‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 75 sur 458 · QUE LA ROYALE ET L'HÉRÉDITAIRE EST LA PLUS PROPRE AU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

QUE LA ROYALE ET L'HÉRÉDITAIRE EST LA PLUS PROPRE AU GOUVERNEMENT

ARTICLE PREMIER

Par qui l'autorité a été exercée dès V origine du monde.

Première Proposition. Dieu est le vrairoi. — Un grand roi le reconnaît lorsqu'il parle ainsi en présencede tout son peuple (IPar, xxix, 10,12): «Béni soyez-vous, ô Seigneur Dieu d'Israël, notre Père, de toute éternité et durant toute l'éternité 1 A vous, Seigneur, appartient la majesté, et la puissance, et la gloire, et la victoire, et la louange : tout ce qui est dans le ciel et dans la terre est à vous : il vous appartient de régner, et vous commandez à tous les princes : les grandeurs et les richesses sont à vous; vous dominez sur toutes choses : en votre main est la force et la puissance, la grandeur et l'empire souverain. »

L'empire de Dieu est éternel ; et de là vient qu'il est appelé le roi des siècles. (Apoc. xv, 3.)

L'empire de Dieu est absolu : « Qui osera vous dire, ô Seigneur 1 Pourquoi faites-vous ainsi? ou qui se soutiendra contre votre ingénient? » [Sap, xii, 12.)

Cet empire absolu de Dieu a pour premier titre et pour fondement la création. Il a tout tiré du néant, et c'est pourquoi tout esl en sa main : *< Le Selcneurdit à Jérétflîe (Jcre.n.

xvni, 1, 6) : Va en la maison d'un potier : là tu entendras mes paroles. Et j'allai en la

maison d'un potier, et il travaillait avec la roue, et il rompit un pot qu'il venait de foire de boue, et de la même terre il en (il un autre ; et le Seigneur me dit : Ne puis-je pas l'aire comme ce potier ? Comme cette terre molle est en la main du potier, ainsi vous ôtes en ma main, dit le Seigneur. »

II' Prop. Dieu a exercé visiblement par lui-même l'empire et l'autorité sur les hommes. — Ainsi en a-l-il usé au commencement du monde. Il était en ce temps le seul roi des hommes, et les gouvernait visiblement.

Il donna à Adam le précepte qu'il lui plut, et lui déclara sur quelle peine il l'obligeait à le pratiquer. (G en. u ) Il le bannit; il lui dénonça qu'il avait encouru la peine do mort.

Il se déclara visiblement en faveur du sacrifice d'Abel contre celui de Caïn. Il reprit Caïn de sa jalousie : après que ce malheureux eut tué son frère, il l'appela en jugement, il l'interrogea, il le convainquit de son crime, il s'en réserva la vengeance, et l'interdit à tout autre (Gcn. iv, V, 5, G, 9, 10); il donna à Caïn une espèce de sauvegarde, un signe , pour empocher qu'aucun homme n'attentât sur lui. [Ibid., 15. J Toutes fondions de la puissance [ ubiique.

il donna ensuite des lois à Noé et a ses mis; il leur défend le sang el les meur

in-^, el leur ordonne de peupler la lerre. [G en. iv. l . 5, 6, 7.)

i conduit de la môme sorte Abraham, el Jacob.

Il exen e publiquement l'empire souverain mit son peuple dans le déseï t. Il est leur roi, leur législateur, leurcouducteur.il donne \ sibleiuent le signal [joui- ramper et pour amper, et les ordres tant do la guerre que de la paix.

Ce règnecontinue visiblement sous Josué, cl sous lr>s juges : Dieu les envoie : Dieu Jes établi! : el de là vient que le peuple disant à Gédéon : «Vous dominerez sur nous, \ous el votre fils, et le tils de votre fils ; il répondit : Nous ne dominerons point sur vous, ni moi, ni mon lils; mais le Seigneur dominera sur vous.» (Jud. vin, 22, 23.)

C'est lui qui établit les rois. Il fit sacrer Saûl et David par Samuel ; il affermit la royauté dans la maison de David, et lui ordonna de l'aire régner à sa place Salomon son fils.

C'est pourquoi le trône des rois d'Israël est appelé le trône de Dieu. «Salomon s'assit sur le trône du Seigneur, et il plutà tous, et tout Israël lui obéit. » (1 Par. xxix, 23.) Et encore : «Béni soit le Seigneur votre Dieu, » dit la reine de Saba à Salomon (// Par. îx, 8), « qui a voulu vous faire asseoir sur son trône, et vous établir roi pour tenir la place du Seigneur votre Dieu. »

IIIe Pbop. Le premier empire parmi les hommes est l'empirepatcrnel. — Jésus-Christ, qui va toujours à la source, semble l'avoir marqué par ces paroles: «Tout royaume divisé en lui-même sera désolé; toute ville el toute famille divisée en elle-même ne subsister;! pas.» (Matth. xii, 25.) Des royaumes il va aux villes, d'où les royaumes sont venus ; et des villes il remonte encore aux familles, comme au modèle et au principe des villes, el de toute la société humaine.'

Dès l'origine du monde Dieu dit à Eve, et en elle à toutes les femmes : « Tu seras sous la puissance de l'homme, et il te commandera.» (Gen. m, 16.)

Au premier enfant qu'eut Adam , qui lut Caïn, Eve dit : «J'ai possédé un homme par Ja grâce de Dieu. » {Gen. iv, 1.) Voilà donc au^si les enfants sous la puissance paternelle. Car cet enfant était plus encore en la possession d'Adam, à qui la mère elle-même éiait soumise par l'ordre de Dieu. L'un et i autre tenaient de Dieu cet enfant, et l'empire qu'ils avaient sur lui. «Je l'ai possédé, dit Eve, mais | ar la grâce de Dieu.»

Dieu ayant mis dans nos parents, comme étant en quelque façon les auteurs de notre vie, une image de la puissance par laquelle 1 a tout l'ait, il leur a aussi transmis une imago de la puissance qu'il a sur ses œuvres. l*esl pourquoi nous voyon% dans le Décajogue, qu'après avoir dit : «Tu adoreras le Meneur ton Dieu, et ne serviras que lui ; » ' ajoute aussitôt : « Honore ton père et ta mère, ann que tu vives longtemps sur la

terre que le Seigneur ton Dieu to donnera.» [Exod. \\, 12.) Ce précepte est comme une suite de l'obéissance qu'il faut rendre à Dieu, qui esl le vrai [-ère.

De là nous pouvons juger que la première idée de cou mandement et d'autorité humaine, est venue aux hommes de l'autorité paternelle.

Les hommes vivaient longtemps au commencement du monde, comme l'atteste nonseulement l'Ecriture, mais encore toutes les anciennes traditions : et la vie humaine commence à décroître seulement après le déluge, où il se fit une si grande altération dans toute la nature. Un grand nombre do familles se voyaient par ce moyen réunies sous l'autorité d'un seul grand-père ; et cette union de tant de familles avait quelque image de royaume.

Assurément durant tout le temps qu'Adam vécut, Seth, que Dieu lui donna à la place d'Abel, lui rendit avec toute sa famille une entière obéissance.

Caïn, qui viola le premier la fraternité humaine par un meurtre, fut aussi le premier à se soustraire de l'empire paternel : haï de tous les hommes, et contraint de s'établir un refuge, il bâtit la première ville, à qui il donna le nom de son fils Hénoch. (Gen. iv, 17.)

Les autres hommes vivaient à la campagne, dans la première simplicité, ayant pour loi la volonté de leurs parents, elles coutumes anciennes.

Telle fut encore, après le déluge, la conduite de plusieurs familles, surtout parmi les enfants de Sem, où se conservèrent plus longtemps les anciennes traditions du genre humain, et pour le culte de Dieu, et pour la manière du gouvernement.

Ainsi Abraham, Isaac et Jacob, persistèrent dans l'observance d'une vie simple et pastorale. Ils étaient avec leur famille libres et indépendants : ils traitaient d'égal avec les rois. Abimélech, roi de Gérare, vint trouver Abraham; « et ils firent un traité ensemble. » (Gen. xxi, 23, 32.)

Il se fit un pareil traité entre un autre Abimélech, fils de celui-ci, et Isaac, fils d'Abraham. « Nous avons vu, » dit Abimélech (Gen. xxvi, 28), « que le Seigneur était avec vous, et pour cela nous avons dit : Qu'il y ait entre nous un accord confirmé par serment. »

Abraham fit la guerre de son chef aux rois qui avaient pillé Sodome, les défit , et offrit la dîme des dépouilles à Melchisédech, roi de Salem, pontife du Dieu très-haut. (Gen. xiv, Ik, seq.)

C'est pourquoi les enfants de Heth, avec qui il fait un accord, l'appellent seigneur, et le traiient de prince. « Ecoutez -nous, seigneur; vous êtes parmi nous un prince de Dieu (Gen. xxui, 6);» c'est-à dire qui ne relève que de lui.

Aussi a-l-il passé pour roi dans les histoires profanes. Nicolas de Damas, soigneux observateur des antiquités, le fait roi; et sa réputation dans toul l'Orient est cause qu'il

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