‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 85 sur 458 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

C'est Dieu qui mit dans lo cœur de David ces salutaires conseils qui lui remirent la couronne sur la tête Ce ne fut pas la prudence de David: « Ce fut le Seigneur lui môme, qui dissipa les conseils utiles d'Achilopliel.» (// Rcg.xxu, 14.)

Aussi s'était-il d'abord tourné 5 Dieu.

« O Seigneur! confondez le conseil d'Achilophell » (Ibid.f 15, 31.)

Voilà donc deux choses que le prince doit faire : premièrement, s'appliquer do toute sa force à bien connaître les hommes; secondement, dans cette application, attendre les lumières d'en haut, et les demander avec ardeur ; car la chose est délicate et enveloppée.

11 ne se peut rien ajouter à ce que dit sur ce sujet VEcclésiastique. Je rapporterai son discours, comme il est porté dans le grec, bien plus clair que notre version latine (Eccli. xxxvn, 8 seq. ) : « Tout conseiller vante son conseil ; mais il y en a qui conseillent pour eux-mêmes. Gardez-vous donc d'un conseiller, et regardez avant toutes choses quel besoin vous en a.vez, et quels sont ses intérêts. Car souvent il conseillera pour luimême, et hasardera vos affaires pour faire les siennes. Il vous dira: Vous faites bien; et il prendra garde cependant à ce qui vous arrivera, pour en profiter. Ne consultez donc pas avec un homme suspect. Regardez les vues d'un chacun. Ne prenez pas l'avis d'une femme sur celle dont elle est jalouse, ni d'un homme timide sur la guerre, ni du marchand sur la difficulté des voitures, ni du vendeur sur le prix de ses marchandises (chacun se fera valoir, et regardera son profit). Ne consultez non plus l'envieux, sur la récompense des services; ni celui dont le cœur est dur, sur les libéralités et sur les grâces ; ni l'homme lent, sur quelque entre- Juda, dit à Achab, roi dTsraël (111 Reg. xxu,

éprouvez votre âme i connaissez ce qui lui

est mauvais, et gardez-vous de le lui donner.»

Tout ne convient [tas à tous; il faut savoir h quoi on est propre. Tel homme qui serait grand, employé à certaines choses, se rend méprisable, parce qu'il se donne à celles où il n'est pas propre.

Connaître ses défauts est une grande science: car on les corrige, ou on y supplée par d'autres moyens. « Mais qui connaît ses fautes? >> dit le Psalmiste. (Psal. xvm, 13. j Nul ne les connaît par lui-même; il faut avoir quelque ami tidèle qui vous les mou tre. Le Sage nous le conseille, « Qui aime à savoir, aime à être enseigné; qui hait d'être repris, est insensé. » (Prov. xn, 1.)

En effet, c'est un caractère de folie, d'ailorer toutes ses pensées, de croire être sans défaut, et de ne pouvoir souffrir d'en être averti. « L'insensé marchant dans sa voie, trouve tous les autres fous, a (Eccle. x, 3.) Et encore : « Ne conférez point avec le fou, qui ne peut aimer que ce qui lui plaît. » (Eccli. vin, 20.)

Le Sage dit au contraire (Eccli. xxui, 2, 3) : « Qui donnera un coup de fouet a mes pensées, et une sage instruction à mon cœur; afin que je ne m'épargne pas moi-même, et que je connaisse mes défauts: de peur que mes ignorances et mes fautes ne se multiplient, et que je ne donne de la joie à mes ennemis, qui me verront tomber à leurs pieds? »

Voilà ce qui arrive à l'insensé qui ne veut pas connaître ses fautes. Les princes, accoutumés à la flatterie, sont sujets plus que tous les autres hommes à ce défaut. Parmi une infinité d'exemples, je n'en rapporterai qu'un seul.

Achab ne voulait point entendre le seul prophète qui lui disait la vérité, parce qu'il la disait sans flatterie. « Josaphat, roi de

prise que ce soit; ni le mercenaire que vous avez à votre service, sur la fin de l'ouvrage qu'il a entrepris (car il a intérêt de le faire durer le plus qu'il pourra); ni un serviteur paresseux, sur les travaux qu'il faut entreprendre. Ne prenez point de tels conseils : mais ayez auprès de vous un homme religieux, qui garde les commandements, dont l'esprit revienne au vôtre, et qui compatisse à vos maux quand vous tomberez. Et faitesvous un conseil dans votre cœur; car vous

7, 8; Il Par. xvin, G, 7) : N'y a-t-il pas ici quelque prophète du Seigneur? Il nous en reste encore un, répondit le roi d'Israël, qui s'appelle Michée, fils de Jemla ; mais je le hais, parce qu'il ne me prophétise que du mal, et jamais du bien. »

Il le reprenait de ses crimes, et l'avertissait des justes jugements de Dieu afin qu'il les évitât. Achab ne pouvait souffrir ses discours. Il aimait mieux être environné d'une troupe de prophètes flatteurs qui ne

n'en trouverez point de plus fidèle. L'esprit lui chantaient que ses louanges, et des triom-

d'un homme lui rapporte plus de nouvelles quesept sentinelles misessur de hauts lieux, pour découvrir et pour observer. Et pardessus tout cela priez le Seigneur, afin qu'il conduise vos voies. »

XIIIe Phop. Le prince doit se connaître lui-même. — Mais de tous les hommes que le prince doit connaître, celui qui lui importe plus de bien connaître, c'est lui-même.

« Mon fils, éprouvez votre âme dans toute votre vie; et si elle vous semble mauvaise, ne lui donnez pas de pouvoir (Eccli. xxxvn, 30) : » c'est-à-dire ne vous laissez pas aller à ses désirs. Le grec porte : « Mon fils,

plies imaginaires. Il voulut être trompé, et il le fut. Dieu le livra à l'esprit d'erreur, qui remplit le cœur de ses prophètes, tic flatteries et d'illusions auxquelles il crut pour son malheur; et il périt dans la guerre où ses prophètes lui annonçaient tant d'heureux succès.

Au contraire le pieux roi Josaphat reprend le roi d'Israël, qui ne voulait pas qu'on écoulât ce prophète de malheurs. « Ne parlez pas ainsi, roi d'Israël. » {Ibid.) Il faut écouter ceux qui nous montrent, de la part de Dieu, et nos fautes, et ses jugements.

Le même roi Josaphat, au retour de la

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guerre où I! avait été avei A» liai», écoula

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ennemis de Dieu : vous méritiez sa colère;

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Il marchai! en tout sur les pas de son père David, qui, recevant avec respecl lesjus.tes repréhensions des prophètes Nathan et (.ïad i/f lirg. wi, wi\\ reconnu! ses fautes, et en obtint le pardon.

Ce ne sont pas seulement les prophètes qu'il faut OUW : le sage regarde tous ceux qui lui découvrent ses tantes avec prudence, comme dos hommes envoyés de Dieu pour lé. lairer. Il ne faut point avoir égard aux conditions : la vérité conserve toujours son autorité naturelle, dans quelque bouche qu'elle soit. « Les hommes libres obéissent au\ serviteurs sensés; l'homme prudent et Instruit ne murmure pas étant repris. » (Eccli. x, 28.)

L'homme qui peut souffrir qu'on le reprenne est vraiment maître de lui-même.

i < hii méprise l'instruction , méprise son âme : qui acquiesce aux répréhensions, est maître de son cœur. » (Prov. xv, 32.)

XIVe Prop. Le prince doit savoir ce qui se passe au dedans et au dehors de son royaume. — Sous un prince habile et bien averti, personne n'ose mal faire. On croit toujours l'avoir présent, et même, qu'il devine les pensées. « Ne dites rien contre le roi dans votre pensée; ne parlez point contre lui dans votre cabinet : car les oiseaux du ciel rapporteront vos discours. » (Eccle. X- 20.)

Les avis volent à lui de toutes parts, il en sait faire le discernement, et rien n'échappe à >a connaissance.

Ce soldat à qui Joab , son général , commandait quelque chose contre les ordres du roi, lui répondit (lIRcg. xvtn, 12 seq.): «(Quelquesomme que vous me donnassiez, je ne ferais pas ce que vous médites; car le roi l'a défendu : et quand je ne craindrais pas ma propre conscience, le roi le saurait,* el pourriez-vous me protéger?»

m Nathan vint à Bethsabée, mère de Salomon , et lui dit : Ne savez-vous pas qu'Adonias, fils d'Haggith , s'est fait reconnaître roi; et le roi, notre maître, l'ignore encore? Sauvez votre vie et celle de Salomon ; allez prompte ru eut, et parlez au roi!» (lllReg.i, 11 seq. ) Un mal connu est à demi guéri : les plaies cachées deviennent incurables.

Voilà pour le dedans. Et pour le dehors : Amasias , roi de Juda, enflé de la victoire nouvellement remportée sur les Iduméens, voulut mesurer ses forces avec le roi d'Israël plus puissant que lui. « Joas, roi d'Israël, lui fit dire : Le chardon du Liban voulut marier son fils avec la fille du cèdre ; et les bêtes qui étaient dans le bois de cette montagne, en passant écrasèrent le chardon. roua avez défait les Iduméens et votre cœur i est élevé. Contentez-vous de la gloire que vous avez acquise, et demeurez en repos.

5flS

Pourquoi voulez-vous périr, vous et votre peuple? Amasias n'acquiesça pas à ce conseil : il marcha contre Joas; il fut battu et pris. JOBS abattit quatre cents coudées des murailles de Jérusalem, et enleva les trésors de la maison du Seigneur et de la maison du roi. » (IV Jtcg. xiv, 8 seq.) Si Amasias eut connu les forces de ses voisins, il n'aurait pas cru qu'il pût vaincre un roi plus puissant que lui, parce qu'il en avait vaincu un plus faible; et cette ignorance causa sa ruine.

Au contraire, Judas le Maehabée, pour avoir parfaitement connu la conduite cl les conseils des Romains, leur puissance et leur manière défaire la guerre, enfin leurs secrètes jalousies contre les rois de Syrie (/ Mach. vin, 1 seq.), s'en fit des protecteurs assurés , qui donnèrent moyen aux Juifs do secouer le joug des gentils

Que le prince soit donc averti, et n'épargne rien pour cela. C'est à lui principalement que s'adresse cette parole du Sage : « Achetez la vérité. » (Prov. xxm, 23.) Mais qu'il prenne donc garde à ne point payer des trompeurs, et à ne pas acheter le mensonge.

XVe Prop. Le prince doit savoir parler. — « Les ouvrages sont loués par la main de l'ouvrier; et le prince du peuple est reconnu sage par ses discours. » (Eccli. ix, 2k.)

On n'attend de lui que de grandes choses. Job sentait en cela son obligation , et l'attente des peuples, lorsqu'il disait (Job xxix, 21, 22) : « On n'attendait de ma bouche que de belles sentences , et on se taisait pour écouter mes conseils. On ne trouvait rien à ajouter à mes paroles. »

Ce n'est pas tout de tenir de sages discours, ni de dire de bonnes choses; il les faut dire à propos. '( Les belles sentences sont rejetées dans la bouche de l'imprudent : car il ne les dit pas en leur temps. » (Eccli. xx, 22.)

C'est pourquoi le Sage pense à ce qu'il dit, pour ne parler que quand il faut. « Le cœur du sage instruit sa BOuchë, et donne grâce à ses lèvres. Des paroles bien ordonnées sont comme le miel ; la douceur en est extrême. » (Prov. xvi, 23, 24».)

« Les paroles dosage le rendront agréable; celles du fou l'engageront dans le précipice : il commence par" une folie et finit par une erreur insupportable. » (Eccle. x, 12, 13.)

S'il n'y a rien de plus agréable qu'un discours fait à propos, il n'y a rien de plus choquant qu'un discours inconsidéré. « Un homme désagréableressemble à un discours hors de propos. » (Eccli. xx, 21.)

Parler mal à propos n'est pas seulement chose désagréable, mais nuisible. « Le discoureur se blesse lui-même d'une épée ; la langue des sages est la santé. » (Prov. xn, 18.) Et encore : «Qui garde sa bouche, garde son âme; le parleur inconsidéré se perdra lui-même. » (Prov. xiu, 3.)

Le vain discoureur a un caractère de folie. « L'insensé parle sans fin. » (Eccle. x,H.)

PART. XIII. T1IK0L. SOCIALE. — POl

Kl encore : « Voyez-vous cet homme prompt .;i parler, il y a plus à espérer d'un fou que de lui. » (Prov. \\i\. 20.)

La langue conduite par la sagesse est un instrument propre à tout. Voulez - vous adoucir un homme irrité : « Une douce réponse apaise la rofèVé; mais une parole rude cxcile la fureur. » (Prov. xv, 1.) Et encore : « Une langue douce est l'arbre de vie; une langue emportée accable l'esprit. » {Ibid.y h.)

Voulez-vous gagner quelqu'un qui soit mécontent, la parole vous y sert plus que les dons. «La rosée rafraîchit l'ardeur ; et une parole vaut mieux qu'un présent. »

(Eccli. xvin, 10.)

Il faut donc être maître de sa langue. « Le cœur du sage instruit sa bouche; » comme nous venons de voir. Et encore : « Le cœur îles fous est en la puissance de leur bouche ; et la bouche des sages est en la puissance de leur cœur. » (Prov. xxi, 20.) La démangeaison de parler emporte l'un, la circonspection mesure Joutes les paroles de l'autre : l'un s'échauffe en discourant, et s'engage; l'autre pèse tout dans une balance juste, et ne dit que ce qu'il veut.

XVIe Prop. Le prince doit, savoir se taire : le secret est l'âme des conseils. — « Il est bon de cacher le secret du roi. » (Tob. xn , 7.) Le secret des conseils est une imitation de la sagesse profonde et impénétrable de J)ieu. «On ne peut connaître la hauteur des cieux , ni la profondeur de la terre, ni le cœur des rois. » (Prov. xxv, 3.)

Iî n'y a point de force, où ri n'y a point de secret. Celui qui ne peut retenir sa langue, est une ville ouverte et sans muraille. (Ibid., 28.) On l'attaque, on l'enfonce de toutes parts.

Si trop parler est un caractère de folie , savoir" se taire est un caractère de sagesse. « Le fou môme, s'il sait se taire, passera pour sage. » (Prov. xvn, 28.)

Le sage interroge plus qu'il ne parle : ><■ Faites semblant de ne pas savoir beaucoup de choses, et écoutez en vous taisant et en interrogeant. » (Eccli. xxxii, 12.)

Ainsi, sans vous découvrir, vous découvrirez les autres. Le désir de montrer qu'on sait, empêche de pénétrer et de savoir beaucoup de choses.

Il faut donc parler avec mesure. « L'insensé dit d'abord tout ce qu'il 8 dans l'esprit : le sage réserve toujours quelque chose pour l'avenir. » (Prov. xxix, 11.)

Il ne se tait pas toujours, « mais il se tait jusqu'au temps propre : l'insolent et l'impiudent ne connaissent pas le temps.»

(Eccli. xx, 7.)

« Il y en a qui se taisent parce qu'ils ne savent pas parler; et il y en a qui se taisent, parce qu'ils connaissent le temps. » (Ibid., 6.)

Tant de grands rois, a qui des paroles témérairement échappées ont causé tant d'inquiétude, justifient cette parole du Sage: «•Qui garde sa bouche et sa langue, garde

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