‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 91 sur 458 · TIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIT. Y · texte numérisé non relu

TIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIT. Y

droite me tient. El j'ai dit : Peut-être i les ténèbres me couvriront; mais la nuit m été un jour autour de moi. Devant VOUS les ténèbres ne sont pas ténèbres, la nuit éclairée comme le joui- : l'obscurité et la lumière ne sont qu'une même cfcose.» (Psal. cxxxvm, 7 seq.) Ces méchants trouvent Dieu partout, en haut et en bas, unit et jour; quelque malin qu'ils se lèvent, il les prévient; quelque loin qu'ils s'écartent, sa main est sur eux.

Ainsi Dieu donne au prince de découvrir les trames les plus secrètes. Il a des yeux et des mains partout. Nous avons vu (pie les oiseaux du ciel lui rapportent ce qui S" passe. Il a môme reçu de Dieu, par l'usage des affaires, une certaine pénétration qui fait penser qu'il devine. A-t-il pénétré l'intrigue, .^es longs bras vont prendre ses ennemis aux extrémités du monde : ils vont les déterrer nu fond des abîmes. 11 n'y a point d'asile assuré contre une telle puissance.

Enfin, ramassez ensemble les choses si grandes et si augustes que nous avons dites sur l'autorité royale. A'oyez un peuple immense réuni en une seule personne; voyez cette puissance sacrée, paternelle et absolue; voyez la raison secrète qui gouverne lout le corps de l'Etat, renfermée dans une seule tête : vous voyez l'image de Dieu dans les rois, et vous avez l'idée de la majesté royale.

Dieu est la sainteté même, la bonté même, la puissance même, la raison même. En ces choses est la majesté de Dieu. En l'image de ces choses est la majesté du prince.

Elle est si grande , cette majesté , qu'elle ne peut être dans le prince comme dans sa source; elle est empruntée de Dieu qui la lui donne pour le bien des peuples, à qui il esl bon d'ètie contenus par une force supérieure.

Je ne sais quoi de divin s'attache au prince, et inspire la crainte aux peuples. Que le roi ne s'oublie pas pour cela lui-même. « Je l'ai dit; » c'est Dieu qui parle ; je l'ai dit, vous êles des dieux, et vous êtes tous enfants du Très-Haut; mais vous mourrez comme des hommes, et vous tomberez comme les grands. Je l'ai dit, vous êtes des dieux (Psal. lxxxi, 6, 7),» c'est-à-dire : \ou> avez dans votro autorité, vous portez sur votre Iront un caractère divin. Vous êtes les enianls du Très-Haut : c'est lui qui a établi voire puissance pour le bien du genre humain.Mais, ô dieux de chair et de sang, 0 dieux de boue et de poussière, vous mourrez comme des hommes, vous tomberez, comme les grands. La grandeur sépare les hommes pour un peu de temps; une chute commune. à la tin les égale tous.

O rois! exercez donc hardiment votre puissance; car elle est divine et salutaire au genre humain : mais exercez-la avec humilité. Clle vous esl appliquée par le dehors. Au fond, elle vous laisse faibles; elle

(21) Au€.( i.ijin;!. cxi.viu, h. 2, i. IV,

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vous laisse mortels ; elle vous laisse pécheurs, et vous charge devant Dieu d'uu f> h» grand compte.

Il' raop. ta magnanimité, la magnificence,

et toute» le* grande* vertué contiennent à lu majeeté. — A la grandeur conviennent les cfa ses gi odes : à la grandeur la plus émii ate, les choses les plus grandes, cY^t-àdire les grandes vertus.

I pniire doit penser de grandes choses. Le prince pensera îles choses dignes d'un prince. » [isai. wxu, 8.)

Les pensées vulgaires déshonorent la ma-

Sté. Saùl est élu roi; en môme temps Dieu, qui l'a élu, « lui change le cœur, et il devient un antre homme. » (/ Reg. x, 0, 9.)

Taisez-vous, pensées vulgaires; cédez aux pensées royales.

Les pensées royales sont celles qui regardent le bien général; les grands hommes ne sont pas nés pour eux-mêmes : les mandes puissances, que tout le monde regarde, sont faites pour le bien de tout le monde.

Le prince est par sa charge, entre tous les hommes, le plus au-dessus des petits intérêts, le plus intéressé au bien public : son vrai intérêt est celui de l'Etat. Il ne peut donc prendre des desseins trop nobles, ni trop au-dessus des petites vues et des pensées particulières.

Ce Saûl, changé en un autre homme, dans le temps qu'il fut fidèle à la grâce de son ministère, était au-dessus de tout.

Au-dessus de la royauté, dont il appréhende le fardeau, et dont il méprise le faste. (/ Reg. x, 11.) Nous l'avons déjà vu.

Au-dessus des sentiments de vengeance. A un jour de victoire, où tout le peuple lui veut immoler ses ennemis, il offre à Dieu un sacrifice de démence. (/ Req. xi, 12, 13.)

Au-dessus de lui-même et de tous les sentiments que Je sang inspire : prêt à dévouer pour le peuple sa propre personne ei celle de Jonathas son tils bien-aimé. (/ Req. xiv, •VI.)

Que dirons-nous de David, à qui on donne celte belle et juste louange [I Reg. xiv,17) : «Le roi, mon seigneur, ressemble à un ange de Dieu : il n'est ému ni du bien ni du mal qu'on dit de lut. » Il va toujours au bien public ; soit que les hommes iDgrats blâment sa conduite, soit qu'elle trouve Jes louanges dont elle est digne.

Voilà la véritable magnanimité que les louanges n'enflent point, que le blâme n'abat point, que la seule vérité touche.

On abandonne avec joie toute sa fortune à la conduite d'un tel prince : « Vous êtes comme un ange de Dieu ; faites de*moi ce qu'il vous plaira,» lui dit Miphiboselh(///}e(/. *Ixi "-"), petit-fils de Saùl, trahi par Siba , son serviteur.

En effet, David n'était plein que de grandeschuses. de Dieu et du bien public.

Nous avons vu que malgré les rébellions et I ingratitude de son peuple , il se dévoue J'our lui à la vengeance divine , comme

étant le seul coupable: « Frappez, Seigneur, Frappez ce coupable et épargnez le peuple innocent. »(// Reg. xxiv, 17.)

Combien sincèrement avoue-t-il sa faute, chose si rare à un roi ! Avec quel zèle la répare-l-il ! <t J'ai péché, » dit-il (Il Reg. xxiv, 17), « d'avoir tait le dénombrement du peuple. O Seigneur 1 pardonnez- moi; car j'ai agi follement. »

Nous lui avons vu mépriser sa vie en cent combats ; et après, nous l'avons vu se mettre au-dessus do la gloire de combattre, en se conservant pour son état.

Mais combien est-il an-dessus du ressentiment et des injures 1 Nous avons admiré sa joie, quand Abigaïl l'empêcha de se venger de sa propre main. Nous l'avons vu épargner et défendre contre les siens, Saul son persécuteur, quoiqu'il sût qu'en se vengeant il s'assurait la couronne, dont la succession lui appartenait. Quelle hauteur de courage, de >se mettre si aisément au-dessus de la douceur de régner et de celle de la vengeance 1

Quand Saùl et Jonathas furent tués, David les pleure tous; David chante leur louange. Ce n'est pas seulement Jonathas, son intime ami , dont il déplore la perte : il pleure son persécuteur. « Saùl et Jonathas , tous deux aimables et couverts de gloire, toujours unis dans leur vie, n'ont pas été séparés à la mort. Filles d'Israël', pleurez Saùl qui vous habillait de pourpre, par qui vous aviez des parures d'or; » et le reste. (.// Reg. i, 17, 23 seq.)

Il ne tait point les vertus d'un prédécesseur injuste, qui a fait tout ce qu'il a pu pour le perdre : il les célèbie, il les immortalise par une poésie incomparable.

Il ne pleure pas seulement Saùl ; il le venge, et punit de mort celui qui s'était vanté de l'avoir tué. « Je l'ai percé de mon épée, » disait ce traître (Ibid.,20), « après lui avoir ôlé le diadème de dessus la tête, et le bracelet qu'il avait au bras, pour vous apporter ces marques royales, avons, mon seigneur. »

Ces riches présents ne sauvèrent pas ce parricide. «Pourquoi n'as-tu pas craint de mettre la main surl'ointdu Seigneur 1»(Ibid., ik.)

Que ce soit, si vous voulez, l'intérêt de la royauté qui lui ait fait venger son prédécesseur : toujours est-ce un sentiment audessus des pensées vulgaires, que David banni, loin de témoigner de la joie d'une mort qui le délivrait d'un si puissant ennemi et lui mettait le diadème sur la tête, la venge sur l'heure, et assure le repos public avec la vie des rois.

Il avait encore un redoutable ennemi :

c'était un (ils de Saùl qui partageait le royaume; il semblait que la politique le pouvait porter à ménager davantage celui qui Je défit de Saùl ; mais ce grand courage ne veut point être délivré de ses ennemis par des attentats et par des crimes.

En ciï.'t, quelque temps après, des méchants îui apportèrent la tête de ce second ermemi. « Voilà, » lui dirent-ils (// Reg. iv,

001 PART. XUI. THEoL. SOCIALE. — POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. VI (<<i

8-12), « la lêio d'JNboseth, (ils de Saiil, qui m dèle. Ses victoires étaient marquées par les

voulait h vutre vie; mais le Seigneur vous dons magnifiques qu'il faisait au sanctuaire,

eu a vengé. David dit : Vive le Seigneur '|ui qu'il enrichissait nés dépouilles des n>\ au-

m'a délivré de tout péril ! J'ai tait mourir mes subjugués. (// Reg. vin, 11 ; I Par. xvia,

celui qui croyait m'apporter une nouvelle lî.)

agréable en m'annonyant la mort de Saiil ; La belle chose do voir ce grand homme,

il trouva la mort lui-môme au lieu de la ré- après avoir achevé glorieusement tant de

compense qu'il espérait; combien plus vous guerres, passer sa vieillesse à faire les pré-

dois-je ôter de la terre, vous qui avez tué para tifs et les desseins de ce magnifique

dans son lit un homme innocent 1 » temple que son fils bâtit après sa mort!

Il les fit mourir aussitôt, et fit attacher en « Il assembla à grands frais tout ce qu'il

lieu public leurs mains sanguinaires et leurs y avait de plus excellents ouvriers; il amassa

pieds qui avaient couru au meurtre; afin des poids immenses de fer et d'airain; les

"ue tout Israël connût qu'il ne voulait point cèdres qu'il fit venir n'avaient point de prix :

e tels services. il consacra à ce grand ouvrage cenl mille

Et ce q ii i montre qu'il agit en tout par laients d'or, et dix millions de talents d'ailes motifs les plus nobles, c'est le soin qu'il gent ; le reste était innombrable. Salomou prend des restes de la maison de Saiil (// mon fils est jeune, et la maison,» disait-il, Reg. ix, 1, 7, 9) : « Reste-t-il encore quel- «que je veux bâtir doit être renommée par qu'un de la maison de Saiil, afin que je lui tout l'univers ; ainsi je lui en veux préparer fasse du bien pour l'amour de Jonathas? » toute la dépense. >- (/ Par. xxn, 1-5, lï.) 11 trouva Miphiboseth , fils de Jonathas , à Après de si magnifiques préparatifs, il qui il donna sa table, après lui avoir rendu croyait n'avoir rien fait. « J'ai offert, » dit-il toutes les terres de sa maison. (Ibid.li ),»a Dieu toutes ces choses dans ma

Au lieu que les rois d'une nouvelle fa- pauvreté. » Il trouve pauvre tout ce qu'il a

mille ne songent qu'à affaiblir et à détruire préparé, parce que celte dépense royale n'é-

les restes des maisons qui ont été sur le galait pas ses désirs ni ses idées, tant il les

trône devant eux, David soutient et relève avait grandes,

la maison de Saù) et de Jonathas. Ou parlera plus commodément, en un

En un mot, toutes les actions et toutes les autre endroit, des magnificences de Salo-

paroles de David respirent je ne sais quoi mon, et des autres grands rois de Juda. Et

de si grand, et par conséquent de si royal, pour définir en quoi consiste la magnifi-

qu'il ne faut que lire sa vie et écouter ses cence , on verra qu'elle parait dans les

discours pour prendre l'idée de la ma- grandstravaux consacrés à l'utilité publique,

gnanimilé. dans les ouvrages qui attirent de la gloire a

A la magnanimité répond la magnificence, la nation, qui impriment du respect aux su-

qui joint les grandes dépenses aux grands jets et aux étrangers, et rendent immortels

desseins. les noms des princes.

David nous en est encore un beau mo-

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