PART. XIII. TUEOL. SOCULE. —POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. I.IV. VII
venez-vous dos anciens jours : pensez à toutes les générations particulières : interrogez votre père, et il vous l'annoncera; demandez à v^s ancêtres, et ils vous le diront. » (J>eut. xxxn, 7.) C'est le témoignage qu'en rendait Moïse à tout le peu [île dans ce dernier cantique qu'il lui laissait comme l'abrégé et le mémorial éternel de son instruction. D'où il conclut (Ibid., G) : « N'estce pas Dieu qui est votre père, qui vous a possédés, qui vous a faits, qui vous a créés ? » Voilà sur quoi il fonde la religion.
Salomon dit la môme chose : « N'outrepassez point les bornes que vos pères ont établies. » (Prov. xxn, 28.) Ne changez rien, n'innovez rien.
Jérémie a encore donné ce grand caractère à la religion, pour détruite les nouveautés que le peuple y introduisait. « Tenez-vous, » dit-il (Jerem. vi, 10), « sur les grands chemins, et informez-vous des voies anciennes, et quelle est la bonne voie, et marchez-y : et vous trouverez la consolation et le rafraîchissement de vos âmes. »
Tout cela veut dire qu'en quelque état qu'on regarde !a religion, et en quelque temps qu'on se trouve, on verra toujours ses ancêtres, et même son père devant soi ; on trouvera toujours des bornes posées, qu'il n'est pas permis d'outre-passer ; on verra toujours devant soi le chemin battu, dans lequel on ne s'égare jamais.
Les apôtres ont donné le même caractère à l'Eglise chrétienne. « O Timothée 1 » (ô homme de Dieu 1 ô pasteur! ô prédicateur ! qui que vous soyez, et en quelque temps que vous veniez) « gardez le dépôt qui vous a été confié : » (une chose qui vous a été laissée, que vous trouverez toujours toute établie dans l'Eglise) « évitant les profanes nouveautés dans Jes paroles. » Co que l'Apôtre répèle par deux fois. (/ Tim. vi, 20; Il Tim. i, 14.)
Le moyen que les apôtres ont laissé à l'Eglise pour cela, est celui-ci, que saint Paul marque au même Timothée (// Tim. n, 1, 2). « Mon fils, fortifiez-vous dans la grâce qui est en Jésus-Christ. Et ce que vous avez ouï de moi en présence de plusieurs témoins, laissez-le, et le contiez à des hommes fidèles qui soient capable d'en instruire d'autres. »
Jésus - Christ avait proposé le même moyen, et l'avait rendu éternel, en disant à ses apôtres, et en leurs personnes à leurs successeurs, selon le ministère qu'il leur a commis (Mallh. xxvm, 19, 20) ; « Allez, enseignez, baptisez : et moi je suis avec vous, tous les jours (sans interruption), jusqu'à la lin des siècles: «parce qu'il promet qu'il n'y aura jamais d'interruption dans cette suite du ministère extérieur. Ce qui se confirme encore par cette parole : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise : et les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle. » [Uatth. xvi, 18.) D'où il s'ensuit, qu'en quelque temps et en quelque état qu'on soit, on trouvera toujours l'Eglise
ferme, Jésus-Christ toujours avec ses p/i>leurs ; la bonne doctrine par conséquent toujours établie, et venue de main en main. Ce qui fera qu'on dira en tout temps : Jo crois l'Eglise catholique. Et toujours avec saint Paul (Galat. i, 9) : « Si quelqu'un vous annonce et vous donne pour évangile autre chose que ce que vous avez reçu, qu'il soit analhème. »
Sur ce fondement, en quelque étal et en quelque temps qu'on se trouve après Jésus- Christ, on possédera toujours la vérité, en allant devant soi dans le chemin battu par nos pères, en révérant les bornes qu'ils ont posées, et en les interrogeant de ce qu'ils croyaient. Par ce moyen, do proche en pioche, on trouvera Jésus-Christ; lorsqu'on y sera arrivé, on interrogera encore ses pères, et on trouvera qu'ils croyaient le même Dieu, et attendaient le même Christ à venir, sans qu'il intervienne d'autre changement entre hier et aujourd'hui, sinon celui d'attendre hier, celui qu'aujourd'hui on croit venu. Ce qui fait dire à l'Apôtre (// Tim. i, 3) : « Dieu que je sers selon la foi qui m'a été laissée par mes ancêtres. » Et parlant à Timothée (ibid., 5) : « Souvenez-vous de la loi qui est en vous, sans fiction : et qui a premièrement habité (comme dans un lieu permanent et dans une demeure ordinaire) dans votre aïeule Loïde, et dans votre mère Eunice. » Et encore plus généralement ■ « Jésus-Christ était hier, et aujourd'hui, et il est aux siècles des siècles. » D'où le même Apôtre conclut : « Ne vous laissez point emporter à des doctrines variables , et étrangères. » (Hebr. xm, 8, 9.)
Par ce moyen, après la succession do l'Eglise, qui a son commencement dans les apôtres et en Jésus-Christ, vous venez à celle de la Loi et de ses pontifes, qui ont leur commencement dans Moïse et dans Aaron. C'est là que Moïse nous apprend ;i interroger encore nos pères : et on trouve qu'ils adoraient le Dieu d'Abraham, d'Isaae et de Jacob, qui adoraient celui de Melchisédech, qui adorait celui de Sein et de Noé, qui adorait celui d'Adam ; dont la mémoire était récente, la tradition toulo fraîche, le culte très-bien établi et très-connu. Do sorte qu'en quelque temps donné que ce puisse èlre, en remontant de pioche en proche, on vient à Adam, et au commencement de l'univers, par un enchaînement manifeste
IIe Prop. Toutes les fausses religions ont pour marque manifeste leur innovation. — Pour confondre les idolâtries des rois de Juda, même dans les temps les plus ténébreux, celle d'Achaz, de Ma nasses, d'Amon, do Joachaz et de ses enfants, jusqu'au dernier roi, qui l'ut SéJécias, il ne faut quo leur dire avec .Moïse [Deut. xxxn, 7):
k Interrogez votre père, demandez à vos ancêtres. » El sans recourir jusqu'à eux, et remonter jusqu'à l'origine des histoires oubliée^ il d'j avait qu'à leur dire : Interroge/ Josias, dont la mémoire est toute récente : interrogea Ezéchias: interrogez Menasses lui-
(H i VRES COMPLETES DE BOSSUET.
même, dool les égarements oal élé les pins extrêmes ;el souvenez-vous de la pénitenee |,(i! Dieu l'a fait venir au culte de sou
père Bzéi I ias. Au- l< ssus d'Ezéchias, et du
npsd'Achaz, interrogez Ozias son père,
u aïeul Joathan, et son bisaïeul Amasias; iolern . I - liât, interrogez Asa, voyez quelle religion ils onl suivie. Pour confondre Abia, et son père Roboam, fils «le Salomnn : qui a la lin se sont égarés, obligez-les à interroger Salomon : s'ils vous objectent
- dernières actions, rappelez-leur les premières, lorsque la si le Dien était en lui si visiblement. Montrez-leur David, et
tnuel qui l'a oint; et Héli, sous qui Samuel s'était formé ; et de proche en proche, i mis les juges jusqu'à Josué; et immédiatement au-dessus de Josué, Moïse même.
Mais Moïse vous renvoie à vos ancêtres, et il ne t'ait que vous montrer des patriarches, dont la mémoire était toute fraîche, jusqu'à Abrabam, et le reste que nous avons dit.
Il est vrai que, dans cette suite, il y avait i uvent eu de mauvais exemples : et c'est pourquoi il est dit de certains rois, qu'ils firent mal devant le Seigneur, commedeJoakim, et de ses successeurs: i Celui-ci fit
faits constants, et pourvu seulement
Seigneur
toute manifeste par des vins aucun embarras, qu'on voulût voir.
Le schisme de Jéroboam avait de pareilles marques d'innovation , car la mémoire du temple bàli par Salomon était récente. Il n'était nas moins visible que Salomon n'avait fait que suivre les desseins de son père David, qui lui-môme n'avait fait autre chose (pie de désigner, selon les préceptes tant de fois réitérés par Moïse, le lieu où le voulait être servi.
Ainsi Jéroboam, et les schismatiques qui le suivaient, n'avaient qu'à interroger leurs pères, et môme qu'à se souvenir, par ce qu'ils avaient vu de leurs yeux, sous Salomon et sous David, dans le temps où tout le peuple était réuni dans un môme culte, et où tout Israël était d'accord, que c'était en sa pureté le culte établi par Moïse, dont tous recevaient les oracles.
Il n'était pas moins évident que les schismatiques s'étaient retirés des lévites enfants de Lévi, et des sacrificateurs enfants d'Aaron, à qui tonte la nation, et les schismatiques eux-mêmes, ne pouvaient pas
mal' devant le Seigneur, ainsi qu'avaient ignorer que Dieu n'eût donné le sacerdoce,
fait ses pères, » (IV Reg. xxm, 32, 37.) Et en général de tout le peuple : « Ils firent mal comme leurs pères, qui ne voulaient point obéir au Seigneur.» (IV Beg. xvu, IV) Cependant, à travers la suite des mauvais exemples que souvent on recevait de ses derniers pères, il était toujours aisé de démêler ceux qui demeuraient dans la foi
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anciens pèies, et ceux qui l'abandonnaient. De sorte qu'on disait toujours: Interrogez vos ancêtres, et le Dieu de vos pères.
IIIe Phop. La suite du sacerdoce rend cette marque sensible. — La succession du sacerdoce [Marquait aussi la suite de la religion. Le sang de Lévi, une fois consacré à cet otfice n'a jamais cessé de donner des minisires au temple et à l'autel : d'Aaron et de ses enfants, sortis de Lévi, sont toujours sortis des pontifes et des sacrificateurs; sans que jamais la succession du sacerdoce ait été interrompue pour peu que ce fût : et parmi ces sacrificateurs il y en a toujours eu qui conservaient le vrai culte, les vrais sacrifiées, et toute la religion établie de Dieu par Moïse. Témoins « les sacrificateurs enfants de Sadoc, qui ont toujours conservé, dit le Seigneur , les, cérémonies de mon sanctuaire; pendant que les enfants d'Israël, et même ceux de Lévi, s'égaraient. » (Uzech.