SUITE DES CARACTÈRES DE LA ROYAUTÉ
ARTICLE PREMIER. Sans celte autorité absolue, il ne peut ni
faire le bien ni réprimer le mal : il faut que
L autorité royale est absolue. sa puissance soit telle, que personne ne
puisse espérer de lui échapper : el enfin la Pour rendre ce ferme odieux et insuppor- seule défense des particuliers, contre la puistable, plusieurs affectent de confondre le sance publique, doit être leur innocence, gouvernement absolu el le gouvernement , . • ? j-, arbitraire. Mais il n'y a rien de plus disUn- Cet ï d?Ctr,,I)e fSt conforme a ce ,<lue dl gué, ainsi que nous le ferons voir lorsque saint Paul : « Voulez-vous ne craindre pou, nous parlerons de la justice. Ia puissance, faites le bien. » [Rom. xin, 3.)
Pbemièbk Proposition. Le prince ne doit lV pR0P- Quand le prince a jugé, il ri y a
r nuire compte à personne de ce qu'il or- Polnt d autre jugement — Les jugements sou-
donne. — « Observez les commandements verams sont attribués a Dieu même Quand
qui sortent de la bouche du roi; el gardez IosaPhat établit des juges pour juger le peu-
lc serment une vous lui avez prêté Ne son- ,,le : <( °' n cst |,as ' <J|salMl' au nom des
fgez pas h échapper de devant sa face, et ne Crames, 3U« vous iugez' maiS aU "0,li U°
demeurez pas dans de mauvaises œuvres, Dieu. » (//Par. xix, 6.) parce qu'il fera tout ce qu'il voudra. La pa- C'est ce qui fait dire à l'Ecclésiastiane :
roiedo roi est puissante: el personne ne lui « Ne jugez point contre le juge. » (Éccli.
I cul dire: I ourquoi faites-vous ainsi ? Qui vin. 17. ) A plus forte raison contre le sou-
7 i " aUra pû!nl de maL * (Eccle- ni' . 2 veiain juge qui est le roi. Et la raison qu'il
8e<*v en ap t qu'il juge selon ia jus-
ï,r.l PART. XIII THEOL. SOCIALE. — POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. IV.
tice. » Ce n'est pas qu'il y jupe toujours, C'est ce que dit le peuple juif quand il demais c'est qu'il est réputé y juger ; el que manda un roi. Samuel leur déclare, sur ce personne n'a droit de juger ni de revoir fondement, que la puissance de leur prince après lui. sera absolue, sans pouvoir être restreinte
Il faut donc obéir au prince comme à la par aucune autre puissance. (Ibid., 11 seq.j
justice môme, sans quoi il n'y a point d'or- « Voici le droit du roi qui régnera sur
dre ni de fin dans les affaires. vous, dit le Seigneur : Il prendra vos en-
Ils sont des dieux et participent en quel- fants et les mettra à son service ; il se saique façon 5 l'indépendance divine. « J'ai sira do vos terres, el de ce que vous aurez dit : Vous êtes des dieux et vous êtes tous de meilleur, pour le donner à ses servienfants du Très-Haut, » (Psal. lxxxi, 6.) leurs, » et le resle.
Il a'y a que Dieu qui puisse juger de leurs Est-ce qu'ils auront droit fie faire tout
jugements et de leurs personnes. « Dieu a cela licitement? A Dieu ne plaise 1 car Dieu
pris sa séance dans l'assemblée des dieux ; ne donne point de tels pouvoirs : mais ils
et assis au milieu, il juge les dieux. » auront droit de le faire impunément à l'é-
(Jbid., 1.) gard de la justice humaine. C'est pourquoi
C'est pour cela que saint Grégoire, évoque David disait (Psal. l, 6) :« J'ai péché contre
de Tours, disait au roi Chilpéric dans un voi#s seul, ô Seigneur, avez pitié de moi ! »
concile : « Nous vous parlons; mais vous « Parce qu'il était roi, dit saint Jérôme, sur
nous écoutez si vous voulez. Si vous ne vou- ce passage (lo), et n'avait que Dieu seul à
lez pas, qui vous condamnera, sinon celui craindre. »
qui a dit, qu'il était la justice même (IV)? a El saint Ambroise dit sur ces mêmes pa-
De là vient que celui qui ne veut pas ^olcs (16) :J'ai péché contre vous seul « Il
obéir au prince n'est pas renvoyé à un autre élail I0] ; l1 n el.ait assujetti a aucunes lois,
tribunal : mais il est condamné irrémissible- pareeque les rois sont affranchis des peines
ment à mort, comme l'ennemi du repos pu- <lm llent ,es criminels. Car I autorité du
blic elde la société humaine. « Qui sera or- commandement ne permet pas que es lois
gueillcux et ne voudra pas obéir au com- ,e,s condamnent au supplice. David donc
mandement du pontife et à l'ordonnance n a point péché contre celui qui n avait
du juge il mourra, et vous Ôterez le mal du P™nt d a(;llon Pour.le fi)lre châtier »
milieu de vous. » (Deut. xvn. 12.) Et encore : G0311'1.13 souveraine puissance fut accof-
« Qui refusera d obéir à tous vos ordres , dée a Simon lc Machabee, on exprima en
qu'il meure. »( Josue i , 18.) C'est le peu- ces termes le pouvoir qui lui tut donné,
pie qui parle ainsi à Josué. ( l Machab. xiy, 42 seq.) « Qu .1 serait le
Le prince se peut redresser lui-même, ppnee et le capitaine général de tout le peuquand il connaît qu'il a mal fait ; mais con- PJe,.el qu il aurait som des saints ( c est tre son autorité, il ne peut y avoir de re- ainsi qu on appelait les Juifs) : et qu il élamède que dans son autorité. blirail les directeurs de tous les ouvrages
C'est pourquoi il doit bien prendre carde Polies et de tout le pays; et les gouver-
à ce qu'il ordonne. « Prenez garde à ce que nei,rs °lul commanderaient les armes et les
vous faites ; tout ce que vous userez retom- garnisons; et que ce serait a lui de premlre
bera sur vous : ayez la crainte de Dieu ; fai- soin du peuple; et que. tout le monde rece-
tes tout avec grand soin. » (// Par. xix,6, 7.) via,t ses. ordres, et que tous les actes et dé-
.,,,.. , , ,. . . . crels publics seraient écrits en son nom ; et
Cest ainsi que Josaphat instruisait les ju- quM1 porterait la pourpre et l'or: et qu'auges à qui il coudai son autorité: combien y *un (ju peuple ni des prêtres ne ferait conpensait-il, quand il avait à juger lui-même I lre ses ordres, ni ne s'y pourrait opposer ,
III' Prop. Il n'y a point de force coaclive ni ne tiendrait d'assemblés sans sa permiscontre le prince. —On appelle force coac- sion , ni ne porterait la pourpre ou la boutive, une puissance pour contraindre et exé- cle d'or, qui est la marque du prince ; et culer ce qui est ordonné légitimement. Au que quiconque ferait au contraire serait criprince seul appartient le commandement lé- mînel. Le peuple consentit ce décret, et Sigitimejà lui seul appartient aussi la force mon accepta la puissance souveraine a ces coaclive. conditions. Et il iutdit que celle ordonnance
C'est aussi pour cela que sainlPaul ne serait gravée en cuivre, et affichée au parvis
donne le glaive qu'à lui seul. « Si vous ne du temple, au lieu le [tins fréquenté ; et que
faites pas bien , craignez ; car ce n'est pas l'original en demeurerait dans les archives
en vain qu'il a le glaive. * (Rom. xm, V.) publiques entre les mains de Simon et île
Il n'y a dans un Etat que le prince qui ses enfants. » (I Mach. xiv, &6seq.)
soit armé : autrement tout est en confusion, Voilà ce qui se peut appeler la loi royale
et l'Etat retombe en anarchie. dos Juifs, où tout le pouvoir des Juifs' i s
Qui se failun prince souverain, lui met. en excellemment, expliqué. Au prince seul ap-
main tout ensemble, et l'autorité souveraine parlienl le soin général du peuplé: c'est
de juger, et toutes les forces de l'Etat. « Notre là le premier article et le fondement de tous
roi nous jugera, et il marchera devant nous, les autres : à lui les ouvrages publics ; à lui
et il conduira nos guerres. » (/ Reg. vm, 20.) les places el les armes; à lui les décrets et
di)G«E(;. Tur., lib. vi Hist. (Il '■:.,.. in psal. l ; et Afwlog. David., c 10.
(I;>j Hier., mptul. l. n. 51, i. i.
MU
les ordonnances ; à lui les marques dédis-
million ; nulle puissance que dépendante de la sienne; nulle assemblée que par son autorité.
C'est ainsi que pour le bien d'un Etat, on eu réunit en un toute la force. Mettre la force hors de là, c'est diviser l'Etat ; c'est ruiner la paix publique, c'est lare deux maîtres contre cet oracle de l'Evangile : « Nul ce peut servir deux maîtres.» [Maith. vi. 2V.)
Le prince est par sa charge le père du peuple ; il est par sa grandeur au-dessus des petits intérêts ; bien plus, toute sa grandeur et son intérêt naturel, c'est que le peuple soit conservé; puisqu'enfin le peuple manquant, il n'est plus prince. Il n'y a donc rien de mieux que de laisser tout le pou-
qui a le plus d'intérêt a
voir de l'Etat à celui a la conservation et même.
IV Prop. Les rois affranchis des lois.
serez établi un roi, i
a grandeur de l'Etat
ne sont pas pour cela — « Quand vous vous ne lui sera pas permis de multiplier sans mesure ses clievaux et ses équipages , ni d'avoir une si grande quantité de femmes qui amollissent son courage, ni d'entasser des sommes immenses d'or et d'.irgent. Et quand il sera assis dans son trône, il prendra soin de décrire cette loi , dont il recevra un exemplaire de la main des prêtres de la tribu de Lévi, et l'aura toujours en main, la lisant tous les jours de sa vie, afin qu'il apprenne à craindre Dieu et à garder ses ordonnances et ses jugements. Que son cœur ne s'enfle pas au-dessus de ses frères, et qu'il marche dans la loi de Dieu sans se détourner à droite et à gauche, afin qu'il règne longtemps lui et ses enfants. » {Dent, xvn, 16seq.)
Il faut remarquer que cette loi ne comprenait pas seulement la religion , mais encore la loi du royaume à laquelle le prince était soumis autant que les autres, ou plus que les autres, par la droiture de sa volonté.
C'est ce que les princes ont peine à entendre. «Quel prime me trouverez-vous , dit saint Ambroise (17) , qui croie que ce qui n'est pas bien ne soit pas permis; qui se tienne obligé à ses propres lois ; qui croie que la puissance ne doive pas se permettre ce qui est défendu par la justice? car la puissance ne détruit pas les obligations de ia justice ; mais au contraire c'est en observant ce que prescrit la justice que la puissance s'exempte de crime ; et le roi n'est pas affranchi des lois ; mais s'il pèche, il détruit les lois par son exemple. » Il ajoute : « Celui qui juge les autres, peut-il éviter son propre jugement, et doit-il faire ce qu'il condamne ? »
De là cette belle loi d'un empereur romain. « C'est une parole digne de la majesté du prince, de se reconnaître soumis aux lois (18).»
Les rois sont donc soumis comme les au-
tres h l'équité des lois, et parce qu'ils doivent être justes, et parce qu'ils doivent au peuple l'exemple de garder la justice ; mais ils ne sont pas soumis aux peines des lois : on, comme parle la théologie, ils sont soumis aux lois, non quant à la puissance coaclive, mais quant à la puissance directive.
Ve PaoP. Le peuple doit se tenir en repos sous l'autorité du prince. — C'est ce qui paraît dans l'apologue où les arbres so choisissent un roi. (Judic. ix , 8 seq.) Ils s'adressent à l'olivier, au figuier et a la vigne. Ces arbres délicieux, contents de leur abondance naturelle, ne voulurent pas se charger des soins du gouvernement. « Alors tous les arbres dirent au buisson : Venez et régnez sur nous. » (Ibid. , \k.) Le buisson est accoutumé aux épines et aux soins. II est le seul qui naisse armé, il a sa garde naturelle dans ses épines. Par là il pouvait paraître digne de régner. Aussi le fait-on parler comme il appartient à un roi. « Il répondit aux arbres qui l'avaient élu : Si vous me faites vraiment votre roi , reposez-vous sous mon ombre ; sinon il sortira du buisson un feu qui dévorera les cèdres du Liban.» (Jud. ix, 15.)
Aussitôt qu'il y a un roi, le peuple n'a plus qu'à demeurer en repos sous son autorité. Que si le peuple impatient se remue, et ne veut pas se tenir tranquille sous l'autorité royale, le feu de la division se mettra dans l'Etat, et consumera le buisson avec tous les autres arbres, c'est-à-dire le roi et les peuples : les cèdres du Liban seront brûlés ; avec la grande puissance, qui est la royale, les autres puissances seront renversées, et tout l'Etat ne sera plus qu'une même cendre.
Quand un roi est autorisé, « chacun demeure en repos, et sans crainte, sous sa vigne et sous son figuier, d'un bout du royaume à l'autre. » (111 Rcg. iv, 25.)
Tel était l'état du peuple juif sous Salomon, et de même sous Simon le Machabée. « Chacun cultivait sa terre en paix : les vieillards, assis dans les rues, parlaient ensemble du bien public, et les jeunes gens se [taraient, et prenaient l'habit militaire. Chacun, assis sous sa vigne et sous son figuier, vivait sans crainte. » (/ Mach. xiv,8, 9, 12.)
Pour jouir de ce repos, il ne faut pas seulement la paix au dehors, il faut la paix au dedans, sous l'autorité d'un prince absolu.
Vr Pkop. Le peuple doit craindre le prince ; mais le prince ne doit craindre que de faire mal. — «Qui sera orgueilleux, et ne voudra pas obéir au commandement du pontife, et à l'ordonnance du juge, il mourra, ci vous ôterez le mal du milieu d'Israël : et tout le peuple qui entendra son supplice craindra, afin que personne ne se laisse emporter à l'orgueil. »(Deut. xvu, 12, 13.)
La crainte est un frein nécessaire aux hommes, à cause de leur orgueil et de leur indocilité naturelle.
HT) Ambr , t, Il
Apol. David, allera, cap. Z. (18) Lit). Digna, cap. De le</ib.
PART. UII. THEOL. SOCIALE. — ï>OI
Il faut donc que le peuple craigne le prince ; mais si le prince craint le peuple, tout est perdu. La mollesse d'Aaron, à qui Moïse avait laissé le commandement pendant qu'il était sur la montagne, fut cause de l'adoration du veau d'or. « Que vous a fait ce peuple ? lui dit Moïse {Exod. xxxu, 21), et pourquoi l'avez-vous induit a un si grand mal ? » Il impute le crime du peuple à Aaron, qui ne l'avait pas réprimé, quoiqu'il en eût le pouvoir.
Remarquez ces termes : * Que vous a fait ce peuple pour l'induire à un si grand mal?» C'est êt-re ennemi du peuple, que de ne lui résister pas dans ces occasions.
Aaron lui répondit (Ibid., 22, 23) : « Que mon seigneur ne se lâche point contre moi; vous savez que ce peuple est enclin au mal : ils me sont venus dire : Faites des dieux qui nous précèdent; car nous ne savons ce qu'est devenu Moïse qui nous a tirés d'Egypte. »
Quelle excuse à un magistrat souverain de craindre de fâcher le peuple? Dieu ne la reçoit pas, «et irrité au dernier point contre Aaron, il voulut l'écraser; mais Moïse pria pour lui. » (Deut. ix, 20.)
Saùl pense s'excuser sur le peupie, de ce qu'il n'a pas exécuté les ordres de Dieu. Vaine excuse que Dieu rejette, car il était établi pour résister au peuple, lorsqu'il se portait au mal. «Ecoutez, lui dit Samuel (7 Reg. xv, 1G, 23, 24), ce que le Seigneur a prononcé contre vous : Vous avez rejeté sa parole, il vous a aussi rejeté, et vous ne serez pas roi. Saiil dit à Samuel : J'ai péché d'avoir désobéi au Seigneur et à vous en craignant le peuple, et cédant à ses discours. »
Le prince doit repousser avec fermeté les importuns qui lui demandent des choses injustes.
La crainte de fâcher, poussée trop avant , dégénère t?n une faiblesse criminelle. « 11 y en a qui perdent leur âme par une mauvaise honte: l'imprudent qu'ils n'osent refuser les fait périr. » (Eccli. xx, 24.)
VIIe Prop. Le prince doit se faire craindre des grands et des petits. — Salomon, dès le commencement de son règne, parle ferme à Adonias, son frère. Aussitôt que Salomon eut été couronné, Adonias lui envoya dire : « Que le roi Salomon me jure qu'il ne fera point mourir son serviteur. Salomon répondit : S'il fait son devoir, il ne perdra pas un seul cheveu; sinon il mourra.» (III Rcq. i,5l,52.)
Dans la suite, Adonias cabala pour se faire roi, et Salomon le lit mourir, (III Req. h, 22 seq.)
Il fit dire au grand prêtre Abialhar, qui avait suivi le parti d'Adonias : « Retirezvous à la campagne dans votre maison ; vous méritez la mort; mais je vous pardonne, parce que vous avez porté l'arche du Seigneur devant mon père David, et que vous l'avez fidèlement servi » (III Rcg. i, 20.)
Sa dignité et ses services passés lui sauvèrent la vie; mais il lui eu coûta la sou-
ITIQUE TIREE DE L'ECRITORE. L1V. IV. r,i2
veraine sacrifiealure, et il fut banni de Jérusalem.
Joab, le [»ins grand capitaine de son temps, et le plus puissant homme du royaume, était aussi du même parti. Ayant appris que Salomon l'avait su, il se réfugia au coin de l'autel, où Salomon ordonna à Banaias de le tuer. « Ainsi, dit-il {Ibid., 28, 31, 32, 33) , vous éloignerez de moi, et de la maison de mon itère, le sang innocent que Joab a répandu, en tuant deux hommes de bien, et qui valaient mieux que lui, Abner, fils do Ner, et Amasa fils de Jether : et leur sang relOM bera sur sa lête. »
L'autel n'est pas fait pour servir d'asile aux assassins; et l'autorité royale se doit faire sentir aux méchants, quelque grands qu'ils soient.
Dans le Nouveau Testament, et parmi des peuples plus humains, il faut moins faire de ces exécutions sanglantes qu'il ne s'en faisait dans l'ancienne loi et parmi les Juifs, peuple dur et enclin à la révolte. Mais enfin le repos public oblige les rois à tenir tout le monde en crainte, et plus encore les grands que les particuliers; parce que c'est du côté des grands qu'il peut arriver de plus grands troubles.
VHP Prop. L autorité royale doit être invincible. — S'il y a dans un Etat quelque autorité capable d'arrè er le cours de la puissance publique, et de l'embarrasser dans son exercice, personne n'est en sûreté. Jérémie exécutait les ordres de Dieu, en déclarant que la ville, en punition de ses crimes, serait livrée au roi de Babylone. ( Jerem. xxxvm, 4, 5. ) « Les grands s'assemblèrent autour du roi, et lui dirent: Nous vous prions que cet homme soit mis à mort; car il abat par malice le courage des gens de guerre et de tout le peuple: c'est un méchant qui ne veut pas le bien de l'Etal, mais sa ruine. Le roi Sédécias lui répondit : H est en vos mains, car le roi ne vous peut rien refuser. » Le gouvernement était faible, et l'autorité royale n'était plus un refuge à l'innocent persécuté.
Le roi voulait le sauver, parce qu'il savait que Dieu lui avait commandé de parler comme il avait fait. « Il fit venir Jérétuie auprès de lui en particulier, et il lui dit (Ibid., 14, 24, 25, 20) : Vous ne mourrez pas, mais que les seigneurs ne sachent point ce qui se passe entre nous; et s'ils entendent dire que vous m'avez parlé, et qu'ils vous demandent : Qu'est-ce que le roi vous a dit ? répondez : Je me suis jeté aux pieds du roi, afin qu'il ne me renvoyât pas dans ma prison pour y mourir. » Prince faible, qui craignait les grands, et qui perdit bientôt son royaume, n'osant suivre les consens que lui donnait Jerémie par ordre de Dieu.
Evilmérodac, roi de Babylone, fut un de ces princes iaibles qui se laissent mener par force. Par sen ordre, Daniel avait découvert les fourbes des prêtres de Bel, et avait l'ail crever le dragon sacré que les Babyloniens adoraient. « Ce que les seigneurs ayant ouï, ils entrèrent dans une grande colère T
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>;, ES ■ ■ IP1 TES I>K BOSSl ET.
et, s'étanl assemblés contre le roi , lia di-
• le roi s'« si l'ait luif, il a renversé
, i! a tué le tira ;on sacré el les prêtres.
ayant dit ces choses entre eux, ils vin-
i ut ci 1 1 poi: Lifree-nôus Daniel, lui direnl-
- -, autrement nous vous ferons mourir, \ us et rolre maison. '• [Dan. \iv.27, 28.)
Il leur accorda leur demande (/6»d,.,29,etc);
et si 1) eu délivra Daniel dejsl>eies farouches,
roi n'en était pas moins coupable de sa
m >rt a laquelle il avait donné son consente-
ment.
On entreprend aisément contre un prince faible. Celui-ci, qui se laisse intimider par les menaces qu'on mi fait de le faire mourir, lui et sa maison , fut tué eu une autre occasion pour ses débauches et ses injustices (19J : car tout prince faible est injuste, cl sa maison perdit la royauté.
Ainsi ses faiblesses sont pernicieuses aux particuliers, à l'Etat, et au prince même <• mire qui on ose tout, quand il se laisse entamer.
Le prophète Daniel fut encore exposé aux bêles farouches, par la faiblesse (Je Darius h Mède. [Dan. vi, 3 seq.) « Il voulait donner à Daniel le gouvernement du royaume, parce que l'esprit de Dieu paraissait en lui, plus que dans tous les autres hommes. Les grands el les satrapes; jaloux de sa grandeur, cherchèrent l'occasion de le perdre, et surprirent le roi. Puissiez-vous vivre à jamais, ô roi Darius 1 les grands de voire royaume, et les magistrats et les satrapes, les sénateurs et les juges, sont d'avis qu'on publie un édit royal, par lequel il soit fait défense d'adresser durant trente jours aucune prière à qui que ce soit, Dieu ou homme, excepté à vous. »
Le roi fit celte loi, autant lyrannique qu'impie, selon la forme la plus authentique, et qui la rendait irrévocable parmi les Mèdes el les Perses. (Ibid., 8, 9.) On ne doit point d'obéissance aux rois contre Dieu. « Aussi Daniel priait à son ordinaire trois fois le jour, ses fenêtres ouvertes, tournées vers Jérusalem. Ceux qui avaient conseillé la loi entrèrent en foule, el !e trouvèrent en prières. y>(Ibid.t 10, 11.)
Ils firent leur plainte au roi; et pour le presser davantage, ils le prennent par la coutume des Mèdes et des Perses, et par sa propre aulorilé. « Sachez, ô roi 1 que c'est une loi inviolable parmi les Mèdes et les Perses, que toute ordonnance faite par le roi ne peut être changée. » {Ibid., 15.)
Darius abandonna Daniel qui l'avait si bien servi, et se contenta d"en témoigner une sensible douleur. (Ibid., 16, 18.) Dieu délivra ce prophète encore une fois; mais le roi 1 avait immolé autant qu'il était en lui à la fureur des lions, et à la jalousie des grands plus furieux que les lions mêmes.
Un roi est bien faible, qui répand le sang innocent, pour n'avoir pu résister aux grands de son royaume, ni révoquer une loi injuste, et laite par une surprise évidente.
Assuérus, roi du même peuple, révoqua bien la loi publiée contre les Juifs (Esthtr vm, 5, 8), quand il en connut l'injustice, quoiqu'elle eût été faite de la manière la plus authentique,
C'esl une chose pitoyable de voir Pilale dans l'histoire de la passion. « Il savait que les Juifs lui amenaient et accusaient Jésus par envie. » (Matlh. xxvn, 18: Marc, xv, 10 ) Il leur avait déclaré «qu'il ne voyait en cet homme aucune cause de mort. » [Luc. xxm, h.) 11 leur dit encore une fois {lbid.,ih, 15, etc.) : « Vous l'accusez d'avoir excité le peuple a sédition; et voilà que, l'interrogeant devant vous, je n'ai rien trouvé de co (pie vous lui reprochez, llérode, a qui je l'ai renvoyé, ne l'a pas non plus trouvé digne de mort. El ils se mirent a crier : Faitesle mourir; mêliez en liberté Darabbas, qui avait été arrêté pour sédition, el pour meurtre. Pilale leur paHa encore, pensant délivrer Jésus : et ils crièrent de nouveau : Crucifiez-le, crucifiez-le. Et il leur dit puur la troisième fois : Mais quel mal a-t-il fait? pour moi, je ne le trouve pas digne de mort; je le châtierai et le renverrai. Et ils faisaient des efforts horribles, criant qu'on le crucifiât; et leurs cris s'augmentaient toujours. Enfin Pilate leur accorda leur demande. Il délivra le meurtrier el le séditieux, et abandonna Jésus à leur volonté. »
Pourquoi tant contester pour enfin abandonner la justice? toutes ses excuses le condamnent. « Prenez-le vous-mêmes , leur di l -il (Joan. xvm, 31), et jugez-le se'on votre loi. » Et. encore (Joan. xix, 6) : « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le. » Comme si un magistrat était innocent, de laisser faire un crime qu'il peut empêcher 1
On lui allègue la raison d'Elat : « Si vous le renvoyez, vous offenserez César. Qui se fait roiestson ennemi. » (Joan. xix. 12.) Mais ii savail bien, el Jésus le lui avait déclaré, que son royaume n'était pas de ce monde. (Joan. xvm, 3ô.) Il craignit les mouvements du peuple; et les menaces qu'ils lui faisaient, de se plaindre de lui à César. Il ne devait craindre que de mal faire.
C'est en vain qu'il « lave ses mains devant tout le peuple en disant : Je suis innocent du sang de cet homme juste; c'est à vous à y aviser (Matth. xxvii, 24) : » Y Ecclésiastique le condamne : « Ne soyez point juge, si vous ne pouvez enfoncer par force l'iniquité : autrement vous craindrez la face du puissant, et votre justice trébuchera. » ( Eccli. vu, 6.) Cette faiblesse des juges est déplorée par le prophète. « Le grand sollicite, et le juge ne peut rien refuser. » (Mich. m, 3.)
Que si le prince lui-même, qui est le juge des juges, craint les grands, qu'y aura-t-il de terme dans l'Elat? 11 faut donc (pie l'autorité soit invincible, et que rien ne puisse forcer le rempart à l'abri duquel le repos public et le salut des particuliers est à couvert.
IXe Piiop. La fermeté est un caractère essentiel à la royauté. — Quanti Dieu élablil Josué
Bekos. apnd Joseph., 1. i Conl. Apion.
5i5 PART. XIII. THEOL. SOCIALE. -- POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. I.IV. IV 516
pour êlre prince et capitaine général, il dit blique devait être menée avec rermeté.
à Moïse (Dent, m, 28) : « Donne tes ordres à « Tout le monde rue voulait intimider, i 8-
Josué, et l'affermis, et le forliiie : car il con- péranl que nous cesserions de travailler aux
duira le peuple, et lui partagera la terre que murailles de la ville : et moi je m'affermis-
lu ne feras seulement que voir. » sais davantage. Séméïas me disait : Enfer-
Ouand il eut été désigné successeur de nions-nous dens la maison de Dieu au mi- Moïse qui allait mourir, « Dieu lui dit lui- lieu du temple; car ou viendra celte nuit même : Sois ferme et fort : car tu introdui- pour vous tuer : et je répondis : Mes semras mon peuple dans la terre promise, et je Diables ne fuient jamais. Je connus que ces serai avec toi. » {Deut. xxxi, 23.) faux prophètes n'étaient pas envoyés de
Quand, après la mort de Moïse, il se met à Dieu, et qu'ils avaient été gagnés pour m'é-
la Tête du peuple, Dieu lui dit encore ( Josue pouvanter, afin que je péchasse, et qu'ils
i,2-9) : « Moïse mon serviteur est mort : eussent quelque reproche à me faire. »(//
lève-toi et passe le Jourdain : sois ferme, Esdr. vi, 9 seq )
courageux et fort. » Et encore : « Sois ferme Ceux qui intimident le prince , et l'em; ê-
et fort, et garde la loi que Moïse mon servi- chent d'agir avec force, sont maudits de
vileur t'a donnée. » Et encore :« Jeté le Dieu. « 0 Seigneur l souvenez- vous de moi,
commande, sois ferme et fort, ne crains et faites à Tobie, à Sariaba lat, et aux pr>-
point, ne tremble point : je suis avec toi. » phèles qui voulaient m'effrayer, faites leur
De môme que s'il lui disait : Si tu trembles, Seigneur, selon leurs œuvres. » (Ibid., \k.) tout tremble avec loi. Quand la tète est Xe Pkop. Le prince doit être ferme contre
ébranlée, tout le corps chancelle: le prince son propre conseil et ses favoris, lorsqu'il*
doit êlre fort ; car il est le fondement du re - veulent le faire servir à leurs propres intérêts
pos public dans la paix et dans la guerre. particuliers. — Outre la fermeté contre les
Aussitôt Josué commande avec fermeté, périls, il y a une autre sorte de fermeté, qui
« Il donna ses ordres aux chefs, et leur dit : n'est pas moins nécessaire au prince : c'est
Traversez le camp, et commandez à tout le la fermeté contre l'artifice de ses favoris, et
peuple qu'il se tienne prêt; nous allons pas- contre l'ascendant qu'ils prennent sur lui. ser le Jourdain, il parla aussi a ceux de Ru- La faiblesse d'Assuérus, roi de Perse, fait
ben etde Cad, et à la demi-tribu de Manassé: pitié, dans le livre d'Esther. Aman, inité
Souvenez-vous des ordres que vous a donnés contre les Juifs par la querelle particulière
Moïse, et marchez avec vos armes devant qu'il avaii avec Mardochée, entreprend de le
vos frères, et combattez vaillamment.» (Ibid., perdre avec tout son peuple. Il veut faire du
10 seq.) roi l'instrument de sa vengeance ; et faisant
Il n'hésite en rien, il parle ferme, et le le zélé pour le bien de l'Etal, il parle ainsi
peuple le demande ainsi pour sa propre su- (Eslher ni, 8 j : « Il y a un peuple dispersé
relé. « Qui ne vous obéira pas, qu'il meure : par toutes les provinces de votre royaume,
seulement soyez ferme, et agissez en qui a des lois et des cérémonies particuliè-
homme. » [Ibid., 18.) res, et méprise les ordres du roi. Vous savez
Le moyen d'affermir le prince, c'est d'éta- qu'il est dangereux à l'Etat qu'il ne devienne
blir l'autorité, et qu'il voie que tout est en insolent par l'impunité-; ordonnez, s'il vous
lui. Assuré de l'obéissance, il n'est en peine plaît, qu'il périsse, et je ferai entrer dix
que de lui-même : en s'affermissanl il a tout mille talents dans vos coffres. Le- roi tira de
fait, et tout suit ; autrement il hésite, il ta- sa main l'anneau dent il se servait, et le
tonne, et tout se fait mollement. Le chef donnant à Aman : Cet argent, dit-il, est a
tremble quand il est mal assuré de ses mem- vous; et pour ie peuple, faites-en ce que
bres. vous voudrez. » Aussitôt les ordres sont ev-
Voilà comme Dieu installe les princes : il pédiés, les courriers sont dépêchés par tout
affermit leur puissance, et leur ordonne le royaume [Ibid., 12 seq ); et la facilité du
d'en user avec fermeté. roi va faire périr des millions d'hommes i u
David suit cet exemple, et parle ainsi à un moment. Salomon (/ Par. xxn, 11, 12, 13) : « Dieu Que les princes doivent prendre garde à
soit avec vous, mon lils : qu'il vous dorme la ne se pas rendre aisément 1 Aux autres la
prudence et le sens qu'il faut pour gouyer- difficulté de l'exécution donne lieu à île mefl-
ner son peuple. Vous réussirez si vous gar- leurs conseils; dans le prince, à qui parler
dez les préceptes que Dieu adonnés par c'est faire, on ne peut comprendre combien
Motse. Soyez ferme, agissez en homme; ne la facilité est détestable, craignez point, ne tremblez point. » Il n'en coûte que trois mots à Assuérus,
Il lui réitère en mourant la même chose : et la p< e tirer son anneau de son doigt :
et voici les dernières paroles de ce grand par un si petit mouvement, des millions
roi à son fils (JJIReg. n, 2, 3) : « J'entre dans d'innocents vont être égorgés, et leur eu-
le chemin de toute la terre : soyez ferme, et uemi va s'enrichir de leurs dépouilles, agissez en homme, et gardez les commande- Tenez-vous donc ferme, ô prince ! Plus il
ments du Seigneur voire Dieu. » Toujours vous est facile d'exécuter vos desseins, plus
la fermeté et le courage : rien n'est plus né- vous devez être difficile à vous laisser ébran-
cessaire pour soutenir l'autorité; mais ton- 1er pour les prendre. jours la loi de Dieu devant les yeux : on C'est à vous principalement que s'odre.-.
n'est ferme que quand on la suit. cette parole du Sage (Eccli. v, il) : « Ne
Néhémias savtirt bien que la puissance pu- tournez pas atout vent, et n'entrez pas en
<H l VUES COMPLETES DE UOSSUET.
i.uiics roies, » Le prince aise1 a mener, et
trop prompt a s.e résoudre, perd lout.
Àssuérus fut trop beureui de s*être ravisé, el d'avoir pu révoquer ses ordres avant leur » lécution. Elle est ordinairement Irop prompte, et ne roua laisse que lo repentir d'avoir Fail un mal irréparable.
\1' l'iu>i\ // ne faut pas aisément changer dai is après une mûre délibération. — Mais aiiiaut qu'il faut être lent a se résoudre, au- 1 1 i faut-il ôlre rerme, quand od s'est déterminé avec connaissance, « N'entrez point en i tles voies, » vous a dit le Sage [Eccli. v, 11, 12) : et il ajoute : « C'est ainsi que va le pécheur, dont la langue est double. » C'est-àdire qu'il dit, et se dédit, sans jamais s'arrêter à rien. 11 poursuit : « Soyez fermes dans la vérité de votre sens, et que voire discours soit un : » qu'il ne change pas ai- 5i ment, selon le grec.
ARTICLE II
De la mollesse, de l'irrésolution el cl", la fausse fermeté.
Première Proposition. La mollesse est l'ennemi du gouvernement : caractère du paresseux, et de l'esprit indécis. — « La main îles forts dominera ; la main nonchalante payera tribut. » (Prov. xii, 24.) Un grand roi ledit : c'est Salomon. Au lieu des forts, l'hébreu porte: de ceux qui sont appliqués et attentifs. L'attention est la force de l'âme.
« Le paresseux veut, et ne veut pas : les hommes laborieux s'engraisseront. » (Prov. xiii, k. ) L'Hébreu porte encore : les hommes attentifs et appliqués.
Celui qui veut mollement, veut sans vouloir : il n'y a rien de moins propre à exercer le commandement, qui n'est qu'une volonté ferme et résolue.
li ne veut rien; il n'a que des désirs languissants. « Les désirs tuent le paresseux ; il ne veut point travailler : il ne fait que souhaiter tout le long du jour. » (Prov. xxi , 26.) Il voudrait toujours, il ne veut jamais.
Aussi rien ne lui réussit, il perd toutes les a flaires. « Qui est mou et languissant dans son ouvrage est frère du dissipateur.» (Prov. xvm, 9.)
Nous avons dit que la crainte ne convient pas au commandement : le paresseux craint toujours, lout lui paraît impossible. « Le paresseux dit : Il y a un lion dans le chemin, je serai tué au milieu des rues.» (Prov. xxn, 13. ) Et encore : « Le paresseux dit : Il y a un lion dans le chemin ; une lionne attend sur le passage. Le paresseux se roule en son lit, comme une porte sur son gond. » Assez de mouvement, peu d'action. Et ensuite. -( Le paresseux cache sa main sous ses bras, et ce lui est un travail de la porter à sa bouche. » (Prov. xxvi, 13-15.)
Comment aidera les autres celui qui ne sait pas s'aider lui-môme ? « La crainte abat le paresseux, les efféminés manqueront de tout. »(Prov. xvm, 8.)
«La négligence abat les toits; les mains languissantes font entrer ia pluie de tous tôles dans les maisons. » (Eccli. x, 18.)
Tout est faible sous un paresseux. « Soyez prompt dans tous vos ouvrages, et la faiblesse ne viendra jamais au-devant de vous pour traverser vos desseins. » (Eccli. xxxi, 87. )
Les affaires en effet sont difficiles, on n'en surmonte la difficulté que par une activité infatigable. On manque tous les jours tant d'entreprises, que ce n'est qu'à force d'agir sans cesse qu'on assure !e succès de ses desseins. « Semez donc le matin; ne cessez pas le soir : vous ne savez lequel des deux profitera ; et si c'est tous les deux , tant mieux pour vous. » (Eccle. xi, G.)
IIe Prop. Il y a une fausse fermeté.— L'opiniâtreté invincible de Pharaon le fait voir. C'était endurcissement, et non fermeté. Cette dureté est fatale à lui et à son royaume. L'Ecriture en fait foi dans tout le livre de Y Exode.
La force du commandement poussée trop loin ; jamais plier, jamais condescendre, jamais se relâcher, s'acharner à vouloir être obéi à quelque prix que ce soit; c'est un terrible iléau de Dieu sur les rois et sur les peuples.
Celui qui a dit: k Ne tournez pas 5 tout vent (Eccli. v, 11), » avait dit un peu auparavant : «Ne forcez point le cours d'un fleuve.» (Eccli. iv, 32. ) 11 y a une légèreté, et aussi une roideur excessive.
Une fausse fermeté conseillée à Roboam . par des jeunes gens sans expérience, lui fit perdre dix tribus. Le peuple demandait d'être un peu soulagé des impôts très-grands que Salomon exigeait : soit qu'ils se plaignissent sans raison d'un prince qui avait rendu l'or et l'argent commun dans.lérusalem ; ou qu'en effet Salomon les eût grevés dans le temps qu'il donna tout à ses passions. Les vieillards qui connaissaient l'état des affaires, et l'humeur du peuple juif, lui conseillaient de l'apaiser avec de douces paroles suivies de quelques effets. « Si vous donnez quelque chose à leurs prières, et que vous leur parliez doucement, ils vous serviront toute votre vie. » (III Reg. xn, 7.)
Mais la jeunesse téméraire, qu'il consulta dans la suite, se moqua de la prévoyance des vieillards, et. lui conseilla, non un simple refus, mais un refus accompagné de paroles dures et de menaces insupportables. «. Mon petit doigt, leur dit-il (Ibid., 10, 11, 13), est plus gros que tout le corps de mon père : mon père vous a foulés et moi je vous foulerai encore davantage : mon père vous a fouetté avec des verges, et moi je vous fouetterai avec des chaînes de fer : et le roi n'acquiesça pas au désir du peuple, parce que Dieu s'était éloigné de lui, et voulait accomplir ce qu'il avait dit contre Salomon (/// Reg. xi, 31 seq.), qu'en punition de ses crimes il partagerait son royaume après sa mort. »
Ainsi cette dureté de Roboam était un fléau envoyé de Dieu, et une juste punition tant de Salomon que de lui.
Les jeunes gens qu'il consultait ne manquaient pas de prétextes : il faut soutenir
PART. XIII. THEOL. SOCIALE. — POEiï
l'autorité : Qui se laisse aller au commencement, on lui met à la fin le pied sur la gorge. Mais par-dessus tout cela il fallait con -
naître les dispositions présentes , et céder à une force qu'on ne pouvait vaincre. Les bonnes maximes outrées perdent tout. Qui ne veut jamais plier, casse tout à coup.
IIP Phop. Le prince doit commencer par soi-même à commander avec fermeté, et se rendre maître de ses passions. — « Ne marchez point après vos désirs, retirez- vous de votre propre volonté. Si vous suivez vos désirs, vous donnerez beaucoup de joie à vos ennemis. » [Eccli. xvm, 30, 31.) Il faut donc résister a ses propres volontés, et être ferme premièrement contre soi-même.
Le premier de tous les empires est celui qu'on a sur ses désirs. « Ta cupidité le sera soumise, et tu la domineras, x (G en. iv, 7.)
C'est la source et le fondement de toute l'autorité. Qui l'a sur soi-même, mérite de l'avoir sur les autres. Qui n'est pas maître de ses passions , n'a rien de fort ; car il est faible dans le principe.
Sédécias , qui disait aux grands (Jer.
xxxvm, 5) : « Le roi ne vous peut rien refuser, >, n'était faible devant eux, que parce qu'il l'était en lui-même, et ne savait pas maîtriser sa crainte.
Evilrnérodac, abattu par la même passion, se laissa maltraiter et abattre par les seigneurs qui lui disaient : « Livrez-nous Daniel, ou nous vous tuerons. »(Dan. xiv,28.)
Si Darius eût eu assez de force sur luimême pour soutenir la justice , il aurait eu de l'autorité sur les grands qui lui demandaient le même prophète, et n'aurait pas eu la faiblesse de sacrifier un innocent à leur jalousie. (Dan. vi, I2seq.)
Pilale avait succombé intérieurement à la tentation de la faveur, quand il se laissa forcer à crucifier Jésus-Christ. 11 avait beau avoir en main toute la puissance romaine dans la Judée; il n'était pas puissant, puisqu'il ne put résister à l'iniquité connue.
David, quelque grand roi qu'il fût, n'était plus puissant, quand sa puissance ne lui servit qu'à des actions qu'il a pleurées toute sa vie, et qu'il eût voulu n'avoir pas pu faire.
Salomon n'était plus puissant, quand sa puissance le rendit le plus faible de tous les hommes.
Hérode n'était point puissant, lorsque désirant de sauver saint Jean-Baptiste, dont une malheureuse lui demandait la tête, il n'osa le faire, «de peur de la fâcher. » (Marc, vi, 26.) Il entra dans son crime quelque égard pour les assistants, devant lesquels il ciaignit de paraître faible, s'il manquait d'accomplir le serment qu'il avait fait. « Le roi était fâché d'avoir promis la tête de saint Jean-Baptiste; mais à cause du serment qu'il avait fait, et des assistants, il commanda qu'on la donnât.» (Matlh.xiv.)
C'est la plus grande de toutes les faiblesses, que de craindre trop de paraître faible.
(20j Abc, De Trinit., 1. km, cap. t3.