‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 83 sur 458 · QUATRIÈME KT DERNIER CARACTÈRE DE L'AUTORITÉ ROYALE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME KT DERNIER CARACTÈRE DE L'AUTORITÉ ROYALE

ARTICLE PREMIER

Que l'autorité royale est soumise à la raison.

Pm:\nî:ni: Proposition. Le gouvernement est un ouvrage d* raison et d'intelligence. — « Maintenant, ô rois, entendez; soyez instruits, juges d«« la terre. »(Psal. u, 10.)

Tous les hommes sont faits pour entendre ; mais vous principalement sur qui tout un grand peuple se repose, qui devez être l'a nie et I intelligence d'un Etat, eu qui se doit trouver la raison première de tous ses mouvements ; moins vous avez à rendre de raison aux autres, plus vous devez avoir de raison et d'intelligence en vous-mêmes.

Le contraire d'agir par raison, c'est agir par passion ou par humeur. Agir par humeur, ainsi qu'agissait Saiil contre David, ou poussé par sa jalousie, ou possédé par sa mélancolie noire, entraîne toute sorte d'irrégularité, d'inconstance, d'inégalité, de bizarrerie , d'injustice , d'élourdissemenl dans la conduite.

N'eût-on qu'un cheval à gouverner, et des troupeaux à conduire, on ne le peut faire sans raison : combien plus en a-i-on besoin pour mener les hommes, et un troupeau raisonnable.

« Le Seigneur a pris David comme i! menait les brebis, pour lui donner è conduire Jacob son serviteur, et Israël son héritage, et il lésa conduits dans l'innocence de son coeur 4 d'une ma n habile et intelligente. » {Psul. lxxvii, 70, 71, "ri.)

Tout se l'ait parmi les hommes par l'intelligence, et par le conseil. « Les maisons se bâtissent par la sagesse, et s'affermissent par la prudence. L'habileté remplit les greniers , et amasse les richesses. L'homme sage est courageux : l'homme habile est robuste et fort, parce que la guerre se fait par conduite et par industrie : et le salut se trouve où il y a beaucoup de conseil.» {Prov. xxjv, 3, 6.)

La Sagesse dit elle-même : « C'est par moi que les rois régnent, par moi les législateurs prescrivent ce qui est juste. » [Prov. no, 15.)

Elle est tellement née pour commander, qu'elle donne l'empire à qui est né dans la servitude. « Le sage serviteur commandera aui enfants de la maison qui ne sont pas sages, et il fera leurs partages. » [Prov. xvn, 2, j Et encore : « Les personnes libres s'as-

sujettiront à un serviteur sensé. » (Eccli. x,28.)

Dieu en installant Josué lui ordonne d'étudier la loi de Moïse, qui était la loi du royaume ; « afin, dit-il (Josue i, 7, 8), que vous entendiez tout ce que vous laites.* El encore : « Alors vous conduirez vos desseins, et vous entendrez ce que vous faites»

David en dit autant à Salomon, dans les dernières instructions qu'il lui donna en mourant. «. Prenez garde à observer la loi de Dieu, alin que vous entendiez ce que vous faites, et de quel côté vous aurez à vous tourner. » (II l Rcg. n,3.)

Qu'on ne vous tourne point, tournezvous vous-mêmes avec connaissance ; que la raison dirige tous vos mouvements; sachez ce que vous faites, et pourquoi vous le faites.

Salomon avait appris de Dieu môme , combien la sagesse était, nécessaire pour gouverner un grand peuple. « Dieu lui apparut en songe durant la nuit, et lui dit (/// Reg.ui, 5seq.; // Par. i, 7 seq.) : Demandezmoi ce que vous voudrez : Salomon répondit : O Seigneur! vous avez usé d'une grande miséricorde envers mon père David : comme il a marché devant vous en justice et eu vérité et d'un cœur droit, vous lui avez aussi gardé vos grandes miséricordes, et vous lui avez donné un fils assis sur son trône : et maintenant, ô Seigneur Dieu 1 vous avez fait régner votre serviteur à la place de David son père : et moi je suis un jeune homme, qui ne sais pas encore entrer ni sortir (c'est-à-dire, qui ne sais pas me conduire; qui ne sais par où commencer, ni par où finir les allai res ) , et je me trouve au milieu du peuple que vous avez choisi, peuple infini et innombrable. Donnez donc à votre serviteur !a sagesse et l'intelligence, et un cœur docile ; afin qu'il puisse juger et gouverner votre peuple, et discerner entre le bien et le mal. Car qui pourra gouverner et juger ce peuple immense? La demande de Salomon plut au Seigneur : Et il lui dit : Parce que vous avez demandé cette chose, et que vous n'avez point demandé une longue vie, ni de grandes richesses, ou de vous venger de vos ennemis, mais que vous avez demandé la sagesse pour juger avec discernement," j'ai l'ait selon vos paroles, et je vous ai donné un cœur sa^e et intelligent, en sorte qu'il n'y eut jamais, ni jamais il

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n'y aura un homme si sage que vous. Mais je vous ai encore donné ce que vous ne m'avez pas demandé, c'esl-à-dire les richesses et la gloire ; et jamais il n'y a eu roi qui en eût tant que vous en aurez. »

Ce songe de Salomon était une extase, où l'esprit de ce grand roi, séparé des sens et uni à Dieu, jouissait de la véritable intelligence. Il vit en cet état, que la sagesse est la seule grâce qu'un prince devait demander à Dieu.

Il vit le poids des affaires, et la multitude immense du peuple qu'il avait à conduire. Tant d'humeurs, tant d'intérêts, tant d'artifices, tant de passions, tant de surprises à craindre, tant de choses à considérer, tant de monde de tous côtés à écouler et à connaître; quel esprit y peut suffire?

Je suis jeune, dit-il, et je ne sais pas encoremeconduire.L'espritne lui manquait pas non plus que ia résolution. Car il avait d<\ja parlé d'un ton de maître à son frère Adonias ; et dès le commencement de son règne il avait pris son parti, dans une conjoncture décisive, avec autant de prudence qu'on en pouvait désirer : et toutefois il tremble encore, quand il voit cette suite immense do soins et d'affaires qui accompagnent la royauté; et il voit bien qu'il n'en peut sortir que par une sagesse consommée.

11 la demande à Dieu, et Dieu la lui donne : mais en môme temps il lui donne tout le reste qu'il n'avait pas demandé ; c'està-dire, et les richesses et la gloire.

Il apprend aux rois que rien ne leur manque quand ils ont la sagesse, et qu'elle seule leur attire tous les autres biens.

Nous trouvons un beau commentaire de la prière de Salo > on dans le Livre de la Sagesse, qui fait parler ainsi ce sage roi (Sap. vu,7seq.) : «J'ai désiré le bon sens, et il m'a été donné; j'ai invoqué l'esprit de sagesse, et il est venu sur moi. J'ai préféré la sagesse aux royaumes et aux trônes ; au prix de la sagesse, les richesses m'ont paru comme rien : devant elle I or m'a semblé un grain de sable, et l'argent comme de la boue : elle est plus aimable que la santé et la bonne grâce. Je l'ai mise devant moi comme un flambeau, parce que sa lumière ne s'éteint jamais. Tous les biens me sont venus avec elle, et j'ai reçu de ses mains la gloire et des richesses immenses. »

11e Pkop. La véritable fermeté est le fruit de l'intelligence. — « Considérez ce qui est droit, et que vos yeux précèdent vos pas ; dressez-vous un chemin, et toutes vos démarches seront fermes. » (Prov. iv, 25, 26.) Qui voit devant soi marche sûrement.

Autant donc que la fermeté est nécessaire au gouvernement, autant a-t-il besoin de la sagesse.

Le caractère de la sagesse est d'avoir une conduite suivie. «L'homme sage est permanent comme le soleil; le fou change canine la lune. p [Eccli. xxvu, 12.)

Le plus sage de tous les rois fait dire ces paroles à la sagesse : * A moi appartient le

Qëuyres compl. dk Bossuet. XI.

conse I cl l'équité, à moi la prudence, h moi la force. » (Prov. vin, 14.)

Ces choses, à le bien prendre, sont inséparables.

« L'homme sage est courageux, l'homme habile est robuste et fort, a (Prov. xxiv, 5.)

Les brutaux n'ont qu'une fausse hardiesse. « Nabal était impérieux, et personne n'osait lui parler dans sa maison. » (/ Reg. xxv, 17.) Tant qu'il crut n'avoir rien à craindre de David, il disait insolemment : « Qu'<u-je à faire de David, qui est le fils d'Isai?» (Ibid., 10.) Aussitôt qu'il eût appris que David avait juré sa perte, quoiqu'on lui eût dit que sa femme l'avait apaisé, « le cœur lui manqua, il demeura comme une pierre, et mourut au bout de dix jours. » (/6id.,«37, 38.)

lloboam est méprisé pour son peu do sens. « Salomon laissa après lui la folie de la nation , Roboam, qui manquait de prudence, et qui divisa le peuple par les mauvais conseils qu'il suivit. » (Eccli. xlvii, 29.)

Comme il n'avait point de sagesse, il n'avait point de fermeté; et son propre fils est contraint de dire : « Roboam était un homme malhabile et d'un courage tremblant, et il n'eut pas la force de résister aux rebelles. » ( // Par. xiii, 7.) Au lieu de malhabile et de courage tremblant, rhébreu porie : « C'était un enfant tendre do cœur. » Ce n'est pas qu'il ne leur ait fait la guerre. « Roboam et Jéroboam eurent toujours la guerre entre eux. » (// Par. xii, 15.)

Il n'est point accusé d'avoir manqué de courage militaire ; mais c'est qu'il n'avait pas cette force qui fait prendre et suivre avec résolution un bon conseil. A voir pourtant de quel ton il parla à tout le peuple, on le croirait feruio et résolu. Mais il n'était ferme qu'en paroles; et au premier mouvement de la sédition, on lui voit honteusement prendre la fuite. « Roboam envoya Aduram qui avait la charge de lever les tributs, et les enfants d'Israël le lapidèrent. Ce que Roboam n'eut pas plutôt su qu'il se pressa de monter dans son chariot, et s'enfuit en Jérusalem ; et le peuple d'Israël se sép.ira de la maison de David. » (Il Par. x, 18, 19.)

Voilà l'homme qui se vantail d'être plus puissant que Salomon : il parle superbement quand il croit qu'il fera peur à un peuple suppliant. A la première émeute, il tiemb o lui-môme, et il affermit les rebelles par sa fuite précipitée.

Ce n'est pas ainsi qu'avait fait son aïeul David. Quand il apprit la révolte d'Absalon, il vit ce qu'il y avait à craindre, et se relira promptemenl, mais en bon ordre et sans trop de précipitation, « marchant à pied avec ses gardes et ce qu'il avait de meilleures troupes, et se posta dans un lieu désert et de difficile accès, en attendant qu il eût des nouvelles de ceux qu'il avait laissés po. r observer les mouvements du peuple. » (// Reg. xv, IV, 15, 17, 18, 28.)

il est vrai qu'il allait, en signe de douleur, « nu-pieds, et la lête couverte, lui ■ t tout le< peuple pleurant.» (/&<</., 3.) ) Coia était d'un bon roi, et d'un bon père, qui

oi.i VUES COMPLETI - DE BOSSU ET.

s i. li» bien Rimé à la tête des re-

es ; el combien de sang il fallait répan-

• ; el que c'étail son péché qui attirail

:ous ces malheurs mu- sa maison cl sur son

, :i|)lo.

Il s'abaissait sous la main de Dieu, attendant rérénemenl avec un courage inébranlable : «Si j*1 suis sgréable à 'Dieu, il me rétablira dans jésusalem ; <]uc s'il médit: Tu ne me plais pas, il est le maître ; qu'il fasse ce qu'il trouvera le meilleur. » (Il lleg. w. 25, 26.)

Etant donc ainsi résolu, il pourvoyait à (oui avec une présence d'esprit admirable; et il trouva sans hésiter ce beau moyen qui dissipa les conseils d'Absalon et d'Achitophel. [Ibid., 33, 34.)

El quand, après la victoire, il vit Séba, fils de Bochri, qui ramassait les restes des séditieux, il ne se reposa pas sur l'avantage qu'il venait de remporter. « Et il dit h Abisaï : Séba nous fera plus de peine qu'Absalon : prenez donc tout ce qu'il y a ici de gens de guerre, de peur qu!il ne se jette dans quelque ville forte, et ne nous échappe. » [11 Reg. xx, 6.) Par cet ordre il assura le repos public, et étouffa la sédition dans sa naissance.

Voilà un homme vraiment fort, qui sait craindre où il faut, et qui sait prendre à propos les bons conseils.

111' Pi\op. La sagesse du prince rend le peuple heureux. — « Le roi insensé perdra son peuple : les villes seront habitées par la prudence de leurs princes. » (Eccli. x, 3.)

Voici les fruits bienheureux du sage gouvernement de Salomon. « Le peuple de Juda et d'Israël était innombrable; ils buvaient, ils mangeaient et ils vivaient à leur aise : et ils demeuraient sans rien craindre, chacun dans sa vigne et sous son figuier, x (111 lleg. îv, -20, 25.)

« L'or et l'argent étaient communs en Jérusalem comme les pierres; et les cèdres naissaient dans les vallées en aussi grande quantité que les sycomores. » ( 111 lleg. x, 27; 11 Par. i, 15.)

Sous un prince sage tout abonde ; les hommes, les biens de la terre, l'or et l'argent. Le bon ordre amène tous les biens.

La même chose arriva sous Simon le Machabée. Son caractère était la sagesse. Parmi les Machabées, enfants de Malhathias, Judas était le fort (1 Mach. n, 66), et Simon était le sage. Malhathias l'avait bien connu, lorsqu'il parle ainsi à ses enfants {Ibid., 65) : « Votre frère Simon est homme de bon conseil : écoutez-le en toutes choses, et regardez-le comme votre père. »

Nous avons déjà vu comme le peuple fut heureux sous sa conduite ; mais il faut voir le particulier.

11 avait trouvé les affaires en mauvais état : « Sous lui les Juifs furent affranchis du joug des gentils. » (1 Mach. xm, k\.)

« Toute la terre de Juda était en repos durant les jours de Simon : il chercha le bien de ses citoyens : aussi prenaient-ils plaisir à voir sa gloire et sa grandeur. 11 prit Joppé,

el y lit un poil, el il s'ouvrit un passage dans les lies de la nier. Il étendit les bornes

de sa nation, et lit beaucoup (h; conquêtes. Personne ne lui pouvait résister. Chacun cultivait sa terre en paix ; la terre de Juda el les arbres produisaient leurs fruits ; 1rs vieillards assis dans les places publiques ne parlaient que de l'abondance où on vivait ; la jeunesse prenait plaisir à se parer de riches habillements, et portait l'habit militaire. Il pourvoyait à la subsistance des villes, cl les fortifiait : la paix était sur la terre, et Israël vivait en grande joie, chacun dans sa vigne et sous son figuier, sans avoir aucune crainte : personne ne les attaquait; les rois ennemis étaient abattus : il protégeait les faibles; il faisait observer la Loi : il ôlait les méchants de dessus la terre; il ornait le temple, et augmentait les vaisseaux sacrés. (1 Mach. xiv, k seq.) Enfin il faisait justice, il gardait la foi, et ne songeait qu'au bonheur et à la grandeur de son peuple. » (Ibid., 35.)

Que ne fait point un sage prince 1 sous lui les guerres réussissent ; la paix s'établit ; la justice règne; les lois gouvernent; la religion fleurit; le commerce et la navigation enrichissent le pays ; la terre même semble produire les fruits plus volontiers. Tels sont les effets de la Sagesse. Le Sage n'avait-il pas raison de dire : « Tous les biens me sont venus avec elle?>; (Sap. vu, 11.)

Qu'on doive tant de biens aux soins et à la prudence d'un seul homme, peut-on l'aimer assez? Nous voyons aussi que la grandeur de Simon faisait les délices du peuple. 11 n'y a rien qu'ils ne lui accordent. (I Mach. xiv, 14, 35, 46.)

Quand Dieu veut rendre un peuple heureux, il lui envoie un prince sage. Hiram admirant Salomon qui savait, tout faire à propos, lui écrivait (77 Par. n, 11, 12) : « Parce que Dieu a aimé son peuple, il vous a fait roi. » Et il ajoutait : « Béni soit le Dieu d'Israël, qui a fait le ciel et la terre, et qui a donné à David un fils sage, habile, sensé et prudent. »

«Heureux vos sujets et vos domestiques, qui sont tous les jours devant vous, et écoutent votre sagesse, s'écriait la reine de Saba. (111 Reg. x, 8, 9.) Béni soit le Seigneur votre Dieu, à qui vous avez plu ; qui vous a fait roi d'Israël, parce qu'il aimait ce peuple d'un amour éternel, et vous a établi pour y faire justice et jugement ! »

IVe Prop. La sagesse sauve les Etats plutôt que la force. — « 11 y avait une petite ville, et peu de monde dedans. Un grand roi est venu centre elle; il l'a enceinte de tranchées, où il a bâti des forts de tous côtés, et il a formé un siège devant cette place. 11 s'y est trouvé un homme pauvre et sage, et il a délivré sa ville par sa sagesse. Et j'ai dit en moi-même que la sagesse vaut mieux que la force. » (Eccle. ix, 14-16.)

C'est ainsi que Salomon nous explique les effets de la sagesse. Et il répète encore une fois (Ibid., 18) : «La sagesse vaut mieux que les armes; mais qui manque en une chose perd de grands biens. »

587 PART. XIII. THEOL. SOCIALE. — POLITIQUE TIREE l)K L'ECRITURE. LIV. V. 538

Les combats soni hasardeux; la guerre peuple, tous ses voisins le craignaient. « L'est fAcheuse pour les ileux partis : la sa- Seigneur répandit Ifl terreur su* les royaugesse, qui prend garde à tout et ne néglige mes voisins, et ils n'osaient faire la guerre rien, a des voies non-seulement plus douces à Josaphat : les Philistins lui apportaient et plus raisonnables, mais encoro plus des présents, et les Arabes lui payaient trisûres, but. » (II Par. xvii, 7, 8, 10 seq.)

Dans la révolte de Séba contre David, le Josaphat était belliqueux : mais l'Ecriture

rebelle se relira dans Abéla, ville importante, attribue tous ces beaux effets à la piété et à

où Joab ne tarda pas à l'assiéger par ordre la sagesse de ce roi, qui n'avait pas encore

de David (IfReg. xx, \k seq.) Pendant qu'on fait la guerre, dans le temps qu'il était si

ruinait les murailles, une femme de la ville redouté de ses voisins,

demanda à parler à Joab, et lui tint ce dis- Si la sagesse fait respecter le prince au

cours au nom de la ville qu'elle introduisait dehors, il ne faut pas s'étonner qu'elle le

comme lui parlant : « Il y a un certain pro- fasse respecter au dedans. Quand Salomon

verbe, que qui veut savoir la vérité la de- eut rendu ce jugement mémorable, où il

mande à Abéla. » (Ibid., 18 seq.) (Cette ville montra un si grand discernement. « Tout

était en réputation d'avoirbeaucoup de sages Israël entendit la sentence que le roi avait

citoyens qu'on venait consulter de tous cô- prononcée; et ils craignirent le roi, voyant

tés.) « C'est moi qui réponds la vérité aux que la sagesse de Dieu était en lui./» (111 îieg.

Israélites; cependant vous voulez me dé- m, 28.)

truire et ruiner une mère en Israël ! » (C'est- Il y a quelque chose de divin à ne se Irom-

a-dire une ville capitale. )«Pourqu<ii renver- per pas; et rien n'inspire tant de respect ni

sez-vous l'héritage du Seigneur, et une tant de crainte.

ville qu'il a donnée à son peuple? A Dieu Et voyez comme l'Ecriture marque exaetc-

ne plaise l répondit Joab, que je veuille la ment I effet naturel de chaque chose. La

renverser; mais Séba s'est soulevé contre lo bonne grâce de Salomon lui avait déjà attiré

roi, livrez-le tout seul, et nous laisserons l'amour des peuples. « Il parut dans le trône

la ville en repos. La femme lui répondit : On de son père, et il plut à tous. » (/ Par. xxix,

vous jettera sa tête du haut de la muraille. 23.)

Elle parla au peuple assemblé, et discourut Voici quelque chose de plus grand. 11

sagement, de sorte qu'on résolut de faire ce montra un discernement exquis; et on le

qu'elle avait dit; et Joab renvoya l'ar- le craignit, de cette crainte respectueuse,

mée. » qui tient tout le monde dans le devoir.

Voilà une ville sauvée par la sagesse. La C'est donc avec "raison qu'on lui fait dire:

sagesse Unit tout à coup, sans rien hasarder, « La sagesse vaut mieux que les forces; et

et en ne perdant que le seul coupable, une l'homme prudent est au-dessus de l'homme

guerre qui avait donné tant d'appréhension fort. » (Sap. vi, 1.)

à David. VIe Prop. C'est Dieu qui donne la sagesse.

Bélhulie assiégée par Holopberne, est — « Toute sagesse vient du Seigneur; elle a

sauvée par les conseils de Judith, qui em- été avec lui devant tous les siècles, et y sera à.

pèche, premièrement, qu'on ne suive la jamais. Qui a compté lesable de la mer, et lès

pernicieuse résolution de se rendre, déjà gouttes de pluie, et Jes jours du monde? Qui

prise dans le conseil; et ensuite fait périr a mesuré la hayteur des deux, et la largeur

les ennemis par une conduite aussi sage que de la terre, et les profondeursde l'abîme? Qui

hardie. (Jud. vm, 9, 10, 28 ; ix, x seq.) a pénétré cette sagesse de Dieu qui a précédé

Ainsi on voit que la sagesse est la plus toutes choses? La sagesse a été produite la

sûre défense des Etats. La guerre met tout première; l'intelligence est engendrée de-

en hasard. « L'empire du sage est stable. » vaut tous les siècles. A qui a été connue la

{Eccli.x, 1.) source de la sagesse, et qui a découvert

« La sagesse fortifie le sage plus que s'il toutes ses adresses? Il n'y a qu'un seul

était soutenu par les principaux de la ville. » sage, un seul redoutable : c'est le Seigneur

[Écele. vu, 20.) assis sur le trône de la sagesse. C'est lui qui

Ve Prop. Les sages sont craints et respec- l'a créée par son esprit, et qui l'a connue, et

tés. — David était vaillant, et savait parfaite- qui l'a comptée, et qui en sait toutes les

ment l'art de la guerre. Ce n'est pas ce qui mesures. 11 l'a répandue sur tous ses ou-

donnail le plus de crainte à Saul. « Mais il v rages et sur toute chair, à chacun selon

le craignait parce qu'il était très-prudent en qu'il lui a plu; et il l'a donnée à ceux qui

toutes choses. » (I Jieg. xvm, 15.) l'aiment » C'est par où commence YEcclé-

David lui-même craignait plus le seul siasiique. (Eccli. i, 1,2 seq.)

Achilophel, que tout le^ peuple qui était Dieu est le seul sage; en lui est la source

avec Absalon; parce qu'en ce temps « on de la sagesse, et c'est lui seul qui la donne,

consultait Achitophel comme si c'eût été un Ccst à lui que la demande le Sage « 0

Dieu. » (// Rcg. xvi, 23.) Dieu de mes pères! ô Seigneur miséricor-

C'était autant la sagesse que la puissance dieux, qui avez tout fait par votre parole I

de Salomon, qui tenait en crainte ses v0{- donnez-moi la sagesse qui est. toujours au -

sins, et conservait son royaume dans une près de voire trône. Vous m'avez tait roi, et

paix profonde. vous m'avez ordonné do vous bâtir un tem-

Parce que Josaphat était sage, instruit de pie. Votre sagesse est avec vous; elle cn-

lâ Loi, et prenant soin d'en faire instruire le tend tous vos ouvrages : elle étail avec vous

quand vous »?ei Fail

ce qui roo« plaisait, al ce qui élan droit dans lous ?os i ommandemenls. En»oyea-tamk.i des cieo*, .lu irône RuWima où voua s ssis plein de -.loue et de majesté; afin qu'elle soit toujours ci travaille toujoui s avec moi, et que je connaisse ce oui vous est •gréable; car elle sait tOUl : elle me fera observer une jusle médiocrité dans toutes mes actions, et megardere par sa puissance. Et ma conduite vous plaira, et je gouvernerai votre peuple avec justice, et je serai digne du trône de mon | ère. » {Sap. ix, 1

Oui désire ainsi la sagesse, et qui la demande à Dieu avec celte ardeur, ne manque jamais de l'obtenir. « Je t'ai donné un cœur sage et intelligent. » (/// Jicg. ni, 12.) Et encore : * Dieu donna la sagesse à Salotuon,

(Ht VRES COMPLETES DE BOSSUET. .v,o

e monde; elle savait Huée. — Il ne faut pas s'imaginer le prince

un livre à la main, avec un t'ronl soucieux, et des \rux profondément attachés à !a lecture. Son livre principal est le monde ; son étude, c'est d'être attentif h ce qui se passe devant lui pour en profiter.

Ce n'est pas que la lecture ne lui soil utile, et le plus sage des rois ne l'a pas né-

iigéo.

'< Comme VEcclésiasle (c'est Salomon) était très-sage, il a instruit son peuple, et il a rechercha les sages sentences. L' Ecclésiaste a étudié pour trouver des discours utiles, et il a écrit des choses droites, des paroles véritables. Les discours des sages sont comme un aiguillon dans le cœur; les maîtres qui les ont ramassés étaient conduits par un seul pasteur. » (Eccle. xn, 9 seq.) C'était le roi qui prenait soin de chercher par lui-

el une prudence exquise, et une étendue de même, et de faire chercher aux autres les cœur (c'est-à-dire d'intelligence) comme le discours utiles à la vie.

sable de la iuer.»{IUHeg. iv, 29.)

Il lui a donné la sagesse, par l'intelligence de la loi et des maximes; la prudence, pour l'application; l'étendue de connaissance, c'est-à-dire une grande capacité, pour comprendre les difficultés et toutes les minuties des affaires. Dieu seul donne tout cela.

VU* Prop. // faut étudier la sagesse. — Dieu la donne, il est vrai ; mais Dieu la donne à ceux qui la cherchent.

« J'aime ceux qui m'aiment, » dit la Sagesse elle-même (Prov. vin, 17); «et qui me cherche du matin, me trouve. »

a Le commencement de la sagesse est un véritable désir de la savoir. » {Sap. vi, 18.) « «Aimez mes discours, » dit-elle (Ibid., 12), « et désirezde les entendre, et vous aurez la science. »

« La sagesse se laisse voir facilement à ceux qui l'aiment, et se laisse trouver à ceux qui la cherchent : elle prévient ceux qui la désirent, et se montre la première à eux : qui s'éveille du matin pour penser à elle, ne sera pas rebuté, il la trouvera à sa porte. Y penser, c'est la perfection : qui veille pour l'obtenir sera bientôt content, car elle tourne de tous côtés pour se donner à ceux qui sont dignes d'elle; elle leur apparaît avec un visage agréable, et n'oublie rien pour aller à leur rencontre, r, {IbicL, 13-17.)

Elle est bonne, elle est accessible ; mais il faut l'aimer et travailler pour l'avoir.

11 ne faut pas plaindre les peines qu'on

« Mon fils, n'en désirez pas davantage. » C'est-à-dire renfermez-vous dans les choses profitables: laissez les livres de curiosité. « On multiplie les livres sans fin : et de trop longues spéculations épuisent le corps. » {Eccle. xn, 12.)

Les vraies éludes sont celles qui apprennent les choses utiles à la vie humaine. Il y en a qui sont dignes de l'application du prince habile. Dans les autres, c'est assez pour lui d'exciter l'industrie des savants par les récompenses, dont la principale est toujours, aux esprits bien faits, l'agrément et l'estime d'un maître entendu.

11 ne convient pas au prince de se fatiguer par de longues et curieuses lectures. Qu'il lise peu de livres ; qu'il lise, comme Salomon, les discours sensés et utiles. Surtout qu'il lise l'Evangile, et qu'il le médite. C'est là sa loi, et la volonté du Seigneur.

IXe Prop. Le prince doit savoir la loi. — Il est fait pour juger, et c'est la première institution de la royauté. « Faites-nous un roi qui nous juge. » Et encore: « Nous voulons être comme les autres nations, et avoir un roi qui nous juge. » {1 Reg. vm, 5, 20.)

Aussi avons-nous vu que Dieu commande aux rois d'écrire la Loi de Moïse, d'en avoir toujours avec eux un exemplaire authentique, et de la lire tous les jours de leur vie. [Dcut. xvu, 18, 19.)

C'est pi ur cela que dans leur sacre on la leur mettait en main. « Ils amenèrent au

prendra à cette recherche, on en est bientôt temple le fils du roi, et lui mirent le diadèrécompensé. «Mon fils, faites-vous instruire me, et la marque royale sur la tête; ils lui

dès votre jeunesse, et la sagesse vous suivra jusqu'aux cheveux gris : cultivez-la avec soin, comme celui qui laboure et qui sème, et attendez ses bons fruits. Vous travaillerez un peu pour l'acquérir, et vous ne tarderez pas à manger ses fruits. {Eccli. vi, 18 seq.) Mettez vos pieds dans ses entraves, votre cou dans ses liens, votre épaule sous son joug. A la fin vous y trouverez le repos, et elle vous tournera en plaisir. » [Ibid., 25, 2G, 29 )

VI il* i'hor. Le prince doit étudier et faire étudier les choses utiles ; quelle doit être son

mirent aussi la Loi à la main, et le firent roi. Le pontife Joïada et ses enfants le sacrèrent; et tout le peuple cria, Vive le roi I » {Il Pur. xxin, 11.)

Le prince doit croire aussi que dans la nouvelle alliance il reçoit l'Evangile de la main de Dieu, pour se régler par cette lecture.

Le peuple doit savoir la loi, sans doute, du moins dans ses principaux points; et se faire instruire du reste dans les occurrences ; car il la u'oit pratiquer. Mais le prince, qui outre cela la d-;it faire pratiquer aux autres,

l'AHT. XIII. 1IIE0L SOCIALE. - t'OI

et juger selon ses décrets, la doit savoir beaucoup davantage.

On ne sait ce qu'on fait, quand ou va sans règle, et qu'on n'a pas la loi pour guide : la surprise; la prévention, l'intérêt et les passions offusquent tout. « Le prince ignorant opprime sans y penser plusieurs personnes, et fait triompher la calomnie.» (Prov. xxvin,16.)

« Mais le commandement est un flambeau devant les .yeux, la Loi est une lumière. » (Prov. vi, 23.] Le prince qui la suit, voit clair, et tout l'Etat est éclairé.

« Que si l'œil de l'Etat (c'est-à-dire le prince) est obscurci, que seront les ténèbres ir êmes, et combien ténébreux sera tout le corps I » (Matth. vi, 23.)

Qu'il sache donc le fond de la loi, par laquelle il doit gouverner. Et s'il ne peut pas descendre à toutes les ordonnances particulières que les affaires font naître tous les jours, qu'il sache du moins les grands principes de la justice, pour n'être jamais surpris. C'était le Dcutéronome , et le fondement de la loi, que Dieu l'obligeait d'étudier et Je savoir.

Que la vie du prince est sérieuse I 11 doit sans cesse méditer la loi. Aussi n'y a-t-il rien parmi les hommes de plus sérieux ni de plus grave que l'oliice de la royauté.

Xe Prop. Le prince doit savoir les affaires. — Aussi a-t-on vu Jephlé, élu prince du peuple de Diuu, prouver par la discussion des droits de ce peuple, que le roi des Ammonites leur faisait injustement la guerre. (Jud. xi, 15 seq.)

On voit l'a lia ire discutée avec toute l'exactitude possible. Dans celte discussion, les principes du droit sont joints par Jephté avec la recherche des faits, et la connaissance des antiquités. C'est ce qu'on appelle savoir les affaires.

Le prince qui sait ces choses met visiblement la raison de son côté : ses peuples sont encouragés à soutenir la guerre, par l'assurance de leur bon droit: ses ennemis sont ralentis: les voisins n'ont rien à dire.

Une semblable discussion fit beaucoup d'honneur à Simon le Machabée. (I Mach. xv, 28 seq.) « Le roi d'Asie lui envoya redemander par Alhénobius la citadelle de Jérusalem, avec Joppé et Gazara, places importantes, qu'il soutenait ê*tre de son royaume. »

Simon, sur cette demande, fait premièrement les distinctions nécessaires. Il distingue les anciennes terres qui appartenaient Ue tout temps aux Juifs, d'avec celles qu'ils avaient conquises depuis peu.

* Nous n'avons, » dit-il (Ibid., 33, 3'i-) « rien usurpé sur nos voisins, et ne possédons rien du bien d'autrui , mais l'héritage de nos pères que nos ennemis ont possédé quelque temps injustement, dans lequel nous sommes rentrés aussitôt que nous en avons trouvé l'occasion, et nous ne faisons que revendiquer l'héritage de nos pères. »

On a vu les offres qu'il fit pour Joppé et pourCazara, encore qu'il les eût prises par

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