POLITIQUE TIREE DE L'ECRITURE. LIV. VIL
5 l'occasion des rois qui ont reçu de Dlise, sous quelque forme que ce soit, ta
dit l'Et
décision ne'fut autre chose qu'une soumission absolue aux décisions de l'Eglise.
Voilà pour ce qui regarde la foi. Et pour la discipline ecclésiastique, il me sullit de et aux autres prélalures : principalement a rapporter ici l'ordonnance d'un empereur roi de France : « Je veux, » dit-il aux évé-
droit de nommer ou de présenter aux évêchés
l'occasion des rois de France, qui ont droit par un concordat perpétuel. Je
CCJ
ne
ques (33) , « qu'appuyés de notre secours, et craindrai point de dire que c'est la partie la
secondés de notre puissance, comme le bon ordre lo prescrit, vous puissiez exécuter ce que votre autorité demande.» Partout ail leurs la puissance royale donne la loi, et marche la première en souveraine. Dans les affaires ecclésiastiques, elle ne fait que seconder et servir : Famulanle, ut decet, polestalc nostra : ce sont les propres termes de ce prince. Dans les alfaires, non-seulement de la foi, mais encore de la discipline ecclésiastique, à l'Eglise, la-décision ; au prince la protection, la défense, l'exécution des canons et des règles ecclésiastiques.
C'est l'esprit du christianisme, que l'Eglise soit gouvernée par les canons. Au concile do Chalcédoine, l'empereur Marcien souhaitant qu'on établît dans l'Eglise certaines règles de discipline, lui-même en personne les proposa au concile, pouf être établies par l'autorité de celte sainte assemblée (34). Et dans le même concile; s'étant émue sur le droit d'une métropole une question où les lois de l'empereur semblaient ne s'accorder pas avec les canons : les juges préposés par l'empereur pour maintenir le bon ordre
plus importante de leurs soins, et aussi la plus dangereuse, et dont ils rendront à Dieu un plus grand compte.
Toute l'instruction du peuple dépend de là, « Les lèvres du sacrificateur gardent la science, et le peuple recherche la loi dans sa bouche. (Malach. h , 7.) Le roi même la reçoit de sa main. C'est (Deut. xvn, 18; l'ange (c'est l'envoyé du ciel, c'est l'ambassadeur) du Seigneur des armées. (Malach.
ii, 7.) Nous sommes ambassadeurs {jour Jésus-Christ, dit saint Paul [U Cor. v, 20) et Dieu exhorte par nous. »
L'expérience ne fait que trop voir que l'ignorance ou les désordres des pasteurs ont causé presque tous les maux de l'Eulise, et des scandales à faire tomber en erreur, s'il se pouvait, jusqu'aux élus.
Si donc les pasteurs ne sont, comme dit saint Paul (// Tim. n, 15), des « ouvriers irréprochables, qui savent traiter droitement la parole de vérité;» c'est la plus grande tentation du peuple fidèle.
Jésus-Christ « a établi ses apôtres pour être la lumière du monde, et lésa mis sur le
(Matth. v," 14, 15) plus encore par leur
d'un concile si nombreux, où il y avait six chandelier pour éclairer la maison de Dieu cent trente évêques, firent remarquer cette contrariété aux Pères, et leur demandèrent ce qu'ils pensaient de cette affaire. Aussitôt « le saint concile s'écria d'une commune
voix : Que les canons l'emportent; qu'on obéisse aux canons (34*) : » montrant par cette réponse, que si , par condescendance et pour le bien de la paix, elle cède en certaines choses qui regardent son gouvernement à l'autorité séculière; son esprit,
bonne vie, que par leur doctrine. « Mais si la lumière qui est en nous n'est que ténèbres, que seront les ténèbres mêmes ? »( Matth, vi, 23.)
Vous donc, qui regardez plus ou la brigue ou la faveur que le mérite, en mettant des sujets indignes ou par l'ignorance ou par la vie, avez-vous entrepris de rendre le sacerdoce et l'Eglise même méprisables ?Ecou-
quand elle agit librement (ce que Jes princes tez ce que dit un prophète à de tels pasteurs pieux lui défèrent toujours très-volontiers), (Malach. n , 8, 9) : « Vous vous êtes déiour-
est d'agir par ses propres règles, et que ses décrets prévalent partout.
XIIe Prop. Le Sacerdoce et l'empire sont deux puissances indépendantes , mais unies. — Le sacerdoce dans le spirituel, et l'empire dans le temporel, ne relèvent que de Dieu. Mais l'ordre ecclésiastique reconnaît l'empire dans le temporel; comme les rois, dans le spirituel , se reconnaissent humbles enfants de l'Eglise. Tout l'état du monde roule sur ces deux puissances. C'est pourquoi elles se doivent l'une à l'autre un secours mutuel. «Zorobabel (qui représentait la puissance temporelle) sera revêtu de gloire; et il sera assis, et dominera sur son trône : et le pontife ou le sacrificateur sera sur le sien , et il y aura un conseil de paix (c'est-à-dire un parfait concours) entre ces deux. » (Zach. vi, 13.)
XIIIe Prop. En quel péril sont les rois qui choisissent de mauvais pasteurs. — Ceci se
(53| Lud. Pius, can. 2, tit. 4, t. Il Concil. Call. (31) (,onc. Clialced., ad. 0, t. IV Concil., c. 57j
nés de la voie, et vous avez scandalisé te peuple de Dieu, en n'observant pas la loi (que vous prêchiez) ;je vous ai livrés au mépris des peuples (vous tomberez dans le décri); vous serez vils à leurs yeux. »
Car que fëra-t-on d'un « sel insipide et affadi? II n'est plus bon, » dit le Fils de Dieu [Matth. v, 13), « que pour être foulé aux pieds. »
Il est écrit de « Simon, filsd'Onias souverain pontife (Eccli. l, 1, 12), qu'en montant au saint autel, il honorait et ornait le saint habit qu'il portait. » Par une raison contraire, les pontifes qui ne sont pas saints, en montant à l'autel déshonorent le saint habit qui les fait regarder avec tant de respect, et ternissent l'éclat de l'Eglise et de la religion.
Que ferez-vous donc, ô prince ! pour éviter le malheur de donner à l'Eglise de mauvais pasteurs? Faites ce que dit saint Paul
cl seq.
\J>i'\ Cône. Cliulced., au. LT>, co".
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rj i VRES COMPLETES DE BOSSUET.
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(I Tim. m, 10' : Qu'il* soient éprouvés, el puis 'i l'ils s srv< ni. i S'il parle ainsi des dia- |ue dirait-iJ des évoques? Le clergé est une milice : ne mettez pas à la tête celui qui n'<i jamais eu de commandement.
i la voix pnblique. « 11 faut, « «lit s ni Paul [lbid.% T. <> que celui qu'on veut i évi iue, ait bon témoignage, môme de . i\ de dehors, » môme s'il se peut des hérétiques et des infidèles; à plus forte raison des fidèles : ■ de peur qu'il ne tombe dans le mépris. »
Toutes les fois qu'il faut nommer un évoque, le prince doit croire que Jésus-Christ môme lui parle en cette sorte : O prince qui me nommez des ministres, je veuxque vous me les donniez dignes de moi. Je vous ai lait roi, faites-moi régner, et donnez-moi «les ministres qui puissent me faire obéir. Qui m'obéit vous obéit : votre peuple est lepeuple que j'ai mis en voire garde. Mon Eglise est entre vos mains. Ce choix n'était pas naturellement de voire ollice : vous avez voulu vous en charger; prenez garde à voire péril, et à mon service.
Les rois ne doivent pas croire, sous prétexte qu'ils ont le choix des pasteurs, qu'il leur soit libre deles choisira leur gré : ils sont obligés de les choisir tels que l'Eglise veut qu'on les choisisse. Car l'Eglise, leur en laissant la nomination ou le choix, n'a pas prétendu exempter ses ministres de sa discipline.
L'abrégé de toutes les lois de l'Eglise est celle-ci, du concile de Trente (35). En choisissant les évoques, on est obligé de « choisir ceux qu'on jugera en conscience Jes plus dignes et les plus utiles à l'Eglise, à peine de péché mortel. » Décret qu'on fie peut trop lire, et trop souvent inculquer aux princes. « Telle est la ville, quel est son conducteur, » dit le Saint-Esprit. {Eccli. x. 2.) Ainsi, « tout l'Etat et tout l'ordre de la famille de Jésus-Christ est en péril, si ce qu'on veut trouver dans le corps ne se trouve auparavant dans le chef, » dit le concile de Trente (3G). 11 en est de môme, à proportion, de tous les prélats et de tous les ministres de l'Eglise.
Le prince, par un mauvais choix des prélats, se charge devant Dieu et son Eglise du plus terrible de tous les comptes; et nonseulement de tout le mal qui se fait par les indignes prélats, mais encore de l'omission de tout le bien qui se ferait, s'ils étaient meilleurs.
XIVe Prop. Le prince doit protéger la pieté, et affectionner les yens de bien. — Ils sont le soutien de son Etat. « S'il se trouve cinquante justes dans cette ville abominable (qu'.on ne nomme pas); s'il s'y en trouve quarante-cinq, s'il s'y en trouve quarante, ou trente, ou vingt, s'il s'y en trouve jusqu'à dix, je ne perdrai pas la ville pour l'amour deces dix justes, » dit le Seigneur à Abraham
[Gen. xviii, 26, seq.)
Cwc. Trid., segs. -2i, De reform.
(Zij) Conc. Trid., ibid.
XV* Prop. Leprina ne souffre pas tes impies, les blasphémateurs , lesjureure, les parjures m les devins. — k Le roi sage dissipe les impies el courbe les voûtes sur eux. » (Prov. xx, *2G.) Il les enferme dans des cachots, d'où personne ne les peut tirer. Ou comme d'autres traduisent sur l'original : « Il tourne des roues sur eux. » Il les brise, il les met en poudre, en faisant rouler sur eux des, chariots armés de fer : comme fil Gédéon à ceux de Soccolh (Jucl. vm, 16), et David aux enfants d'Ammon. (// liey. ni, 31 ; JPar. xx, 3.)
Le Seigneur dit à Moïse {Ler.wiv, 13 et se.].) : « Menez les blasphémateurs hors du camp » (il ne faut point qu'on y respire le môme air que lui; et son dernier soupir exhalé dedans, l'infecterait] : « et que ceux qui l'ont oui mettent la main sur sa tête (en témoignage), et que tout Je peuple le lapide. El tu diras, » ajoute-t-il, <n à tout Israël : Celui qui maudit son Dieu, portera son péché ; que celui qui blasphème le nom du Seigneur, meurt de mort. Toute la multitude l'accablera de pierres, soit qu'il soit citoyen ou étranger. » Chacun se doit purger de la fiait qu'on pourrait avoir à un crime si abominable.
Nabuchodonosor , un prince infidèle, étonné des merveilles de Dieu qui avait délivré des flammes ces trois jeunes hommes si célèbres dans l'histoire sainte, fit celte or • donnance (Dan. m, 96) ; «C'est de moi, » ditil, » qu'est parti ce décret royal : Quiconque blasphémera contre le 'iieu de Sidrach, Mi~ sach et Abdénago, qu'il périsse, el que sa maison soit renversée; car il n'y a pas un autre Dieu qui puisse sauver comme celui-là. »
Le parjure est un impie, un blasphémateur, « qui prend le nom de Dieu en vain (Kxod. xx, 7 );» qui par là traite Dieu de chose vaine ; qui ne croit pas que Dieu soit juste, ni puissant, ni véritable; qui le défie de lui faire du mal, et ne craint non plus sa justice, qu'il invoque contre soimême, que si au lieu de Dieu il nommait une idole vaine et muette.
Le jurement fréquent tient du blasphème; et expose au parjure. « Le discours mêlé de beaucoup de serments fait dresser les cheveux, et l'irrévérence du nom de Dieu pris en vainfaitboucher les oreilles. (Eccli. \xvn, 15.) L'homme qui jure beaucoup sera rempli d'iniquité, et la plaie ne sortira pas de sa maison. » (Eccli. xxm, 12.)
C'est par la même raison que le prince doit exterminer de dessus la terre les devins et les magiciens qui s'attribuent à eux-mêmes, ou qui attribuent aux démons la puissance divine. Et on sait ce qui arriva à Saùl, pour avoir lui-même violé l'ordonnance qu'il avait faile contre cette impiété (37).
XVIe Prop. Les blasphèmes font périr /c« rois et les armées. — Sennachérib, roi d'Assyrie, après avoir fait à Ezéchias et à son
^7; I Ilcg. xxvm ; ci-ilevani, liv. v, arl. 1, ir< propos.
PART. XIII. THEGL. SOCIALE. — POLITIQUE TIREE DE LECftITUKE. LIV VII. t»5fl
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peuple des menaces pleines do blasphèmes, et leur avoir envoyé des ambassadeurs avec une leltre où étaient ces paroles (IV lira. xix, 10, t8J : «Que votre Dieu, en qui vous niellez votre confiance, ne vous trompe pas. Les dieux des autres nations les ontils sauvés? Où est le roi d'Emath, et le roi d'Arphad, et les rois de tant d'autres peuples vaincus, » qui ont invoqué leurs dieux inutilement contre moi? « Voici, dit Ezéchias, un jour d'affliction, un jour de menace, un jour de blasphème. » Mais, ô Seigneur ! nous ne pouvons rien. Tout ce peuple l'ait des efforts inutiles, «semblables à ceux d'une femme dont l'enfant est prêt à sortir et qui n'a pas assez de force pour accoucher. Mais peut-être que Dieu écoutera les blasphèmes de ses ennemis, » qui le comparent aux idoles des gentils. (Ibid., 3, k.) « Et Ezéchias prit les lettres de la main des ambassadeurs, et il alla dans le temple, et il les étendit toutes ouvertes devant le Seigneur. » Il n'eut point de plus fortes armes. Et les blasphèmes de ce prince impie le lirent périr lui et son armée, et il y eut en une nuit, cent quatre-vingt mille hommes égorgés de la main d'un ange. (Ibid., 14, 15,35.)
Quoique Dieu ne fasse pas toujours des exécutions si éclatantes, il sait venger les blasphèmes par des voies aussi efficaces, quoique plus cachées. Celui qui avait envoyé son ange contre Sennaehérib, inspira contre Nicanor un invincible courage à Judas le Machabée et à ses soldats. L'impie périt avec son armée immense, qui menaçait le ciel. « La main qu'il avait levée contre le temple y fut attachée ; sa tète fut exposée au haut d'une tour. Et sa langue, dont il avait dit : Y a-t-il un Dieu puissant dans le ciel? et moi je suis puissant sur la terre, fut donnée en proie aux oiseaux du ciel. Et tous les cieux bénirent le Seigneur en disant : Béni soit Dieu qui a conservé son temple » (II Mach. xv, 4, 5, 32, 33, 34).
XVIIe Prop. Le prince est religieux observateur de son serment. — Nous avons vu les qualités du serment marquées par saint Paul (38); et premièrement ( qu'on jure par plus grand que soi. » (lleb. vi, 1G.)
Cela regarde les rois d'une manière toute spéciale. On jure par plus grand que soi : c'est-à-dire on jure par son souverain, par son juge. Dieu est le souverain des rois et des puissances suprêmes; il est leur juge spécial, parce que lui seul les peut juger, et qu'il faudrait qu'il les jugeât quand même il ne jugerait pas le reste des hommes.
« On jure, » ajoute l'Apôtre (Hebr. vi, 18), « par quelque chose d'immuable. » Ce qu'il explique en disant « qu'on jure par quelque chose qui ne peut mentir ni tromper personne. » Et c'est ce qui devait être principalement ordonné à l'égard des rois, parce que tout le monde étant si porté à les flatter et à les tromper, il fallait prendre contre eux pour témoin et pour juge celui qui seul ne les flatte pas.
(38) Ci-dcv., 1. vu, art. 2, Zr propos, . •',. < é\ émonial français, p. 1 i.
Le prince jure à Dieu, dans son sacre, comme nous allons le voir plus au long, maintenir les privilèges des Eglises, de conserver la foi catholique qu'il a reçue de ses pères, d'empêcher les violences et de rendre justice à tous ses sujets. Ce serment est lo fondement du repos public, et Dieu esl d'autant plus obligé par sa propre vérité a se le faire tenir, qu'il en est le seul vengeur.
Il y a une aulro sorte de serment que les puissances souveraines font à leurs égales, de garder la foi des traités. Car, comme dans tout traité on se soumet pour l'exécution h quelque juge, ceux qui u ont pour juge, que Dieu, ont recours à lui dans leurs traités, commeau dernierappui de la paix publique.
De tout cela il résulte que les princes qui manquent u leurs serments (ce qu'à Dieu ne plaise qu'il leur arrive jamais), autant qu'il est en eux rendent vain ce qu'il y a de plus ferme parmi les hommes; et en même temps rendent impossible la société elle repos du genre humain. Par où ils font Dieu et les hommes, leurs justes et irréconciliables ennemis ; puisque pour les concilier, il ne reste plus rien au-dessus de ce qu'ils ont rendu nul.
Qui ne sent pas combien cela est terrible n'a plus rien qu'il puisse sentir que l'enfer même et la vengeance de Dieu manifestement et impitoyablement déclarée.
XVIIIe Puop. Où Von expose le serment du sacre des rois de France. — L'archevêque consacrant, ou les évêques parlent en ces termes au roi, dès le commencement de son sacre, au nom de toutes les Eglises qui lui sont sujettes (39) : « Nous vous supplions d'accorder à nous et à nos Eglises, que vous conserverez et défendrez le privilège canonique avec la loi et Injustice qui lui est due: » ce qui comprend les immunités ecclésiastiques, également établies par les carrons et par les lois. Et le roi répond : « Je vous promets de conserver à vous et à vos Eglises le privilège canonique avec la loi et la justice qui leur est due ; et je leur promets de leur accorder la défense de ces choses ; ainsi qu'un roi la doit accorder par droit dans son royaume à un évoque et à l'Eglise qui lui est commise. »
Puis on chante le Te Dcum. Et le roi debout fait les promesses suivantes: « Je promets, au nom de Jésus-Christ, ces trois choses au peuple chrétien qui m'est sujet. Premièrement, que tout le peuple chrétien de l'Eglise de Dieu conserve en tout temps sous nos ordres la paix véritable. En second lieu, que j'interdise toute rapacité et iniquité. En troisième lieu, qu'en tout jugement j'ordonne l'équité et la miséricorde. »
Après qu'on a dit les litanies, le prince prosterné se relève et esl interrogé en celle sorte par le seigneur métropolitain (iOj : « Voulez-vous tenir la sainte foi qui vous a été laissée par des hommes catholiques et l'observer par des bonnes œuvres? Et le roi répond: Je le veux. Le métropolitain conti-
(io) ;/'(./., p. le.
QEQVRES COMPLETES DE DOSSUET.
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nuo: Voulez-vous être le tuteur et le défenseur des Eglises et «les ministres des gjj isi 5? i ! le roi répond : Je le ?euf. Le mélropoliiain demande encore : Voulez-vous goorerner et défendre voire royaume qui VOUS a été accordé de Dieu, selon la justice do vos pères? et le roi répond : le le veux ; Utant qu'il me sera possible, avec la gr;ke de Dieu, en consolation a tout le inonde. \ Qgj je promets de le faire fidèlement en
i mi et partout. »
on lui demande enfin (VI) « s'il veut détendre les saintes Eglises de Dieu, et leurs pasteurs et tout le peuple qui lui est soumis, justement et religieusement par une royale providem e, selon les coutumes de ses pères. El après qu'il a répondu qu'il le fera de tout son pouvoir, l'évêque demande au peuple s'il ne s'engage pas à se soumettre i un tel prince qui lui promet la justice et toute sorte de bien ; et s'assujettir à son règne avec une ferme fidélité, et obéir à ses commandements, selon ce que dit l'Apôtre: Que toute âme soit assujettie aux puissances supérieures (Rom. xm, 1) soit au roi, comme étant au-dessus de tous les autres. (I Petr. h, 13.) Qu'alors il soit répondu d'une même voix par tout le clergé et par tout le peuple: Qu'il soit ainsi, qu'il soit ainsi. Amen, amen. »
Après l'onction accoutumée, un évoque fait cette prière (&2) : «Accordez-lui, Seigneur, qu'il soit le fort défenseur de sa patrie, le consolateur des Eglises et des saints monastères avec une grande piété et une royale munificence; qu'il soit le plus courageux et le plus puissant de tous les rois, le vainqueur de ses ennemis ; qu'il abatte ceux, oui se soulèveront contre lui et les nations païennes; qu'il soit terrible à ses ennemis par la grande force de la puissance royale ; qu'il paraisse magnifique, aimable et pieux aux grands du royaume; et qu'il soit craint et aimé de tout le monde. »
En lui donnant le sceptre, la main de justice et i'épée, l'arcbevêque lui dit (43) : que « cette épée est bénite, afin d'être, selon l'ordre de Dieu, la défense des saintes Eglises : et on l'avertit de se souvenir de celui à qui il a été dit par le Prophète : Mettez votre épée à votre côté, 6 très-puissant !(Psal. xliv, fc.j Afin que l'équité ait toute sa force, (jue les remparts de l'iniquité soient puissamment détruits et enfin que vous méritiez par le soin que vous prendrez de la justice, de régner éternellement avec le Fils de Dieu dont vous êtes la figure. »
Le roi « promet aussi (W-) de conserver la souveraineté,, les droits et noblesses de la couronne de France, sans les aliéner ou les transporter à personne, et d'exterminer de bonne foi, selon son pouvoir, tous hérétiques notés et condamnés par l'Eglise : » et il affermit toutes ces choses par serment.
Dans la bénédiction de I'épée (i5), on prie
(i\) Cérémonial français, p.
(4-2) Ibid. p. 19.
<tA5)lbid., i>. 20, 21.
Dieu '< qu'elle soit en la main de celui qui désire s'en armer pour la défense ei la protection des Eglises, des veuves et des orphelins, et de tous les serviteurs de Dieu.» Ainsi on montre que la force n'est établie qu'en faveur de la justico et de la raison, et pour soutenir la faiblesse.
Les richesses, l'abondance de toute sorte de biens, la splendeur et la magnificence royale sont demandées à Dieu pour le roi par cette prière (46) : « Faites, Seigneur, que de la rosée du ciel et delà graisse de la terre, le blé, le vin, l'huile, et toute la richesse et l'abondance des fruits lui soient données et continuées par la sagesse divine; en sorte que durant son règne la santé et la paix soit dans le royaume, et que la gloire et la majesté de la dignité royale éclate dans le palais aux yeux de tout le monde, et envoie partout les rayons de la puissance royale. »
Cette splendeur doit porter dans tous les esprits une impression de la puissance des rois, et paraître comme une image de la cour céleste.
Quel compte ne rendront point à Dieu les princes qui négligeraient de tenir des promesses si solennellement jurées ?
XIXe Prop. Dans le doute, on doit interpréter en faveur du serment. — C'est ainsi que fit Josué. La ville de Gabaon était de celles que Dieu avait destinées à la demeure de son peuple et dont il avait or donné que les habitants seraient passés au fil de I'épée à cause de leurs crimes aussi bien que tous les autres. Les Amorrhéens, habitants de Gabaon, effrayés des victoires de Josué et des Israélites, usèrent de finesse : et feignant de venir de pays bien éloignés, ils les abordèrent en disant qu'ils « venaient de loin, émerveillés des prodiges que Dieu faisait en leur faveur pour se soumettre à leur empire. » (Jos. ix, 3 seq.) Ils firent tout ce qu'il fallait pour tromper Josué et les autres chefs qui leur promirent la vie avec serment.
Trois jours après, on connut la vérité. La question fut de savoir si on s'en tiendrait à l'alliance jurée. Deux fortes raisons s'y opposaient : l'une était la fraude de ces peuples à qui on ne pardonna que sur un faux exposé ; l'autre était le commandement de Dieu, qui ordonnait qu'on les exterminât entièrement. Mais Josué et les chefs du peuple s'en tinrentau serment et à l'alliance.
Contre la surprise, on disait qu'il fallait s'être informé de la vérité avant de s'engager, « et interroger la bouche du Seigneur (lbid. ,14)» en quoi Josué avait manqué: mais que l'engagement étant pris et le nom de Dieu y étant interposé, il s'en fallait
tenir là.
Au commandement divin de faire passer tous ces peuples au fil de I'épée, Josué et les chefs opposaient un commandement plus ancien et plus important de ne prendre pas
(44) lbid., p. 33.
fiOl PART. UII. THEOL, SOCIALE. — POLITîOUE TIREE DE L'ECRITURE. UV.Vli.
en vain le nom de Dieu. « Nous avons juré par le nom du Seigneur Dieu d'Israël <|ue nous leur sauverions la vie : nous ne pouvons ia leur ôler. » (Jbid. , 19.) Tout le peuple, qui murmurait auparavant, se rendit à cette raison et approuva la décision de Josué et de ses chefs.
Dieu même la confirma lorsqu'il délivra Gahaon des rois amorrhéens qui la tenaient assiégée, par cette fameuse victoire où Josué arrêta le soleil. (Jos. x, 13)
Et longtemps après, du vivant de David, parce que pendant le règne de Sawl, ce prince cruel avait voulu remuer celle question, et, sous prétexte de zèle, faire mourir les Gabaoniles; Dieu envoya la peste en punition de cet attentat et ne se laissa fléchir qu'après qu'on eût puni rigoureusement la cruauté de Saûl dans sa famille (// Reg. x\i, 1 seq.) ; soitqu'elle y eut concouru, soit qu'elle fût justement châtiée pour d'autres crimes. Ainsi la décision de Josué fut confirmée par une déclaration manifeste de la volonté de Dieu; et tout le peuple y demeura jusqu'aux derniers temps.
La force (Je la décision eut un effet perpétuel, et non-seulement sous les rois, mais encore du temps d'Esdras, et au retour de la captivité. (1 Esdr. n, 79; vu, 24 ; vm, 17, 20; 77 Esdr. vu, 60; x, 28.)
C'est ainsi que furent sauvés les Gabaonites. La foi du peuple de Dieu, la sainteté des serments, la majesté et la justice du Dieu d'Israël, éclatèrent magnifiquement dans cette occasion ; et il resta à la postérité un exemple mémorable d'interpréter les traités en faveur du serment.
ARTICLE VI
Des motifs de religion particuliers aux rois.
Première proposition. C'est Dieu qui fait les rois, et qui établit les maisons régnantes. — Saùl cherchait les ânesses de son père Cis ; David paissait les brebis de son père Isaï, quand Dieu les a élevés, d'une condition si vulgaire, à la royauté. (I Reg. ix, x, xvi.)
Comme il donne les royaumes, il les coupe par la moitié quand il lui plaît. Il lit dire à Jéroboam par son prophète (111 Reg. xi , 31 , 33) : « Je partagerai le royaume de Salomon, et je t'en donnerai dix tribus; à cause qu'il a adoré Aslarlé, la déesse des Sidoniens, et Chamos le dieu de Moab, et Moloch le Dieu des enfants d'Ammon. Je lui laisserai une tribu, à cause de David, mon serviteur, et Jérusalem la cité sainte que j'ai choisie. »
Le prophète Jéhu, fils d'Hanani, eut aussi ordre de dire à Baasa, le troisième roi d'Israël après Jéroboam (111 Reg. xvi, 1,2,3): « Je t'ai élevé de la poussière, et je t'ai donné la conduite de mon peuple d'Israël ; et tu as marché sur les voies de Jéroboam , et tu as excité mon indignation contre loi : je te perdrai, toi et ta maison. *
Par la môme autorité, un prophète alla à Jéhu, tils de Josaphat, fils de Namsi ; « et le
trouvant au milieu des grands, il lu loul haut : O prince, j'ai a vous parler. A qui da
nous voulez-vous parler? répondit Jéhu 1 A vous, prince, continua le prophète. Et il le tira, selon l'ordre qu'il avait reçu de Dieu, dans le cabinet le plus secret de la maison, et lui dit : Le Seigneur vous a oint roi sur le peuple d'Israël ; et vous détruirez la maison d'Achab, votre seigneur.» (IV Reg. ix, h seq.)
Dieu exerce le môme pouvoir sur les nations inlidèles. «Va, dit-il au prophète Elio (/// Reg. xix., 15)|, retourne sur tes pas par le désert jusqu'à Damas: et quand tu y seras arrivé, tu oindras Hazaël pour être roi de Syrie. »
Par ces actes extrordinaires, Dieu ne fait que manifester plus clairement ce qu il opère dans tous les royaumes de l'univers, à qui il donne des maîtres tels qu'il lui plaît. -< Je suis le Seigneur, » dit-il (Jerem. xxvii, 5), « c'est moi qui ai fait la terre avec les hommes et les animaux, et je les mois entre les mains de qui je veux. »
C'est Dieu encore qui établit les maisons régnantes. 11 a dit à Abraham (Gen. xvn, 0) : « Les rois sortiront de vous; » et à David (// Reg. vu, 11) : « Le Seigneur vous fera une maison; » et à Jéroboam ( /// Reg. xi, 58) : « Si tu m'es fidèle, je te ferai unu maison comme j'ai fait à David. »
Il détermine le lemps que doivent durer les maisons royales. « Tes enfants seront sur le trône jusqu'à la quatrième génération, u dit-il à Jéhu. (IV Reg. x, 30.)
«J'ai donné ces terres à Nabuchodonosor, roi de Babylone. Ces peuples seront assujettis à lui, à son fils, e; au fils de son lils, jusqu'à ce que le teuips soit venu. »( Jerem. xxvii, 6, 7.)
El tout cela est la suite de ce conseil éternel, par lequel Dieu a résolu de < faire sortir tous les hommes d'un seul, pour les répandre sur toute la face de la terre, en déterminant les temps et les termes de leur demeure. » (Act. xvn, 2G.)
11e Prop. Dieu inspire /' obéissance aux peuples, et il y laisse répandre un esprit de soulèvement. — Dieu, qui lient c:i bride les Qots de la mer, est le seul qui peut aussi tenir sous le joug l'humeur indocile des peuples. Et c'est pourquoi David lui chaulait (Fsal. cxliii, 1, 2) : « Béni soit le Seigneur mon Dieu, mon protecteur en qui j'espère, qui soumet mon peuple à ma puissance. »
Il agit dans les cœurs des nouveaux sujets qu'il avait donnés à Saiil : « et une partiu de l'armée, dont Dieu toucha le cœur, suivit Saiil. » [I Reg. x,26)
En inspirant l'obéissance aux sujets, il met aussi dans le cœur du prince une confiance secrète, qui le fait commander sans crainte : « Et Dieu donna à Saûl un autro cœur. »(Ibid., 9; xi, G.) Lui qui se regardait auparavant comme le dernier de tout le peuple d'Israël, prend en main le commandement et des peuples et des armées, et sent en lui-même toute la force qu'il fallait pour agir en maître.
Oit MU:s COMPLETES DE BOSSUET.
Après que le prophète envoyé de Dieu eût parlé à Jéhu pour le faire i"i. « les séjours lui demandèrent [If Re§. i\. Il, .j. : Que rous voulait ce! insensé? El il leur «fit : Le connaisses rous, cl aafez-vous m'il m'a dit? Ils lui répondirent: Tout |u'il aura dit est faui ; mais ne laissez l a> de nous le raconter. >> Voilà ce qu'ils dirent, peu disposés, comme on voit, à en iv le prophète. Mais Jéhu ne leur eut pas plutôt rapporté que ce prophète l'avait sacré roi, que « tous aussitôt prirent leurs manteaux, les étendant sous ses pieds en forme île tribunal, et tirent sonner la trom- I ette, et crièrent : Jéhu est roi. » (IV lieg. i\ , 13. ) Et ils oublièrent Joram, leur roi légitime, pour qui ils venaient d'exposer leur vie dans une bataille sanglante contre le roi de Syrie, et dans le siège de Bamoth- Galaad : tant Dieu changea proinptetnent les cœurs.
Il faut toujours se souvenir que ces choses si extraordinaires ne servent qu'à manifester ce que Dion l'ait ordinairement d'une manière aussi efficace, quoique plus cachée. En même temps qu'il inspire aux grands de suivre Jéhu, par un secret jugement de sa providence, il se répand dans le peuple un esprit de soulèvement universel, et rien ne le soutient plus dans le royaume. Jéhu marche avec sa troupe conjurée, à Jezraêl où était le roi. Comme on le vit arriver, Joraui envoie pour lui demander s'il venait en esprit de paix. (Ibid., 18, 21.) De quelle paix me parlez-vous, dit-il à celui qui lui faisait ce message ? Passez ici, et suivez-moi. Joram en envoya un autre pour faire la même demande : i'I reçut la même réponse, et il imita le premier en se joignant à Jéhu. Le roi, qui ne recevait aucune réponse, avance en personne avec Je rui de Juda, croyant étonner Jéhu par la présence de deux rois unis, dont l'un était son souverain. « Aussitôt qu'il eut aperçu Jéhu, il lui dit (Ibid., 22 seq.): Venez-vous en paix ? Quelle paix y a-l-il pour vous? répliqua-t-il ? Et en même temps il banda son aie, et perça d'un coup de flèche le cœur de Joram, qui tomba mort à ses pieds. » 11 restait, dans le palais, la reine Jézabcl, mère de Joram. <s Elle parut à la fenêtre , richement parée, les yeux colorés d'un fard exquis. Qui est celle-là, dit Jéhu ? et il ordonne aux eunuques de cette princesse de la précipiter du haut en bas. » (Ibid., 30 seq.) Après toute celte sanglante exécution, il envoie des ordres à Samarie, de faire mourir les enfants du roi \(IV Reg. x, 1 seq.) ; et tous les grands du royaume résolurent de les faire mourir, au nombre de soixante et dix, dont ils portèrent les têles à Jéhu, et il envahit le royaume sans résistance. Dieu vengea par ce moyen les impiétés d'Achab et de Jézabel, sur eux et sur leur maison.
Voilà l'esprit de révolte qu'il envoie, quand il veut renverser les trônes. Sans autoriser les rébellions, Dieu ies permet, et punit les crimes [ ar d'autres crimes, qu'il châtie aussi
en snn temps; toujours terrible et toujours juste.
lit* Pnop. Dieu décide de la fortune des Etats. - - « Le Seigneur Dieu frappera Israël, comme On remue un roseau dans l'eau, et l'arrachera de la bonne terre, qu'il avait donnée à leurs pères : et comme par un coup de vent il les transportera a Babylone. » (/// lieg. xiv, 15.) Tant est grande la facilité avec laquelle il renverse les royaumes les plus florissants.
IV Prop. Le bonheur des princes vient de Dieu, et a souvent de grands retours. — Enflé d'une longue suite de prospérités, un prince insensé dit en son cœur: Je suis heureux, tout me réussit; la fortune qui m'a toujours été favorable gouverne tout parmi les hommes, et il ne m'arrivera aucun mal. «Je suis reine, » disait Babylone (Isa. xlvii, 7, 8), qui se glorifiait dans son vaste et redoutable empire : « je suis assise» (dans mon trône heureuse et tranquille ) : «je serai toujours dominante ; jamais je ne serai veuve, jamais privée d'aucun bien : jamais je ne connaîtrai ce que c'est que stérilité et faiblesse. » Tu ne songes pas, insensée, que c'est Dieu qui l'envoie ta félicité : peut-être pour t'aveugler, et te rendre ton infortune plus insupportable. «J'ai tout mis entre les mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone ; et jusqu'aux bêtes. je veux que tout fléchisse sous lui. Les rois et les nations qui ne voudront pas subir le joug périront, non-seulement par l'épée de ce conquérant, mais de mon côté je leur enverrai la lamine et la peste, jusqu'à ce que je les détruise entièrement (Jer. xxvii, 6, 7, S) : » afin que rien ne manque ni à son bonheur, ni au malheur de ses ennemis.
Mais tout cela n'est que pour un temps, et cet excès de bonheur a un prompt retour. « Car pendant qu'il se promenait dans sa Babylone, dans ses salles et dans ses cours; et qu'il disait en son cœur: N'est-ce pas cette grande Babylone, que j'ai bâtie dans ma force, et dans l'éclat de ma gloire ; » sans seulement jeter le moindre regard sur la puissance suprême, d'où, lui venait tout ce bonheur : « une voix partit du ciel, et lui dit : Nabuchodonosor, c'està toiqu'on parle. Ton royaume te sera ôté à cet instant : on te chassera du milieu des hommes ; tu vivras parmi les bêtes, jusqu'à ce que tu apprennes que le Très-Haut tient en sa main les empires, et les donne à qui il lui plaît. » (Dan. iv, 26.)
. O prince 1 prenez donc garde de ne pas considérer votre bonheur, comme une chose attachée à votre personne ; si vous ne pensez en même temps qu'il vient de Dieu, qui le peut également donner et ôter. « Ces deux choses, la stérilité et la viduité, viendront sur vous en un même jour, » dit Isaïe. (Isa. xlvii, 9.) Tous les maux vous accableront. « Et pendant que vous n'aurez à la bouche, que la paix et la sécurité, la ruine survient tout à coup. >< (/ Thess., v, 3.) Ainsi le roi Balthazar, au milieu d un fes-
ces
PAUT. XIII. THEOL. SOCIALE. — P LIT1QUE TlftEE DE L'ECRITURE. LIV. VII.
ecc
tin royal qu'il faisait avec ses seigneurs et ses courtisans, en grande joie (Dan. v, 1 seq.), ne songeait qu'à « louer ses dieux d'or et d'argent, d'airain et de marbre, » qui le comblaient de tant de plaisirs et do tant de gloire ; quand ces trois doigts, si célèbres, parurent en l'air, qui écriraient sa sentence sur la muraille: «Ma né, Tuécel, Phares: Dieu a compté toujours, et ton règne est à sa fin. Tu as été mis dans la balance, et lu as été trouvé léger. Ton empire est divisé ; et il va être livré aux Mèdes et aux Perses. »
Ve Prop. Il n'y a point de hasard dans le gouvernement des choses humaines ; et la fortune n'est qu'un mot, qui n a aucun sens. — « C'est en vain que les aveugles enfants d'Israël dressaient une table à la Fortune, et lui sacrifiaient. » (Jsa. lxv, 11.) Ils l'appelaient la reine du ciel, la dominatrice de l'univers; et disaient h Jérémie (Jerem. xliv, 10, 17): 0 prophète 1 « nous ne voulons [dus écouter vos discours: nous en ferons à noire volonté. Nous sacrifierons à la reine du ciel ; et nous lui ferons des effusions, comme ont fait nos pères, nos princes et nos rois. Et tout nous réussissait, et nous regorgions de biens. »
C'est ainsi que, séduits par un long cours d'heureux succès, les hommes du monde donnent tout à la fortune, et ne connaissent point d'autre divinité , ou ils appellent la reine du ciel, l'étoile dominante et favorable qui selon leur opinion fait prospérer leurs desseins. C'est mon étoile, disent-ils, c'est mon ascendant, c'est l'astre puissant et bénin qui a éclairé ma nativité, qui met tous mes ennemis âmes pieds.
Mais il n'y a, dans le monde, ni fortune ni astre dominant. Rien ne domine que Dieu. « Les étoiles, comme son armer», marchent à son ordre: chacune luit dans le poste qu'il lui adonné. Il les appelle par leur nom, et elles répondent : Nous voilà. Et elles se réjouissent, et luisent avec plaisir, pour celui qui les a faites, » (Barucluu, 34, 35.)
VIe Prop. Comme tout est sagesse dans le monde, rien n'est hasard. — « Dieu a répandu la sagesse sur toutes ses œuvres.
(Eccli. i, 10.) Dieu a tout vu, Dieu a tout mesuré, Dieu a tout comp .»(Eccli. i, 9.) Dieu a tout fait avec mesure, avec nombre, et avec poids. (Sap. xi, 21.) » Rien n'excède, rien ne manque. A regarder le total, rien n'est plus grand ni plus petit qu'il ne faut : ce qui semble défectueux, d'un coté, sert à un autre ordre supérieur et plus caché, que Dieu sait. Tout est épandu à pleines mains ; et néanmoins tout est fait et donné par compte. « Jusqu'aux cheveux de notre tête, ils sont tous comptés. (Mat th. x, 30.) Dieu sait nos mois et nos jours ; il en a marqué lo terme, qui ne peut être passé. (Job xiv, 5.) Un passereau même ne tombe pas sans votre Père céleste. » (Matlh. x, 29.) Ce qui emporterait d'un coté, a son contre-poids de l'autre : la balance est juste, et l'équilibre parfait.
Où la sagesse est infinio, il ne reste plus de place pour le hasard.
VU" Prop. Ilya une providence particulière dans h gouvernement des choses humai* nés. — « L'homme prépare son cœur, et Dieu gouverne .«-a langue. » (Prov. xvi, 1.)
« L'homme dispose ses voies : mais Dieu conduit ses pas.» (Jbid.,d.)
On a beau compasser dans son esprit tousses discours et tous ses desseins, l'occasion apporte toujours je ne sais quoi d'imprévu ; en sorte qu'on dit et qu'on fait toujours plus ou moins qu'on ne pensait. Et cet endroit inconnu à l'homme dans ses propres actions, et dans ses propres démarches, c'est l'endroit secret par où Dieu a^it, et le ressort qu'il remue.
S'il gouverne de cette sorte les hommes en particulier; à plus forte raison le gouverne-t-i! en corps d'Etats et de royaumes. C'est aussi dans les affaires d'Etat, que « nous sommes (principalement) en sa main, nous et nos discours; et toute sagesse, et !;. science d'agir. » (Sap. vu, 10.)
« Dieu a fait en particulier les cœurs des hommes: il entend toutes leurs œuvres.
C'est pourquoi, «ajoute le Psalmiste (Psaï. xxxn, 15, 10), « le roi n'est pas sauvé par sa grande puissance, ou par une grande armée, mais par la puissante main de Dieu. » Lui qui gouverne les cœurs de tous les hommes, et qui lient en sa main le ressort qui les fait mouvoir, a révélé à un grand roi, qu'il exerce spécialement ce droit souverain sur les cœurs des rois : « Comme la distribution des eaux (est entre les mains de celui qui les conduit) ; ainsi le cœur du roi est entre les mains de Dieu, et il l'incline où il lui plaît. » (Prov. xxi, 1.) Il gouverne particulièrement le mouvement principal, par lequel il donne le branle aux choses humaines.
VIII' Prop. Les rois doivent plus que tous 1rs autres s'abandonner à la providence de Dieu. — Toutes les propositions précédentes aboutissent à celle-ci. Plus l'ouvrage des rois est grand, plus il surpasse la faiblesse humaine ; plus Dieu se l'est réservé, et plus le prince qui le manie, doit s'unir à Dieu et s'abandonner à ses conseils.
En vain un roi s'imaginerait qu'il est l'arbitre de son sort, à cause qu'il l'est de celui des autres : il est pius gouverné qu'il ne gouverne. « 11 n'y a point de sagesse, il n'y a point de prudence, il n'y a point de conseil contre le Seigneur. » (Prov. xxi, 30.)
« Les pensées des mortels sont tremblantes, et leur prévoyance incertaine. » (Sap. ix, 14.)
« Il s'élève plusieurs pensées dans lecœur de l'homme (elles le rendent timides et irrésolu) : les conseils de Dieu sont éternels.)» (Prov. xix, 21.) Ceux-là seuls subsistent toujours, ils sont invincibles.
IXe Prop. Nulle puissance ne peut échapper des mains de Dieu. — Salomon, bien averti par un prophète que Jéroboam partagerait un jour son royaume, lâche de le faire mourir ; mais en vain, puisqu'il trouve une re-
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Achat), rui tl Israël, esl «verti par ftfichée (\ il périrait dans une bataille (// Par, xuii. El s i ugerai d'habit,» dit-il,
« et /irai ainsi au combat * Mais pendant nue l'ennenii le cherche en vain, et tourne toui l'effort contre Josaphat, roi deJuda, qui seul
I • eu babil royal, « il arriva qu'un >.• dal tirant en l'air blessa le roi d'Israël, entre le cou et l'épaule. « Je suis blessé,» s'é-
I I :a-t-il : « lounii •/.» i <>ntinua-t-il à celui qui conduisait son chariot ; « et tirez-moi du combat. «Mais le coup qu'il avait reçu était m rtel ; et il en mourut le soir même.
Tout semblait concourir à le sauver. Car, en< ore qu'il y eût ordre de l'attaquer seul, on ne le connaissait pas: el Josaphat, qu'on j ni pour lui, fut délivré, Dieu détournant tous les coups qu'on lui portait. Achab, contre qui on ne tirait ;.as, faute de pouvoir le connaître, fut atteint par une flèche tirée au hasard. Mais ce qui semble tiré au hasard, est secrètement guidé par la main de Dieu.
Il n'y avait plus qu'un moment pour sauver Achab : le soleil allait se coucher: la nuit allait séparer les combattants: mais iJ fallait qu'il périt ; « et ii fut tué au soleil touchant. » Jbid., 3i.)
C'est en vain que Sédécias croit, dans la j rise de Jérusalem, avoir évité par la fuite ms mains de Nabuchodonosor, à qui Dieu voulait le livrer (Jerem. xxxix, 4-7) : « Il est repris avec ses enfants, qui furent tués àses yeux; et on les lui crève, » après ce triste spectacle.
David étailsage et prévoyant, plus qu nomme de son siècle ; et il se servit de toute son adresse pour couvrir son crime. Mais Dieu le voyait: « Tu l'as fait, » dit-il (II Reg. xii, 12), « en cachette; mais moi j'agirai à découveit. (Et loutce que tu crois avoir enveloppé dans des ténèbres impénétrables] paraîtra aux yeux de tout Israël, et aux yeux du soleil. »
Les finesses sont inutiles : tout ce que l'homme fait pour se sauver, avance sa perte. « Il tombe dans la fosse qu'il a creusée ; et le filet qu'on a tendu nous prend nous-mêmes. » [Psal. vu, 1G ; xxxiv, 8 ; Eccli. xxvn, 29.)
Il n'y a donc de recours qu'à s'abandonner l Dieu, avec une pleine confiance.
Xf Prop. Ces sentiments produisent dans le cœur des rois une pie'le' véritable. — Telle fut celle de David. Lorsque fuyant devant son ti s Absalon, abandonné de tous les siens, il dit a Sadoc, sacrificateur, et aux lévites qui lui amenaient l'arche d'alliance du Seigneur (11 Reg. xv, 2i, 25, 26) : « Reportez-la dans Jérusalem : si j'ai trouvé grâce devant le Seigneur, il me la montrera, et lo tabernacle. Que s'il me dit: Vous ne me plaisez pas ; il est le maître, qu'il fasse ce qu'il lui plaira. » Je suis soumis à sa volonté.
Ses serviteurs fondaient en larmes, le voyant obligé de fuir avec tant de précipitation et d'ignominie : mais David, avec un
cœur intrépide, leur relève lo courage. Il
r< ul même, par mu: générosité qui lui était naturelle, renvoyer sil cents de ses plus raillants soldats, avec Ethaî le Géthéen, qui
les commandait, pour ne les pas exposer à une ruine qui paraissait inévitable. (Ibid., 19, 20, 21.) « Pourquoi venez-vous avec nous? Retournez. Pour moi, » ajoutel-il, « j'irai où je dois aller. » Quel courage , quelle grandeur d'Ame I maison même tempsqucllo résignation à la volonté de Dieu 1 il reconnaît la main divine qui le poursuit justement, et met toute sa confiance en celte môme main qui seule peut le sauver.
XIe Prop. Celte piété esl agissante. — Il y a un abandon à Dieu qui vient de force et de piété: il yen a un qui vient de paresse. S'abandonner à Dieu, sans faire de son côté tout ce qu'on peut, c'est lâcheté et nonchalance.
La piété de David n'a point ce bas caractère. En môme temps qu'il attend avec soumission ce que Dieu ordonnera du royaume et de sa personne, pendant la révolte d'Absalon ; sans perdre un moment de temps, il donne tous les ordres nécessaires aux troupes, à ses conseillers, à ses principaux confidents, pour assurer sa retraite, et rétablir les affaires. (// Reg.ny, xvi, xvii, xvm.)
Dieu le veut : agir autrement, c'est le tenter contre sa défense : « Vous ne tenterez pas le Seigneur votre Dieu. » (Dcut. vi, 16.) Ce n'est pas en vain qu'il vous a donné une sagesse, une prévoyance, une liberté : il veut que vous en usiez. Ne le faire pas, et dire en son cœur : J'abandonnerai tout au gré du hasard ; et croire qu'il n'y a point de sagesse parmi les hommes, sous prétexte quelle est surbordonuée à celle de Dieu; c'est disputer contre lui; c'est vouloir secouer le joug, et agir en désespéré.
XIIe Prop. Le prince qui a failli ne doit pas perdre espérance, mais retourner à Dieu par la pénitence. — Ainsi Manassès, roi de Juda, après tant d'impiétés et d'idolâtrie; après avoir répandu tant de sang innocent, jusqu'à en faire regorger les murailles de Jérusalem (IV Reg. xxi, 2, 16), frappé de la main de Dieu, « et livré à ses ennemis, qui !e transportèrent à Babylone, et chargé de fers,, pria le Seigneur son Dieu dans son angoisse, et se repentit avec beaucoup de douleur devant le Dieu de ses pères; et il lui fit des prières, et il le pria instamment. El Dieu écouta sa prière, et il le ramena à Jérusalem dans son trône; et Manassès reconnut que le Seigneur était le vrai Dieu. » [11 Par. xxxhi, 11, 13.) Mais il faut bien remarquer que la pénitence de ce prince fut sérieuse, son humilité sincère, et ses prières pressantes.
Dieu ne laisse pas quelquefois d'avoir égard à la pénitence des impies, lorsque, même sans se convertir, ils sont effrayés de ses menaces. Achab ayant entendu les menaces que Dieu faisait par le propriété Elie, en fut effrayé. (111 Reg. xxi, 27,28,29.) «Il déchira ses babils, et couvrit sa chair u'uii cilice, et il jeûna; et il se coucha en son lit, revêtu