu* 5. I uniitocle, Athénien, était banni de sa pairie comme traître: il en machinait la ruine avec le roi de Perse à qui il s'était livré; et toutefois en mourant il oublia Magnésie que le roi lui avait donnée* quoiqu'il I dit Ole" si bien Irai té* et il ordonna à ses anus de porter ses os dans l'Attique pour les y inhumer secrètement (2030), à cause que ia rigueur des décrets publics ne permettait pas qu'on le lit d'une autre sorte. Dans les approches de la mort, où la raison revient et où la vengeance cesse, l'amour de la patrie se réveille ; il croit satisfaire àsa patrie: il croit être rappelé de son exil après *sa mon ; et connue ils parlaient alors, que la lei re .-trait plus bénigne et plus légère à ses os.
C'est pourquoi de bons citoyens s'affectionnent à leur terre natale. « J'étais devant le roi.» dit Néhémias (UEsdr. n j 1, 2, 3, 6),« et je lui présentais à boire et je paraissais languissant en sa présence; et le roi me dit : Pourquoi votre visage est-il si triste, puisque je ne vous vois point malade? et je dis au roi : Comment pourrais-je n'avoir pas le visage triste, puisque la ville où mes pères sont ensevelis est déserte et que ses portes t brûlées? Si vous voulez me faire quelque grâce, renvoyez-moi en Judée en la terre du sépulcre de mon père, et je la rebâtirai. »
Etant arrivé en Judée, il appelle ses concitoyens que l'amour de leur commune patrie unissait ensemble. « Vous savez, » dit-il [Ibid., 17j, « noire affliction. Jérusalem est déserle-, ses portes sont consumées par le feu : venez et unissons-nous pour la rebâtir.»
Tant que les Juifs demeurèrent dans un pays étranger et si éloigné de leur patrie, ils ne cessèrent de pleurer et d'enfler, pour «t insi parler, de leurs larmes les fleuves de Dabylone en se souvenant de Sion. Ils ne pouvaient se résoudre à ebanter leurs agréables caniiques qui étaient les cantiques du Seigneur dans une terre étrangère. Leurs instruments de musique, autrefois leur consolation et leur joie, demeuraient suspendus aux saules plantés sur la rive, et ils en avaient perdu l'usage. « 0 Jérusalem, disaient-ils, si jamais je puis l'oublier, puisséje m'oublier moi-même 1 » (Psal. cxxxvi.) Ceux que les vainqueurs avaient laissés leur terre natale s'estimaient beureux, el ils disaient au Seigneur dans les psaumes qui.s lui chantaient durant la captivité :«II
î ris de cossuet.
est temps, A Seigneur I que vous ayez pitié de Sion : vos SOI \ ilcurs en aiment les ruines mêmes et les pierres démolies : et leur terre natale, toute désolée qu'elle est, a encore toute leur tendresse et toute leur compassion. » [Psal. ci, H, 13.)
ARTICLE III
Pour former les nations et unir les p'éup les,
il a fallu établir un gouverncmci .
PbemiÈre Proposition. Tout se divise et se partialité parmi les hommes. — Il ne suflit pas <pie les nommes habitent la môme contrée ou parbnt un même langage, parce qu'étant devenus intraitables par la violence de leurs passions et incompatibles par leurs humeurs différentes, ils ne pouvaient être unis à moins que de se soumettre tous ensemble à un même gourvernement qui les réglât tous.
Faute de cela, Abraham et Lot ne peuvent compatir ensemble et sont contraints de se séparer. « La terre où ils étaient ne les pouvait contenir, parce qu'ils étaient tous deux fort riches el ils ne pouvaient demeurer ensemble : en sorte qu'il arrivait des querelles entre leurs bergers. Enfin, il fallut pour s'accorder que l'un allât à droite et l'autre à gauche. » (Gen. xm, 6, 7, 9.)
Si Abraham et Lot, deux hommes justes, et d'ailleurs si proches parents, ne peuvent s'accorder entre eux à cause de leurs domestiques, quel désordre n'arriverait pas parmi les méchants?
IIe Prop. La seule autorité' du gouvernement peut mettre un frein aux passions et à la violence devenue naturelle aux hommes. — « Si vous voyez les pauvres calomniés et des jugements violents par lesquels la justice est renversée dans la province, le mal n'est pas sans remède : car au-dessus du puissant il y a de plus puissants ; et ceux-là même ont sur leur tête des puissances plus absolues; et enfin le roi de tout le pays leur commande à tous. » [Ecole, v, 7, 8.) La justice n'a de soutien que l'autorité et la subordination des puissances.
Cet ordre est le frein de la licence. Quand chacun fait ce qu'il veut et n'a pour règle que ses désirs, tout va en confusion. Un lévite viole ce qu'il y a de plus saint dans la loi de Dieu. La cause qu'en donne l'Ecriture : « C'est qu'en ce temps-là il n'y avait point de roi en Israël et que chacun faisait ce qu'il jugeait à propos. » (Jud. xvn, G.)
C'est pourquoi, quand les enfants d'Israël sont prêts d'entrer dansla terre o>l ils devaient former un corps d'état et un peuple réglé. Moïse leur dit :« Gardez-vous bien de faire là comme nous faisons ici, où chacun fait ce qu'il trouve à propos; parce que vous n'êtes pas encore arrivés au lieu de repos et à la possession que le Seigneur vous a destinée. » (Deut. xxxi, 3, 7.)
IIP Prop. C'est par la seule autorité du gouvernement que l'union est établie parmi
(5) Tkccî;'., \\b. i.