ITIOI K TIREE DE L'ECRITURE. LIV. V
sou âme de grands embarras et de grandi 1 chagrins. » {Prov. xxi, 23.)
« Oui mettra un sceau sur mes lèvres, et une garde autour de ma bouche, alin que ma langue ne me perde point. » (En xxii, 33.)
Wii" Piior. Le prince doit prévoir. — Ce n'est pas assez au prince de voir, il faut qu'il prévoie. « L'habile homme a vu le mal qui le menaçait , et s'est mis à couvert : le malhabile a passé outre, et a fait une grande perte. » (Prov. xxu, 3.)
« Jouissez des biens dans les temps heureux; mais donnez-vous garde du temps fâcheux : car le Seigneur a fait l'un et l'autre. » (Ecclc. vil, 15.)
Il ne iaut point avoir une. prévoyance pleine de souci et d'inquiétude, qui vous trouble dans la bonne fortune ; mais il faut avoir une prévoyance pleine de précaution, qui empêche que la mauvaise fortune ne nous prenne au dépourvu.
« Dans l'abondance, souvenez-vous de la famine : pensez à la pauvreté et au besoin parmi les richesses : le temps change du matin au soir. » (Eccli. xvm, 25, 20.)
Nous avons vu David, pour avoir prévu l'avenir, ruiner le parti d'Absalon, et étouffer la rébellion de Séba dans sa naissance. (// Rcg. xv, xx.)
Roboam, Amasias, et les autres dont nous avons vu les égarements , n'ont rien prévu , et sont lombes. Les exemples de l'un et l'autre événement sont innombrables.
11 n'y a guère d'homme qui ne soit touché d'un grand mal présent, et ne fasse des efforts pour s'en tirer : ainsi toute la sagesse est à prévoir.
L'homme prévoyant prend garde aux petites choses, parce qu'il voit que de ceiles-là dépendent les grandes. «Qui méprise les petites choses, tombera peu à peu. » (Eccli. xix, 1.)
Dans la plupart des affaires, ce n'est pas tant la chose que la conséquence qui est à craindre : qui n'entend pas cela, n'entend rien.
La santé dépend plus des précautions (pie des remèdes. « Apprenez, avant que de parler; prenez le remède avant la maladie. » (Eccli. xvm, 19, 20.)
Que les particuliers aient des vues courtes, cela peut être supportable. Le prince doit toujours regarder au loin, et ne .*e pas renfermer dans son siècle. « La vie do l'homme a des jours comptés ; mais les jours d'Israël sont innombrables. » (Eccli. xxxvn , 28.)
O prince ! regardez donc la postérité.
Vous mourrez, mais votre Etat doit être immortel.
XVIIIe Prop. Le prince doit cire capable d'instruire ses ministres. — C'est-à-dire (pie la raison doit être dans la tête. Le prince habile fait les ministres habiles, et les forme sur ses maximes.
C'est ce que voulait iiir$X Ecclésiastique: « Le sage juge, c'est-à-dire le sage prince, instruira son peuple : et le gouvernement
U [ VUES COMPLETES DE liOSSUET.
m- l'homme sensé sit.i durable. »(JPccW. x, i.) El encore :« L'homme sage instruit son peuple, et les fruits .io la sagesse oe son! pas trompeurs. »(Eccli xxxvii, 2<>.)
i 'exemple de Josaphat, également sage, i lillanl el poux, nous apprendra ce qu'il
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[) as la troisième au née de son règne, il envoya cin i des seigneurs de la cour pour « instruire le peuple dans les villes de Juda, etav* eux huit lévites et deux prêtres. Ils enseignaient le peuple de luda, avant en main le livre de la Loi du Seigneur; et ils parcouraient toutes les villes de Juda, et ils instruisaient le peuple. » (1J Par. xvu, 7,
Remarquez toujours que la Loi du Seigneur était la loi du royaume dont le peuple doit être instruit ; et le roi prend soin de l'en faire instruire. Comme cette loi contenait ensemble les choses religieuses et polilijues, aussi, pour enseigner le peuple, il envoya des prêtres avec des seigneurs. Mais voyons la suite.
à II établit des juges par toutes les villes fortes de Juda, leur disant : Prenez garde à ce que vous avez à faire ; car ce n'est pas le jugement des hommes que vous exercez, ma;s le jugement du Seigneur : et tout ce que vous jugerez retombera sur vous. Que .a crainte du Seigneur soit donc avec vous : el faites tout avec soin ; car il n'y a point d'iniquité dans le Seigneur votre Dieu, ni d'acception de personnes, ni le désir d'avoir des [ résents. »(// Par. xix, 5-7.)
Outre ces tribunaux érigés dans les villes de Juda, il érigea un tribunal plus auguste dans la capitale du royaume. « 11 établit dans Jérusalem des lévites et des prêtres, et les chefs de famille, pour juger le jugement du Seigneur, et terminer toutes les causes en son nom. Et il leur dit : Yrous ferez ainsi, et ainsi, dans la crainte du Seigneur, avec fidélité, el d'un cœur parfait. Dans toute cause de vos frères qui viendra à vous, où il sera question de la Loi, des commandements, des ordonnances et de la justice, apprenez-leur à ne [.oint offenser Dieu, de peur Mue la colère de Dieu ne vienne sur vous et sur eux ; en faisant ainsi vous ne pécherez pas. » (Il Par. xix, 8-10.)
Un prince habile donne ordre que le peuple soit bien instruit des lois; et lui-même il instruit ses minisires, afin qu'ils agissent selon la règle.
ARTICLE II
Moyens ù un prince d'acquérir les connaissances nécessaires.
Première Proposition. Premier moyen:
Aimer la vérité, et déclarer qu'on la veut salwtr- — Nous avons montré au prince, par I > parole de Dieu, combien il doit être instruit, el de combien de choses : donnons-lui moyens d'acquérir les connaissances nécessaires, en suivant toujours cette divine parole comme noire guide.
! premier moyen qu'a le prince pour
connaître la vérité, est de l'aimer ardemment, et de témoigner qu'il l'aime: ainsi elle lui viendra de tous côtés, parce qu'on croira lui faire plaisir île la lui dire.
« Les oiseaux de mêine espèce s'assemblent, el la férilé retourne a celui qui la recherche. » (Eccli. xxvn, 10.) Les véritables cherchent les véritables; la vérité vient aisément à un esprit disposé à la recevoir par I amour qu'il a pour elle.
Au contraire, toute leur cour sera remplie d'erreur et de flatterie, s'ils sont de l'humeur de ceux qui disent « aux voyants : Ne voyez pas ; et à ceux qui regardent : Ne regardez pas pour nous ce qui est droit; ditesnous des choses agréables ; voyez pour nous des illusions.» [Isa. xxx, 10.)
Peu disent cela de bouche; beaucoup le disent de cœur. Le moude est rempli de ces insensés dont parle le Sage : « L'insensé n'écoule pas les discours prudents, ni ne prête l'oreille, si vous ne lui parlez selon ses pensées. » (Prov. xvm.)
Il ne suflit pas au prince de dire en général, qu'il veut savoir la vérité, et de demander, comme fit Pilate à Noire-Seigneur (Joan. xvm, 38) : « Qu'est-ce que la vérité ? » puis s'en aller tout à coup, sans- attendre la réponse. Il faut et le dire, et le faire de bonne foi.
Les uns s'informent de la vérité par manière d'acquit, et en passant seulement, comme il semble que Pilate fit en ce lieu. Les autres, sans se soucier de la savoir, s'en informent par ostentation, et pour se faire honneur de cette recherche. Tel était Achab, roi d'Israël, dans lequel nous voyons tous les caractères de ce dernier genre d'hommes. Au fond il n'aimait que la flatterie, et craignait la vérité. C'est pourquoi « il haïssait Michée, par cette seule raison : qu'il ne lui prophétisait que des malheurs. » (111 Reg. xxn, 8 ; // Par. xvm, 7.)
Repris de celte aversion injuste par Josaphat, roi de Juda, il n'ose lui refuser d'écouter ce prophète véritable : mais en l'envoyant quérir par un courtisan flatteur, il lui fit dire sous main, comme nous avons déjà vu : « Tous les prophètes annoncent uniquement au roi des succès heureux, tenez-lui un même langage. » \1I1 Reg. xxn, 13 ; II Par. xvm, 12.)
Cependant, quand il paraît devant Josaphat, et devant le monde, il fait semblant de vouloir savoir la vérité. « Michée, » dit Achab, « entreprendrons-nous cette guerre? Je vous demande, encore une fois, au nom de Dieu, de ne me dire que la vérité. » (111 Reg.jLxn, 15, 16 ; II Par. xvm, H, 15.)
Mais aussitôt que le saint prophète commence à la lui expliquer, il s'en fâche; et à la fin de son discours, il le fait mettre en prison. « Ne vous avais-je pas bien dit qu'il ne vous prophétiserait que des malheurs.» (III Reg. xxn, 18; // Par. xvm, 17.)
C'est ainsi qu'il parla à Josaphat, aussitôt presque que Michée eut ouvert la bouche. Et quand il eut tout dit, a le roi d'Israël donna cet ordre : Enlevez-moi Michée, el
PART. XIII. THEOL. SOCIALE. — POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LlV. V.
menez-le au gouverneurde la ville, et à Joas, lils d'Amélecb, et dites-lenrr: Le roi commande qu'on ni elle cet homme en prison, et ,|u'on le nourrisse au pain et à l'eau en petite quantité, jusqu'à ce que je revienne en paix. » (111 Reg. xxn, 20, 27; // Par. xvm, 25, 20.)
Voila à quoi aboutit ce beau semblant que fit Achab, de vouloir savoir la vérité. Aussi Miellée, le jugeant indigne de la savoir, lui répondit d'abord d'un ton ironique : Allez, tout vous réussira. (III lieg.xxu, 15; II Par. xvin, IV.)
Enfin, pressé au nom de Dieu de dire la vérité, le prophète exposa devant tout le monde celte terrible vision (111 Reg.xxn, 19 seq.; II Par. xvm, 18seq.) : «J'ai vu !e Seigneur assis dans son trône; et toute l'armée du ciel à droite et à gauche ; et le Seigneur dit : Qui trompera Achab, roi d'Israël, afin qu'il assiège Ramoth-Galaad , et qu'il y périsse? L'un disait d'une façon, et l'autre d'une autre. Un esprit s'avança au milieu de l'assemblée, et dit au Seigneur : Je le tromperai. En quoi le tromperas-tu, dit le Seigneur? Et il répondit : Je serai esprit menteur dans la bouche de tous les prophètes. Le Seigneur lui dit ; Tu le tromperas et lu prévaudras ; va, et fais comme tu dis. Maintenant donc, poursuivit Michée, le Seigneur a mis l'esprit de mensonge dans la bouche de tous vos prophètes, et il a résolu votre perte. »
Qui ne tremblera en voyant de si terribles jugements? Mais qui n'en admirera la justice ? Dieu punit par la flatterie les rois qui aiment la flatterie ; et livre à l'esprit de mensonge, les rois qui cherchent le mensonge et de fausses complaisances.
Achabfuttué ; et Dieu fit voir que qui cherche à être trompé trouve la tromperie pour sa perte.
« Vous êtes juste, ô Seigneur 1 et tous vos jugements sont droits. » ( Psat. cxvin, 137.)
IIe Phop. Deuxième moyen : Etre attentif et considéré. — On a beau avoir la vérité devant les yeux; qui ne les ouvre pas, ne la voit pas. Ouvrir les yeux à l'âme, c'est être attentif.
« Les yeux du sage sont en sa lêle ; le fou marche dans les ténèbres.» (Eccle. n, 14.) On demande à l'imprudent et au téméraire : Insensé, à quoi pen.siez-vous? où aviez-vous les yeux? Vous ne les aviez pas à la tète, ni devant vous; vous ne voyiez pas devant vos pieds; c'est-à-dire vous ne pensiez à rien ; vous n'aviez aucune attention.
C'est comme si on n'avait point d'yeux ni d'oreilles. « Ce peuple ne voit pas de ses yeux, et n'écoute pas des oreilles.» (Isa. vi, 10.) Ou, comme traduit saint Paul ( Act. xxviii, 20) : « Vous écoulerez, et n'entendrez pas; vous verrez, et ne concevrez pas. »
C'est pourquoi le Sage nous dit qu'il y a
« un œil qui voit, et une oreille qui écoute :
et c'est, » dit-il, « le Seigneur qui fait l'un et
l'autre.» (Prov. xx, 12.)
Ce don do Dieu n'est pas l'ait pour ceux
qui dorment, et qui ne pensent à rien, il faut s'exciter soi-même et considérer. ■ Que fos yeux considèrent ce qui est droit, que vos paupières précèdent vos pas. Dressez-vous vous-même un chemin, et vos démarches seront fermes. » (Prov. iv, 25,20.) Regardez avant que de marcher : soyez attentif à ce que vous faites.
Il ne faut jamais rien précipiter. « Où il n'y a point d'intelligence, il n'y a point de bien : qui se précipite chopera : la folie des hommes les l'ait tomber, et puis ils s'en prennent à Dieu dans leur cœur. » (Prov. xix, 2, 3.)
Soyez donc attentif et considéré en toutes choses. « Devant que de juger, ayez la justice devant les yeux ; apprenez avant que de parler : prenez la médecine avant la maladie ; examinez- vous vous-même, avant que de prononcer un jugement : et Dieu vous sera propice. » (Eccli. xvm, 19,20.)
L'attention en tout, c'est ce qui nous sauve. « Le conseil et l'attention vous garderont, la prudence vous sauvera des mauvaises voies : vous serez délivré de l'homme qui parle malicieusement, qui laisse le droit chemin, et marche par des voies ténébreuses.» {Prov. 11,11*19.)
Au milieu des déguisements et des artifices qui régnent parmi les hommes, il n'y a que l'attention et la vigilance qui nous puissent sauver des surprises.
Qui considère les hommes attentivement, y est rarement trompé. Jacob connut au visage de Laban, que les dispositions de son cœur étaient changées. Il vit que le visage de Laban était autre qu'à l'accoutumée. (Gen. xxxi, 2, 5.) Et sur cela il prit la résolution de se retirer.
Car, comme dit V Ecclésiastique selon les Septante : « On connaît les desseins de vengeancedans lechangemenl du visage. » [Eccli. xvm , 24.) Et encore : « Le cœur de l'homme change son visage, soit pour le bien, soit pour le mal. » (Eccli. xui, 31.)
Mais cela n'est pas aisé de découvrir, il y faut une grande application. « On trouve difficilement et avec travail , les vestiges d'un cœur bien disposé, et un bon visage.» (Ibid., 32.)
Que le prince considère donc attentivement toutes choses; mais surtout qu'il considère attentivement les hommes. La nature a imprimé sur le dehors une image du dedans. «. L'homme se connaît' à la vue; on remarque un homme sensé à la rencontre : l'habit, le ris, la démarche découvrent l'homme. » (Eccli. xix, 20, 27.)
Il ne faut pourtant pas en croire les premières impressions. 11 y a des Apparences trompeuses : il y a de profondes dissimulations. Le plus sur est d'observer tout, mais de u'en croire que les œuvres. « Vous les connaîtrez par leurs fruits (Matth. vu, 10, 20),» c'est-à-dire par les œuvres, (fit la Vérité même. Et ailleurs : « L'arbre se connaît à son fruit. » (Matth. xn , 33.)
Encore faut-il prendre garde à ce que dit l'Ecclésiastique. « Il y en a qui manquent, mais
i*l VUES COMPLETES DE BOSSU ET.
c • ii. -i | .1» de dessein. Qui ne pèche