‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 95 sur 458 · ITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. VI. OU · texte numérisé non relu

ITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. VI. OU

gion, les exempte de l'obéissance qu'ils doivent à leurs princes.

Il ne faut nullement douter que la guerre des Machabées ne fût juste, puisque Dieu môme l'a approuvée : mais si on remarque les circonstances du fait , ou verra que cet. exemple n'autorise pas les révoltes que le motif de la religion a fait entreprends depuis.

La religion véritable, jusqu'à la venue du Messie, devait se perpétuer dans la race d'Abraham, et par la trace du sang.

Elle devait se perpétuer dans la Judée, dans Jérusalem, dans le temple, lieu choisi de Dieu poury offrir les sacrifices, et y exercer les cérémonies de la religion, interdites partout ailleurs.

Il était donc de l'essence de la religion , que les enfants d'Abraham subsistassent toujours, et subsistassent dans la terre donnée à leurs pères, pour y vivre selon la loi de Moïse : dont aussi les rois de Perse, et les autres jusqu'à Antiochus, leur avaient toujours laissé le libre exercice.

Cette famille d'Abraham , fixée dans la Terre-Sainte, en devait être transportée une seule fois parun ordre exprès de Dieu, mais non pour en être éternellement bannie. Au contraire le prophète Jérémie qui avait porté au peuple l'ordre de passer à^Babylone (Jer. xxi, 7-9), où Dieu voulait qu'ils subissent la peine due à leurs crimes, leur avait en même temps promis qu'après soixante et dix ans de captivité ils seraient rétablis dans leur terre, pour y pratiquer, comme auparavant, la loi de Moïse, et y exercer leur religion à l'ordinaire, dans Jérusalem et dans le temple rebâti. (Jer. xxv, 12 ; xxvn , 11 , 12; xxix, 10, li; xxx, 3 seq.)

Le peuple ainsi rétabli devait toujours demeurer dans cette terre, jusqu'à l'arrivée de Jésus-Christ ; auquel temps Dieu devait foimer un nouveeau peuple, non plus du sang d'Abraham, mais de tou-s les peuples du monde; et disperser en captivité par toute la terre, les Juifs infidèles à leur Messie.

Mais auparavant ce Messie devait naître dans cette race, et commencer dans Jérusalem, au milieu des Juifs, cette Egiise qui devait remplir tout l'univers. Ce grand mystère de la religion est attesté par tous les prophètes ; et ce n'est pas ici le lieu d'en rapporter les passages.

Sur ces fondements il parait que laisser éteindre la race d'Abraham , ou souffrir qu'elle fût chassée de la Terre-Sainte au temps des rois de Syrie, c'était trahir la religion, et anéantir le culte de Dieu.

Il ne faut plus maintenant que considérer quel était le dessein d'Antiochus.

Il ordonna que Jes Juifs quittassent leur loi pour vivre à la mode des gentils, sacrifiant aux mêmes idoles, et renonçant à leur temple, qu'il fit profaner, jusqu'à y mettre sur l'autel de Dieu l'idole de Jupiter Olvmpien. (/ Maeh.i, i3, 46-57.)

Il ordonna la peine de mort contre ceux qui désobéiraient. (Jbid., 52.

il vint à l'exécution : toute la Judée re-

et s

01 l VRES COMPLETES DE BOSSUET.

gorgeail du ?ang do ses enfants, (/6td., 60, 63,64, etc.: // Mach. ri, Bseq.)

Il assembla toutes ses forces « pour détruire les Israélites, et les restes de Jérusalem : el pour effacer dans la Judée la mémoire du peuple de Dieu, y établir les étran- .i leur distribuer par sort toutes les terres. » / Mack. m. 35, 36.)

Il nv.nt résolu d<> vendre aux gentils tout ce qni échapperait à la mort : et les marchands des peuples voisins vinrent enfouie avec l'argent pour les acheter. ( Ibid., -M ; // Mach. ym, 11. 14,34, 30.)

Ce fut dans eetle déplorable extrémité, que Judas le Maehabée prit les armes avec ses frères, et ce qui restait du peuple juif. Quand ils virent le roi implacable tourner toute sa puissance « à la ruine totale de la nation, ils se dirent les uns aux autres : Ne laissons pas détruire notre peuple, combattons pour notre patrie, et pour notre religion , qui périrait avec nous. »(/ Mach. ir,?2, 2:1.)

Si des sujets ne doivent plus rien à un roi qui abdique la royauté, et qui abandonne font à faille gouvernement, que penseronsnous d'un roi qui entreprendrait de verser le sang de tous ses sujets , et qui, las de massacres, en vendrait le reste aux étrangers? Peut-on renoncer plus ouvertement à les avoir pour sujets, ni se déclarer plus hautement, non plus le roi et le père, mais l'ennemi de tout son peuple?

C'est ce que fit Antiochus à l'égard de tous les Juifs, qui se virent non-seulement abandonnés, mais exterminés en corps par leur roi; et cela sans avoir fait aucune faute, comme Antiochus lui-même est contraint à la fin de le reconnaître. « Je me souviens des maux que j'ai faits dans Jérusalem, et des ordres que j'ai donnés sans raison, pour

exterminer tous les habitants de la Judée. » (/ afacn. vi, 12.)

Mais les Juifs étaient encore en termes bien plus forts, puisque, selon la constitution de ces temps et de. l'ancien peuple, avec eux .périssait la religion; et que c'était y renoncer (jue de renoncer à leur terre. Ils ne pouvaient donc se laisser ni vendre, ni transporter, ni détruire en corps : et en ce cas la loi de Dieu les obligeait manifestement à la résistance.

Dieu aussi ne manqua pas à leur déclarer sa volonté, et par des succès miraculeux , et par les ordres exprès que Judas reçut, lorsqu'il vit en esprit le prophète Jéréinie « qui lui mettait en main une épée d'or en prononçant ces paroles : Recevez cette sainte épée que Dieu vous envoie, assuré qu'avec elle vous renverserez les ennemis de mon peuple d'Israël. » (// Mach. xv, 15, 16.)

C'est à Dieu de choisir les moyens de conserver son peuple. Quand Assuérus, surpris par les artifices d'Aman, voulut exterminer tout le peuple juif, Dieu rompit ce dessein impie, changeant, par le moyen de la reine Esther, le cœur de ce roi, qu'une malheureuse facilité pi u tôt qu'une malice obstinée, avait engagédansun si grand crime. Mais pour le superbe Antiochus, qui faisait ouvertement la guerre au ciel, Dieu voulut l'abattre d'une manière plus haute; et il inspira à ses enfants un courage contre lequel les richesses, la force et la multitude ne furent que d'un secours fragile.

Dieu leur donna tant de victoires, qu'à la fin les rois de Syrie firent la paix avec eux, et autorisèrent les princes qu'ils avaient choisis , les traitant d'amis et de frères (/ Mach. xi, 24 seq.; xiv, 38 seq.; xv, 1 seq.) : de sorte que tous les titres de puissance légitime concoururent à les établir (27*).

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