PART. XIII. TI1EOL. SOCIALE. — POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIY. I
Fils de Dieu fait homme a non-soulement accompli tous les devoirs qu'exige d'un homme la société humaine, charitable envers tous et sauveur do tous ; et ceux d'un bon fils envers ses parents à qui il était soumis (Luc. ii, 51); mais encore ceux do hou citoyen, se reconnaissant « envoyé aux brebis perdues de la maison d'Israël. » [Mat th. xv, 24.) Il s'est fi n fermé dans la Judée, « qu'il parcourait tout en faisant du bien, et guérissant tous ceux que le démon tourmentait. » (Act. x, 38.)
On le reconnaissait pour bon citoyen; et c'était une puissante recommandation auprès de lui, que d'aimer la nation judaïque. Les sénateurs du peuple* juif, pour l'obliger à rendre « au centurion un serviteur malade, qui lui était cher, priaient Jésus avec ardeur, et lui disaient : Il mérite que vous l'assistiez; car il aime notre nation, et nous a bâti une synagogue : et Jésus allait avec eux, et guérit ce serviteur. » (Luc. vu, 3, 4,5, 6, 10.)
Quand il songeait aux malheurs qui menaçaient de si près Jérusalem et le peuple juif, il ne pouvait retenir ses larmes. « En approchant de la ville et la regardant, il se mit à pleurer sur elle : Si lu connaissais , dit-il, dans ce temps qui t'est donné pour te repentir, ce qui pourrait l'apporter la paix I mais cela est caché à tes yeux. » ( Luc. xix, 41, 42.) Il dit ces mots, entrant dans Jérusalem, aux acclamations de tout le peuple.
Ce soin, qui le pressait dans son triomphe, ne le quitte pas dans sa passion. Comme on le menait au supplice, « une grande troupe de peuple et de femmes qui le suivaient, frappaient leur poitrine et gémissaient : mais Jésus, se tournant à elles, leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants, car bientôt vont venir les jours où il sera dit : Heureuses les stériles, heureuses les entrailles qui n'ont point porté de fruit, et les mamelles qui n'ont point nourri d'enfant » (Luc. xxiii, 27, 28, 29.) Ii ne se plaint pas des maux qu'on lui fait souffrir injustement, mais de ceux qu'un si inique procédé devait attirer à son peuple.
Il n'avait rien oublié pour les prévenir. « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et qui lapides eeux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu ramasser les enfants, comme une poule ramasse ses petits sous ses ailes; et tu n'as pas voulu, *:l voilà que vos maisons vont bientôt être -, Isolées.» (Matth. xxm, 37, 38.)
Il fut, et durant sa vie, et à sa mort, exact observateur des lois et des coutumes louables de son pays, même de celles dont il savait qu'il état le plus exempt.
On se plaignit à saint Pierre qu'il ne payait pas le tribut ordinaire du temple, et cet apôire soutenait qu'en effet il ne devait rien. « Mais Jésus le prévient en lui disant : De qui est-ce que les rois de la terre exigent le tr'hut, est-ce de leurs enfants ou des étrangers? Pierre répondit : Des étrangers : Jésus lui dit : Les enfants sont donc francs:
et toutefois, pour ne causer point de désordre, et pour ne les pas scandaliser, allez "t paye/, pour moi et pour vous. » [Matth. xvn, 24-26.) Il fait payer un tribut qu'il ne devait pas, comme fils, de peur d'apporter le moindre trouble à l'ordre public.
Aussi, dans le désir qu'avaient les pharisiens de le trouver contraire à la loi, ils ne purent jamais lui reprocher que des choses île néant, ou les miracles qu'il faisait le jour du sabbat (Luc. xm, 14; Joan. v, 9, 12; ix, 14, 15); comme si le sabbat devait faire cesser les œuvres de Dieu, aussi bien que celles des hommes.
« Il était soumis en tout à l'ordre public, faisant rendre à César ce qui était à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Matth. xxn,
Jamais il n'entreprit rien sur l'autorité des magistrats. « Un de la troupe lui dit : Maître, commandez à mon frère qu'il fasse partage avec moi. Homme, lui répondit-il, qui m'a établi pour être votre juge et pour faire vos partages? » (Luc. xn, 13, 14.)
Au reste, la toute-puissance qu'il avait en main ne l'empêcha pas de se laisser prendra sans résistance. H reprit saint Pierre, qui avait donné un coup d'épée, et rétablit le mal que cet apôtre avait fait. (Luc. xxn ,50, 51 ; Joan. xvm, 11.)
Il comparaît devant les pontifes, devant Pilate et devant Hérode, répondant précisément sur le fait dont il s'agissait à ceux qui avaient droit de l'interroger. « Le souverain pontife lui dit : Je vous commande, de la part de Dieu, de me dire si vous êtes le Christ, Fils de Dieu : et il répondit : Je le suis. » (Matth. xxvi, 63, 64; Luc. xxn, 70.) Il satisfit Pilate sur sa royauté, qui faisait tout son crime, et l'a>sura en même temps « qu'elle n'était pas de ce monde.» [Joan. xvm, 36, 37.) Il ne dit mol à Hérode, qui n'avait rien à commander dans Jérusalem, à qui aussi on le renvoyait seulement par cérémonie, et qui ne le voulait voir que par pure curiosité, après avoir satisfait à l'interrogatoire légitime. Au surplus, il ne condamna que par son silence la procédure manifestement inique, dont on usait contre lui, sans se plaindre, sans murmurer; se livrant, comme dit saint Pierre (/ Petr. n, 23), à celui qui le jugeait injustement.
Ainsi il fut lidèle et affectionné jusqu'à 4a fin, à sa patrie, quoique ingrate, et à sas cruels citoyens qui ne songeaient qu'à se rassasier de son sang avec une si aveugle fureur, qu'ils lui préférèrent un séditieux et un meurtrier.
Il savait que sa mort devait être le salut de ses ingrats citoyens , s'ils eussent l'ait pénitence; c'est pourquoi il pria pour eux en particulier, jusque sur la croix où ils l'avaient attaché.
Caïphe ayant prononcé qu'il fallait que Jésus mourût, « pour empêcher toute lallation de périr; » l'évangéliste remarque (Joan. xi, 50, 51, 52) « qu'il ne dit pas cela de luimême; mais qu'étant le pontife de cette année, il prophétisa que Jésus devait mou-
rirpouru Dation; et non-seulement pour nation, mais encore pour ramasser en un les entend le Dieu dispersés. »
si .1 versa sou sang avec an regard
particulier pour sa nation; et en offrant ce
:,.| sacrifice, qui devait faire l'expiation
tout l'univers, il voulut que l'amour de
|a | , trouvai sa place.
111' Paoe. Les apôtres et les premiers fdc- Usor.t totqours été de bons citoyens. — Leur mettre leur avait inspiré ce sentiment. 11 i s avait avertis qu'ils seraient persécutés par toute la terre, el leur avait dit en même temps « qu'il les envoyait comme des agneaux au milieu des loups [Matth. \, 16); » c'està-dire qu'ils n'avaient qu'à souffrir sans murmure, et sans résistance.
Pendant que les Juifs persécutaient saint Paul avec une haine implacable, ce grand homme prend Jésus-Christ, qui est la vérité mémo, et sa conscience à témoin, que, touché d'une extrême et continuelle douleur pour l'aveuglement de ses frères, « il souhaite d'être analhème pour eux. Je vous dis Ja vérité, je ne mens pas : ma conscience éclairée par le Saint-Esprit m'en rend témoignage, » etc. [Rom. ix, 1-3.)
Dans une famine extrême, i! fit une quête pour ceux de sa nation, et apporta lui-même a Jérusalem les aumônes qu'il avait ramassées pour eux dans toute ia Grèce. « Je suis venu, » dit-il , (Act. xxiv, 17; Rom. xv, 23, 26J, « pour l'aire des aumônes à ma nation. »
Ni lui ni ses compagnons n'ont jamais excité de sédition, ni assemblé tumulluairement le peuple. [Act. xxiv, 1*2, 18.)
Contraint par la violence de ses citoyens d'appeler à l'empereur, il assemble les Juifs de Home, pour leur déclarer « que c'est malgré lui qu'il a été obligé d'appeler à César; mais, qu'au reste, il n'a aucune accusation ni aucune plainte à faire contre ceux de sa nation. » [Act. xxvin, 19.) Il ne les accuse pas; mais il les plaint el ne parle jamais qu'avec compassion de leur endurcissement. En effet, accusé devant Félix, président de Judée [Act. xxiv, 10 seq.), il se défendit simplement contre les Juifs, sans faire aucun reproche a de si violents persécuteurs.
Durant trois cents ans de persécution impitoyable, les Chrétiens ont toujours suivi la même conduite.
Il n'y eut jamais de meilleurs citoyens, ni qui fussent plus utiles à leur pays, ni qui servissent plus volontiers dans lès armées, pourvu qu'on ne voulût pas les y obliger à l'idolâtrie. Ecoutons le témoignage de Tertullien. « Vous dites que les Chrétiens sont inutiles : nous naviguons avec vous, nous portons les armes avec vous, nous cultivons la terre , nous exerçons la marchandise (5), » c'est-à-dire, nous vivons comme Ifs autres dans tout ce qui regarde la société. d °
L'empire n'avait point de meilleurs soldats : outre qu'ils combattaient vaillamment,