‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 7 sur 458 · PART. XII. T11E0L. HISTORIQUE.— II. H1ST. DE FRANCE. LIV. XII. SI · texte numérisé non relu

PART. XII. T11E0L. HISTORIQUE.— II. H1ST. DE FRANCE. LIV. XII. SI

Les «innées n'étant qu'à quatre lieues une bonne trêve 8i lis, cl leur

l'une de l'autre, les conférences furent com- donner quelques petites places [mur pa

mencées dès le lendemain. Les affaires lu- l'hiver. Il s imaginait par ce moyen les

rent réglées presque dès le premier jour; consoler du refus qu'il leur avait fait du

le roi d'Angleterre demandait qu'on lui Saint-Quentin, et les apaiser aux dépens du

donnât soixante et douze nulle écus comp- roi.

tant; qu'on décidât le mariage du Dau- Louis ne leur répondit rien ; et, après les

phi ti Charles , encore enfant, avec la lille avoir assez fait discourir, il les renvoya en

du roi d'Angleterre; que Louisdonn.lt la leur disant qu'il ferait savoir ses intentions

Guienne pour l'entretien de la future Dau- h son frère, il appelait ainsi le connétable,

phine, ou cinquante mille écus, qui seraient parce qu'il avait épousé la sœur de la reine

envoyés chaque année à Londres pendant Charlotte de Savoie. Aussitôt il accourut, en

neuf ans; qu'au bout de ce tenue le Dau- riant, à Contai, qu'il trouva dans la disposi-

phin et la Dauphine jouiraient paisiblement tion qu'il souhaitait, c'est-à-dire fort irrité

du revenu du duché de Guienne, et que lo (Je ce qu'on se moquait de son maître et des

roi serait quitte de ce payement envers le traités. Il le dépêcha en diligence au duc

roi d'Angleterre. C'est ainsi quePhilippe de de Bourgogne, avec sa créance et son ins-

Comines parle de ce traité. truction.

Quand le roi eut entendu ces proposi- Quand les envoyés du connétable eurent lions, il conçut de grandes espérances: il proposé au roi de donner quelques places savait que le roi d'Angleterre, prince adonné aux Anglais pour passer l'hiver, il ne leur lit à ses plaisirs, se lasserait bientôt de la guer- aucune iéponse ; mais après il fut fort cuire; il était d'ailleurs au l'ait do ses justes barrasse, et, de peur que le connétable ne mécontentements, de sorte qu'il ne doutait troublât la paix, il offrit lui-même aux Anpoint do la paix. Il en parla à son conseil, glais Eu et Saint- Valéry : la trêve fut coicluo et leur témoigna qu'il ferait toutes choses pour neuf ans, aux conditions proposées pour l'avoir, excepté de donner des terres ; par les Anglais. Il fut résolu que l'entrevue mais plutôt que d'en venir là, il mettrait entre les deux rois se ferait à Péquigny, tout au hasard. pour jurer la paix', et que le roi d'Angle-

Cependant il continuait d'envoyer au con- terre, après avoir reçu l'argent qu'on de-

nètable pour l'adoucir, et aussi de peur vait lui donner, retournerait dans son

qu'il ne livrât aux Anglais quelques-unes royaume,

de ses [-laces. Le connétable, de son côté, Le duc de Bourgogne n'eut pas plutôt entoujours inquiet, et se souvenant de Bou- tendu les premières nouvelles du traité, vines, lui envoyait tous les jours quelqu'un qu'il partit en diligence, lui seizième, et des siens. en grand secret. Le roi prit alors vint demander à Edouard en quel état étaient la résolution de se servir de ses envoyés, les affaires : il lui répondit qu'il avait fait un pour le faire uiieux connaître au duc do traité, où lui et le duc do Bretagne seraient Bourgogne. compris s'ils voulaient.

Il avait auprès de lui le seigneur de Con- Alors le duc s'emporta au dernier point,

tai, intime confident du duc, qu'il avait pris disant au roi d'Angleterre qu'il se souvint

prisonnier, et qui allait souvent, sur sa pa- de la gloire et des grandes. actions de ses an-

role, porter les propositions du roi à son cotres; qu'il ne l'avait pas fait venir pour

maître, et de son maître au roi. Il appela ses propres intérêts, mais pour lui donner

Coulai, et ie fit cacher derrière une tapisse- le moyen de recouvrer ses Etats perdus, et

rie, pour entendre tes propositions que lui qu'au reste il avait si peu besoin de lui,

feraient les envoyés du connétable. qu'il ne fer.iit de trêve avec Louis que trois

Ils lui dirent que le duc était en fureur mois après qu'Edouard aurait repassé la

contre le roi d'Angleterre, et qu'ils avaient mer.

été envoyés pour le prier non-seulement Tous ces discours, ne servirent qu'à irriter

d'abandonner les Anglais, mais même de les davantage le roi d'Angleterre contre le duc

piller. Là-dessus ils se mirent à contrefaire do Bourgogne. Le connétable ne roussit pas

le duc, à frapper comme lui du pied contre mieux: il offrit de l'argent à Edouard pour

terre, à le laire jurer par saint Georges, et l'empêcher de faire un accord désavanta-

dire à Edouard mille injures, l'appelant geux ; il lui dit qu'il ferait bien de prendre

borgne, et y ajoutant toutes sortes de mo- toujours Eu et Saint- Valéry, et qu'après il

queries ; enfin ils n'oubliaient rien pour tâcherait de le loger mieux ; tout cela sans

représenter son bumeur violente et impé- lui donner aucune assurance, et espérant de

tueuse. l'amuser do belles paroles

Le roi cependant éclatait de rire, et, fei- Le roi d'Angleterre répondit qu'il avait

gnant d'être un peu sourd, les obligeait à fait la paix, et que les intidélilés du cooeu -

répéter et à parler plus haut, afin (pie Contai labié l'y avaient obligé. Quand il sut une

entendit tout, et comme on se moquait de réponse' si sèche, il fut au désespoir et ne

son maître; eux qui ne uemandaient pas douta presque plus de sa perte. Cependant

mieux, recommençaient volontiers, aug- le temps de la conférence étant proche, les

mentant toujours quelque chose pour mieux Anglais vinrent à Amiens, où le roi or-

divertir le roi. donna qu'on les reçût magnifiquement, et

Au milieu de leur discours, ils dirent au défendit de rien prendre d'eux aux hôlelle-

roi que le connétable lui conseillait de faire ries; tout se faisait aux dépens du roi, qui

Tu

fail ,. i dans les rues, envoya au roi ses d 'pu i parlaicul forl

• : s humblement, el faisaienl bien voir que leur matlre avait perdu toute espérance.II sei •ne réception, cusail envers le roi, sur ce qu'on l'accu! , qu'on i - d'avoir intelligence avec ses ennemis, et lui enfin avertir que les effets avaient Lieu rail voir le cou- Mi,.] me ce (ut nue des foies où «•• traire. Au reste, il offrait d engager lo duc tôt superstitieux «in.* relij icux, de Bourgogne à se jeter sur les Anglais et :i r si (m lui parlait les piller.

Le roi ne répondit rien; mais il lui manda

i s'obstina point, et ayant com- seulement, par une lettre jqu'illui écrivit,

le la p.hose, il fil armer ce qui s'était fait la veille, et qu'il était bien

$ gens b guerre; il monta d'accord avec les Anglais ; qu'il ne lai

,iie :, ,;,,.■. bien accompagné, pas toutefois d'avoir encore de grandes af-

Cl [ii portei ner à la p< rie de la vil] \ foires, el qu'il avait besoin d'une aussi bonne

, -, dtner une pai lie des seigneurs lôte que la sienne. delà tour d'Edouard. On reconnut bienlôt Les envoyés son retournèrent fort conque lesAng geaientqu'à boire et à lents de celte parole; et d'abord qu'ils furent i re ùonne i sortis, le roi montra la lettre à Havart, et i roi d'Angleterre, honteui du désordre lui dit que ce n'était .que de la lôte qu'il que causaient ses gens, envoya supplier le avait besoin, et qu'il se souciait peu du reste rpi d'y api -H s'en excusa, et «lu corps. C'est ainsi qu'après avoir assuré Edouard lit lui-n ôme garder les portes pour les affaires, il raillait à son aise.

entrer. Tout était pré- Le même Havart, étante table avec lui,

paré alors a Péquigny pour la conférence: il dit qu'on trouverait moyen de faire venir le

v avait un pont sur la rivière en un endroit roi d'Angleterre à Paris. Le roi qui n'écou-

qui n'était point guéable, une barrière sur tait pas cette proposition avec plaisir, chan-

nt, i ù il v avait des treillis pour passer gee do discours, et éluda ce voyage, sous

s autres choses néces- prétexte des affaires qu'il avait avec lo duc

i our nue entn vue si solennelle. de Bourgogne. Il dit à domines, en parlicu-

roi arriva le premier au lien destiné, lier, qu'Edouard était un homme de plaisir;

ot le roi d'Angleterre peu de temps après, qu'il trouverait à Paris quelque femme qui

Klan / proche du roi, il se découvrit, lui plairait, et qui lui donnerait envie de

et lit une révérence en fléchissant le genou revenir encore une fois; que cela ne l'aecom-

u'à demi-pied de terre ; ayant abordé le modérait pas, et que les Anglais n'avaient

roi, il en lit une encore plus profonde. Les que trop été en France.

lis s'embrassèrent a travers les treil- 11 ressentait une joie extrême d'avoir fait commencèrent à parler ensemble, une paix si avantageuse, el d'avoir rendu s dit d'abord à Edouard qu'il n'avait inutile, par son adresse et son argent, un rien tant désiré que de le voir, et qu'il louait armement si redoutable. 11 se moquait en Dieu de ce qu'ils étaient assemblés pour un son cœur du roi d'Angleterre, et comme il si bon dessein. Edouard lui répondit en assez était porté à la raillerie, il avait un© peine is cl avec une pareille démons- extrême à se retenir; mais la crainte de fâion d'amitié. cher les Anglais, nation délicate et prompte, lues semblables discours , lui fermait la bouche. Un jour qu'il était Louis, qui gardait toujours la supériorité avec deux ou trois de ses plus familiers dans cette idée, lit signe à tout le courtisans, il riait des bons effets de ses monde de se retirer, el qu'il serait bien aise présents: il aperçut tout d'un coup qu'il parler au roi d'Angleterre: il lui demanda avait pu être entendu d'un marchand gasce qu'il ferait si le duc de Bourgogne ne con, établi en Angleterre, qui était venu lui voulait point entendre a la paix: il lui ré- demander quelques grâces. Aussitôt il donna pondit qu'il pouvait agir avec lui comme il ordre qu'on lui fit quelque gratification, et, le jugerait a propos. Il (il la môme question pour l'obliger au secret, il prit un soin partisur le duc de Bretagne; mais Edouard le culier de sa famille.

pria de ne lui point faire la guerre ; à quoi Ce prince avait accoutumé de dire que sa il répartit: « Que ferai-je, s'il ne veut pas langue lui rendait de mauvais offices par sa accepter la paix? — Si vous lui faites la promptitude, et que souvent aussi elle lui en guerre,» reprit Edouard, «je repasserai la rendait de bons; mais que, quand elle avait mer pour le défendre. » manqué, c'était à lui à réparer les dommagi s Celle réponse fâcha le roi ; mais comme i! qu'elle lui causait, il n'était pas seulement était habile, il ne voulut point faire paraître soigneux de s'empêcher lui-môme de parler, son in, et rappela la compagnie avec mais encore d'empêcher les autres de réun visage gai. Alors il demanda à Edouard veiller les Anglais par leurs- discours. s'il ne voulait point venir à Paris, et qu'il Comines lui rapporta qu'un Gascon, qui aurait soin de l'y divertir. Sur cela la con- était au roi d'Angleterre, lui avait dit que vi rsation se tourna en plaisanteries, et les les Français s'étaient bien moqués des Anprinces se retirèrent avec des témoignages glais dahs ce traité, et qu'Edouard, après bienveillance mutuelle. avoir gagné neuf grandes batailles, en venait L lendemain de l'entrevue, le connétable de perdre une dixième contre Louis, qui

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avait effacé la gloire des autres. Le roi dit aussitôt qu'il fallail faire faire ce mauvais plaisant; en même temps il le fil venir, et tAcba <lo l'attirer à son service. Comme il s'en excusa, il promit de prendre soin de ses frères, ei le renvoya avec de riches présents, l'invitant à entretenir la correspondance cn'rc les deux royaumes.

Le roi d'Angleterre, après avoir reçu son argent, se relira à Calais, et, conformément nu traité, laissa les otages jusqu'à ce qu'il fût repassé dans son royaume. Il remit ensuite à Louis deux lettres que le connétable lui avait écrites, et lui en lit. une autre où il expliquait toutes les propositions qu'il lui avait laites.

Aussitôt que le roi sut son arrivée a Douvres, il vint à Vervins, où ies ambassadeurs du duede Bourgogne conclurenlla trêve avec lui pour neuf ans, comme les Anglais ; mais la publication en fut différée jusqu'à trois mois, à cause de ce que le duc avait dit à Edouard : ainsi le roi sortit avec avantage d'une guerre très-périlleuse, par son adresse et sa patience.

Le roi commença alors à tourner tout son esprit à la perte du connétable. Il avait tant d'envie de se défaire d'un esprit si pernicieux, que, pour obliger le duc de Bourgogne à conjurer sa ruine avec lui, il consentit de lui donner Saint-Quentin, et généralement tout ce qui lui avait été autrefois offert à Bouvines.

Le connétable s'aperçut bientôt qu'il se tramait quelque ebose de funeste , et ne voyait aucun moyen d'éviter sa mauvaise destinée. Il savait qu'Edouard avait remis ses lettres a Louis, et n'espérait pas de pouvoir fléchir l'esprit irrité de ce prince. Il n'avait pas moins offensé le duc de Bourgogne, de sorte qu'il ne savait plus à quoi se résoudre. Tantôt il songeait à s'enfuir en Allemagne et à y acheter quelques places fortes sur le Rhin; tantôt il pensait à tenir bon dans le château de Ham, très-fort de s'a nature, et qu"il avait muni de toutes choses. Mais quelle place pouvait-il trouver, qui le pût mettre à couvert de la puissance d'un roi de France, si puissamment armé; et comment pouvait-il espérer de se défendre à Ham, où il n'avait personne qui ne fût au roi ou au duc, et aui pût être aisément gagné?

Ainsi un homme si puissant, si riche, si habile, d'une si illustre naissance et si hautement allié, qui prétendait faire la loi à un si grand roi, et a un prince qui n'aurait jamais voulu céder aux rois, se trouve par son ambition réduit à un tel état, qu'il ne sait que devenir. A la fin, le désespoir le contraignit de se jeter entre les bras du duc de Bourgogne, qu'il crut plus aisément pouvoir engager, par son intérêt, à le protéger contre Louis.

Après avoir obtenu de ce duc un sauf-conduit, il se rendit à Mons en Hainaul, où il fut gardé par ordre du duc. Le roi envoya aussitôt quelques troupes qui se présentèrent à Saint-Quentin, dont on leur ouvrit les

ilancer. Il lit savoir ccïle n \ elle au duc de Boui , de i eur qu'il

renouât quelque traite avee le connétal poui lavoir de lui celte place, et ui mi temps le somma de lui cendre le prisonni conformément au traité.

En ce temps- là, le duc était occupée la

conquête de la !. orrai: e. qu'il avait i toute prise, excepté Nancy, qu'il assiégeait. il craignit d'être traversé dans son entrepris* par le roi qui était puissamment ar.né, et qui avait auprès de lui le duc de Lorraine; ainsi, il promit de rendre le connétable, et l'envoya à Péronne, avec ordre à ses gens de le remettre entre les mains du roi dans un certain temps. Il esi érait pendant ce temps de prendre Nancy, et alors il y a beaucoup d'apparence qu'il n'eût pas exécuté le traité sans faire de nouvelles propositions; mais comme le sié^,e tira en longueur, et que le roi pressailvivemcnt, il fallut enfin remettra le connétable entre ses mains: pendant qu'il pensait manquerde parole à ce malheureux seigneur, il se vit lui-même trahi par un d s ses favoris.

Ce fut Nicolas de Campobasche, gentilhomme napolitain que lu duc avait é:

d'une extrême pauvreté à la plus haute considération, et à qui il avait donné sa confia' i particulière. Dès ce premier siège de Nan y il avait commencé de trahir son maître. (. > fut lui qui traîna ce siège en longueur, en faisant de faillies attaques et en avertissant ceux de la place de ne pas se rendre. Ce méchant passa encore plus avant, et offrit au roi de le défaire du duc; ce qui lui était fort aisé.

Louis eut en horreur sa perfidie, et comme il soupçonnait qu'il avait dessein de le tromper, il découvrit la trahison au duc, à qui il était bien aise de donner cette marque d'amitié et de bonne foi. Ce prince, qui n'agissait que par caprice, quoique 'es marques delà trahison que Louis lui découvrit fussent certaines, alla se mettre dans l'esprit que si la chose eût été véritable, Louis n'au • rai t eu garde de l'en avertir, et qu'il voulait I ar cet artifice lui donner de la défiance d'un fidèle serviteur; de sorte qu'il s'attacha p!i:s que jamais à ce traître.

Le roi fit mettre le connétable à la Baslilli . et on lui lit son procès, où furent produites ses lettres au roi d'Angleterre, et celles qu'il écrivait au duc de Bourbon, pour l'exciter à la révolte, avec d'autres pièces qui le convainquaient. Son procès étant Achevé, le chancelier qui avait [résidé au jugement le fit venir au paiais, où on lui redemanda le collier de l'ordre et l'éjée de connétable. Ensuite le premier président lui déclara qu'il était convaincu du crime de lèse-majesté, et condamné à avoir la tête cou; dans le jour.

Quelque criminel qu'il fut, il ne s'atte tendait pas à cette sentence, tant les h: mes sont accoutumés à. se flatter; il fit témoigner au roi le déplaisir qu'il avait d'avoir manqué a son devoir, et après qu'il eut pensé à sa conscience, il fut mené au

- DE BO . . i .

•il)

. donnant rie grai - marques de repentir.

donna au duc de Bourgogne, selon le tt ai ; . - m-Quentin el les autres pla promis seul el les meubles du

imélabli I nit le duc acheta de se

■ maître ue la Lorraine ; mais comme il

mail aucunes bornes o son ambition, et

il ne prétendait rien moins que de se laire

r .1 | ir 5 - mquèles, i dans do nou-

\ s entreprises.

se m niait redouté de ions les prii ! duc do Milan avait re-

océ à l'alliance du roi pour prendre la i René de Sicile, oncle du roi, roulait donner à Charles son comté de Provence, et l'avertissait detout ce qui lui était le la i art de Louis, l.a duchesse de Savoie, propre sœur du roi, ne l'écoutait plus, i : elle était absolument au duc de H lurgogne.

- voyant donc si puissant, il crut qu'il viendrait facilement a bout des Suisses, à qui il déclara la guerre, tant h cause du comté de l'envie, nue pour proléger contre eux le comte de Homond, à qui ils avaient l'ait quelque injustice. Le roi écrivit au duc pour le détourner d'attaquer les Suisses, ave qui il n'j avait rien à gagner, et il l'engagea à venir plutôt à une conférence, ! our terminer leurs affaires el conclure une bonne paix. Les Suisses lui députèrent poui lui dire qu'ils étaient prêts de lui rendre le comté de i'ei rete, et de donner au comte de Homond une satisfaction entière; qu'au i sle, un si pauvre pays que le leur ne mentant | as qu'il le conquit, ils le suppliaient de les laisser en repos.

[1*76] Par une seconde ambassade ils lui i ffrirenl de renoncer à toutes leurs alliani • -, même à celle du roi, qui leur était si avantageuse, et, de plus, de fournir six mille hommes contre lui. 11 refusa toutes ces offres, entra dans leur pays, où, après avoir piis quelques petites places, il assiégea Granson, qui se rendit a discrétion, et où le duc fil pendre cinq cents Allemands, qui étaient en garnison dans la place.

Les Suisses vinrent trop tard au secours, et ne laissèrent pas de marcher pour empêcher l'ennemi de passer outre. Le duc, au lieu de les attendre d;ms son camp, qui était parfaitement bien fortifié* s'obstina, contre l'avis de tous les siens, à marcher contre eux, et les alla attaquera l'entrée des montagnes. Il avait d'abord envoyé ses gardes pour occuper les passages ; mais par le l'eu effroyable que firent les Suisses, ses gardes furent repoussés, et l'armée en fut si épouvantée, qu'elle prit la fuite dans un extrême désordre, quoiqu'il n'y eût que sept hommes de tués.

Le camp de Charles fut pris et pillé; tontes les tentes, tous les équipages de ses officiers el les siens furent en proie, avec ses trésors immenses, et ses pierreries d'une prodigieuse grosseur aussi bien que d'un prix inestimable. Les Suisses, grossiers, qui n'en connaissaient pas la valeur, les vendaient

pour rien, de |u'en fort peu de temps

toute l'Allemagne fui pleine des dépouilles du due m de M>n année.

Celte victoire donna beaucoup de réputation aui Suisses, qui jusqu'alors n'avaient pas été fort considérés. Plusieurs villes et princes .l'Allemagne se joignirent à eux. Ils rirent Granson, et firent pendre tous les Bourguignons qu'ils trouvèrent dedans.

Cependant le roi, qui s'était avancé a Lyon pourobserver les démarches que ferait h- duc et la suite de cette guerre, reçut bientôt celte nouvelle, et sentait que la face des affaires allait changer. Le duc lui envoya des ambassadeurs, qui lui parlèrent fort humblement, et qui lui demandèrent pardon, delà part de leur maître, de ce qu'il avait manqué à l'entrevue. Le roi leur fit bon visage, et leur répondit qu'il n'avait rien à craindre, qu'il entretiendrait la trêve et qu'il n'y ferait nulle infraction.

En effet, quelques villes d'Allemagne l'ayant prié de se déclarer contre le duc, il se garda bien d'écouter une telle proposition, non pour faire plaisir au duc; au contraire, comme il savait que, s'il se fût déclaré, il l'aurait arrêté tout court, il le laissait s'engager dans des entreprises où. il savait qu'il périrait.

Cependant la duchesse de Savoie envoya a Connues, pour lâcher de faire son accommodement avec le roi son frère. Le duc de Milan lui fît offrir une grande somme d'ar^ gent, s'il voulait promettre de ne faire ni paix ni trêve avec Charles. Le roi répondit en peu de mots qu'il n'avait que faire de son argent, et qu'il en avait plus que lui ; que, pour la guerre et la trêve, il en ferait comme il entendrait; du reste, que s'il voulait être de ses amis, comme auparavant, il le recevrait. L'accord entre les deux princes fut'publiô incontinent comme Louis l'avait proposé.

Quant au roi René, aussitôtque Louis eut appris la d'éfaitedu duc, il envoya des troupes en Provence, où était René, et lui fit dire qu'il le'priait de venir le trouver, sinon qu'il le ferait venir de force ; il obéit et fut très-bien reçu. René lui fit parler par son sénéchal, qui lui dit qu'il était vrai que le roi son maître était entré en traité avec le duc de Rourgogne pour son comté de Provence; que ses plus fidèles serviteurs, et lui entre autres, lui avaient conseillé de le faire ; que ce qui l'y avait obligé était le mauvais traitement que Louis lui avait l'ait en lui prenant son château de Rar et celui d'Angers ; qu'au reste, il n'avait jamais eu dessein d'exécuter ce traité, et qu'il n'en avait fait courir le bruit que parce qu'il était bien aise qu'il vînt à la connaissance de Louis, afin qu'il lui fît justice, et qu'il se souvînt qu'il était son oncle.

Le roi reçut fort bien ce discours, et traita magnifiquement, à sou ordinaire, le roi de Sicile et les siens. 11 n'est pas croyable combien le duc de Rourgogne fut accablé de son malheur; il était abattu et mélancolique, insupportable aux siens el 5 lui-même, et ja-

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