‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 71 sur 458 · TIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. I. (M · texte numérisé non relu

TIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. I. (M

lois de société sont peuples inhumains, barbares, ennemis <le toute justice, el<Ju genre humain, que l'Ecriture appelle du nom odieux (Je « gens sans foi et sans alliance. » (Rom. 1, 31.)

Voici une belle règle de saint Augustin pour l'application de la charité. «Où la raison est égale, il faut que le sort décide. L'obligation de s'entr'aimer est égale dans tous les hommes, et pour tous les nommes. Mais comme on ne peut pas également les servir tous, on doits'attacher principalement à servir ceux que les lieux, les temps et les autres rencontres semblables nous unissent d'une façon particulière comme par une espèce de sort (4). »

ARTICLE VI

De V amour de la patrie.

Première Proposition, il faut être bon citoyen, et sacrifier à sa patrie dans le besoin tout ce quon a, cl sa propre vie; où il est parlé delà rju-rre.—Si l'un est obligé d'aimer tous les hommes, et qu'à vrai dire il n'y ait point d'étranger pour le Chrétien, à plus forte raison doit-il aimer ses concitoyens. Tout l'amour qu'on a pour soi-même, pour sa famille, et pour ses amis, se réunit dans La mou r qu'on a pour sa patrie, où notre Donneur et celui de uos familles et de nos amis est renfermé.

C'est pourquoi les séditieux, qui n'aiment pas leur pays, et y portent la division, sont l'exécration du genre humain. La terre ne les peut pas supporter, et s'ouvre pour les engloutir. C'est ainsi que périrent Coré , Dathan et Abiron. «S'ils périssent,» dit Moïse (Num. xvi, 28, etc.), « comme les autres hommes, s'ils sont frappés d'une plaie ordinaire, le Seigneur ne m'a pas envoyé : mais si Dieu fait quoique chose d'extraordinaire, et que la terre ouvre sa bouche pour les engloutir, eux et tout ce qui leur appartient, en sorte qu'on les voie entrer tout vivants dans les enfers, vous connaîtrez qu'ils ont blasphémé contre le Seigneur. A peine avaitil cessé de parler que la terre s'ouvrit sous leurs pieds, et les dévora avec leur tente, et tout ce qui leur appartenait. »

Ainsi méritaient d'être retranchés ceux qui mettaient la division parmi le peuple, il ne faut point avoir de société avec eux; en approcher c'est approcher de la peste. « Retirez-vous, »dit Moïse (Num. xvi, 2u), « de la tente de ces impies, et ne touchez rien de ce qui leur appartient, de peur que vous no soyez enveloppés dans leurs péchés et dans leur perte. »

On ne doit point épargner ses biens quand il s'agit de servir la patrie. Gédéon «dit a eux Ue Soccoth : Donnez de quoi vivre aux soidats qui sont avec moi, parce qu'ils défaillent, alin que nous poursuivions les ennemis. » Ils refusent, et Gédéon en l'ait un juste châtiment. (Ji\d. vin, 5, 15-17.) Qui sert le public sert chaque particulier. !l

(A) S. Auc, De doct. Ctirîst.,l. î, cap. 28, t. III.

faul mêni lésiter exposer sa vie pour

i lys. Ce sentiment est commua à tous peuples, el surtout il parait dans le peuple de Dieu.

Dans les besoins de PE'at , tout le monde - exception élail nbligéti'allerà la guerre; ci (•'(•>: pourquoi les armées étaient si nombre - s

i.i ville de Jahès en Galaad, assiégée ci réduite à l'extrémité parNaas, roi des Ammonites, envoie exposer son péril extrême à S iil, «qui aussitôt fait couper un bœuf en douze morceaux , qu'il envoya aux confins de chacune de^ douze tribus avec cet édit : Qui ne son ira pas avec Saùl ei Samuel, ses bœufs seront ainsi mis en pièces :et aussitôt tout le peuple s'assembla comme un seul homme : el Saûl en fit la revue à Bé ech; et il> se trouvèrent d'Israël trois cent mille, et trente mille de Juda : et ils dirent aux envoyés de Jabès : Demain vous serez délivres.» (/ lieg. xi, 7-9. )

Ces convocations étaient ordinaires; et il faudrait transcrire toute l'histoire du peuple de Dieu pour en rapporter tous les exemples.

C'était un sujet de plainte à ceux qui n'étaient pas appelés, et ils le prenaient à affront. «Ceux d'Ephraïm dirent à Gédéon : Quel dessein avez- vous eu de ne noiîs point appeler quand vous allie/, combattre contre Madianî Ce qu'ils dirent d'un ion de tolère, et en vinrent presque à la force; < t Gédéon les apaisa en louant leur valeur.» îud. vin, 1-3.)

Ils firent la même plainte à J?pbté, et la chose alla jusqu'à la sédition (Jud. xn, 1); tant on se piquait d'honneur d'être convoqué en ces occasions. Chacun exposait sa vie non-seulement pour tout le peuple, mais pour sa seule tribu. «Ma tribu, » dit Jephlé [Jbid., 2, 3), «avait querelle contre les Ammonites; ce que voyant, j'ai mis mon âme en mes mains (noble façon de parler qui signifiait exposer sa vie), et j'ai fait la guerre aux Ammonites.»

C'est une honte de demeurer en repos ns sa maison, pendant que nos citoyens

• ni dans le travail et dans le péril pour la commune patrie. David envoya Urie se re-

ser chez lui, et ce bon sujet répondit (II lieg. xi, 10, 11) : «L'arche de Dieu, el tout ]>iaël et Juda sont sous des lentes; mon-

• igneur Joab, et tous les serviteurs du roi lonseigneur, couchent sur la terre :et moi

j i titrerai dans ma maison pour y mander à mon aise, et y être avec ma femme! Par voire sic, je ne ferai point une chose si inliigne. »

Il n'y a plus de joie pour un bon citoyen

;;uand sa patrie est ruinée. De là ce discours

ue llalhalnias, chef de la maison des Asmo-

J.éens ou Machabées (/ Mach. H, 7, 8, seq.):

« Malheur à moi 1 pourquoi suis-je né pour

ioir la ruine de mon peuple et celle de la

rilé sainte? puis-je y demeurer davantage,

voyant livrée à ses ennemis, el son sanc-

lire dans la main des étrangers? Son

" déshonoré comme un homme de

néant; ses vieillards et ses enfants sont massacrés au milieu de ses rues, et sa jeunesse a péri dans la guerre : quelle nation n'a point ravagé son royaume, el ne s'est point enrichie de ses dépouilles? on lui a ravi tous ses ornements ; de libre elle est devenue esclave : tout notre éclat, toute notre gloire, tout ce qu'il y avait parmi nous de sacré, a été souillé par les gentils : el comment après cela pourrions-nous vivre? »

On voit la toutes les choses qui unissent les citoyens et entre eux et avec leur patrie : les autels et les sacrifices, la gloire, les biens, le repos et la sûreté de la vie; en un mot, a société des choses divines el humaines. Mathalhias, touché de toutes ces choses, déclare qu'il ne peut plus vivre voyant ses citoyens en proie, et sa patrie désolée. « Ec disant ces paroles, lui et ses enfants déchirèrent leurs habits, et se couvrirent de ciliée*, et se mirent à gémir. » (/ Mach.

ii, U.)

Ainsi faisait Jérémie, «lorsque son peuple étant mené en captivité, et la sainte cité étant désolée, plein d'une douleur amère, il prononça en gémissant ces lamentations (Thrcn.), » qui attendrissent encore ceux qui les entendent.

Le même prophète dit à Baruch, qui dans la ruine de son pays songeait encore à luimême et à sa fortune : «VToici, ô Baruch l ce (pie te dit le Seigneur Dieu d'Israël : j'ai détruit le pays que j'avais bâti, j'ai arraché les enfants d'Israël quej'avais plantés, et j'ai ruiné loule celle terre : et tu cherches encore pour loi de grandes choses? ne Je fais pas; contente-toi queje le sauve la vie.»(/er. xlv, 1, % k, 5.)

Ce n'est pas assez de pleurer les maux de ses citoyens el de son pays; il faut exposer sa vie pour leur service. C'est à quoi Mathalhias excite en mourant toute sa famille. (I Mach. ii 49 se \.) « L'orgueil et la tyrannie ont prévalu; voici des temps de malheur et de ruine pour vous : prenez donc courage, mes enfants; «oyez zélateurs de la loi, et. mourez pour le testament de vos pères.»

Ce sentiment demeura gravé Jans le cœur de ses enfants; il n'y a rien de plus ordinaire dans la bouche de Judas, de Jonathas et de Simon, que ce- paroles: Mourons pour notre peuple et pour nos frère-. « Prenez courage, «dit Judas (I Mach. ni, 58, 59), « et soyez tous gens de cœur : combattez vaillamment ces nations armées pour noire ruine. Il vaut mieux mourir à la guérreque de voir périr noire pays et le sanctuaire.» Et encore: «A Dieu ne i laise que nous fuyions devanl l'ennemi; si notre heure de mourir est arrivée, mourons en gens de cœur pour nos frères, et ne mettons point de tache à notre gloire. » (/ Mach. îx, 10.)

L'Ecriture est pleine d'exemples qui nous apprennent ce que nous devons à notre patrie; mais le plus beau de tous les exemples est celui de Jésus-Christ même.

IIe Pbop. Jésus-Christ établit, par sa doctrine et par ses exemples, l'amour que les citoyens doivent avoir /ou.r leur j atrie. — Le

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