‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 94 sur 458 · PARI. XIII. THEOL. SOCIALE.— POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. VI · texte numérisé non relu

PARI. XIII. THEOL. SOCIALE.— POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. VI

et on no le peut refuser sans rébellion. Sainl i'aul l'enseigne expressément (Rom,

xiii, i-7). « Le prince est ministre de Dieu, vengeur des mauvaises actions. Soyez-lui donc soumis par nécessité, non-seulement par la crainte de la colère du prince, mais encore par l'obligation de votre conscience. C'est pourquoi vous lui payez tribut; car ils ^ont ministres de Dieu, servant pour cela. Rendez donc à chacun ce que vous lui devez : le tribut à qui est dû le tribut; la taille, à qui elle est due; la crainte, à qui elle est due; et l'honneur a qui est dû l'honneur. »

On voit, par ces paroles de l'Apôtre, qu'on doit payer le tribut au prince religieusement et en conscience, comme on lui doit rendre l'honneur et la sujétion qui est due à son ministère.

Et la raison fait voir que tout l'Etat doit contribuer aux nécessités publiques auxquelles le prince doit pourvoir.

Sans cela il ne peut ni soutenir ni défendre les particuliers, ni l'Etat même. Le royaume sera en proie, les particuliers périront dans la ruine de l'Etal. De sorte qu'à vrai dire le tribut n'est autre chose qu'une petite partie de son bien qu'on paye au prince pour lui donner moyen de sauver le lout.

IV' Phop. Le respect, la fidélité et l'obéissance qu'on doit aux rois ne doivent être altérés par aucun prétexte. — C'est-à-dire qu'on les doit toujours respecter, toujours servir, quels qu'ils soient, bons ou méchants. « Obéissez à vos maîtres, non-seulement quand ils sont bons et modérés, mais encore quand ils sont durs et fâcheux. » [1 Petr. h, 18.)

L'Elalest en péril, et le repos public n'a plus rien de ferme, s'il est permis (Je s'élever pour quelque cause que ce soit contre les princes.

t La sainte onction est sur eux, et le haut min stère qu'ils exercent au nom de Dieu les met à couvert de toute insulte.

Nous avons vu David non-seulement refuser d'attenter sur la vie de Saiil, mais trembler pour avoir osé lui couper le bord de sa robe, quoique ce fût à bon dessein : «Que j'ose lever la main contre l'oint du Seigneur, à Dieu ne plaise ! Et le cœur de David fut frappé, parce qu'il avait coupé le bord de la cotte d'armes de Saùl. » (/ licy. xxiv, 6, 7.)

Les paroles de saint Augustin sur ce passage sont remarquables. «Nous m'objectez, » dit-il à Pétilien, évêque donalisie (22), * que celui qui n'est pas innocent ne peut avoir la sainteté. Je vous demande si Saùl n'avait pas la sainletô de son sacrement et de l'onction royale, qu'est-ce qui causait en lui de la vénération à David ? Car c'esi à cause de celte onction sainte et sacrée qu'il l'a honoré durant sa vie, et qu'il a vengé sa mort. Et son cœur frappé trembla, quand il'coupa le bord de la robe de ce roi injuste. Vous voyez donc que Saùl, qui n'avait point l'in-

cto

nocence, ne laissait pas d'avoir la sainteté ; non la sainteté de vie, mais la sainteté du sacrement divin, qui est saint, môme dans les hommes mauvais. »

Il appelle sacrement l'onciion royale; ou parce qu'avec tous les Pères il donne ce nom à toutes les cérémonies sacrées, ou parce qu'en particulier l'onciion royale des rois, dans l'ancien peuple, était un signe sacré institué de Dieu pour les rendre capables de leur charge, et pour figurer l'onciion de Jésus-Christ même.

Mais ce qu'il y a de plus important, c'est que saint Augustin reconnaît, après l'Ecriture, une sainteté inhérente au caractère royal qui ne peut êlre effacée par aucun crime.

C'est, dit-il, cette sainteté que David injustement poursuivi à mort par Saùl, David sacré lui-même pour lui succéder, a respectée dans un prime réprouvé de Dieu.

Car il savait que c'était à Dieu seul à faire justice des princes, et que cVst aux hommes à respecter le prince tant qu'il plaît à Dieu de le conserver.

Aussi voyons-nous que Samuel, après avoir déclaré à Saûl que Dieu l'avait rejeté, ne laisse pas de l'honorer. « J'ai mal fait, lui dit Saùl (/ Reg. xv, 24 31); mais, je vous prie, portez mon péché, et retournez avec moi pour adorer le Seigneur. Samuel lui répondit : Je n'irai pas avec vous, parce que vous avez rejeté la parole du Seigneur , et le Seigneur vous a aussi rejeté ; il ne vent plus que vous soyez roi. Samuel se tournait pour se relirer, et Saùl le prit par le haut de son manteau qui se déchira. Sur quoi Samuel lui dit : Le Seigneur a séparé de vous le royaume d'Israël, et l'a donné à un plus homme de bien. Ce Dieu puissant et victorieux ne s'en dédira pas ; car il n'est pas comme un homme, pour se repentir de ses desseins. J'ai péché, répondit Saùl, mais honorez-moi devant les sénateurs de mon peuple, et devant tout Israël ; et retournez avec moi, afin que j'adore avec vous le Seigneur votre Dieu. Alors Samuel suivit Saùl, et Saùl adora le Seigneur. »

On ne peut pas déclarer plus clairement à un prince sa réprobation; mais Samuel à la fin se laisse fléchir, cl consent à honorer Saùl devant les grands et devant le peuple, nous montrant, par cet exemple, que le bien public ne permet pas qu'on expose le prince au mépris.

Roboam traita durement le peuple; mais la révolte de Jéroboam et des dix tribus qui le suivirent, quoique permise de Dieu en punition des péchés de Salomon, ne laisse pas d'être détestée dans toute l'Ecriture, qui déclare qu'en se révoltant contre la maison de David, ils se révoltaient contre Dieu qui régnait par elle. (H Par. xm, 5-8.)

Tous les prophètes qui ont vécu sous les méchants rois : Clic et Elisée sous Acliab et sous Jézabel, en Israël; lsaïe sous Achaz et sous Manassès; Jérémic, sous Joachim, sous

(22) Lib ii Coni. lia. Pelil.,c. 48, n.!12, t. IX.

fit I ■ ..

j . en on mot, inus temps de celle nuance fût Nérou, l«

> i.uii tir rois impies il plus impie et lu plus méchant de lous \m

méchants, n'ont jamais manqué a I obéis- nom un

sanre, ni inspiré la révolte, unai6 toujours la il donne pour but a celle prière la i

t. quilliUS publique, parus qu'elle demai

,us d'ouïr Jérémie après lamine i|ti*i!ii vive en paix, même .sous les princes

i l'entier reaversemeet du méchants et persécuteur*.

.; ,*.,,, .1, a. parler encore avec ni Pierre et 'lui commandant aux ftdè-

UD ,., , . >i;«l de .""ii roi Sédécias : les d'être soumis aux pui s. m. un,

„ j r, que ardions 5; l Pttr. n, 13, i\, 17, 18.) Noua avons vu

notre bouche, a < s leurs paroles; et nous avons vu quelles

rs |ue nous lui disions : étaient alors les puissances dans lesquelles

■ •> re ombre |armi les ces deux saints apôtres faisaient respecter

mils.» - .).) aux* fidèles l'ordre de Dieu.

l • sujets ne se tenaient pas quilles En conséquence de cette doctrine aposto-

,lu - - \ aient à leur roi, après Ijque, les premiers Chrétiens, quoique per-

roême que son royaume fut renversé, et qu'id sécutés durant trois cents ans, n'ont jamais

fui emmené comme uu captif avec iout son causé le moindre mouvement dans l'empire.

peu pli Paient jusque dans les fers, Nous avons appris leurs sentiments par Ter-

et après la ruine du royaume, le caractère Indien, et nous les voyons dans toute la

sacré de l'autorité royale. suite de l'histoire ecclésiastique.

\ ■ i!iio;>. L'impiété déclarée, et même la Us continuaient à prier pour les einpe-

; rsécution, n'exemptent pas les sujets de reurs, même an milieu des supplices aux-

l'oOvisyance qu'ils doivent aux princes, -r- Le quels ils les condamnaient injustement.

caractère royal est saint et sacré, même dans « Courage, » dit Tertuliien (22*), « arrachez, ù

les princes infidèles; et nous avons vu que bous juges! arrachez aux Chrétiens une

Cyrusesl appelé par Isaïe «l'oint du Sci- âme qui répand ues vœux pour l'empe-

gneur. » (ha. xlv, 1.) reur. »

Nabuchodonosor était impie et orgueil- Constance, fi's de Constantin le Grand,

ieux jusqu'à vouloir s'égaler à Dieu, et jus- quoique protecteur des ariens, et perséci: -

qu'à taire mourir ceux qui lui refusaient un leur de la loi de Nicôe, trouva dans l'Eglise

culte sacrilège; et néanmoins Daniel lui dit une fidélité inviolable,

ces mots :« Vous êtes Je roi des rois, et le Julien l'Apostat son successeur, qui réui-

Dieu du ciel vous a donné le royaume, et la blit le paganisme condamné par ses ppédé-

puissance, et l'empire, et la gloire. » (Dan. cesseurs, n'en trouva pas les Chrétiens moins

il, .'JT.) fidèles ni moins zélés pour son service :

Ces! pourquoi le peuple de Dieu priait tant ils savaient distinguer l'impiété du

pour la vie de Nabuchodonosor, de Baltbazar prince d'avec le sacré caractère de la ma-

\Bararh i, 11), etd'Assuérus. (lEsdr. w, 10.) jcslé souveraine.

Achab et Jézabcl avaient l'ait mourir lous Tant d'empereurs hérétiques qui vinrent les prophètes du Seigneur. Elle s'en plaint à depuis, un Valens, une Justine, un Zenon, Dieu (111 llecj. xi\, 10, IV; mais il demeure un Basilisque, un Anastase, un Héraclim, toujours dans l 'obéissance. un Constant; quoiqu'ils chassassent de leur prophètes- durant ce temps font des siège les évoques orthodoxes, et même les prodiges étonnants pour défendre Je roi et Papes, et qu'ils remplissent l'Eglise de carie royaume. (111 lirg. xx.) nage et de sang, ne virent jamais leur au-

Eusée en tit autant sous Joram, fils d'A- torité attaquée ou affaiblie par les Catholi-

chah [JV Reg. m, vi, vu), aussi impie que ques.

son père. Enfin, durant sept cents ans, on ne voit

Rien n'a jamais égalé l'impiété de Menas- pas seulement un seul exemple, où. l'on ait

ses qui pécha et lit pécher Juda contre Dieu, désobéi aux empereurs sous prétexte de re-

dont il lâcha d'abolir le culte; persécutant ligion. Dans le vin* siècle, tout l'empire

les ûdèles si rvileurs de Dieu, et faisant rc- deineure fidèle à Eéon isaurien, chef des

r Jérusalem de Jeur sang. (JV Reg. xxi, iconoclastes, et persécuteur des fidèles.

2, 3, 10). Et cependant Isaïe, et les saints Sous Constantin Copronyme, son fils, qui

prophètes qui le réprenaient de ses crimes, succéda à "son hérésie et à ses violences

jamais n ont excité coulre lui ie moindre ainsi qu'à sa couronne , les fidèles d'Orient

tumulte. n'opposèrent que la patience à la persécu-

Cette doctrine s'est continuée dans la reli- lion. Mais'dansla chute de l'empire, lorsque

gion chrétienne. les césars suffisaient à peine à défendre 10-

C'élait sous Tibère, non-seulement infi- rient où ils s'étaient renfermés; Rome,

dèle, mais encore méchant, que N'otre-Sei- abandonnée près de deux cents ans à la

Coeur dit aux JuJfs : '< Rendez à iCésar ce fureur des Lombards, et contrainte u'imp:

qui est à César. » [Matlh. ïsu, . rer la protection iles Fiançais, fut obligée

Saint Paul appelle à César (.ici. xxv, 10 de s'éloigner des empereurs.

seq.)f et reconnaît sa puissance. On pâlit longtemps avant que d'en venir

Il faut prier pour les empereurs [1 Tùn. u, à cette extrémité ; et on n'y vint enfin , opn

1. 2), quoique l'empereur qui régnait du quand la capitale de l'empire fui regardé*

(if) Apoiorj., u. 50.

ei3 pai;t. mi. tiieol. sociale. — politique tjrf;e ; :. l'lcmtcre. liv.vi.

par sos empereurs comme an pays exposé en proie, et laissé & l'abandon.

VIe I'hop. Les sujets n'ont à opposer à la violence des princes, que des remontrances respectueuses, tans mutinerie et sans murmure, et de» prières pour leur conversion. — Quand Dieu voulut délivrer les Israélites de la tyrannie de Pharaon, il ne permit fins qu'ils procédassent par voie de l'ait contre un roi dont l'inhumanité envers eux et it inouïe. Ils demandèrent avec respect la liberté de sortir, et d'aller sacrifier à Dieu dans le désert.

Nous avons vu que les princes doivent écouter même les particuliers, à plus forte raison doivent-ils écouter le peuple qui leur porte avec respect ses justes plaintes par les voies permises. Pharaon, tout endurci et tout tyran qu'il était, ne laissait pas Au moins d'écouler les Israélites. Il écoutait iMoïse et Aaron. (Eccod. v, vu.) « il reçut à son audience les magistrats du peuple d'Israël, qui vinrent se plaindre il lui avec de grands cris, et lui disaient : Pourquoi traitez-vous ainsi vos serviteurs? »(Exod. v, 15.) Qu'il soit donc permis au peuple oppressé de recourir au prince par ses magistrats, et par les voies légitimes; mais que ce soit toujours avec respect.

Les remontrances pleines d'aigreur et de murmure sont un commencement de sédition, qui ne doit pas être souffert. Ainsi les Israélites murmuraient contre Moïse, et ne lui ont jamais fait une remontrance tranquille. (Num. xi, shi, xjv, xx, xsi seq.)

Moïse ne cessa ja tuais de les écouter, de les adoucir, de prier pour eux, et donna un mémorable exemple de la bonté que les princes doivent à leur peuplé.; mais Dieu, pour établir l'ordre, fil de grands châtiments de ces séditieux.

Quand je dis que ces remontrances doivent être respectueuses, j'entends qu'elles le soient effectivement, et non seulement en apparence, comme celle de Jéroboam et des dix tribus, qui dirent à Uoboam : '«►Votre père nous a imposé un joug insupportable : diminuez uu peu un joug si pesant, et nous vous serons fidèles sujets. >. (/// ileg. xn, 4; tlPar. x, h.)

. il y avait dans ces remontrances quelque marque extérieure de respect, en ce qu'ils ne demandaient qu'une petite diminution, et promettaient d'être fidèles. Mais faire dépendre leur fidélité de la grâce qu'ils demandaient, c'était un commencement de mutinerie.

On ne voit rien de semblable dans les remonirances que les Chrétiens persécutés faisaient aux empereurs. Tout y est soumis, tout y est modeste : la vérité de Dieu y est dite avec liberté ; mais ces discours sont si éloignes des termes séditieux, qu'encore aujourd'hui ou ne peut les lire sans se sentir porté à l'obéissance.

(23) Ambr., epist. 21, al. 13, n. l(î, 22, t. 1!. (25*) Asiim., Onu. de basilicis non treutendis,

n. 53, l. il.

L'impératrice Justine, mère et tutrice d Valenlinien II, roulât obliger saint Ambroise à donner une église aux arttens, qu'elle protégeait, dans la ville de .Milan, résidence de l'empereur. Tout !e peuple se réunit avec son évoque ;'et assemblé à l'église, il attendait l'événement de celle affaire. Saint Ambroise ne sortit jamais de la modestie d'un sujet et d'un évèque. il lit ses remontrances à l'empereur. «(Ne croyez pas, >lui disait-il (28), « que vous ayez pouvoir d'ôter à Dieu co qui est à lui. Je ;u> pui> pas vous donner l'église que v'-;i-s demandez : mais si vous la prenez, je ne dois pas nésister. » Et encore (2;>*) : « Si l'empereur veut avoir les biens de l'église, il peint les prendre ; personne, de nous ne s'y oppose : qu'il nous h s ô'e, s'il veut; je ne les donne pas, mais je ne les refuse pas. »

« L'empereur, >; ajoutait-il (24), «est dans l'Eglise : mais non au-dessus de l'Eglise, l'n bon empereur, bon de rejeter le secours de l'Eglise, le recherche. Nous disons ces choses avec respect; mais nous nous sentons obligés de les exposer avec liberté. >>

II contenait le peuple assemblé tellement dans le respect, qu'il n'échappa jamais une parole insolente. On priait, on chantait les louanges de Dieu, on attendait sou secours.

Voilà une résistance digne d'un Chrétien et d'un évoque. Cependant, parce que le peuple était assemblé avec son pasteur, on disait au palais que ce saint pasteur aspirait à la tyrannie. Il répondit (25) : « J'ai une défense ; mais dans les prières des pauvres. Ces aveugles cL ces boiteux, ces estropiés et ces vieillards, sont plus forts que les soldais les plus courageux. » Voilà les forces d'un évêque, voilà son armée.

Il avait encore d'autres armes, la paiience, et les prières qu'il luisait à Dieu. •<. Puisqu'on appelle cela une tyrannie, j'ai des armes, >■ disait-il (26) j «j'ai le pouvoir d'offrir mon

corps en sacrifice. Nous avons noire tyrannie et notre ^puissance. La puissance d'un évêque est sa faiblesse. Je suislort quand je suis faible, disait saint Paul. »

En attendant la violence dont l'Eglise était

menacée, le saint évèque était à l'autel, demandant à Dieu, avec larmes, qu'il n'y eût point de sang répandu, ou du moins qu'il plût à Dieu ue se contenter du sien. « Je commençai, » dit-il (27), « à pleurer amèrement en offrant le sacrifice ; priant Dieu de nous aider de telle sorte, qu'il n'y eût | oint de sang répandu dans la cause Je l'Eglise : qu'il n'y eût du moins que le mien qui tùl versé, non-seulement pour le peuple, mais même pour les impies. »

Dieu écouta des prières si ardentes : l'Eglise fut victorieuse, et il n'en coula le sang à personne. •

Peu de temps après, Justine et son ti's,

(23) lbid., n. 53.

(2.6) Epïst. IÈ1, al. 13, c.23.

(27) lbid., n. 5.

(El VU! S COMPLETES DE HOSSUET

pn - [ue abandonnés de loul le monde , eurent recours h saint Ambroise, el ne Irouvèrenl de B lé ilé ni de ïèle pour leur ser- \ . ju'.mi cel évê i ie, qui s'était opposé à leurs desseins dans la cause de Dion et tic i'i i ise.

\ que peuvent les remontrances

respectueuses, voilà ce que peuvent les prières. Ainsi faisait la reine Esther ayant conçu le dessein de Qéchir Assuérus, son man, après qu'il eut résol u de sacrifier tous les Juifs à la vengeance d'Aman ; e'.lo lit dire à Mardochée [Esth. îv, 16) : « Assemblez tous les Juifs que vous trouverez à Suse, et priez pour moi. Ne mangez ni ne buvez pendant trois jours et trois nuits. Je jeûnerai de môme avec mes femmes : après, ;e m'exposerai à perdre la vie, et je parlerai au roi, contre la loi, sans attendre qu'il m'appelle. »

Quand elle parut devant le roi [Esth. xv, 10, 11 ; vin, ix j, « les yeux élincelanls de ce prince témoignèrent sa colère : mais Dieu se ressouvenant des prières d'Eslher et de celles des Juifs, changea la fureur du roi en douceur. » Et les Juifs furent délivrés à la considération de la reine.

Ainsi quand le prince des apôtres fut arrêté prisonnier par Hérode. « toute l'Eglise priait pour lui sans relâche. » (Act. xn, 5 seq.) Et Dieu envoya son ange pour le délivrer. Voilà les armes de l'Eglise ; des vœux, et des prières persévérantes.

Saint Paul, prisonnier pour Jésus-Christ, n'a que ce secours et ces armes. « Préparezmoi un logement ; car j'espère que Dieu me donnera à vos prières. » (Philem. "22. )

En effet, il sortit de prison : « et il fut délivré de la gueule du lion. » (// Tint, iv, 17.) Il appelle ainsi Néron, l'ennemi nonseulement des Chrétiens, mais de tout le genre humain.

Que si Dieu n'écoute pas les prières de ses tidèles; si, pour éprouver et pour châtier ses enfants, il permet que la persécution s'échauffe contre eux, ils doivent alors se ressouvenir que Jésus-Christ les a « envoyés comme des brebis au milieu des loups. » (Matth. x, 16.)

Voilà une doctrine vraiment sainte, vraiment digne de Jésus-Christ et de ses disciples.

ARTICLE III

Deux difficultés tirées de l'Ecriture : de David et des Machabées.

Pkemière Proposition. La conduite de David ne favorise pas la rébellion. — David, persécuté par Saùl, ne se contenta pas de prendre la fuite, mais encore « il assembla ses frères et ses parents : tous les mécontents, tous ceux qui étaient accablés de dettes, et dont les affaires étaient en mauvais état, se joignirent à lui au nombre de quatre cents, et il fut leur capitaine. » (/ Rcg. xxn, 1, 2.)

Il demeura en cet état dans la Judée, armé evatre Saùl qui l'avait déclaré son ennemi,

ctr,

et qui le poursuivit COIOmu tel avec toutes

les forces a Israël. ( / ltcy. \\u, G, 7 ; xxiv, 2, 3; xxvi, 1,2,3, h.)

Il se relira enfin dans le royaume d'Aehis, roi des Philistins, avec lequel il traita, et en obtint la ville de Siceleg. ( / Jîeg. \w u, G.)

Achis regardait tellement David comme l'ennemi juré des Israélites, qu'il le mena avec lui les allant combattre, et lui dit (/ Reg. xxviu, 1, 2) : « Je vous donnerai ma vie en garde tout le reste de mes jours. »

En effet, David et ses gens marchaient à la queue avec Achis ; et il ne se relira de l'armée des Philistins, que lorsque les satrapes, qui se déliaient de lui, obligèrent le roi à le congédier. (/ Rcg. xxix, 1 seq.)

Il paraît qu'il ne se relire qu'à regret. « Qu'ai-je fait, » dit-il à Achis (Ibid., S), « et qu'avez-vous remarqué en moi qui vous déplaise depuis que je suis avec vous, pour m'empêcher de vous suivre, et de combattre les ennemis du roi mon seigneur ? »

Etre armé contre son roi, traiter avec ses ennemis, aller combattre avec eux contre son peuple : voilà tout ce que peut faire un sujet rebelle.

Mais pour justifier David, il ne faut que considérer toutes les circonstances de l'histoire.

Ce n'était pas un sujet comme les autres ; il était choisi de Dieu pour succéder à Saùl, et déjà Samuel l'avait sacré. (/ Req. xvi, 12, 13.)

Ainsi le bien public, autant que son intérêt particulier, l'obligeait à garder sa vie, que Saûl lui voulait ôter injustement.

Son intention toutefois n'était pas de demeurer en Israël avec ces quatre cents hommes qui suivaient ses ordres. « Il s'était retiré auprès du roi de Moab, avec son père et sa mère, jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de déclarer sa volonté. » (/ Reg. xxii, 3, k.)

Ce fut un ordre de Dieu, porté par le prophète Cad (Ibid., 5), qui l'obligea de demeurer dans la terre de Juda, où il était plus aimé, parce que c'était sa tribu. t

Au reste il n'en vint jamais à aucun combat contre Saùl, ni contre son peuple. Il fuyait de désert en désert, seulement pour s'empêcher d'être pris. (/ Reg. xxn, xxiv, xxvi.)

Etant dans le Carmel, au plus riche pays de la Terre-Sainte, et au milieu des biens de Nabal, l'homme le plus puissant du pays, il ne lui enleva jamais une brebis dans un immense tioupeau ; et loin de le vexer, il -le défendait contre les courses des ennemis. (/ Reg. xxv, 15, 16.)

Quelque cruelle que fût la persécution qu'on lui fit, il ne perdit jamais l'amour qu'il avait pour son prince, dont il regarda toujours la personne comme sacrée. (I Rcg. xxiv, xxvi.)

« Il sut que les Philistins attaquaient la ville de Ceilan, et pillaient les environs. Il y fut avec ses gens; il tailla en pièces ies Philistins, il leur prit leur bagage et leur

6i7 PART. XIII. THEOL. SOCIALE. — POI.

butin, cl sauva ceux deCeilan. » (/ Reg. \xm,

« Ses gens s'opposaient à ce dessein. Quoi, disaient-ils, à peine pouvons-nous vivre en sûreté dans la terre de Juda? que n'auronsnous pas à craindre si nous marchons vers Ceilan, contre les Philistins? » (Jbid.,3. ) Mais le zèle de David l'emporta sur leur crainte,

C'est ainsi que , poursuivi à outrance, il ne perd jamais le désir de servir son prince et son pays.

Il est vrai qu'à la fin il se retira chez Achis, et qu'il traita avec lui. Mais encore qu'il eût l'adresse de persuader à ce prince qu'il faisait des courses sur les Juifs (/ Reg. xxvn,

2, 3, 8-9 seq. ) ; en effet il n'enlevait rien qu'aux Amaiécites et aux autres ennemis du peuple de Dieu.

Quanta la ville que lui donnaleroi Achis, il l'incorpora au royaume de Juda ( IbicL, 6 ) : et le traité qu'il lit avec l'ennemi profita à son pays.

Que si pour ne point donner de défiance à Achis, il le suit quand il marche contre Sauf; si , pour la môme raison, il témoigne qu'il ne se retire qu'à regret : c'est un erl'et de la même adresse qui lui avait sauvé la vie.

Il faut tenir pour certain que dans cette dernière rencontre il n'eût pas plus combattu contre son peuple, qu'il n'avait fait jusqu'alors. Il était à la queue du camp avec le roi des Philistins (I Reg.> xxix, 2), auquel il paraît assez que la coutume de ces peuples ne permettait pas de se hasarder.

De savoir ce qu'il eût fait dans la mêlée, si le combat fût venu jusqu'au roi Achis; c'est ce qu'on ne peut deviner. Ces grands hommes, abandonnés à la Providence divine, apprennent sur l'heure ce qu'ils ont à faire ; et après avoir poussé la prudence humaine jusqu'où elle peut aller, ils trouvent, quand elle est à bout, des secours divins, qui, contre toute espérance, les dégagent des inconvénients où ils semblaient devoir être inévitablement enveloppés.

UcProp. Les guerres des Machabées n'autorisent point les révoltes. — Les Juifs, conquis par les Assyriens, étaient passés successivement sous la puissance des Perses, sous celle d'Alexandre, et enfin sous celle des rois de Syrie.

Il y avait environ trois cent cinquante ans qu'ils étaient dans cet état; et il y en avait cent cinquante qu'ils reconnaissaient les rois de Syrie , lorsque la persécution d'Antiochus l'Illustre leur fil prendre les armes contre lui, sous la conduite des Machabées. Ils firent longtemps la guerre, durant laquelle ils traitèrent avec les Romains et avec les Grecs contre les rois de Syrie, leurs légitimes seigneurs, dont enfin ils secouèrent le joug, et se firent des princes de leur nation.

Voilà une révolte manifeste : ou , si ce n'en est pas une, cet exemple semble montrer qu'un gouvernement tyrannique, et surtout une violente persécution, où les peuples sont tourmentés pour la véritable reli-

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