TIQIE TIREE DE L'ECRITURE. LIV
Mon père le roi, ce nom devint corn. uni a tous les rois du pays.
Mais outre celte manière innocente de faire des rois, l'ambiîi m en a inventé unautre. Elle a fait des conquérants, don1 Nemrod, petit-fils de Chain, fut le pre « Celui ci, homme violent el guerrier, <•<> mença à être puissant sur la terre, ci . • quit d'abord quatre villes dont il forma royaume. » (Gen. x, 8, seq.)
Ainsi les royaumes lormés par les conquêtes sont anciens, puisqu'on les voit commencer si près du déluge, sous Nemrod, petit-fils de Chain.
Celle humeur ambitieuse et violente se répandit bientôt parmi les hommes. Nous voyons Chodorlahoraor, roi des Ela mîtes, c'est-à-dire des Perses el des Mèdes , étendre bien loin ses complètes dans les terres voisines de la Palestine. (Gen. xiv, k, seq.)
Ces empires, quoique violents, injustes et [yranniques d'abord, par la suite des temps, et par le consentement des peuples, peuvent devenir légitimes : c'est pourquoi les hommes ont reconnu un droit qu'on appelle de conquête, dont nous aurons à parler plus au long avant que d'abandonner cette matière.
V* Puop. Il y avait au commencement une infinité de royaumes, et tous petits. — Il paraît par l'Ecriture que presque chaque viile et chaque petite contrée avait son roi. (Gen. xiv, k seq.)
On compte trente-trois rois dans le seul petit pays que les Juifs conquirent. (Jos.xn, 2, 4, 7-2i.)
La même chose paraît dans tous les auteurs anciens , par exemple dans Homère ; et ainsi des autres.
La tradition commune du genre humain, sur ce point, est fidèlement rapportée par Justin, qui remarque qu'au commencement il n'y avait que de petits rois, chacun content de vivre doucement dans ses limites avec le peuple qui lui était commis. « N'inus, dit-il, rompit le premier la concorde des nations. »
Il n'importe que ce Ninus soit Nemrod, ou que Justin l'ait lait par erreur le premier des conquérants. Il suffit qu'on voie que les premiers rois ont été établis avec douceur, à l'exemple du gouvernement paternel.
VIe Pivoi». Il y a eu d'autres formes de gouvernement que celle de la royauté. — Les histoires nous font voir un grand nombre de républiques, dont les unes se gouvernaient par tout le peuple, ce qui s'appelait démocratie; el les autres par les grands, ce qui s'appelait aristocratie.
Les formes de gouvernement ont été mêlées en diverses sortes, et ont composé divers Liais mixtes dont il n'est pas besoin de parler ici.
Nous voyons, en quelques endroits de l'Ecriture, l'autorité résider dans une communauté.
Abraham demande le droit de sépulcre à
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tout le peuple assemblé, el c'est l'assemblée qui l'accorde. (G en. xxm, --(■•)
Il semble qu au commencement les I :
files vivaient dans une forme de république. Sur quelque sujet de plainte arrivée du temps de Josué contre ceux deRubenet de Cad, >< les enfants d'l>raël s'assemblèrent tous à Silo pour les combattre ; mais auparavant Us envoyèrent dix ambassadeurs, pour écouter lem-s raisons : ils donnèrent satisfaction, el loul le peuple s'apaisa. * {Jos. xxii, 11-14, 33.)
lu lévite clonl la femme avait été violée et tuée par quelques-uns de la tribu de Benjamin, sans qu'on en eût l'ail aucune justice, toutes les tribus s'assemblèrent pour punir cet attentat, et ils se disaient l'un à l'autre dans cette assemblée: « .Jamais il ne s'est fait telle chose en Israël ; jugez et ordonnez en commun ce qu'il faut l'aire. » [Jud. xiv, 30.)
Celait en effet une espèce de république, mais qui avait Dieu pour roi.
VII' Prop. La monarchie est la forme de gouvernement la plus commune, la plus ancienne, et aussi la plus naturelle. — Le peuple d'Israël se réduisit de lui-même à la monarchie, comme étant le gouvernement universellement reçu. « Etablissez-nous un roi pour nous juger, comme en ont tous les autres peuples. » (/ lleg. vin, o.)
Si Dieu se lâche, c'est à cause quejusquelà il avait gouverné ce peuple par lui-même, el qu'il en était le vrai roi. C'est pourquoi il «lit à Samuel : « Ce n'est pas loi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils ne veulent point pour régner sur eux.» (Jbid., 7.)
Au reste ce gouvernement était tellement le plus naturel, qu'on Je voit d'abord dans tous les peuples.
Nous l'avons vu dans l'histoire sainte : mais ici un peu de recours aux histoires profanes nous fera voir que ce qui a été en république a vécu premièrement sous des rois.
Rome a commencé par là et y est enfin revenue, comme à son état naturel.
Ce n'est que tard, et peu à peu , que les villes grecques ont formé leurs républiques. L'opinion ancienne de la (irèce était celle qu'ei prime Homère, par celle célèbre sentence, dans l' Iliade : « Plusieurs princes n'est pas une bonne chose : qu'il n'y ait qu'un prince et un roi. »
A présent il n'y a point de république qui n'ait été autrefois soumise à des monarques. Les Suisses étaient sujets des princes de la maison d'Autriche. Les Provinees-Unies ne fout que sortir de la domination d'Espagne, et de celle de la maison de Bourgogne. Les villes libres d'Allemagne avaient leurs seigneurs particuliers, outre Tempe-' leur qui était le chef commun de tout le corps germanique. Les villes d'Italie qui se sont mises en république du temps de l'empeirRodolphe, ontacheté de lui leur liberté. Venise même, qui se vante d'être républi- •l"«' «es son origine, était encore sujette •ui empereurs sous Je règne de Cbarlema-
LETES DE DOoS'JLT 612
gne, el longtemps après : elle se forma depuis eu Etat populaire, d'où elle est venue assez lard à I état <m nous la voyons.
Tout le monde donc commence par des monarchies; et presque tout le monde s'y est conservé comme dans l'état le {dus naturel.
Aussi avons-nous vu qu'il a son fondement el son modèle dans l'empire paternel, c'est-à-dire dans la nature môme.
Les hommes naissent tous sujets : et l'empire paternel, qui les accoutume à obéir, les accoutume en même temps à n'avoir qu'un chef.
VIIIe Prop. Le gouvernement monare1ii<juc est le meilleur. — S'il est le plus naturel, il est par conséquent le plus durable, et dès là aussi le plus fort.
C'est aussi le plus opposé de la division, qui est le mal le plus essentiel des Etats, et la cause la plus certaine de leur ruine, conformément à cette parole déjà rapportée : « Tout royaume divisé en lui-même sera désolé : toute ville ou toute famille divisée en elle-même ne subsistera pas. » {Matlh. xii, 25.)
Nous avons vu que Noire-Seigneur a suivi en cette sentence le progrès naturel du gouvernement, et semble avoir voulu marquer aux royaumes et aux villes le même moyen de s'unir que la nature a établi dans les familles.
En elî'et, il est naturel que quand les familles auront à s'unir pour former un corps d'Etat, elles se rangent comme d'elles-mêmes au gouvernement qui leur est propre.
Quand on forme les Etats, on cherche a s'unir, et jamais on n'est plus uni que sous un seul chef. Jamais aussi on n'est plus fort, parce que tout va en concours.
Les armées, où paraît le mieux ia puissance humaine, veulent naturellement un seul chef : tout est en péril quand le commandement est partagé. « Après la morl de Josué, les enfants d'Israël consullèrent le Seigneur, disant : Qui marchera devant nous contre les Chananéens, et qui sera notre capitaine dans cette guerre ? et le Seigneur répondit : ce sera la tribu de Juda. » (Jud. i, 1, 2.) Les tribus, égales entre elles, veulent qu'une d'elles commande. Au reste, il n'était pas besoin de donner un chef à celte tribu, puisque chaque tribu avait le sien. « Vous aurez des princes et des chefs de vos tribus, et voici leurs noms, » etc. (Num. i, k, 5.)
Le gouvernement militaire, demandant naturellement d'être exercé par un seul, il s'ensuit que cette forme de gouvernement est la plus propre à tous les Etats , qui sont faibles et en proie au premier venu, s'ils ne sont formés à la guerre.
Et celte forme de gouvernement à la fin doit prévaloir, parce que le gouvernement militaire, qui a la force en main, entraîne naturellement tout l'Etat après soi.
Cela doit surtout arriver aux Etats guerriers, qui se réduisent aisément en monarchie ; comme a fait la république romaine, et plusieurs autres de même nature.
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Il vaut doue mieux qu'il soit établi d'abord, cl. avec douceur; parce qu'il est trop violent quand il gagne le dessus par la force ouverte.
IXe Prop. De toutes les monarchies la meilleure est la successive ou héréditaire, surtout quand elle va de mâle en mâle, et d'aîné en aîné. — C'est celle (pie Dieu a établie dans son peuple.» Car il a choisi les princes dans îa tribu de Juda ; et dans la tribu de Juda il a choisi ma famille, c'est David qui parle, et il m'a choisi parmi tous mes frères ; et parmi mes enfants, il a choisi mon fils Salomon, pour être assis sur le trône du royaume du Seigneur sur tout Israël ; et il m'a dit : J'affermirai son règne à jamais, s'il persévère dans l'obéissance qu'il doit à mes lois. » (J Par. xxviii, 4, 5, 7.)
Voila donc la royauté attachée par succession à la maison de David et de Salomon : « et le trône de David est affermi à jamais.» (Il Rcg. vu, 16.)
En vertu de cette loi, l'aîné devait succéder au préjudice de ses frères. C'est pourquoi Adonias, qui était l'aîné de David, dit à Bethsabée, mère de Salomon : « Vous savez que le royaume était à moi, et tout Israël m'avait reconnu ; mais le Seigneur a transféré le royaume à mon frère Salomon. » (/// Reg. ii, 15.
11 disait vrai, et Salomon en tombe d'accord; lorsqu'il répond à sa mère, qui demandait pou'.- Adonias une grâce dont la conséquence était extrême selon les mœurs de ces peuples (Ihid., 22) : '< Demandez pour lui le royaume ; car il était mon aîné, et il a dans ses intérêts le pontife Abiathar et Joab. » Il veut dire qu'il ne faut pas fortifier un prince qui a le titre naturel, et un grand parti dans l'Etat.
A moins donc qu'il n'arrivât quelque chose d'extraordinaire, l'aîné devait succéder : et à peine trouvera-t-on deux exemples du contraire dans la maison de David ; encore était-ce au commencement.
X' Pnop. La monarchie héréditaire a trois principaux avantages. — Trois raisons font voir que ce gouvernement est le meilleur.
La première, c'est qu'il est le plus naturel, et qu'il se perpétue de lui-même. Piien n'est plus durable qu'un Etat qui dure et se perpétue par les mêmes causes qui font mirer l'univers, et qui perpétuent le genre humain.
David louche cette raison quand il parle ainsi (7/ Reg. vu, 16) : « C'a été peu pour vous, ô Seigneur 1 de m'éleverà la royauté : vous avez encore établi ma maison à l'avenir : et c'est là la loi d'Adam, ô Seigneur Dieu l » c'est-à-dire, que c'est l'ordre naturel que le fils succède au père.
Les peuples s'y accoutument d'eux-mêmes.
« J'ai vu tous les vivants suivre le second, tout jeune qu'il est (c'est-à-dire le fils du roi), qui doit occuper sa place. » (Ecclc. iv, 15.)
Point do brigues, point .de cabales dans un Etat pour se faire un roi, la nature en a