XLVIII
Tout ce qu'on chantait dans le temple, les Psaumes de David et des autres que tout le peuple savait par cœur, le temple même , l'autel. même, la pâque, la circoncision, et tout le reste des observances légales, étaient en témoignage aux'errants. Tout rappelait à David, à Moïse, à Abraham, à Dieu créateur de tout, et toujours de proche en proche ; en sorte qu'il n'y avait qu'à ouvrir les 3 eux, pour reconnaître la suite de la religion
et tout le ministère de la religion.
Jéroboam savait bien lui-même qu'Abias, prophète du Seigneur, qui lui avait prédit qu'il serait roi, servait le Dieu de ses pères, et détestait ses veaux d'or. U continue dans son schisme à le consulter, et en reçoit de dures réponses suivies d'un prompt effet (III Reg. xiv, 1, 2 seq.). Il était notoire à tout le monde, que les veaux d'or de Jéroboam n'avaient été érigés que par une pure politique, contre les maximes véritables de la religion; comme il a été expliqué ailleurs. Et enfin il n'y avait rien de plus évident que ce que disait Abia, fils de Roboam , aux schismatiques pour les rappeler à l'unité de leurs frères ( Il Par. x<m, 8-10, 12) : « Dieu (qui a toujours été notre roi) possède encore le royaume par les enfants de David. 11 est vrai que vous avez parmi vous un grand peuple , et les veaux d'or vos nouveaux dieux que Jéroboam a fabriqués, h Mais vous avez rejeté les sacrificateurs du Seigneur, les enfants d'Aaron, et les lévites ( que vous-mêmes vous reconnaissiez, avec nous, et à qui vous savez bien que Dieu a donné le sacerdoce par Moïse) : et vous vous êtes fait des sacrificateurs, comme les autres peuples du monde ( sans succession, sans ordre de Dieu ) : le premier venu est fait sacrificateur. Pour nous, Notre-Seigneur c'est Dieu même, que nous n'avons point abandonné; et nous persistons à reconnaître les sacrificateurs qu'il nous a donnés, qui sont les enfants d'Aaron et les lévites, chacun en son rang. Ainsi Dieu est dans notre armée avec ses sacrificateurs qu'il a établis. Enfants d'Israël, ne combattez point contre le Seigneur votre Dieu : car cela ne vous sera point utile. » C'était ouvertement combattre contre Dieu , que d'innover si manifestement dans la religion, et que d'en mé-
PART. XIII. THEOL. SOCIALE. — POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. Ml k3tt
priser tous les monuments qui relaient encore.
IVe Prop. Celte marque d'innovation est ineffaçable. — Le long temps n'effaçait point cette tache. On se souvenait toujours de David et de Salomon, sous qui toutes les tribus étaient unies. On ne se souvenait pas moins distinctement de Jéroboam, qui les avait séparées. Deux ou trois cents ans après le schisme, Ezéchias disait encore aux schismatiques (11 Par. xxx, 6): « Enfants d'Israël, retournez au Seigneur Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. » On leur parlait d'y retourner, comme à ceux qui s'en étaient séparés. « Ne soyez point, » poursuivait-il (// Par. xxx. 7), «comme vos pères et vos frères, qui se sont retirés du Dieu de leurs
toujours connu par son auteur: la plaie ne se ferme pas par le temps ; et pour peu qu'on y regarde de près, la rupture parait toujours fraîche et saignante.
VIe Phop. // ne suffit pas de conserver la saine doctrine sur les fondements de la foi, if faut en tout et partout être uni à la vraie Jù/lise. — Les Samaritains adoraient le vrai Dieu, qui était le Dieu de Jacob; et ils attendaient le Messie. La Samaritaine déclare l'un et l'autre, lorsqu'elle dit au Sauveur (Joan. iv, 20) : «Nos pères ont adoré dans cette montagne. » Et un peu après [lhid., 25) : « Le Christ va venir, et nous apprendra toutes choses. » Doctrine qu'on sait d'ailleurs avoir été commune aux Samaritains avec le peuple de Dieu. Et néanmoins, parce pères. »' On leurapprenait à distinguer leurs qu'ils étaient séparés de Jérusalem et du
derniers pères des premiers, dont on s était séparé. N'imitez pas vos pères, qui se sont retirés des leurs. Suivez le Dieu de vos pères, et remontez à la source. «Venez à son sanctuaire qu'il a sanctifié pour toujours
temple, sans communiquer à la vraie Eglise et à la tige du peuple de Dieu , cette femme reçoit cette sentence de la bouche du Fils dé Dieu {Ibid., 22) : « Vous adorez ce que vous ne savez pas : pour nous (pour nous autres
(Ibid., 8). » Ce n'était pas pour un temps que Juifs), nous adorons ce que nous savons, et David et Salomon avaient fait le temple en le salut vient des Juifs. » C'est de nous que
u'il
>l> exécution de la loi de Moïse. « Servez donc le Dieu de vos pères ; » le Dieu de Salomon et de David, qui était sans contestation celui de Moïse et celui d'Abraham.
Le caractère du schisme était d'avoir rompu cette chaîne. Celle marque d'innovation suit les schismatiques de génération en génération ; et une tache de cette nature ne se peut jamais effacer.
Ve Prop. La même marque est donnée pour connaître les schismatiques séparés de l'Eglise chrétienne. — Ainsi en est-il arrivé à tous ceux qui ont fait de nouvelles sectes dans la religion, et autant parmi les Chrétiens, que parmi les Juifs. L'apôtre saint Jude leur a donné pour caractère « de se séparer eux-mêmes. » (Jud. 19.) El il a expressément marqué que c'était là l'instruction commune que tous les apôtres avaient laissée aux Eglises. « Pour vous,» dit-il {Ibid. 17, 18, 19), « mes bien-aimés, souvenez- vous des paroles de la prédiction des apôtres: qu'il viendrait dans les derniers temps des trompeurs, qui marcheraient selon leurs désirs dans leurs impiétés.» Pour les connaître sans difficulté voici leur marque : « Ce sont ceux,»
viendra le Christ; c'est parmi nous qu'il le faut chercher ; et il n'y a de salut que parmi les Juifs.
Ainsi en est-il de tous les schismes ; et c'est en vain qu'on s'y glorifie d'avoir conservé les fondements du salut.
VII* Prop. // faut toujours revenir à l'origine. — Quelque temps qu'ait duré uu schisme, il ne prescrira jamais contre la vérité. Le schisme de Samarie avail sa première origine dans celui de Jéroboam ; et il y avait près de mille ans qu'il subsistait, quand le Fils de Dieu le réprouva par ia sentence qu'on vient d'entendre.
Les Cuthéens, appelés depuis les Samaritains, avaient été introduits dans la terre des dix tribus séparées, que les Assyriens eu avaient chassés. (IV Reg. xvn, 2i seq.) Leur religion naturelle était le culte des idoles; mais instruits par un prêtre des Israélites, ils y joignirent quelque chose du culte de Dieu, suivant que le pratiquaient les schismatiques. Ils étaient donc à leur place, et leur succédèrent : mais quoiqu'ils s^ soient corrigés dans la suite, et du faux, culte des Israélites, et de leurs idolâtries particulières,
ajoute-il, «qui seséparent eux-mêmes.» C'est ne rendant plusd'adoralion ni de culte qu'au
une tache ineffaçable : et les apôtres, qui craignaient pour les fidèles la séduction de ces trompeurs, se sont accordés à en donner ce caractère sensible. Ils rompront avec tout le monde; ils renonceront à la religion qu'ils trouveront établie, et s'en sépareront. Ils ont toujours sur le front ce caractère d'innovation, selon la prédiction des apôtres. Nulle hérésie ne s'en est sauvée, quoi qu'elle ait pu faire. Ariens, macédoniens, nestoriens, pélagiens, eutychieus , tous les autres dans quelques siècles qu'ils aient paru, loin ou proche de nous, portent dans leur nom, qui vient de celui de leur auteur, la marque de leur nouveauté. On nommera éternellement Jéroboam, qui s'est séparé, el qui a fait pécher Israël. Le schisme est
vrai Dieu : tout cela, et le long temps de leur séparation fut inutile ; et Jésus-Christ a décidé qu'il n'y avait de salut pour eux qu'eu revenant à la tige.
VIIIe Prop. L'origine du schisme est aisée à trouver. — La connaissance de l'origine de celui des Samaritains dépendait de certains faits qui étaient notoires ; tel qu'était Histoire de Jéroboam, et de la première séparation des dix tribus après le règne de David et de Salomon, où tout le peuple était uni. Ce commencement ne s'oublie jamais : et ou oublierait aussit toison père et sa mère, que David el Salomon et Jéroboam, dont le dernier avait séparé ce que les deux autres avaient conservé daus l'union qu'on avait toujours gardée avant eux.
H i VRES COMPLETES DE ItOSSUKT.
ÙZi
Ce mal ne se répare point. Iprès renl nérations, on trouve encore le comroenment, c'est-à-dire , la fausseté de sa religion. Ce qui rend i omencemenl et la
date du schisme manifeste, dans toutes les • se pan es qui sonl ou qui furent jamais, m qu'il y a toujours un point où Ton dcmenre court, sons qu'on puisse remonter plus haut, il n'en était pas ainsi du vrai iple, ï qui la succession de ses prêtres cl s lévites rendait témoignage : tout parlait pour lui, K1 temple môme, et la cité sainte, dont il était en possession de tout temps. M lis, au contraire, les schismatiques de Samarie ne pouvaient Jamais établir leur succession, ni remonter jusqu'à la source, ni par conséquent effacer la marque de la rupture. C'est pourquoi le Fils de Dieu prononce contre eux la condamnation qu'on a ouïe.
Tous les schismes ont la môme marque.
Encore que le sacerdoce ou le ministère chrétien ne suive pas la trace du sang, comme celui de l'ancien peuple, la succession n'en pas moins assurée. Les pontifes, ou les évêques du christianisme, se suivent les uns les autres, sans interruption ni dans les sièges ni dans la doctrine; mais le novateur, qui change la doctrine de son prédécesseur, se fera remarquer par son innovation. Les catéchismes, les rituels, les livres de prières, les temples mêmes, et les autels, où son prédécesseur et lui-même avant l'innovation, ont servi Dieu, porteront témoignage contre lui. C'est ce qui faisait dire à Jésus-Christ (Joan. iv, 22) : « Vous adorez ce que vous ne savez pas. » Vous ne savez pas l'origine, ni de la religion, ni de l'alliance. « Pour nous (pour les Juifs du nombre desquels je suis), nous adorons ce que nous savons. » Nous en connaissons l'origine, jusqu'à la source de Moïse et d'Abraham, et le salut n'est que pour nous.
IX' Prop. Le prince doit employer son autorité pour détruire dans son Etat les fausses religions. — Ainsi Asa, ainsi Ezéchias, ainsi Josias mirent en poudre les idoles que leurs peuples adoraient. 11 ne leur servit de rien d'avoir été érigés par les rois : ils en abattirent les temples et les autels : ils en brisèrent les vaisseaux qui servaient à l'idolâtrie : ils en brûlèrent les bois sacrés: ils en exterminèrent les sacrificateurs et les devins: et ils purgèrent la terre de toutes ces impuretés. (111 Reg. xv, 11, 12, 13; IV Reg. xvm, i; uni, o, G, 7 seq.; 11 Par. xiv, 2, 3; xv, 8; xxxiv, 1 seq.) Leur zèle n'épargna pas les personnes les plus augustes, ou qui leur étaient le plus proches : ni les choses les plus vénérables, dont le peuple abusait par im faux culte. Asa ôta à sa mère Maac.ha, tille d'Absalon , la dignité qu'elle prétendait se donner en présidant au culte d'un dieu infâme; el pour la punir de son impiété, il contraint de la dépouiller de la marque la royauté. (/// Reg. xv, 2, 13; 11 Par. Xv, 16.) On gardait religieusement le serpent d dirain, que Moïse avait érigé dans le désert par ordre de Dieu. Ce serpent, qui
était la figure de Jésus-Christ (Jonn. ni, M , et un monument des miracles que Dieu avait opérés par cette statue (Xttm. xxi, 9), était prélieux à tout le peuple. Mais Ezéchias ne laissa pas de le mettre en pièces (IV Ilrg. xvi h, V), et lui donna un nom de mépris : parce que le peuple en lit une idole, et lui brûla do l'encens. Jéliu est loué de Dieu pour avoir fait mourir les faux prophètes do Baal,qui séduisaient le peuple, sans en laisser échapper un seul (IV Reg. x, 23, 26, 801 : et en cela il ne faisait qu'imiter le zèle d'Elie. (III Reg. xvm, M.) Nahuchodonosor lit publier par tout son empire un édit, où il reconnaissait la gloire du Dieu d'Israël, et condamnait sans miséricorde à la mort ceux qui blasphémaient son nom. (Dan. m, 96, 98: iv, k seq.)
X" Prop. On peut employer la rigueur contre les observateurs des fausses religions ; mais la douceur est préférable. — « Le prince est ministre de Dieu. Ce n'est pas en vain qu'il porte l'épée : quiconque fait mal le doit craindre comme le vengeur de son crime. » ( Rom. xiii, k. ) Il est le protecteur du repos public qui est appuyé sur la religion ; et il doit soutenir son trône, dont elle est le fondement, comme on a vu. Ceux qui ne veulent pas souffrir que le prince use de rigueur en matière de religion, parce que la religion doit être libre, sont dans une erreur impie Autrement il faudrait souffrir, dans tous les sujets et dans tout l'Elat, l'idolâtrie, le mahométisme, le judaïsme, toute fausse religion; leblasphèmej'athéismemêne, et les plusgrandscrimes seraient les plus impunis,
Ce n'est pourtant qu'à l'extrémité qu'il en faut venir aux rigueurs, surtout aux dernières. Abia était armé contre les rebelles et les schismatiques d'Israël (II Par. im, 9 seq.); mais avant que de combattre , il fait précéder la charitable invitation que nous avons vue.
Ces schismatiques étaient abattus , et leur royaume détruit sous Ezéchias et sous Josias ; et ces princes étaient très-puissants. Mais, sans employer la force, Ezéchias envoya des ambassadeurs dans toute l'étendue de ce royaume « depuis Bersabée jusqu'à Dan, pour les inviter en son nom, et au nom de tout le peuple, à la pâque (// Par. xxx, o seq.) » qu'il préparait avec une magnificence royale. Tout respire la compassion et la douceur dans les lettres qu'il leur adresse. 't Et quoique ceux de Mariasse, d'Ephraïm et de Zabulon, se moquassent avec insulte de cette invitation charitable, >/ il no prit point de là occasion de les maltraiter, et il en eut pitié comme de malades.
« Ne vous endurcissez pas, » leur disait-il (Ibicl., 8, 9), «contre le Dieu de vos pères: soumettez-vous au Seigneur, et venez à son sanctuaire qu'il a sanctifié pour toujours; servez le Dieu de vos pères, et sa colère se détournera de dessus vous. Si vous retournez au Seigneur, vos frères et vos enfants que les Assyriens tiennent captifs, trouveront miséricorde devant leurs maîtres, et ils reviendront en relie terre; car le Seigneur
853 PART. XIII. TIIEOL. sociaii:. — VOL
est hon, pitoyable, et démenti et il ne détournera pas sa face de vous, si vous retournez à lui. »
« Pour Josias, il se contenta de renverser l'autel de Bélhel , que Jéroboam avait érigé contre l'autel de Dieu, et tous les autels érigés dans la ville de Samarie, et dans les tribus (Je Ma nasse, d'Ephraïm et de Siinéon, jusqu'à Nophlhali. » (IV Itcg. xxiu, 15, 19; Il Par. xxxiv, 6.) Mais il n'eut que de la pitié pour les enfants d'Israël, et ne leur til aucune violence; ne songeant qu'ù les ramener doucement au Dieu de leurs pères, et faisant faire d'humbles prières pour les restes d'Israël et de Juda. (// Par. xxxiv, 21.)
Les princes chrétiens ont imité ces exemples; mêlant, selon l'occurrence, la rigueur à la condescendance. Il y a de fausses religions qu'ils ont cru devoir bannir de leurs Étals sous peine de mort; mais je ne veux ex: oser ici que la conduite qu'ils ont tenue contre les schismes et les hérésies. Ils en ont ordinairement banni les auteurs. Pour leurs sectateurs, en les plaignant comme des malades, ils ont employé , avant toutes choses, pour les ramener, de douces invitations. L'empereur Constant, fils de Constantin , lit Supporter aux donatistes des aumônes abondantes, sans y ajouter autre chose qu'une exhortation pour retournera l'unité, dont ils s'étaient séparés par un aheurtement et une insolence inouïe. Ouand les empereurs virent que ces opiniâtres abusaient de leur bonté et s'endurcissaient dans l'erreur, ils firent des lois pénales qui consistaient principalement en des amendes considérables. Ls en vinrent jusqu'à leur ôter la disposition de leurs biens, et à les rendre intestables. L'Eglise les remerciait de ces lois; mais elle demandait toujours qu'on n'en vînt point au dernier supplice, que les princes aussi n'ordonnaient (pie dans les cas où la sédition et le sacrilège étaient unis à l'hérésie. Telle fut la conduite du iv* siècle. En d'autres temps, on a usé de châtiments plus rigoureux ; et c'est principalement envers les sectes qu'une haine envenimée contre l'Eglise, un aheurlement impie, un esprit de sédition et de révolte, portaient à la fureur, à la violence et au sacrilège.
XIe Prop. Le prince ne peut rien faire de plus efficace pour attirer le peuple à la religion que de donner le bon exemple, — «Tel qu'est le juge du peuple, tels. «ont ses ministres; tel qu'est le souverain d'un Etat, tels en sont les citoyens. » ( Eccti. x, 2.)
<i Dès I âge de huit ans, le roi Josias marcha dans les voies de son père David, sans se détourner ni à droite ni à gauche. A seize ans, et dans la huitième année de son règne, pendant qu'il était encore enfant, il commença à rechercher avec, un soin particulier le Dieu de son père David. » [lYReg, xxn, 1, 2; Il Par. xxxiv, 1-3.) A vingt ans et à la douzième année de son règne, il renversâtes idoles non-seulement dans tout son royaume,
ITIQUE TIRE!- DE LECRITURE. LIV. \If. 634
mais encore dans tout le royaume d'Israël, qui était do l'ancien domaine delà maison de David, quoiqu'alors assujetti par les Assyriens.
« A la dix-huitième année de son règne, il renouvela l'alliance de tout le peuple avec. Dieu, étant debout sur le degré du temple à la vue de tout le peuple qui jura solennellement après lui de marcher dans toutes les voies du Seigneur; Pt tout le monde acquiesça à ce pacte, llôla donc de dessus la terre et de toutes les légions, non-seulement de Juda , mais encore d'Israël , toutes les abominations. Et il lit que tout ce qui restait d'Israël (et les dix tribus autant que les autres) servirent le Seigneur leur Dieu. Durant tous les jours de Josias, ils ne s'éloignèrent point du Seigneur Dieu de leurs pères. » IV Reg. xxn, 3 ; xxm, 2 seq.;// Par. xxxiv, 8, 29 seq.) Tant a de force dans un roi l'exemple d'une vertu commencée dès l'enfance, et continuée constamment durant tout le cours de la vie.
XIIe Prop. Le prince doit étudier la Loi dt Dieu. — « Quand le roi sera assis sur lu trône de son empire, il fera décrire en un volume la loi du Dcutéronome (qui est l'abrégé de toute la loi de Moïse), dont il recevra un exemplaire des sacrificateurs do la race de Lëvi ; et il l'aura avec lui, et il le lira tous les jours de sa vie, afin qu'il apprenne à craindre le Sei ^tieur son Dieu, et à garder ses paroles. » (Deut. xvn, 18, 19.) (29). Il doit taire de la loi de Dieu la loi fondamentale de son royaume.
On voit ici deux grands préceptes pour les rois: l'un de recevoir la Loi de Dieu des mains des lévites, aiin que la copie qu'ils eu auront soit sure, sans altération et confirme àcelle qui se lisait dans le temple; l'autre, de prendre son temps pour en lire ce qu'il pourra avec attention. Dieu ne lui ordonne pas d'en lire beaucoup à la fois, mais de se faire une habitude de la méditer et de compter celte sainte lecture parmi ses atfaires capitales. Heureux le prince qui lirait ainsi l'Evangile ; à la (in ii se trouverait bien rocompensé de sa peine.
XIIIe Prop. Le prince est exécuteur de ta loi de Dieu. — C'est pourquoi l'une des principales cérémonies du sacre des rois de Juda était de lui mettre en main la loi do Dieu. « Ils prirent le fils du roi, et ils lui mirent ie diadème sur le front et la loi de Dieu à la main ; et le pontife Joïda l'oignit avec ses enfants, et ils crièrent: Vivo le roi! » (// Par. xxm, 11. ) Qu'il vive, en employant sa puissance pour taire servir Dieu qui la lui donne, et qu'il tienne la main à l'exécution de sa loi 1
C'est ce que David lui prescrit par ces paroles : « Maintenant, o rois ! entendez : instruisez-vous, arbitres de la terre! servez le Seigneur en crainte. » (Psal. u, 10. ) Servez-le comme tous les autres, car vous êtes avec tous les autres ses sujets, mais servez-le comme roi, dit saint Augustin, en faisant
■■/- ) V.-.-y. ci devant, I. v, art. !, 9' pro|
(El VRES COUPLE
servir fc i m cultetotre puissance royale, et - soutiennent les siennes.
De là rient que les lois de» empereure chrétiens . et en particulier celle- »1«- m>< anciens r - Clnvis. Charlemagne, et ainsi des autres, sont pleines de sévères ordonnances contre ceui qui man [uaienl à la loi de Dieu ; et on les mettait à la tête pour servir de fondement aux lois politiques. De quoi nous verrons peut-être un plus grand détail.
\|V PaOP. Le prince doit procurer que le peuple soit instruit de ta loi de Dieu.— «A la
troisième année de son règne, Josaphat envoya les grands du royaume, et avec eux plusieurs lévites et deux prêtres; et ils enseignaient le peuple, ayant en main la loi du Seigneur; et ils allaient par toutes les villes du royaume de Juda, et ils instruisaient le peuple. » (// Par. xvn, 7-9.) (30) Le prince ne doit régner que pour le bien du peuple, dont il est le père et le juge. Kl si Dieu a ordonné aussi expressément aux rois d'écrire eux-mêmes le livre de Ja loi, d'en avoir toujours avec eux un exemplaire authentique, de le lire tous les jours de leur vie, comme nous l'avons déjà remarqué ; on ne "peut douter que ce ne soit principalement pour les rendre capables d'en instruire leurs peuples, et de leur en procurer l'intelligence, comme lit le vaillant et pieux roi Josaphat.
Quel soin, quel empressement ne voyonsnous pas encore dans le roi Josias d'écouter cette loi, et d'en faire lui-même la lecture au peuple, aussitôt que le grand prêtre Uelcias !ui eut remis entre les mains l'exemplaire authentique du Deutéronome, qui avait été égaré dès les premières années du règne de l'impie Manassès, son aïeul, et que ce pontife venait de retrouver dans le temple du Seigneur (IV Reg. xxiu, 1,2; II Par. xxxiv, ï9, 30) : « Le roi ayant fait assembler tous les anciens de Juda et de Jérusalem, il monta au temple du Seigneur, accompagné de tous les hommes de Juda et des citoyens de Jérusalem, des prêtres, des lévites," des prophètes, et de tout le peuple, depuis le plus petit jusqu'au plus grand. Ils se mirent tous à écouler dans la maison du Seigneur, et le roi leur lut toutes les paroles de ce livre de l'alliance, qui avait été trouvé dans la maison du Seigneur 1 »
L'Ecriture nous fait assez entendre qu'on devait imputer la principale cause des désordres et des impiétés auxquels s'étaient abandonnés les rois de Juda, prédécesseurs de Josias, aussi bien que la juste vengeance que le Seigneur allait exercer sur eux ; à la négligence qu'ils avaient eue de s'instruire .sur la loi de Dieu , et à l'ignorance prof'»nae de celte loi, où ils avaient laissé tomber le peuple. Car, dit le prince (IV «eo. «m, 13; Il Par. xxxiv, 21), « la colère du Seigneur s'est embrasée contre nous, et est prèle de fondre sur nos têtes, parce que nus pères n'ont point écoulé les paroles du
(30) Ci-dcvaul, 1. v, art. I, IS' prop.
ILS DE BOSSUET
aza
Seigneur, et n'ont point accompli ce qui a été ôeril dans ce livre. »
En effet, leur négligence avait été portée h un tel excès, (pie ces rois avaient laissé égarer l'exemplaire authentique du Deutéronome, ipie Aloise avait mis a côté de l'Arche d'alliance, et qui fut retrouvé du temps de Josias.
Ce fut aussi sans douto pour récompenser le zèle dont fut rempli ce saint roi, en cette mémorable occasion , que Dieu l'exempta expressément de la sentence terrible qu'il avait prononcée contre les rois de Juda. « Quant au roi de Juda qui nous a envoyés ici pour prier et pour consulter le Seigneur, répondit aux envoyés de Josias la prophétesse Olda inspirée de Dieu (IV Reg. xxn, 18-20; Il Par. xxxi, 26, 27, 28) : voici ce que dit le Seigneur Dieu d'Israël : Parce que vous avez écouté les paroles de ce livre (que vous en avez pénétré le sens, que vous en avez instruit votre peuple), que votre cœur en a été attendri, que vous vous êtes humiliés devant moi en entendant les maux dont j'ai menacé Jérusalem et ses habitants; je vous ai aussi exaucé, dit le Seigneur. Je vous ferai reposer avec vos pères; vous serez mis en paix dans votre tombeau, et vos yeux ne verront point tous les malheurs que je dois faire tomber sur celte ville et sur ses habitants. » Juste récompense de la sainte ardeur qu'eut ce prince pieux d'écouler Ja loi de Dieu, de s'y rendre attentif, et d'en avoir procuré l'intelligence à son peuple.
\RT1CLE IV
Erreurs des hommes du monde et des politiques sur les affaires et les exercices de la religion.
Première Proposition. La fausse politique regarde avec dédain les affaires de la religion, et on ne se soucie ni des matières qu'on y traite, ni des persécutions qu'on fait souffrir à ceux qui la suivent. Première erreur des puissances et des politiques du monde. — Il n'y a rien de plus bizarre que les jugements des hommes d'Etat et des politiques sur les affaires de la religion.
La plupart les traitent de bagatelles et do vaines subtilités. Les Juifs amenaient saint Paul, avec une haine obstinée, « au tribunal de Gallion, proconsul d'Achaïe, et lui disaient que cet homme voulait faire adorer Dieu contre ce que la loi en avait réglé. » (Ad. xviu, 12, 13.) Ils croyaient avoir attiré son attention par une accusation sigriôveelsi sérieuse. Mais Paul n'eut pas plutôt ouvert la bouche (pour sa défense), que le proconsul l'interrompit, et du haut de son tribunal: (lbid., 14, 16.)«S'il s'agissait, dil-ii aux Juifs, de quelque injustice et de quelque mauvaise action, je vous donnerais tout le temps que vous souhaiteriez. Mais pour les questions de mots et de noms, et de disputes sur votre loi, faites-en comme vous vou-
C37 PART. Xill. TIIEOL. SOCIAL!:. - POL
(irez: je ne veux point être juge do ces choses. » Il ne dit pas : Elles sont trop hautes et passent mon intelligence: il dit que tout cela n'est que dispute de mots et vaines subtilités, indignes d'être portées à un jugement sérieux et d'occuper le temps d'un magistrat.
Les Juifs, voyant que ce juge se mettait si peu en peine de leurs plaintes, et semblait abandonner Paul et son compagnon à leur fureur, « se jetèrent sur Sosthènes, et le battaient [Act. xvm, 17) : » (sans aucun respect pour le magistrat) « et Gallion ne se mettait point en peine de tout cela. » Tout lui paraissait bagatelles, dans ces disputes de religion, et une ardeur imprudente de gens eniêlés de choses vaines.
IIe Pkop. Autre erreur des grands de la terre sur la religion : ils craignent de l'approfondir. — D'autres semblaient prendre la chose, plus sérieusement. Félix, gouverneur de Judée, était très-bien informé de cette voie (Act. xxiv, 22), c'est-à-dire du christianisme. C'est pourquoi entendant Paul discourir de la justice, que les magistrats devaient rendre avec tant de religion; de la chasteté qu'on devait garder avec tant de soin et de précaution (parole si dure aux mondains qui n'aiment que leurs plaisirs); et du jugement à venir, où Dieu demanderait compte de toutes ces choses avec une sévérité implacable : pour ne point trop approfondir des matières si désagréables, quoiqu'il ne pût s'empêcher d'en être effrayé, Félix lui dit (76<e?.,25) : « C'en est assez pour maintenant; je vous appellerai en un autre temps plus commode. » Des objets qui l'occupaient davantage dissipaient ses frayeurs: l'avarice le dominait, et il ne mandait plus :-aint Paul « que dans l'espérance qu'il lui donnerait de l'argent, le laissant captif durant deux ans, et permettant néanmoins à tous ses amis de le voir. » {Jbid., 26.)
IIIe Pkop. Autre procédé des gens du monde, qui prennent la religion pour une folie, sans aucun soin de faire justice, ou d empêcher les vexations qu'on fait à Vinnocence. — Festus, nouveau gouverneur, envoyé à la place de Félix, était à peu près dans le sentiment de Gallion, sinon qu'il poussait encore la chose plus loin. Le roi Agrippa, et la reine Bérénice, celle qui depuis fut si célèbre par la passion que ïile eut pour elle, désirait beaucoup d'entendre saint Paul : et Festus leur en voulut donner le plaisir dans une assemblée solennelle, qu'on tint exprès pour cela avec une grande pompe. « Au reste, «disait-il au roi, «je n'ai rien trouvé de mal en cet homme : mais il y avait entre lui et les Juifs qui me l'amenaient, des disputes sur leurs superstitions ; et sur un certain Jésus qui était mort, et dont Paul assurait qu'il était vivant. » [Act. xxv, 19.) Ces gens, occupés du monde et de leur grandeur, traitaient ainsi les affaires de la religion et du salut éternel, sans même daigner s'informer de faits aussi importants et aussi extraordinaires, que ceux qui regardaient le Fils de Dieu : car tout
iTIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIY. VU. bZt
cela no faisait rien a leurs intérêts, ni a leurs plaisirs, ou aux affaires du monde. Comme saint Paul eut pris la parole et qu'il commençait à entrer dans le fond des questions (Act. xxvi. 1 seq.). Feslus l'interrompit ; et sans respecter la présence du roi et de la reine, ni atteudro leur jugement m celui de l'assemblée, « il lui cria à haute voix : Paul, vous êtes fou ; trop d'étude vous a tourné l'esprit, » (Jbid., 24.J
On voit par là que, quelque équitable que parût Festus envois saint Paul, lorsqu'il demeure d'accord « qu'il ne l'a point trouvé criminel, et qu'on l'aurait pu renvoyer, s'il n'avait point appelé à l'empereur (Aet. xxv, 18, 25 ; xxvi, 32) ; » il entrait dans ce sentiment un secret mépris du fond de la chose, que Festus ne jugeait pas assez important pour en faire la matière d'un jugement, ou mériter que l'empereur en prît connaissance. La seule affaire qu'il trouvait ici, était de savoir ce qu'il en manderait à l'empereur : --» Je ne sais, » dit-il (Act. xxv, 26), «qu'en écrire au maître. » Et il avait peur qu'on ne crût qu'il lui renvoyait des affaires tout à fait frivoles. Car de l'informer des miracles ou de la doctrine de Jésus-Christ, ou de Paul, et d'examiner les prophéties, où l'Apôtre mettait son fort, ou enfin de parler sérieusement de l'affaire du salut éternel, il n'en était pas question.
Cependant cet homme équitable qui ne voulait point condamner saint Paul, ne craignait pas de le livrer à ses ennemis. Car au lieu de le juger à Césarée, où tout était disposé pour cela, et le renvoyer aussitôt, il proposa de le transporter à Jérusalem, pour faire plaisir aux Juifs, qui avaient fait un complot pour le tuer, ou sur le chemin, ou bien dans Jérusalem, où tout le peuple était à eux. Ce qui obligea saint Paul à dire à Festus ( Jbid., 9-11 ) : « Je n'ai fait aucun tort aux Juifs, comme vous le savez parfaitement.: personne ne me peut livrer à eux. J'appelle à César, et c'est à son tribunal qui* je dois être jugé. »
Voici tout ce que Festus trouvait de réel et de sérieux dans cette affaire ; faire plaisir aux Juifs, contenter la curiosité d' Agrippa, résoudre ce qu'il fallait écrire à l'empereur. Quand on allait plus avant et qu'on voulait examiner le fond, on était fou.
l\re Prop. Autre erreur : les égards humains font que ceux qui sont bien instruits de certains points de religion, n'en osent ouvrir la bouche. — Agrippa qui était Juif, attaché à sa religion, et bien instruit des prophéties, agissait plus sérieusement. Saint Paul qui le connut, le prit à témoin des faits qu'il avançait touchant Jésus-Christ, « Et lorsque Feslus lui cria qu'il était fou: Non, non, dit-il [Act. xxvi, 24-26),
très-excellent Festus, je nesuis pas fou: le roi sait la vérité de ce que je dis, et je parle hardiment devant lui. Car tout cela ne s'est point passé dans un coin, mais aux yeux de tout le 'publie. » Puis adressant la parole au roi lui-même : « 0 roi Agrippa!» dit-il (Jbid., 27), « ne croyez-vous pas aux prophètes? Je
CEI NKi.s COMPLETES DE BOSSU ET,
Cil)
rais que tous j croyez. Sainl Paul voulait le |« bonne roi, devant Foins
et les Romains, ce qu'il savait sur ce sujette! M devait ce témoignage à <I'S païens. liais il no Fait qu'éluder : ci sans rien dire île tant de merveilles qui s'étaient passées en Judée, ni même oser témoigner de ce qu'il croyait des prophéties, ou il était tant parlé du Christ, il se contenta de i^pondre à sainl Paul, par manière de raillerie : ■y Peu s'en raul que vous ne me persuadiez d'être Chrétien. »(/6itf., 28)
Voilà ce que pensaient les grands de la !■ rre, les rois, cl Ions les hommes du monde, sur i;i grande affaire de ce temps-là, qui était celle de Jésus-Christ. On ne voulait ni le savoir, ni l'approfondir, ni dire es quo l'on en savait. Qui peut après cela s'étonner de ce qu'on en trouve si peu de chose dans les histoires profanes?
Vr Phop. Indifférence des sages du monde sur la religion. — Mais il n'y eut rien alors de plus merveilleux que les Athéniens. Athènes était de tout temps le siège de la politesse, du savoir et de l'esprit : les philosophes y triomphaient ; et depuis ([n'assujettie aux Romains elle n'avait plus à traiter delà paiï et de la guerre, ni les affaires d'Etat, elle s'était toute tournée à la curiosité :« en sorte qu'on n'y pensait à autre chose, qu'à dire ou à ouïr quelque nouveauté {Act. xvn, 21), » surtout en matière de doctrine. Sainl Paul y étant arrivé, il se trouvait dans le Lycée avec les philosophes stoïciens et épicuriens ;< Il discourait avec eux. Les uns disaient : Que veut dire ce discoureur? Et les autres : C'estassurément un homme qui s'est entêté de nouvelles divinités (ou comme ils parlaient), de nouveaux démens. » [Act. xvn, 18.) Ils se souvenaient que parmi eux on avait l'ait une pareille accusation à Socrate : et ils^s'en tenaient toujours à leurs anciennes idées. Sur cela on le mena à l'aréopage {Ibid., 19seq.), la plus célèbre compagnie de toute la Grèce, sans autre vue que de contenter la curiosité des Athéniens ; et on tint pour cela le sénat exprès. Paul fut écouté tant qu'il débita les grands principes de la philosophie; et la Grèce fut bien aise de lui entendre citer si à propos ses poë.'es. Mais depuis qu'il vint au principal, qui était de leur annoncer Jésus- Christ ressuscité, et les miracles que Dieu avait faits pour montrer que ce Jésus- Christ était celui qu'il avait choisi pour déclarer sa volonté aux hommes; « les uns se moquèrent de Paul [lbid.> 32), » les autres plus polis à la vérité, mais au fond ni mieux disposés, ni moins indifférents, lui dirent honnêtement : « Nous vous entendrons une autre fois sur celte matière. El Paul sortit ainsi du milieu d'eux. » (Jbid., 32, 33.) En pénétrant davantage, l'affaire lût devenue sérieuse; il eût fallu tout de bon se convertir : et le monde ne voulait songer qu'à la curiosité et h son plaisir.
On en avait usé de même dès le commencement envers Jésus- Christ. Hérode, à qui
Pilate l'avait envoyé, ne voulait voir que des miracles; et il aurait souhaité qu un Dieu employât sa toute-puissance pour le divertir. Parce qu'il ne voulut pas lui faire Ul] jeu des ouvrages de sa puissante main, il le mé| risa, et le renvoya comme un fou, avec un habit blanc dont il le revêtit. (Luc. XMll, 8, 11.)
Pilate ne fit pas mieux. Comme Jésus lui eut dit : « Je suis né, et je suis venu dans le monde afin de rendre témoignage à la vérité (Joan. XVIII, 37) : » parole profonde, où il voulait lui apprendre à chercher la vérité de Dieu; il lui repartit : « Et qu'est-ce que la vérité? » (Ibid., 38) Après quoi il • leva le siège sans s'en informer davantage : comme s'il eût dit: La vérité, dites-vous I et qui la sait? ou que nous importe de la savoir, cette vérité qui nous passe? Les mondains et surtout les grands ne s'en soucient guère, et ils n'ont à cœur que les plaisirs et les affaires.
Nous ne sommes pas meilleurs que tous ceux dont nous venons de parler , et si nous ne méprisons pas si ouvertement Jésus- Christ et sa doctrine, quand il en faut venir au sérieux de la religion, c'est-à-dire à la pratique, et à sacrifier son ambition ou son plaisir à Dieu et à son salut, nous nous rions secrètement de ceux qui nous ie conseillent; et la religion ne nous est pas moins un jeu qu'aux infidèles.
VI' Prop. Comment la politique en vint enfin à persécuter la religion avec une iniquité manifeste. — Si on n'eût fait que discourir de la religion comme d'une matière curieuse, le monde ne l'aurait peut-être fias persécutée : mais comme on vit qu'elle condamnait ceux qui ne la suivaient pas, les intérêts s'en mêlèrent. Les pharisiens ne [lurent souffrir qu'on décriât leur avarice, ni qu'on vînt ruiner la domination qu'ils usurpaient sur les consciences. Ceux qui faisaient des idoles, et les autres qui profilai nt parmi les païens du culte superstitieux, animaient le peuple. On se souvint que u Diane était la grande déesse des Ephésiens, quand on vit qu'en la décriant, la majesté de son temple que tout le monde révérait {Act. xix, 27, 28),» et ensemble la grande considération, et ie grand profit qui venaient de ce côté-la aux particuliers et au pub'ic (Ibid., 25, 26), s en allaient à rien.
Rome elle-même se fâcha qu'on voulût décrier ses dieux, à qui elle se persuadait qu'elle devait ses victoires. Les empereurs s'irritèrent de ce qu'on ne voulait plus les adorer. La politique romaine décida qu'il s'en fallait tenir à la religion ancienne» et qu'y souffrir du changement, c'était I exposer à sa ruine. On voulut s'imaginer des séditions, des révoltes, des guerres civiles, dans l'établissement du christianisme; encore que l'expérience fil voir, qu'en effet la religion s'établissait, sans même que tes persécutions, quelque violentes qu'elles fussent, excitassent, je ne dis pas aucun mouvement et aucune désobéissance, mais même
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PART. XIII.THEOL. SOCIALE. - POLITIQUE TlItEE DE L'ECRITURE. L1V. Vil.
aucun murmure dans les Chrétiens. Mais le monde superbe et corrompu ne voulait pas se laisser convaincre d'ignorance el d'aveuglement, ni souffrir une religion qui changeai l l«i face du monde.
VIIe Pbop. Les esprits faibles se moquent de la piété des rois. — Michol, femme de David , nourrie dans le faste et sans piété avec son père Saûl, quand elle ville roi, son mari, tout transporté -devant l'arche qu'il faisait porter dans Sion avec une pompe royale, « le méprisa en son cœur. Qu'il était heau, «disait-elle (II lieg. vi, 1G,20),« de voir le roi d'Israël avec les servantes, marchant nu comme un bateleur!» Ne faisait-il pas là un beau personnage? Mais David, quoiqu'il l'aimât tendrement, lui répondit (Ibid., 21, 22) : '(Vive le Seigneur, qui m'a élevé plutôt que votre père et sa maison ! je m'humilierai encore plus que je n'ai fait devant lui, et je serai méprisable a mes yeux ; et je tiendrai à gloire de m'humilier, comme vous disiez, avec les servantes.»
Il ne faut point laisser dominer cet esprit de raillerie dans les cours; surtout dans les femmes, quand même elles seraient reines : puisque c'est là au contraire ce qu'on doit le plus réprimer. Dieu récompensa la piété de David, et punit Michol par une éternelle stérilité. (Il Rcg. vi. 23.)
VIIIe Prop. Le sérieux delà religion connu des grands rois, exemple de David. — L'arche était dans l'ancien peuple le symbole de la présence de Dieu, bien inférieur à celui que nous avons dans l'Eucharistie : et néanmoins la dévotion de David pour l'arche était immense. Quand il la (il transporter en Sion, il fil au peuple de grandes largesses en l'honneur d'un jour si solennel. «On immolait des victimes (tout le long du chemin où passait l'arche) . Elle marchait au son des trompettes, des tambours et des hautbois, et de toute sorte d'instruments de musique. >> Le roi, dépouillé de l'habit royal qu'il n'osa porter devant Dieu , « et revêtu simplement d'une tunique de lin, allait après, avec tout le peuple et ses capitaines en graide joie, jouant de sa lyre et dansant de toutes ses forces, dans le transport où il était. (II Rcg. vi, 13 seq.; / Par. xv, 25 seq.) » C'étaient des cérémonies que le temps autorisait.
Dans une occasion plus lugubre, lorsqu'en punition de son péché il fuyait devant Absalon, nous avons vu qu'on lui apporta l'arche, comme la seule chose qui lui pouvait donner de la consolation. Mais il ne se jugea pas digne de la voir en l'état où il était, où Dieu le traitait comme un pécheur. « Hé I » dit-il (11 lieg. xv, 25), « si je trouve grûce devant le Seigneur (après ces jours de châtiments), il me la montrera un jour en son tabernacle. » C'était là le plus cher objet de ses vœux*. Et durant le temps de Saul, banni de son pays et des saintes assemblées du peuple de Dieu , il ne soupirait qu'après l'arche. Grand exemple, pour faire connaître ce qu'on doit sentir en présence de l'Eucharistie, dont l'arche n'était qu'une figure imparfaite. IX* Prop. Le prince doit craindre trois
sortes de fausse piété : el premièrement la piété à l'extérieur, et par politique. — Deux raisons doivent faire craindre au prince de donner trop à l'extérieur, dans les exercices de la piété. La première, parce qu'il est uns personnage public ; par conséquent, composé et peu naturel, s'il n'y prend garde, par les grands égards qu'il doit avoir pour le public, qui a les yeux attachés sur lui. Secondement, parce qu'en effet la piété est utile à établir la domination; de sorte qu'insensiblement le prince pourrai! s'accoutumer à la regarder de ce côté là. Ainsi Siùl disait à. Samuel qui l'abandonnait, el ne voulait plus assister avec lui au sanctuaire de Dieu devant tout le peuple (IReg. xv, 30) :«Jai mal fait; mais honorez-moi d< vanl Israël, et devant les sénateurs de mon peuple; et retournez avec moi pour adorer Je Seigneur votre Dieu.» Il ne voulait plus l'appeler le sien; et peu soigneux de la religion, il ne songeait plus qu'à garder les dehors par publique.
Ainsi les rois d'Israël se montraient quelquefois pieux contre Baal et ses idoles. Mois ils se gardaient bien de détruire les veaux d'or que Jéroboam avait érigés pour y attacher le peuple. Car «il avait dit en luimême ( 111 lieg. xn, 26-28 ) : Le royaume retournera à la maison de David, si ce | euple moule toujours à Jérusalem dans la maison du Seigneur pour y offrir les sacrifices. Le cœur de ce peuple se tournera vers Boboam, roi de Juda, et ils me feront mourir, et ils retourneront à lui. Ainsi par un conseil médité, il fit deux veaux d'or; et il leur dit : Ne montez plus à Jérusalem ; ô Israël ! voilà tes dieux , qui t'ont lire de la terre d'Eg\ pte 1 »
Ainsi Jehu massacra tous les sacrificateurs de Baal, et il en brisa la statue, et il mit le feu dans son temple. Et comme s'il eût voulu s'acquitter de tous les devoirs de la religion, il prend dans son chariot le saint homme Jonadab, fiis de Réchab, pour être témoin de sa conduite. «Venez, lui dit il (IV lieg. x, 1GS 29), ' et voyez mon zèle pour le Seigneur 1 Mais il ne se relira pas des péchés de Jéroboam, ni des veaux d'or, qu'il avait dressés à Béihel et à Dan. » La raison d'Etat ne le voulait pas.
Telle est la religion d'un roi politique. Il fait paraître du zèle dans les choses qui ne blessent pas son ambition, et il semble même vouloir contenter les plus gens de bien : mais la fausse politique l 'empêche de pousser la piété jusqu'au bout. Joaehaz, un des successeurs de Jéhu dans le royaume d'Israël, sembla vouloir aller plus loin. « Dieu avait livré Israël, à Hazaël, roi île Syrie, et à son fils Benadab : el Joaehaz | ria le Seigneur, qui écouta sa voix : car il eut pitié d'Israël , que ces rois avaient réduit à l'extrémité. » ( IV lieg. xm , 3-5.) Mais Joaehaz, qui semblait vouloir retourner à Dieu de tout son cœur dans sa pénitence, n'eut pas la force d'abattre ces veaux d'or, qui étaient le scandale d'Israël ; «et il ne se retira pas des péchés de Jéroboam : Dieu
01 i VRES COMPLETES Mi BOSSUKT.
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aussi l'abandonna. Bl lé roi Je Sun- in de
lui et il • son peuple comme <>n fait de la poudre qu'on secoue dans la batturc.» (IV Réf. mm. (>, 7.)
Tout cel extérieur de piété n'est qu'h?poci isie; el il est familier aux princes rusés, qui ne - : - m qu'à amuser le peuple par les apparences. Ainsi Bérode, ce vieux et dissimulé politique, faisant semblant d'être celé pour la loi des Juifs, jusqu'à rebâtir le temple avec une magnificence qui ne cédait lien à celle de Saloaion, en même temps il i était des temples à Auguste.
El on sait ce qu'il voulut faire contre Jésus-Cbrist. (Matth. n, 3 seq.1 A ne regarder que l'extérieur, il ne désirait rien tant que d'adorer avec les mages ce roi des Juifs, nouveau-né. Il assembla le conseil ecclésiastique, comme un homme qui ne voulait autre chose que d'être éclairci des prophéties; mais tout cela pour couvrir le noir dessein d'assassiner le Sauveur, que le litre de roi des Juifs rendait odieux à son ambition; encore que la manière dont il voulut paraître aux hommes, montrât assez que son royaume n'était pas de ce monde.
X' I'rop. Seconde espèce de fausse piété : la piété forcée ou intéressée. — Telle était celle d'Holopherne , lorsqu'il disait à Judith (Judith xi , 21) : «Votre Dieu sera mon Dieu, s'il fait pour moi ce que vous promettez, » c'est-à-dire tant de victoires. Les ambitieux adoreront qui vous voudrez, pourvu que leur ambition soit contente.
'< Hérode craignait saint Jean qui le reprenait (avec une force invincible) : car il savait que c'était un homme saint et juste ; et il faisait plusieurs choses par son avis, et il l'écoutait volontiers.» (Marc, vi, 20;Lmc. eii, 19. ) Carnous avons vu que ces politiques veulent quelquefois contenter les gens de bien. Mais tout cela n'était qu'artifice ou terreur superstitieuse; puisqu'il craignait tellement saint Jean, qu'après lui avoir fait couper la tôle, il craignait encore qu'il ne fût ressuscité des morts (Marc, vi, 16], pour le tourmenter.
Ecoutez un Anliochus, ce superbe roi de Syrie. «Il est juste, dit-il (II Mach. ix, 12 seq.), d'être soumis à Dieu, et qu'un mortel n'entreprenne pas de s'égaler à lui. Et il ne parle que d'égaler aux Athéniens les Juifs, qu'il nejugeait pas dignes seulement de la sépulture; et d'affranchir Jérusalem , qu'il avait si cruellement opprimée : de combler de dons le temple qu'il avait dépouillé ; et enfin de se faire Juif. » Mais c'est qu'il sentaitla main de Dieu, à laquelle il s'imaginait se pouvoir soustraire, par toutes ses vaines promesses. Dieu méprisa sa pénitence forcée : «et ce méchant demandait la miséricorde, qu'il ne devait pas obtenir. » (II Mach. ix,
Galère Maximien, etMaximin, les deux plus cruels persécuteurs de l'Eglise des Chrétiens, moururent avec un aveu aussi forcé et aussi vain de leur faute (31) : et
avant que de les livrer au dernier supplice, Dieu leur lit faire amende honorable à son peuple, qu'ils avaient si longtemps tyrannisé.
XP Trop. Troisième espèce de fausse piété: la piété mal entendue, et établie où elle n'est pas. — « Va , et passe au lil de l'épée ce méchant peuple d'Amalec : et ne réserve rien de celte nation impie, que j'ai dévouée à la vengeance, » dit le Seigneur h Saùl. « Et ce prince sauva du butin les brebis el les bœufs, pour les immoler au Seigneur. Mais Samuel lui dit : Sont-co des victimes ou des sacrifices cpie le Seigneur demande, et non pas qu'on obéisse à sa voix ? L'obéissance vaut mieux que le sacrifice ; et il est meilleur d'obéir, que d'offrir la graisse des béliers : car désobéir, c'est comme qui consulterait les devins; et ne se soumettre pas, c'est le crime d'idolâtrie. »(/ lieg. xy, 18, seq.)
La sentence partit d'en haut. « Dieu t'a rejeté, dit Samuel ; et tu ne seras plus roi. » (/oid.,23)
Hérode, qui fit mourir saint Jean-Baptiste, au milieu de ses plus grands crimes, n'était pas sans quelques sentiments de religion. 1! mit en prison le saint précurseur qui le reprenait hautement de son inceste. Mais en même temps nous avons vu « qu'il Je craignait, sachant que c'était un homme juste et saint; qu'il le faisait venir souvent, et nH&me suivait ses conseils. » (Marc, vi, 20) Il se livra néanmoins à la fin ; et injustement scrupuleux, la religion du serment l'emporta à son crime. « Il fut lâché de s'être engagé; mais à cause du serment qu'il avait lait, et delà compagnie, il passa outre.» (Matth. xiv, 9; Marc, vi, 26) Il en eut peur, après même qu'il l'eut fait mourir : « et entendant les miracles de Jésus, Jean, » dit-il, « que j'ai décollé revit en lui, el c'est sa vertu qui opère. » (Matth. xiv, 1, 2) Il méprisait la religion, la superstition le tyrannise. 11 écoutait el considérait celui qu'il tenait dans les fers ; un prisonnier qui avait du crédit à la cour; l'intrépide censeur du prince, et l'ennemi déclaré de sa maîtresse, qui néanmoins se faisait écouter; un homme qu'on faisait mourir, et qu'après cela on craignait encore. Tant de craintes qui se combattaient: celle de perdre un homme saint, celle d'ouïr de sa bouche des reproches trop libres, celle de troubler ses plaisirs, celle de paraître faible à la compagnie, celle de la justice divine qui ne cessait de revenir quoique si souvent repoussée; tout cela faisait ici un étrange composé. On ne sait que croire d'un tel prince: on croit tantôt qu'il a quelque religion, el tantôt qu'il n'en a point du tout. C'est une énigme inexplicable, et la superstition n'a rien de suivi.
On multiplie ses prières, qu'on fait rouler sur les lèvres sans y avoir le cœur. Mais c'est imiter les gentils, « qui s'imaginent, » dit le Fils de Dieu (Matth. vi, 7), « êlreexau-
(31 Euseb., Uht. eccl., 1. mii, c. 16, 17; el lib. ix, c. 10; Lact., De mort.pers., n. 33, 49.
645 PART. XIII. TbTOL. SOCIALE. -- POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIY. VII. gtf
Salomon fil ce grand ouvrage avec la magnificence qu'on a vue ailleurs. Car il le
ces en multipliant leurs paroles. » Et on entend de la bouche du Sauveur {Malth. xv, 8; Isa. xxix, 13) : « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.»
On gâte de très-bonnes œuvres ; on jeûne et on garde avec soin les abstinences de J'Eglise ; il est juste: mais, comme dit le Fils de Dieu, « on laisse des choses de la loi plus importantes, la justice, la miséricorde, la fidélité. Il fallait iaire les unes et ne pas omettre les autres. (Malth. xxm, 23.) Savezvous quel est le jeûne que j'aime, dit le Seigneur? Délivrez ceux qui sont détenus dans les prisons; déchargez un peuple accablé d'un fardeau qu'il ne peut porter; nourrissez le pauvre, babillez le nu : alors votre justice sera véritable, et resplendissante comme le soleil. » (Isa. lviii, 6-8)
Vous bâtissez des temples magnifiques ; vous multipliez vos sacrifices, et vous faites dire des Messes à tous les autels. Mais Jésus-Christ répond : « Allez apprendre ce que veutdire cette parole: J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice. (Malth. ix, 13.) Le sacrifice agréable à Dieu , c'est un cœur contrit, et abaissé devant lui. (Psal.L, 19.) La vraie et pure religion, c'eît de soulager les veuves et les oppressés, et de tenir son ûme nette de la contagion de ce siècle. » (Jac. i, 27.)
Mettez donc chaque œuvre en son rang.
Si en faisant les petites, vous croyez vous racheter de l'obligation de faire les grandes, vous serpz de ceux dont il est écrit (Jsa. lix, k-1) : « Ils se fient dans des choses de néant. Us ont tissu des toiles d'araignée. Leurs toiles ne seront pas capables de les habiller, et ils ne seront pas couverts de leurs œuvres : car leurs œuvres sont des œuvres inutiles, et leurs pensées sont des pensées vaines. »
ARTICLE V
Quel soin ont eu les grands rois du culte de Dieu.
Première Proposition. Les soins de Josué, de David et de Salomon pour établir l'arche d'alliance, et bâtir le temple de Dieu. — Josué n'eut pas plutôt conquis et partagé la terre promise, que pour la mettre à jamais sous la protection de Dieu, qui l'avait donnée à son peuple, « il établit le siège de la religion à Silo, où il mit le tabernacle. » (Josue xvm, 1). Il fallait commencer parla, et mettre Dieu en possession de celle terre, et de tout le peuple, donl il était le vrai roi.
David trouva dans la suite un lieu plus digne à l'Arche et au tabernacle , et l'élablit dans Sion, où il la fit transporter en grand triomphe (II Jteg. vi, 12, seq.) : et Dieu choisit Sion et Jérusalem, comme le lieu où il établissait son nom et son culte.
Il fit aussi, comme on a vu les préparatifs du temple, où Dieu voulait être servi avec beaucoup de magnificence, y consacrant les dépouilles des nations vaincues. (Il Rcg. vu ; 1 Par. xxu.)
il en désigne le lieu, que Dieu même avait cheisi, et charge Salomon de le bâtir.
voulait proportionner, autant qu"il pouvait, àla grandeur de celui qui voulait y être servi. « La maison, » dit-il (II Par. B,5J, « que; je veux bâtir est grande, parce qne notre Dieu est au-dessus de tous les dieux Qui serait donc assez puissant, pour lui bâtir une maison digne de lui ? »
IIe Puop. Tout ce qu'on fait pour Dieu de plus magnifique, est toujours au-dessous de sa grandeur. — Ce fut le sentiment de Salomon, après qu'il eut bâti un temple si riche, que rien n'égalajamais. « Qui pourrait croire,» dit-il (// Par. vi, 18), « que Dieu habilesur la terre avec les hommes ; lui que les cieux, et les cieux des cieux ne peuvent renfermer? * El David qui en avait fait les préparatifs, quoiqu'il n'eût rien épargné, et qu'il eût consacré à cet ouvrage « cent nulle talents d'or, un million de talents d'argent, avec du cuivre et du fer sans nombre, et les pierres avec tous les bois qu'il fallait pour un si grand édifice (/ Par. xxu, 14), » sans épargner le cèdre, qui est le plus précieux, il trouvait tout cela pauvre, en comparaison de son désir : « J'ai, » dit-il, o ofièrt tout cela dans ma pauvreté. » (Ibid.)
IIIe Prop. Les princes font sanctifier les fêtes. — Moïse fait mettre en prison , et ensuite il punit de mort, par ordre de Dieu, celui qui avait violé le sabbat. (Num. xv, 32 seq.) La loi chrétienne est plus douce, el les Chrétiens plus dociles n'ont pas besoin de te de l'impunité
Les ordonnances sont pleines de peines contre ceux qui violent les lêles et surtout le saint dimanche. Et les rois doivent obliger les magistrats à tenir soigneusement la main à l'entière exécution de ces lois, contre lesquels on manque beaucoup, sans qu'on y ait apporté tous les remèdes nécessaires.
C'est principalement de la sanctification des fêtes que dépend le culte de Dieu , dont le sentiment se dissiperait dans les occupations continuelles de la vie, si Dieu n'avait consacré des jours pour y penser plus sérieusement, et renouveler en soi-même l'esprit de la religion.
Les saints rois Ezéchias et Josias sont célèbres, dans l'histoire du peuple de Dieu, pour avoir fait solenniser la pàque avec reet une magnificence extraordinaire.
es rigueurs, mais aussi se faut-il garder
ligion
Tout le peuple fut rempli de joie : « on n'avait jamais rien vu de semblable depuis le temps de Salomon. » C'est ce qu'on dit de la pâque d'Ezéchias. (11 Par. xxx , 2G.) Et on dit de celle de Josias (IV Reg. xxm, 22, 23; // Par. xxxv, 18) : « qu'il ne s'en était point fait de semblable sous tous les rois précédents, ni depuis le temps de Samuel. »
Les fêtes des Chrétiens sont beaucoup plus simples, moins contraignantes; et en même temps beaucoup plus saintes, el beaucoup plus consolantes que celles des Juifs, où il n'y avait que les ombres des vérités qui nous ont été révélées : el cependant on est bien plus lâche à les célébrer.
Cil mi NIES COMPLETES DE BOSSUET.
IV' Pu !•. / | | ; , ■ , M OflJ Bëiu von- Irmenl des j> • " /'< '<'■-' <' DÎ9U ,
mail mcori dfi Mail destin/s à l$ur subtisi(,mr. — « Honorei le Seigneur de toute voire tme; houorei aussi ses ministres. » ; . I . mi. 33.)
Oui vous écoute, m'écoute^ qui vous méprise, me méprise, » dit Jésus-Christ même à ses disciples. (Luc. x, 16.)
,< Preoei garde de D'abandonner jamais lo lévite, tant que tous serea sur la terre. » m. mi, !'.).) La terre vous avertit, on vous nourrissant, que vous pourvoyiei à la suhsisiance dos ministres de Dieu qui la rend féconde.
Toute la Loi est pleine de semblables préceptes. Abraham en laissa l'exemple à toute sa postérité , en donnant la dîme des dépouilles remportées sur ses ennemis à Melchisédech, le grand pontife du Dieu très- Jiaui, qui le bénissait et offrait le sacrifice pour lui et pour tout le peuple. (Gen. xiv, 18-20.)
Abraham suivit en cela une coutume déjà établie. On la voit dans tous les peuples, dès ia première antiquité. Et nous en avons un beau monument dans l'Egypte, sous Pharaon et Joseph. Tous les peuples vendirent leur terre au roi pour avoir du pain, « excepté les sacrificateurs, à qui le roi avait donne leur terre, qu'ils ne furent point obligés de vendre comme les autres ; sans compter que leur nourriture leur était fournie des greniers publies, par ordre du roi. »(6'en. xlvii, -2-2.)
Le peuple d'Israël ne se plaignait pas d'être chargé de la nourriture des lévites et de leurs familles, qui faisaient plus d'une douzième partie de la nation, étant une de ses tribus de» plus abondantes. Au contraire, on les nourrissait avec joie. Il y avait du temps de David trente-huit mille lévites, à les compter depuis trente ans, sans y comprendre les sacrificateurs enfants d'Aaron, divisés en deux familles principales par les deux (ils d'Aaron, et subdivisés du temps de David en vingt-quatre familles très nombreuses sorties de ces deux premières. (I Par. xiu, 3 seq.) Tout le peuple lesentrelenaitde toutus choses très-abondamment, avec leurs familles : car les lévites n'avaient d'autres possessions ni partages parmi leurs frères, que les dîmes, les prémices, les oblations, et le reste que le peuple leur donnait. Et on mettait dans cet entretien un des principaux religion, et le salut de tout
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années de sa vie, pendant que tout le royaume était en paix : assisté des principaux du royaume et surtout du souverain pontife, avec les chefs des familles lévitiques et sacerdotales, et des prophètes Gad et Nathan {Ibid., 2, seq.; xxiv, G; // Par. x\i\, 25), étant lui-môme prophète, et rangé dans l'Ecriture au nombre des hommi de Dieu.
Avec ce conseil
les inspires
, et par une inspiration particulière, il régla les heures du service. « Il ordonna aux lévites de venir au temple le malin et le soir, pour y bénir Dieu, et pour y chanter ses louanges. » (7 Par. xxm,
tu
la
exercices de le peuple
V' Prop. Les soins admirables de David. — Les grands rois de la maison de David ont rendu leur règne célèbre, par le grand soin qu'ils ont pris de maintenir l'ordre du ministère, et de toutes les fondions des sacrificateurs cl des lévites, selon Ja loi de Moïse
établit la subordination nécessaire dans ce grand corps des ministres consacrés à Dieu, en ordonnant aux lévites de servir « chacun à leur rang, en gardant les rites sacrés, et toutes les observances dos enfants d'Aaron, qui présidaient à ces fonctions par l'ordre de Dieu (lbid., 32; xxiv, lïb , » et selon la loi de Moïse.
Parmi ces lévites, M y en avait trois principaux « qui servaient auprès du roi : Asaph, Idilhun, et Héman. Ce dernier était appelé le Voyant ou le prophète du roi (1 Par. xxv, 2, 5, 6), » et Asaph prophétisait aussi auprès du prince; il est aussi appelé le Voyant (11 Par. xxix, 30) , et se rendit si célèbre par ses cantiques, qu'on le rangeait avec David. Tels étaient les ecclésiastiques, pour parler à notre manière, qui approchaient le plus près de la personne du roi : des gens inspirés de Dieu, et les plus célèbres de leur ordre. David avait aussi auprès de lui un sacrificateur nommé Ira, <iui était honoré du litre de prêtre ou de sacrilicateurde David. (11 heg. xx, 26.)
VIe Prop. Soin des lieux ou des vaisseaux sacrés. — Le roi Joas, instruit par Joïaia, souverain pontife, fit venir les lévites avec les autres sacrificateurs, pour les obliger à travailler aux réparations du temple qu'ils négligeaient depuis plusieurs années. Il en prescrivit l'ordre, et en régla les fonds : et un officier commis par le roi les touchait avec le pontife, ou quelqu'un commis de sa part, pour les mettre entre les mains des ouvriers, « qui rétabliraient le temple dans sa première splendeur et solidité. Le reste de l'argent fut apporté au roi et au pontife; et on en fit des vaisseaux d'or et d'argeni, pour servir aux sacrifices. » (IV Reg. xn, k, 7 seq; 11 Par. xxiv, 5 seq.)
Ezéchias ne se rendit pas moins célèbre, lorsqu'il assembla les lévites et les sacrificateurs (Il Par. xxix, 5, 16 seq.), pour les obliger à purifier avec soin le temple et les vaisseaux sacrés, qui avaient été profanés par les rois impies. Et il fit soigneusement exécuter le règlement de David, (lbid., 25.)
On ne peut assez louer le saint roi Josias, et le soin qu'il prit de purifier et de rebâtir
David leur en avait donné l'exemple; et il le temple. ( IV Reg. xxn , xxm ; Il Par
Ht ce beau règlement qui fut suivi et exé- xxxiv.) Dieu inspira un auteur sacré pour
'juté par ses successeurs. Ce roi, aussi pieux Jui donner cet éloge, afin d'exciter les rois à
et aussi sage que guerrier et victorieux, de semblables pratiques. employa à celle grande affaire les dernières VIIe Prop. Louanges de Josias et de David.
M9 PART. U\l THEOL. SOCIALE, - POLI
— L'Ecclésiastique parle ainsi de Josias (Eccli. xlix, 1-4) :« La mémoire de Josias est douce comme une composition de parfums faite d'une main habile; elle est douce en toutes les bouches comme du miel; et comme une excellente musique dans un banquet où on a servi du vin le plus exquis. Il a été «nvoyé de Dieu pour inspirer la pénitence à la nation; et il a ôté (du temple et de la terre) toutes les abominations. Dieu gouverna son cœur et fortifia sa piété, dans un temps d'iniquité et de désordre, » où tout était corrompu par les mauvais exemples des rois ses prédécesseurs.
Le même auteur sacré célèbre aussi en ces termes les louanges de David (Eccli. xlvii, 9-12) : « Il a glorifié Dieu dans toutes ses œuvres. Il l'a loué de tout son cœur » (dans ses divins psaumes que tout le peuple chantait). « Il a aimé de tout son cœur le Dieu qui l'avait fait, et Dieu l'a rendu puissant contre ses ennemis. II a rangé les chantres devant l'autel, et il a composé des airs agréables pour les hommes, qu'ils devaient chanter par leur voix harmonieuse. II a rempli de splendeur la célébration du service divin : et sur la fin de sa vie il a distribué le temps, en sorte qu'on louai le saint nom du Seigneur, et que dès le matin on le célébrât dans son sanctuaire. »
Voilà comme le Saint-Esprit loue les rois pieux, qui ont pris soin de régler les ministères sacrés, de décorer le temple, et de faire faire le service divin avec la splendeur convenable.
VIIIe Prop. Soin de Néhémias ; et comme il protège les lévites contre les magistrats. — Il ne faut pas oublier Néhémias, gouverneur du peuple de Dieu sous les rois de Perse, et restaurateur du temple et de la cité sainte. il fit justice aux lévites qu'on avait privés de leurs droits. (Il Esdr. xm, 10.) Les chantres sacrés, et tous les autres ministres, qui avaient été contraints de se retirer chez eux, et d'abandonner le service, faute d'avoir reçu le juste salaire qui leur était ordonné, fureui rappelés. Il ôta à Tobie le maniement, qu'Eliasib sacrificateur, son parent, lui avait donné pour l'enrichir : et disposa, selon l'ancien ordre, des fonds destinés au temple et au service divin. (Ibid., 5, 7, 8, 9.) 11 soutint la cause des lévites contre les magistrats (qui avaient manqué à leurs devoirs envers eux) , et il mit leurs grains et leurs revenus en des mains fidèles : préposant à ce ministère le prêtre Sélémias, et quelques lévites. (Ibid., 11, 13.) Au surplus, en prenant soin d'eux, il leur fit soigneusement garder les règlements de David. (lŒsdr. xn, 24, kk, 4.5.) La subordination fut observée : le peuple rendait honneur aux lévites, en leur donnant ce qu'il leur devait; et les lévites le rendaient aux enfants d'Aaron (// Esdr. xu, 4.6), qui étaient leurs supérieurs. « Ils gardaient soigneusement toutes ies observances de leur Dieu.» (Ibid. , 44.)
Néhémias y tenait la main : il ordonnait aux sacrifica leurs et aux lévites de veiller à ce qui leur était prescrit. « Il disait aux
Œuvres compl. de Bosslet. XL
TIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. Vil 630
lévites de se purifier, et ne pouvait souffrir ceux qui profanaient le sacerdoce, et méprisaient le droit sacerdotal el Je vi tique [If Esdr. xm, 22,29), » c'est-à-dire les règlements
ipie leur prescrivaient leurs offices : ce qui lui faisait dire avec confiance (Ibid.. 14, 30, 31) : « 0 Dieu, souwnez-vous de moi en bien : el n'oubliez pas le soin que j'ai eu do la maison de mon Dieu, et de ses cérémonies, et de l'ordre sacerdotal et lévilique. »
O prince ! suivez ces exemples. Prenez eu votre garde tout ce qui est consacré à Dieu, et non-seulement les personnes, mais encore les lieux el les biens qui doivent être employés à son service. Protégez les biens des églises, qui sont aussi les biens dvs pauvres. Souvenez-vous d'Héliodure et de la main de Dieu qui fut sur lui, pour avoir voulu envahir les biens mis en dépôt dan le temple. (//. Mach. ni, 2i seq.) Combien plus faut-il conserver les biens non-seulement déposés dans le temple, mais donné> en fonds aux églises I
IXe Prop. Réflexions que doivent faire le; rois, à l'exemple de David, sur leur libéralité envers les églises ; et combien il est dangereux de melirela main dessus. — Ces grands biens viennent des rois, je l'avoue : ils ont enrichi les églises de leurs libéralités; et les peuples n'en ont point fait, sans (pie leur autorité y ait concouru : niais tout ce qu'ds ont donné, ils l'avaient premièrement reçu de Dieu. « Qui snis-je(i Par. xxix, li), » disait David; «qu'e>t-ce que tout mon peuple, que nous osions vous promettre tous ces présents pour votre temple? Tout est à vous, el nous vous donnons ce que nous avons reçu de votre main. »
il continue (Ibid., 15) : « Nous sommes des voyageurs et des étrangers devant vous, comme tous nos pères. » Nous n'avons rien qui nous soit propre : notre vie même n'est pas à nous. « Nos jours s'en vont comme une ombre, et nous n'avons qu'un moment à vivre. » Tout nous échappa, et il n'y a rien qui soit à nous. « O Seigneur nôtre Dieu I toute cette abondance de richesses , que nous préparons pour votre saint temple, vient de votre main, et tout est à vous. » [Ibid., 16.)
Quel attentat de ravir à Dieu ce qui vient de lui, ce qui est à lui, et ce qu'on lui donne, et de mctlre la main dessus pour I i remettre de dessus l'autel !
Mais le péril est bien [dus grand de mettre la main sur les ministres de Dieu. « Ne touchez point à mes oints, » dit David. (Psul. civ, 15.) Il parlait d'Abraham et dTsaac, qui étaient au rang de ses sacrificateurs et de ses ministres. « Dieu ne permet pas au peuple de leur nuire, et il châtie les rois qui les offensent. » (Ibid., 14.)
« Hérode fit couper la tête à Jacques, frère de Jean; et, par complaisance pour les Juifs, il ajouta à son crime de mettre la main même sur Pierre, qu'il fit garder par seizo soldats, dans le dessein de l'exposer au peupie après la fête de Pâques. » [Act. xii, 1-l.J
Mail Dieu, qui le destinait à souffrir dans un autre temps el dans un lieu plus célèbre, non-seulement le sut tuer de la prison, mais il sut encore (aire sentir au tyran sa main poissante. Car, peu de temps après, livré à un orgueil insensé, pendant qu il se laissait louer el admirer comme un Dieu, « l'ange du B< igneur le frappa, et il mourut mangé de rers. Ibià , 22, '23.) »
Saûl, qui lit massacrer Achimélec et les nulles sacrificateurs, pour avoir favorisé David, est en abomination devant Dieu et devant les hommes. «Ces officiers, à qui il commanda de les tuer, eurent horreur d'étendre leurs mains contre les prêtres du Seigneur. » Et il n'y eut que Doeg, Iduméen , un étranger et de la race desimpies, qui osât souiller ses mains de leur sang, sans respecte:- le saint habit qu'ils portaient. (/ Reg. xxn, 16, 17, 18.) David, pour avoir élé l'occasion innocente de ce meurtre sacrilège, en frémit. ■ Je suis coupable, » dil-il « de ce sang injustement répandu. » Il prit en sa protection Abialhar, tils d'Achiinélec. «Demeurez avec moi, lui dit-il , ne craignez rien; qui en \eut à votre vie attaque la mienne, et mon salut est inséparable du vôtre. » [Ibid., 22,
X' Prop. Les rois ne doivent pas entreprendre sur les droits et l'autorité du sacerdoce ; e! ils doivent trouver bon que l'ordre sacerdotal les maintienne contre toute sorte d'entreprises. — Lorsque Ozias voulut entreprendre sur ces droits sacrés et porter la main sur l'encensoir, les prêîres étaient obligés par la loi de Dieu à s'y opposer; autant pour le bien de ce prince que pour la conservation de leur droit, qui était, comme on a dit, celui de Dieu. Ils le firent avec vigueur ; el se mettant devant le roi, avec leur pontife 5 leur tête, ils lui dirent : « Ce n'est point votre office, Ozias, de brûler de l'encens devant le Seigneur ; mais c'est celui des sacrificateurs et des enfants d'Aaron, que Dieu a députés à ce ministère. Sortez du sanctuaire; ne méprisez pas notre parole : car cette entreprise, par laquelle vous prétendez vous honorer , ne vous sera pas imputée à gloire par le Seigneur notre Dieu. » {JJPar. xxvi, 16, 17, 18.)
Au lieu de céder à ce discours et à l'autorité du pontife et de ses prêtres [Ibid., 19, '20,21;, « Ozias se mit en colère, menaçant les prêtres, persistant à tenir en main l'encensoir pour offrir l'encens. La terre trembla. [Amas i, 1; Zach. xiv,5.) La lèpre parutsur le front de ce prince, en présence des prêtres, qui {avertis par ce miracle) furent contraints de le chasser du sanctuaire. Lui-même, effrayé d'un coup si soudain, senlvl qu'il venait de la main de Dieu, et prit la fuite. La lèpre ne le quitta plus : et il le fallut séparer, selon la loi. Et son fils Joal han prit l'administration du royaume, et le gouverna sous l'autorité du roi son père. »
Au contraire, le pieux roi Josaphal, loin de rien attenter sur les uroits sacrés du sa-
OEUVRES COMPLETES 1>F. BOSSl ET.
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cerdoce , distingua exactement les doux fonctions, la sacerdotale el la royale, en donnant cette instruction « aux lévites, au\ sacrificateurs , et aux chefs des familles d'Israël, qu'il envoya dans toutes les villes pour y régler les affaires : Amarias, sacrificateur, votre pontife, conduira ce qui regarde le service de Dieu, et Zabadias, fils a'Jsmahel, qui est le chef de la maison de Juda, conduira celles qui appartiennent h la charge du roi ; el vous aurez ies lévites pour maîtres et pour docteurs.» (II Par. xix , 8-11.)
On voit avec quelle exactitude il dislingue les affaires, et détermine à chacun de quoi il se doil mêler , ne permettant pas à ses ministres d'attenter sur les ministres des choses sacrées, ni réciproquement à ceux-ci d'entreprendre sur les droits royaux.
A la vérité, nous avons vu que les rois se sont mêlés des choses saintes : nous avons vu en même temps que c'était en exécution des anciens règlements, et des ordres déjà donnés de la part de Dieu ; et encore avec les pontifes, les sacrificateurs et les prophètes.
Les choses saintes réservées à l'ordre sacerdotal sont encore plus clairement distinguées, dans le Nouveau Testament, d'avec les choses civiles et temporelles , réservées aux princes. C'est pourquoi les rois chrétiens, dans les affaires de la religion, se sonl soumis les premiers aux décisions ecclésiastiques. Cent exemples le feraient voir, si la chose élait douteuse; mais en voici un, entre les autres, qui regarde les rois de France.
XIe IY.op. Exemple des rois de France et du concile de Chalcédoine. — Les sectateurs d'Elipandus, archevêque de Tolède, et de Félix, évoque d'Urgel, qui renouvelaient en Espagne l'hérésie de Nestorius, prièrent Charlemagnc de prendre connaissance de ce différend, avec promesse de s'en, rapporter à sa décision. Ce prince les prit au mot, et accepta l'offre, dans le dessein de les ramener à l'unité de la foi, par l'engagement où ils étaient entrés. Mais il savait comme un prince peut être arbitre en ces matières. Il consulta le Saint-Siège et en même temps les autres évêques, qu'il trouva conformes a leur chef; et, sans discuter davantage la matière dans sa lettre qu'il écrit aux nouveaux docteurs (32); il leur « envoie les lettres, les décisions et les décrets formés par l'autorité ecclésiastique ; les exhortant à s'y soumettre avec lui, et à ne se croire pas plus savants que l'Eglise universelle : leur déclarant en même temps, qu'après ce concours de l'autorité du Siège apostolique, et de l'unanimité synodale, ni les novateurs ne pouvaient plus éviter d'être tenus pour hérétiques, ni lui-même et les autres fidèles n'osaient plus avoir de communion avec eux. » Voilà comme ce prince décida x et J>4
(52) Ej:iit. Car. Mitg. ad Èlipand., Concil. Coll.. Lab., l. VIII, col.