‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 84 sur 458 · IT1QUE TIBEE DE L'ECRITURE. LIV. V · texte numérisé non relu

IT1QUE TIBEE DE L'ECRITURE. LIV. V

une bonne et juste guerre: et il se mit si bien à la raison, qu' '< Àthénobius, envoyé du roi d'Asie, n'eut rien à répondre. » (/ Mach. xv, 35.)

Il est beau et utile que les affaires d'une certaine importance soient discutées, autant qu'il se peut, par In prince môme, avec un grand raisonnement. Quand il s'en fie tout a fait aux autres, il s'expose à être trompé, ou à voir ses droits négligés. Personne ne pénètre [dus dans les affaires que celui qui y a le principal intérêt.

XI* Prop. Le prince doit savoir connaître les occasions et le temps. — C'est une des principales parties de la science des affaires, qui toutes dépendent de là.

« Chaque chose a son temps, et tout passe sous le ciel, dans l'espace qui lui est marqué. Il y a le temps de naître, et le temps de mourir; le tempsde planter, et le temps d'arracher; le temps de blesser, et le temps de guérir; le temps de bâtir, et le temps d'abattre; le temps de pleurer, et le temps de rire ; le temps d'amasser, et le temps de répandre; le temps de couper, et le temps de coudre (c'est-à-dire le temps de s'unir, et le temps de rompre) ; le temps de parler, et le temps de se taire; le temps de guerre, et le temps de paix. Dieu même fait tout en certains temps. » (Eccle. ni, 1 seq.)

Si toutes choses dépendent du temps, la science des temps est donc la vraie science des affaires, et le vrai ouvrage du sage. Aussi est-il écrit que le cœur du sage connaît le temps, et règle sur cela son jugement. (7 Eccle. vin, 5.)

C'est pourquoi il faut dans les affaires beaucoup d'application et de travail. « Chaque affaire a son temps et son occasion; et la vie de l'homme est pleine d'affliction, parce qu'il ne sait point le passé, et il n a point de messager qui lui annonce l'avenir. Il ne peut rien sur les vents, il n'a point de pouvoir sur la mort ; il ne peut différer quand on vient lui faire la guerre. » (Jbid., 6-8.) Nul ne fait ce qu'il veut : une force majeure domine partout : les moments passent rapidement, et avec une extrême précipitation; qui les manque, manque loui.

Celle science des temps a fait la principale louange de la sagesse de Saromon.

« Béni soit le Dieu d'Israël, qui a donné à David un lils habile, avisé, sage et prudent, pour bâtir un temple au Seigneur, et un palais pour sa personnel » (// Par. n , 12) dans une profonde paix, dans une grande abondance, après les préparatifs faits par son père. C'était le temps d'entreprendre de si grands ouvrages.

Parce qjie les Machabées prirent bien ieur temps, ils engagèrent les Humains à les protéger ; et ils s'affranchirent des rois de Syrie, qui les opprimaient. « Jonalhas vit que le temps était favorable, et il envoya renouveler l'alliance avec les Romains. » (/ Mach. XII, 1.)

Il faudrait transcrire toutes les histoires saintes et profanes, pour marquer ce que

(H i VRES COMPLETES DE BOSSUET.

iteni dans les affaires, les tempa el les

itre- temps.

Il \ i encore dans les choses certains tt uips a observer, pour garder les bienséani - el entretenir Tordre. ■ .Mon tils, observe* les temps et évitez le mal. » [Eccli. iv,

i s temps régi en I toutes les aetions jusqu'aux moindres. •< Malheur à toi, terre dont - rois se gouvernent en enfants, et man- ! dès le matin I Heureuse la terre dont- le roi n'a que de grandes pensées; dont les princes mangent dans le temps, pour la néssité, el non pour la délicatesse. » (Ecrie. \, 16, 17.) C'e:>t une espèce de similitude pour montrer que le temps gouverne tout, el que chaque chose a un temps propre. Ml' Prop. Le prince doit connaître les unes. — C'est- là sans doute sa plus grande affaire; de savoir ce qu'il làui croire des hommes, et à quoi ils sont propres.

Il laul, avant toutes choses, qu'il connaisse le naturel de son peuple: et c'est ce que le Sage lui prescrit, en la figure d'un pasteur: « Connaissez,» dit-il (Prov.xs.vu, 23 ). « la l'ace de votre brebis, et considérez votre troupeau. >>

Sens regarder aux conditions, il doit juger de chacun, parce qu'il est dans son fond. <- Ne méprisez pas le pauvre, qui est homme de bien: n'élevez pas le riche, à cause qu'il est puissant. >. ( Eccli. x, 26. ) Et encore : « Ne louez ni ne méprisez l'homme par ce qui parait à la vue: l'abeille est petite et il n'y a rien de plus doux que ce qu'elle fait. » [Eccli. xi, 2, 3.)

Il faut surtout qu'il connaisse ses courtisans. « Prenez garde à ceux qui vous environnent, et tenez conseil avec les sages. » {Eccli. îx, 21.)

Autrement tout ira au hasard dans un Liai, el il y arrivera ce que déplore le Sage. [Eccle. ix, 11.) « J'ai vu sous le soleil qu'on ne confie pas la course au plus vite, ni la guerre au plus vaillant; que ce n'est [joint aux sages qu'on donne du pain, ni aux plus habiles qu'on donne les richesses; et que ce ne sont pas les plus intelligents qui plaisent le plus: mais que la rencontre et le hasard l'ont tout sur la terre. »

C'est ce qui arrive sous un prince inconsidéré, qui ne sait pas choisir les hommes, mais qui prend ceux que le hasard et l'occasion, ou son humeur, lui présentent.

La surprise et l'erreur confondent tout dans un tel règne. « J'ai vu sous le soleil un mal, où le prince se laisse aller par surprise : un fou tient les hautes places, et les grands sont à. ses pieds. » (Eccle. x, 5, 6.)

Le prince qui choisit mal, est puni par son propre choix. « Celui qui envoie porter des paroles par un fou, sera condamné par ses propres œuvres. » (Prov. xxvi, 6.)

David, pour avoir bien connu les hommes, sauva ses affaires dans la révolte d'Absalon. Jl vit que toute la force du parti rebelle était dans les conseils d'Achilophel, et tourna tout son esprit à les détruire. Il

connut la capacité el fidélité de Chusaï.

Celait un sage vieillard qui, le voyant contraint de prendre la fuite, « vint à lui la tète •ouverte de poussière, el les habits déchirés. David lui dit : Si vous venez avec moi, vous me serez à charge : si vous faites semblant de suivre le parti d'Ahsalon, vous dissiperez le conseil d'Achilophel. » 1 II Hey. xv, 82- 3k. j

il ne se trompa point dans sa pensée.

Chusaï empêcha Absalon de suivre un conseil d'Achitophel, qui ruinait David sans ressource. (// Rey. xvn, 7 seq.) Achilophel sentit aussitôt que les affaires étaient perdues, et se lit périr par un cordeau. ( Ibid., 23.)

David, non content d'envoyer Chusaï, lui donna des personnes affidées. Il ne fallait pas s'y tromper ; car, au moindre faux pas, le précipice était inévitable. Voici donc co que David dit à Chusaï : « Tout ce que vous apprendrez des desseins d'Absalon, dites-le aux prêtres Sadoc et Abialhar: ils ont deux enfants par qui vous me manderez toutes les nouvelles. » (// Rey. xv, 35, 36.)

Chusaï n'y manqua pas. Après avoir rompu les desseins d'Achitophel, il manda à David, par ces deux hommes, tout ce qui s'était passé [II Rcy. xvn, 15 seq.), et lui donna un avis qui sauva l'Etat.

Ainsi David, pour avoir connu les hommes dont il se servait, reprit le dessus, et rétablit ses affaires presque désespérées.

Au contraire, Roboam, pour avoir mal connu l'humeur de son peuple, et l'esprit de Jéroboam qui le soulevait, perdit dix tribus, c'esl-à-dire plus de la moitié de son royaume.

Le prince qui s'iiabi lue à bien connaître les hommes, paraît en tout inspiré d'en haut; tant il donne droit au but. Joab avait envoyé une femme habile pour insinuer quelque chose à David. Ce prince connut d'abord de qui venait le conseil, « II répondit à celte femme (II Reg. xiv, 18-20) : Dites-moi la vérité; n'est-ce pas Joab qui vous envoie me parler? Seigneur, lui dil-elle, par le salut de votre âme, vous ne vous êtes détourné ni à droite ni à gauche. Votre serviteur Joab m'a mis à la bouche toutes les paroles que j'ai dites : mais vous, Seigneur, vous êtes sage comme un ange de Dieu, et il n'y a rien sur la terre que vous ne sachiez. »

C'est ce que voulait dire Salomon dans cette belle sentence : -c La prophétie est dans les lèvres du roi ; il ne se trompe point dans son jugement. » (Prov. xvi, 10.)

Ce sage roi l'avait éprouvé, dans ce jugement mémorable qu'il rendit entre ces deux mères. Parce qu'il connut la nature, et les effets des passions, la malice et la dissimulation ne put se cacher à ses yeux : v< Et tout le peuple connut que la sagesse de Dieu était en lui. » (/// Reg. ni, 28.)

Outre que la grande expérience et la connaissance des hommes donnent à un prince appliqué un discernement délicat:

Dieu l'aide en effet quand il s'applique, car

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