I .i,i;| dilK / i j \i
i ,:uu' i*i I disait : Ne prenez paa arde à elque parole» el a quelque (ente qui éehap-
ue. C est en reg rd ml la suite des uarolea el - i ti ds, que w»s porterez un jugement
droit.
H n'y a ri* n de moins attentif, ni de moins
ne que l«s entants. Le Sage nous veut tirer d( lat, et nous rendre plus sérieux,
quand il nous dit: « Laissez l'enfance», et vivez, el marchez par les voies de la pru-' d< ai e. » [Prov. w . G.J
L'homme qui n'est point attentif tombe dans l'un de ces deux défauts : ou il est égaré, ou il est comme assoupi dans une prolonge léthargie. Le premier de ces défauts fait les étourdis, l'autre fait les slupides; états qui, poussés à un certain point, font deux espèces de folie.
Voici en deux paroles deux tableaux qui sont faits de la main du Sage. « La sagesse reluit sur le visage de l'homme sensé : les yeuz du fou regardent aux extrémités de la terre. » (Prov. xvn, 24.)
\ ojez comme l'un est posé : l'autre , pendant qu'on lui parle, jette deçà el delà ses î igards inconsidérés; son esprit est loin de i us; il ne vous écoute pas, il ne s'écoule pas lui-même : il n'a rien de suivi, et ses regards égarés font voir combien ses pensées tout vagues.
.Mais voici un autre caractère, qui n'est pas moins mauvais, ni moins vivement représ nié. « C'est parler avec un homme endormi, que de discourir avec l'insensé, qui, 8 la fin du discours, demande : de quoi parlefron ? » (Eccli. xxn, 9.)
Que ce sommeil est fréquent parmi les hommes! qu'il y en a peu qui soient attentifs, et aussi qu'il y a peu de sages 1 C'est pourquoi Jésus-Christ trouvant tout le genre humain assoupi, le réveille par celle paroie qu'il répète si souvent : « Veillez, soyez attentifs, pensez à vous-mêmes. »( Mat th. x.iiv, 42, 43; xxv, 13; xxvi, 38, 41; Luc. xvn, 3; xxi, 34.)
« Voyez, veillez, priez. Veillez, encore une fois. Et, ce que je vous dis, je le dis à tous, veillez. Vous ne savez pas à quelle heure viendra le voleur, t. (Marc, xm, 33, 35,37.)
Qui ne veille pas est toujours surpris. Quelle erreur au prince, qui veut autour de lui des sentinelles qui veillent , et qui laisse dormir lui-même son attention, sans laquelle il n'y a nulle garde qui soit sûre!
Le prince est Jui-même une sentinelle établie pour garder son Etat. Il doit veiller plus que tous les autres. Peuple malheureux ! tes sentinelles (tes princes, les magistrats, tes pontifes, en un mot, tous Jes pasteurs, qui doivent veiller à ta conduite); « tes sentinelles, » dis-je, « sont tous aveugles ; ilssont Lous ignorants; chiens muets, qui ne savent point japper : ils ne voient que des choses vaines : ils dorment, ils aiment h s son- : ce sont des chiens imprudents et insatiables. Les pasteurs même n'entendent
rien : chacun BOAge <> SÔQ intérêt : chacun
suit son avariée, depuis le premier jusqu'au dernier. Venez, disent ils, buvons, enivrons-nous, il sera demain comme aujourd'hui , et cela durera longtemps. » [ha. i.vi , 10-12.)
Voila le langage de ceux qui croient queles a lia ires se font toutes seules, et que ce qui a duré durera do lui-même sans qu'on y pense. Vient cependant tout à coup le moment fatal. «Mans, Thecel, PhabAs, Dieu a compté les jours de ton règne, et le nombre en est complet. Tu as été mis dans la balance, et lu as élé trouvé léger. Ton royaume a été divisé, et il a été donné aux Mèdes et aux Perses. Et la même nuit Balhazar, roi des Chaldécns, fut tué, et Dali us I e Mède eu l son royau me. »(Dan.\, 25soq .)
IIIe Piiop. Troisième moyen : Prendre conseil, et donner toute liberté à ses conseillers. — '< Ne soyez point sage en vous-même. » (Prov. m, 7.) Ne croyez pas que vos yeux suffisent pour tout voir.
« La voie de l'insensé est droite a ses yeux. » Il croit toujours avoir raison. « Le sage écoute conseil. » (Prov. xii, 15.)
Un prince présomptueux, qui n'écoule pas conseil, et n'en croit que ses propres pensées, devient intraitable, cruel et furieux. « 11 vaut mieux rencontrer une ourse à qui on enlève ses petits, qu'un fou qui se confie dans sa folie. » (Prov. xvn, 12.)
Le fou qui se confie dans sa folie , et le présomptueux qui ne trouve bon que ce qu'il pense, est déjà défini par ces paroles du Sage : « Le fou n'écoute pas les discours prudents , si vous ne lui parlez selon sa pensée. » (Prov. xviei, 2.)
Qu'il est beau d'entendre parler ainsi Salomon le plus sage roi qui fut jamais! qu'il se montre vraiment sage , en reconnaissant que sa sagesse ne lui suffit pas!
Aussi voyons-nous qu'en demandant à Dieu la sagesse, il demande un cœur docile. « Donnez , » dit-il , « ô mon Dieu I à votre serviteur un cœur docile (un cœur capable de conseil : point superbe, point prévenu, point aheurté ) : afin qu'il puisse gouverner votre peuple.» (111 lieg. m, 9.)
Qui est incapable de conseil, est incapablo de gouvernement.
Avoir le cœur docile, c'est n'être point entêté de ses pensées; c'est être capable d'entrer dans celle des autres , selon cette parole de V Ecclésiastique : « Soyez avec les vieillards prudents, et unissez-vous de tout votre cœur à leur sagesse. » (Eccli. vi, 35.)
Ainsi faisait David. Nous avons vu combien il était prudent : nous le voyons aussi écoutant toujours, et entrant dans la pensée des autres, joint aheurté à la sienne. Il écoute avec pauence cette femme sage de la ville de ïhécué, qui osa bien lui venir parler des plus grandes affaires de son Etat et de sa famille. «Qu'il me soit permis, »dit-elie (11 lieg. xiv, 12 seq.),« de parler au roi .mon seigneur. Et il Jui dit : Parlez. Elle poursuivit : Pourquoi le roi mon seigneur onense-l-il le peuple de Dieu? et pourquoi fait-il colle
.'77 PART. XIII. TIIEOL. SOCIALE. - POLITIQUE TIREE I)L L'ECRITI RE. LIV. V
l'auto, de no vouloir pas rappeler Absalon qu'il i chassé? » David l'écoirla paisiblement, et trouva qu'elle avait raison.
Quand Absalon, abusant de la bon lu de David, eut péri dans sa rébellion, ce bon père s 'abandonnait la douleur. Joab vint luirej résenler de (juelle consé(|uence il lui était de ue point témoigner tant d'aflliclion de La mort de ce rebelle. « Vous avez, >» dit-il (II lirg. xix, 5scq.),« couvert de confusion les visages de vos fidèles serviteurs qui ont exposé leur vie pour votre salul, et de toute votre famille : vous aimez ceux qui vous baissent, et vous baissez ceux qui vous aiment : vous nous faites bien paraître que vous ne vous souciez pas de vos capitaines ni de vos serviteurs : et je vois bien que si Absalon vivait, et que nous fussions tous perdus, vous en auriez de la joie. Levez-vous donc , paraissez , et contentez vos serviteurs par des paroles bonnêtes : sinon je vous jure en vérité, qu'il ne demeurera pas un seul homme auprès de vous; et le mal qui vous arrivera sera le plus grand de tous ceux que vous avez jamais éprouvés depuis votre première jeunesse jusqu'à présent. »
David , tout occupé qu'il était de sa douleur, entre dans la pensée d'un homme gui en apparence le traitait mal , mais qui en effet le conseillait bien, et en le croyant il sauva l'Etat.
C'est donc en prenant conseil , et en donnant toute liberté à ses conseillers, qu'on découvre la vérité , et qu'on acquiert la véritable sagesse. « Moi, sagesse , j'ai ma demeure dans le conseil, et je me trouve au milieu des délibérations sensées.» (Prov. vin, 12.) El encore : « La guerre se fait par adresse, el le salut est dans la multitude des conseils. » (Prov. xxiv, 6.)
C'est là que se trouvent avec abondance les expédients. « La science du sage est une inondaiion, et son conseil est une source inépuisable. » {Eccli. xxi, 16.)
C'est .pourquoi « le commencement de lout ouvrage est la parole, et le conseil doit marcher avant toutes les actions. » (Eccli. xxxvn, 20 )
« Où ii n'y a point de conseil les pensées se dissipent"; où il y a plusieurs conseillers elles se confirment.» [Prov. xv, 22.)
« Mon iils, ne faites rien sans conseil, et vous ne vous repentirez point Ue vos entreprises. » (Eccli. xxxii, 24.)
Outre que les choses ordinairement réussissent par les bons conseils, on a cette consolation, qu'on ne s'impute rien quand on les a pris.
C'est une chose admirable de voir ce que deviennent les petites choses conduite par les bons conseils. Matbathias n'avait à opposer que sa famille et un petit nombro de ses amis à la puissance redoutable d'Autiocbus, roi de Syrie, qui opj rimait la Judée. Mais parce qu'il règle d'abord les affaires et les conseils, il pose les fondements de la délivrance du peuple (/ Mac h. u, 65, 66) : « Simon votre frère est homme de conseil :
écoutez-le en tout, et il sera voire père. Ju-
das, homme de guerre, commandera U •> troupes, et fera la guerre pour le peuple. Vous attirerez avec vous ceux qui sont /.<■lés pour la Loi de Dieu. Combattez, et défendez votre peuple. » Un bon dessein, un bon conseil, un bon capitaine pour exécuter, est un moyen assuré d'attirer du monde dans le parti. Voilà un gouvernement pég é et un petit commencement d'une grande chose.
IVe Prot. Quatrième moyen : Choisir son conseil. — « Ne découvrez pas votre cœur à lout le monde. » (Eccli. vm, 22.) El encore : « Que plusieurs personnes soient bien avec vous; mais choisissez pour conseiller un entre mille. » (Eccli. vi, 6.)
C'est pourquoi les conseils doivent être réduits à peu de personnes. Les rois <Je Perse n'avaient que sept conseillers, ou sept principaux ministres. Nous avons vu « qu'ils élaient toujours auprès du roi, et qu'il faisait tout par leur conseil. » (Esther
David en avait encore moins. « Jonatham, oncle de David, bomme sage et savant, était son conseiller. Lui et Jahiel, tils de Hacbamoni, étaient avec les enfants du roi. Acbitophel était aussi conseiller du roi, et Chusaï était son principal ami. Après Acbilopbel, Joïadas, fils de Banaïas, et Abiathar furent appelés aux conseils. Joab avait le commandement des armées (/ Par. xxvu, 32- 3k) : » et c'était avec lui que David traitait des affaires de la guerre.
Il faut donc plusieurs conseillers ; car ils s'éclairent l'un l'autre, et un seul ne peut pas tout voir : mais il se faut réduire à un petit nombre.
Premièrement, parce que l'âme des conseils est le secret. v< Nabucbodcnosor assembla les sénateurs et les capitaines, et tint avec eux le secret de son conseil. » [Jud. h, 2).
Lest un ange qui dit à Tobie (Tob. xn, 7) : '<■ Il est bon de ca lier le secret du roi ; mais il est bon de découvrir les œuvres de Dieu. »
Le conseil des rois est un mystère ; leur secret, qui regarde le salut de tout l'Etal, a quelque chose de religieux et de sacre, au>si bien que leur personne et leur ministère. C'est pourquoi l'interprète latin a traduit secret par le mot de mystère el de sacrement; pour nous montrer combien le secret des conseils du prince doit être religieusement gardé.
Au reste, quand l'ange dit qu'il est bon de cacher le secret du roi ; mais qu'il est bon de découvrir les œuvres de Dieu ; c'est que les conseils îles rois peuvent être détournés étant découverts : mais la puissance de Dieu ne trouve point d'obstacle à ses desseins, el Dieu ne les cache point par crainte ou par précaution, mais parce que les bomines ne sonl pas dignes de les savoir, ni capables de les porter.
Que le conseil du prince soit donc secret; el pour cela, qu'il soil enlre très- peu ue personnes. Car les paroles échappent ai.»é-
il.: TES DE BOSàUI i.
ment, et passent boucha .'> l'autre, avec le fou,
u, (nu ne saur i. vin, 20,
Irop rapidement d'une Ne tenez point i onseil saura pas cacher votre [Eceti. vin, 20, sec. I.W.) Une autre raison oblige le prince à réduire son conseil à peu de personnes : c'est que le nombre de ceux qui sont capables d'une telle charge est mie.
Il v foui premièrement une sagesse profoode, chose rare parmi les hommes : une a sse qui pénètre les secrets desseins, et qui déterre, pour ainsi dire, ce qu'il y a de plus caché. « Les desseins qu'un homme forme dans son cœur sont un abîme profond ; un homme sage les épuisera. »(Prov. u, 5
Cet homme ^^c ne se trouve pas aisément. .Mais je ne sais s'il n'est pas encore plus rare et plus difficile «le trouver des hommes fidèles. « Heureux qui a trouvé un véritalileami I » (Ecrit, xxv, 12.) Et encore : « Un ami Bdèle est une défense invincible; qui l'a trouvé a trouvé un trésor: rien ne lui peut être comparé; l'or et l'argent ne sont rien au prix de sa fidélité. » (Eccli. vi, 14, 15.)
La difficulté est de connaître ces vrais et ces sages amis. « Il y a des hommes rusés qui conseillent les autres, et ne peuvent pas se servir eux-mêmes. » (Eccli. xxxvi[i,2l.) « Il v a des raffineurs qui se rendent odieux à tout le monde.» (Ibid., 23.) « Il y en a qui sont sages pour eux-mêmes, et les fruits de leur sagesse sont fidèles dans leur bouche (Ibid., 23, 26) : » c'est-à-dire, leurs conseils sont salutaires.
Pour les faux amis, ils sont innombrables. « Tout ami dit : Je suis bon ami ; mais il y a des amis qui ne sontamisque de nom. N'est-ce pas de quoi s'affliger jusqu'à la mort, quand on voit qu'un ami devient ennemi ? U malheureuse pensée 1 pourquoi viens-tu couvrir toute la terre de tromperie? Il y a des amis de plaisir qui nous quittent dans l'affliction. Il y a des amis de table et de bonne chère, ce sont des lâches qui abandonneront leur bouclier dans le combat. » (Eccli. xxxvn, 1-5.-) Et encore : « Il y a des amis qui cherchent leur temps et leurs intérêts ; ils vous quitteront dans la mauvaise fortune. Il y a des amis qui découvriront les paroles d'emportement, qui vous seront échappées dans votre colère. Il y a des amis de table, que vous ne trouverez pas dans le besoin. Dans la prospérité un tel ami sera comme un autre vous-même, et il agira hardiment dans votre maison. Si vous tombez, il se mettra contre vous, et se retirera. » {Eccli. vi, 8-12.)
Parmi tant de faux sages et de faux amis il faut faire un choix prudent, ef ne se fier qu'à peu de personnes.
L n'y a point de plus sûr lien d'amitié, que la crainte de Dieu. « Celui qui craint Dieu sera ami fidèle ; et son ami lui sera lui-même. » {Ibid., 17.)
Et de là vient 1<
xxxvu, 15, 10) : " Ayez toujours avec vous un homme saint que vous connaîtrez crai gnant Dieu , dont l'âme s'accorde avec la \ùlre, et qui compatisse avec vos secrets défauts. »
Prenez garde, dans tous ces préceptes, que le Sage vous marque toujours un choix exquis; et qu'il faut se renfermer dans le petit nombre.
Mais il faut surtout consulter Dieu. Qui a Dieu pour ami, Dieu lui donnera des amis. « Un ami fidèle est un remède pour nous assurer la vie et l'immortalité. Ceux qui craignent Dieu le trouveront. » (Eccli.. vi, 16.)
Ve Prop. Cinquième moyen : Ecouter et s'informer. — Autres sont les personnes qu'il faut consulter ordinairement dans ses affaires, autres celles qu'il faut écouler.
Le prince doit tenir conseil avec très peu de personnes. Mais il ne doit pas renfermer dans ce petit nombre tous ceux qu'il écoute : autrement, s'il arrivait qu'il y eût de justes plaintes contre ses conseillers, ou des choses qu'ils ne sussent pas, ou qu'ils résolussent de lui taire, i! n'en saurait jamais rien.
Nous avons vu David écouter sur dos affaires importantes jusqu'à une femme, et suivre ses conseils : tant il aimait la raison et la vérité, de quelque côté qu'elle lui vînt.
Il faut que le prince écoute, et s'informe de toutes parts, s'il la veut savoir. Ce sont deux choses : Il faut qu'il écoute, et remarque ce qui vient à lui ; et qu'il s'informe avec soin de tout ce qui n'y vient pas assez clairement. « Si vous prêtez l'oreille, vous serez instruit ; si vous aimez à écouter, vous serez sage. » (Eccli. vi, 2k.)
Après tant d'instructions tirées des auteurs sacrés, ne refusons pas d'écouter un prince infidèle, mais habile et grand politique. C'est Dioclétien, qui disait : « Il n'y a rien déplus difficile que de bien gouverner: quatre ou cinq hommes s'unissent, et se concertent pour tromper l'empereur. Lui, qui est enfermé dans ses cabinets, ne sait pas la vérité. Il ne peut savoir que ce que lui disent ces quatre ou cinq hommes qui l'approchent. Il met dans les charges des hommes incapables. Il en éloigne les gens de mérite. C'est ainsi , disait ce prince, qu'un bon empereur, un empereur vigilant, et qui prend garde à lui , est vendu : Bonus, cautus , oplimus venditur imperator (20*). »
Oui, sans doute, quand il n'écoute que peu de personnes, et ne daigne pas s'informer de ce qui se passe.
VIe Prop. Sixième moyen : Prendre garde à qui on croit, et punir les faux rapports. — Dans cette facilité de recevoir des avis ce plusieurs endroits, il faut craindre, premièrement, que le prince ne se rabaisse en écoutant des personnes indignes. Cette femme
sage
conseil (Eccli. que David écouta si tranquillement (// Reg.
(20*) Flavius Yopisc, Aurel.
PART XIII. T1II.0L. SOCIALE. — POM'IIUUK TIREE DE L'ECRITURE LIV. v.
xvi, 2), était une femme sage et connue pnur leWe.V Ecclésiastique, qui recommande tant d'écouler, veut que ceux qu'on écoule, soient dos vieillards lionorables , et des hommes sensés. « Soyez avec les sages vieillards, et unissez voire cœur à leurs sages pensées. Si vous voyez un homme sensé, fréquentez souvent sa maison, ou l'appelez dans la vôtre. » (Eccli. vi, 35, 3G.)
Secondement, il faut craindre que le prince qui écoute trop ne se charge de faux avis et ne se laisse surprendre aux mauvais rapports.
« Qui croit aisément a le cœur léger et se dégrade lui-même. » (Eccli. mx, 4.)
Ne croyez donc pas à toute parole (Jbid., 16) : « Pesez tout dans une juste balance. Comptez et pesez, » dit \ Ecclésiastique. [Eccli. xlii, 7.)
Il faut entendre, et non pas croire; c'està-dire peser les raisons, et non pas croire le premier venu sur sa parole, « Le simple croit tout ce qu'on lui dit; le sage entend ses voies. » (Prov. xiv, 15. )
Salomon, qui parle ainsi, avait profité de ce sage avis du roi son père (III Rcg. n, 3) : « Prenez garde que vous entendiez tout ce que vous faites, et de quel côté vous aurez à vous tourner. » Comme s'il disait : Toirnezvous de plus d'un côté; car la vérité veut être cherchée en plusieurs endroits. Les affaires humaines veulent être aussi tentées par divers moyens; mais de quel côlé que vous vous tourniez, tournez-vous avec connaissance, et ne croyez pas sans raison.
Surtout, prenez garde aux faux rapports. « Le prince qui prend plaisir à écouter les mensonges n'a que des méchants pour ses ministres. >; (Prov. xxix, 12.)
On jugera de vous par les personnes à qui vous croyez. « Le méchant écoule la méchante langue; le trompeur écoute les lèvres trompeuses. » (Eccli. xvn, 4.)
«Plutôt un voleur,» dit le Sage (Eccli. xx, 27), «que la conversation du menteur. » Le menteur vous dérobe par ses artifices le plus grand de tous les trésors, qui est la connaissance de la vérité; sans quoi vous ne sauriez faire justice, ni aucun bon choix, ni en un mot aucun bien.
Prenez garde que le menteur qui a aiguisé sa langue et préparé son discours pour couper la gorge à quelqu'un ne manque pas de couvrir ses mauvais desseins sous une apparence de zèle. Miphiboseth, fils de Jonalhas, zélé pour David, est trahi par Siha, son serviteur, qui, voulant le perdre pour avoir ses biens, vint au-devant de David avec des rafraîchissements, pendant qu'il fuyait devant Absalon. (II Reg. xvi, 1, 2.) « Où est le fils de votre maître? lui dit David. (Ibid., 3.) — Il est demeuré, répondit le traître, à Jérusalem, disant que Dieu lui rendrait le royaume de son père. »
Voilà comme on prépare la voie aux calomnies les plus noires, par une démonstration de zèle.
La malice prend quelquefois d'autres couvertures. Elle fait la simple et la sincère.
« Les paroles du fourbe paraissent simples . mais elles percent le cœur. » (Prov. xvni, 8.) Elle fait aussi la plaisante, et s'insinue par des moqueries; mais de là naissent des querelles dangereuses. * Chassez le moqueur : les querelles, les procès et les injustices su retireront avec lui. >. (Prov. xxn, 10.)
En quelque forme que la médisance paraisse, craignez-la comme un serpent. « Si la couleuvre mora en secret, le médisant qui se cache n'a rien de moins odieux. » (Eccle. x, 11.)
Le remède souverain contre les faux rapports est de les punir. Si vous voulez savoir la vérité, ô prince 1 qu'on ne vous mente pas impunément. Nul ne manque plus de respect pour vous que celui qui ose porter des mensonges et des calomnies à vos oreilles sacrées.
On ne ment pas aisément à celui qui sait s'informer et punir ceux qui le trompent.
La punition que je vous demande pour les faux rapports, c'est d'ôter toute croyance h ceux qui les font, et de les chasser d'auprès de vous. « Eloignez la mauvaise langue; ne laissez point approcher les lèvres médisantes. » (Prov. iv, 24.)
Ecouter les médisants, ou seulement les souffrir , c'est participer à leur crime. « N'ayez rien à démêler avec le discoureur, et ne jetez point de bois dans son feu. » (Eccli. vin, 4.) N'eniretenez point les médisances en les écoulant et en les souffrant. Et encore : « N*allumez point le feu du pécheur, de peur que sa flamme ne vous dévore. » (Ibid., 13, sec. LXX.)
Ce n'est pas seulement les médisances qui sont à craindre : les fausses louanges ne sont pas moins dangereuses, et les traîtres qui vendent les princes ont des gens apostés pour se faire louer devant eux. Toutes les malices auprès des princes se font sous prétexte de zèle. Tobic l'Ammonite, qui voulait perdre Néhémias, lui faisait donner des avis, en apparence importants : « Il y a des desseins contre votre vie; ils vous veulent fucr cette nuit. Entendez-vous avec moi; tenons conseil dans le temple, au lieu le plus retiré. (77 Esdr. vi, 10.) Et je compris, dit Néhémias (lbid., 12), que Sémaïas était gagné par Tobie et Sanaballat. Tobie entretenait de secrets commerces dans la Judée; il avait plusieurs grands dans ses intérêts, qui le louaient devant moi et lui rapportaient toutes mes paroles. » (Ibid., 17-19.)
0 Dieu! comment se sauver parmi tant de pièges, si on ne sait se garder des discours artificieux et parler avec précaution? « Mêliez une haie d'épines autour de vos oreilles; » n'y laissez pas entrer toutes sortes de discours. «. N'écoutez pas la mauvaise langue; faites une porte et une serrure à votre bouche ; pesez toutes vos paroles. » (Eccli. xxvin, 28, 29.)
O prince! sans ces précautions, vos aiïa;res pourront souffrir. Mais quand voire puissance vous sauverait de ces maux, c'est pour vous le plus grand de tous les maux de faire
OEUVRES < OMI LETES DE BOSS1 F l
souffrir les ii nocents contre qui les médian-
te* 'an JU( S »OUS auront il rite.
ti est b< bu d'entendre David chanter sur sa Ivre [Psal. cj : ■ J'étais dans ma mai- ,11 cœur simple; je ne me propos s mauvais desseins; je haïssais
U-s esprits artificieux. Le cœur malin ne trouvai! poinl d'accès auprès de moi. Je perds celui qui médisait en secret contre S , proc ai :i ; je 06 pouvais vivre avec le e et le hautain. Mes yeux se tour- ,.ni vers les - - de bien, i our les l'aire deu eurer avec moi. Celui gui \it sans re- ,„■,, he était le s. ul que je jugeais digne de me servir; le menteur ne me plaisait pas, I is le matin, je pensais à exterminer les iiiii ies, et ie ne pouvais souffrir les mois lansla cité de mon Dieu! »
La Pelle cour, où l'on voit tant de simplicité et tant d'innocences el tout ensemble tant de courage, tant d'habileté et tant de sagesse I
VIP Prop. Septième moyen : Consulter les temps passes et ses propres expériences. — En toutes choses, le temps est un excellent ■ mis. il er. Le temps découvre les secrets; le ips tait naître les occasions; le temps confirme les bons conseils.
Surtout, qui veut bien juger de l'avenir doit consulter les temps passés.
Si vous voulez savoir ce qui fera du bien el du mal aux siècles futurs, regardez ce qui en a fait aux siècles passés. Il n'y a rien de meilleur que les choses éprouvées. « N'ou- Ire-passez point les bornes posées par vos ancêtres. » (Prov. xxii, 28) Gardez les anciennes maximes sur lesquelles la monarchie a été l'ondée et s'est soutenue.
Imitez les rois de Perse, qui avaient toujours auprès d'eux ces « sages conseillers instruits des lois et des maximes anciennes. » [Esther i, 13.)
De la les registres de ces rois et les annales des siècles passés qu'Assuérus se faisait apporter pétulant la nuit, quand il ne pouvait dormir. (Estlier vi, 1.)
Toutes les anciennes monarchies, cel!e des Egyptiens, celle des Hébreux, tenaient de pareils registres; les Romains les ont imités. Tous les peuples, enfin, qui ont voulu avoir des conseils suivis, ont marqué soigneusement les choses passées, pour les consulter dans le besoin.
« Qu'est-ce qui sera? Ce qui a été. Qu'estce qui a été fait? Ce qu'on fera. Rien n'est nouveau sous le soleil, et perso ne ne peut dire : Cela n'a jamais été vu; car il a déjà précédé dans les siècles qui sont devant nous. » (Eccle. i, 9, 10.)
C'est pourquoi, comme il est écrit dans la Sagesse : « Qui sait le pa~sé peut conjecturer l'avenir. » (Sap. vm, 8.)
« L'insensé ne met point de fin à ses discours. L'homme ne sait pas ce qui a été devant lui. Qui lui pourra découvrir ce qui viendra après? » (Eccle. x, 14.)
N'écoutez pas les vains et infinis raisonnements qui ne sont pas fondés sur l'expé-
ifil
rience. Il n'j n que le passé qui puisse vous apprendre el vous garantir l'avenir.
De là vient que I Ecriture appelle toujours BUX conseils les vieillards expérimentés. L( s tvassages en sont innombrables. En voici un digne de remarque [Eccli. vm, 11, 12) : « Ne vous éloignez point du sentiment des vieillards, écoutez ce qu'ils vous racontent; car ils l'ont appris de leurs pères. Vous trouverez l'intelligence dans leurs conseils, et vous apprendrez à répondre comme le besoin dos affaires le demandera. »
Job, déplorant l'ignorance humaine, nous fait voir que s'il y a parmi nous quelque étincelle de sagesse, c'est dans les vieillards qu'elle se trouve. « Où. réside la sagesse, » dit-il [Job xxviii, -20-22), « et d'où nous vient l'intelligence? Elle est cachée aux yeux de tous les vivants; elle est même inconnue aux oiseaux du ciel, » c'est-à-dire aux esprits les plus élevés. <>. La mort et la corruption ont dit : Nous en avons ouï quelque bruit. » Les vieillards expérimentés, qu'un grand âge approche du tombeau, en ont ouï dire quelque chose.
Job avait dit la même chose en d'autres paroles : « La sagesse est dans les vieillards, et la prudence vient avec le temps. » [Job xn, 12.)
C'est donc par l'expérience que les esprits se raffinent. « Comme le fer émoussé s'aiguise avec grand travail, ainsi la sagesse suit le travail et l'application. » [Eccle. x, 10.)
« Employez le sage, et vous augmenterez sa sagesse. » [Prov. ix, 9.) L'usage el l'expérience le fortifiera.
Par l'expérience, on profile même de ses fautes. « Qui n'a point été éprouvé, que sailli? L'homme qui a beaucoup vu pensera beaucoup. Qui a beaucoup appris raisonnera bien. Qui n'a point d'expérience sait peu de chose. Celui qui a été trompé se raffine et met le comble à sa sagesse. J'ai beaucoup appris dans mes fautes et dans mes voyages. L'intelligence que j'y ai acquise a passé tous mes raisonnements : je me suis trouvé dans de grands périls, et mes expériences tu 'ont sauvé. » (Eccli. xxxiv, 9 seq., sec. LXX.)
C'est ainsi que la sagesse se forme : nos fautes mômes nous éclairent, et qui sait en profiler est assez savant.
Travaillez donc, ô prince! à vous remplir de sagesse. L'expérience toute seule vous la donnera, pourvu que vous soyez attentif à ce qui se passera devant vos yeux. Mais appliquez-vous de bonne heure : autrement vous vous trouverez aussi peu avancé dans un grand âge, que vous l'avez été dans votre enfance.
« Pensez-vous trouver dans votre vieillesse ce tjue vous n'aurez point amassé dans votre jeune âge? » (Eccli. xxv, 5.)
« Laissez l'enfance, et vivez, et marchez par les voies de la prudence. » (Prov. ix, 6.)
VHJ* Prop. Huitième moyen : S'accoutumer à se résoudre par soi-même. — Il y a ici deux choses : la première qu'il faut savoir se résoudre, la seconde qu il faut savoir se résoudre par soi - même. C'est à ces deux