CHAPITRE DERNIER. de sorte qu'il n'y a rien de moins à propo
au sujet de la question contestée entre nous
Que le ministre corrompt manifestement le et nos adversaires, que cette plainte de sain*.
sens des auteurs qu'il allègue pour justifier Bernard. Que s'il dit qu'il ne reste plus uu-
la nécessité de la réfonnaiion prétendue. <''e chose sinon que l'Antéchrist paraisse,
c'est qu'à la troisième tentation, qui est le
Le ministre tâche d'appuyer la réforma- cjésordre des mœurs, la quatrième doit suct
tjon prétendue sur le témoignage des ca- céder, qui sera le règne de l'Antéchrist, au-
Cioljques; il rapporte plusieurs passages quel nos péchés préparent la voie, et que les
qui parlent de la corruption de l'Eglise, lidèles serviteurs de Dieu ont toujours re-
iilin de persuader au peu, le crédule que gardé comme proche d'eux ; parce que le
l'Eglise catholique est bien éloignée d'avoir Maître n'ayant pas dit l'heure, ils ta lient
cette infaillibilité dont elle se vante, puis- de se tenir toujours prêts à celte grande per-
que ses propres docteurs reconnaissent sédition.
qu'elle a besoin d'être réformée. Mais la Le ministre produit encore deux passages
seule lecture des auteurs qu'il cite, con- de saint BpiT.ard (173); mais il en corrompt
vaincra les plus passionnés qu'il abuse vi- tout le sens avec une extrême imprudence.
siblement de l'autorité que les siens lui « L'Egliseromaine, » dil-il, «s'c-l quelquefo s
donnent, et de leur trop facile créance. séparée de ses Papes (174); et saint Bernard a
Considérons avant toutes choses quel était bien osédire que de son temps la bête de l'Aie dessein de réformation que nos ad ver- pocalypse avait occupé le siège de sainl Piersaircs se sont proposé; qu'ils nous disent iv. «Grande hardiesse de saint Bernard! niais s il.s voulaient réformer, ou la foi que l'on s'il parle d'un antipape qui avait occupé le professait en l'Eglise, ou l'ordre de la dis- siège au préjudice d'une élection canonicipline ecclésiastique. Pour la discipline que, et qui avait chassé par force de Borne ecclésiastique, nous accordons sans difli- le Pape légitime Innocent II (175); si, bien culte qu'elle peut souvent être réformée; loin de dire dans cette Epitre que le Pape ainsi ce n'est pas là qu'est la question. Mais était la bête de Y Apocalypse, comme le miparee qu'il est clair que les calvinistes ont nistre veut qu'on l'entende, il dit que celui prétendu réformer la foi, les catholiques s'y qui ne se joint pas au Pape Innocent est à sont opposés, soutenant qu'une telle réfor- l'Antéchrist, ou l'Antéchrist même (176), mation est un attentat manifeste-contre l'in- quelle est. l'infidélité du ministre, qui abuse faillibililé de l'Eglise. D'où il s'ensuitque de ce passage contre les véritables pontifes ; si le ministre veut venir au point contesté, et quelle estime pouvons-nous faire de son )1 faut qu'il prouve la nécessité de réformer Catéchisme après une tromperie si visible, la foi de l'Eglise; et s'il est plus clair que qu'il ne faut que lire pour la convaincre ?
(170) Pag. 49. • (K5) Ep. 124 et 125.
(171) Serm. .55,. jn Çahi. n. 14. ■ (174) Pag. 112. ' ilY'yPax a-pagairis,' pix Sb liàrfelicis - ■! :• ■ > 173) Epist, 125, toni. I.
jpfecto ,i lia: . Sun 33, in Cnm . u. 16.) i'l76i Epist. 121.
ro'i PART. X. THEOL. POLEMIQI ! . I 1,1 II I VI r N DL r\\ !. ILiiiiT. :, o
Mais Je m'étonne que les ministres osent lustres ; on a tAché de les exterminer par ui-
liien cit'T saint Bernard pour autoriser leur vers moyens, en AngJeterre, en Ecosse, à
téformation, puisqu'il est clair que ce s;iiut Prague et en France. » Ceux qui sont tant
docteur l'aurait infiniment détestée, lui qui soit peu versés dans l'histoire savent bien
prie si dévotement la très-sainte Vierge.qui qu'il voulait parler des sectateurs de Vielef,
honore avec tant de respect la primauté du Anglais, et des Bohémiens disciples de Hus,
Souverain Pontife (177); qui, voyant que le qui en effet furent condamnés a Constance.
diable lâchait d'introduire quelques articles « Il faut, «dit le docte Cer.-on (183), « que la
de la réformation prétendue, en suscitant lumière de ce saint concile, qui jamais ne
certains hérétiques qui niaient qu'il fallût peut être obscurcie, donne un prompt re-
pTier pour les morts, et implorer le secours mède à ces maux ; » et après avoir exhorté
des saints (178), rejette leur doctrine comme les Pères h user de l'autorité ecclésiastique
pernicieuse ; qui relève si fort l'état monas- dans la censure de ces hérésies, « elle est
tique, et duquel non-seulement les cents, telle, ».dit ce grand homme, «qu'aucun ne In
mais encore la profession et la vie condam- pourra mépriser qui voudra être estimé li-
iient la doctrine de nos adversaires. dèle. «Quelle personne de sens rassis pourra
Kl certes,! il semble que le catéchiste a t jamais se persuader qu'un docteur si soula;! un choix particulier de ceux qui lui sont mis et si catholique appuie la réformat ion lo plus oppo es entre tous les auteurs ecclé- prétendue dont il déteste si fort lescoramcnsiasliques, et nous lisons sa condamnation céments?
presque dans tous les lieux qu'il allègue. Le ministre cite en son Catéchisme ( 18V; « (icrsotv dit-il, «introduit l'Eglise, déniait- un autre célèbre docteur de Paris, quia éié <• .ni au l'ape la réformation, et qu'il réta- maître de (îerson; c'est Pierre, cardinal du Misse le royaume d'Israël.» C'est au sermon Cambrai (183), qui, prêchant devant le coude 1 Ascension de Notre-Seigneur que ce cile de Constance, dit que la bienheureuse grand personnage parle delà sorte (179;. Hildegarde , prophétesse des Allemands. filais il nous explique lui-même ce qu'il faut appelle le temps qui a commencé en l'an faire pour rétablir ce royaume. Il veut que 1 100 de Notre-Seigneur un temps infâme où l'on travaille sérieusement n réunira i'K- la doctrine des apôtres et cette ardente jusglise romaine les peuples qui s'en sont se- lice que Dieu avait établie dans les personparés. « Pourquoi n'envoyez -vous pas aux nés spirituelles s'était ralentie, et qu'ensuite Indiens, » dit-il, « où la sincérité de la foi toutes les institutions ecclésiastiques étaient peutêtre facilement corrompue, puisqu'ils ne allées eu décadence : après quoi te grand sont pas unis à l'Eglise romaine, de laquelle cardinal , ayant représenté les désordres se doit tirer la certitude de la foi ?» Coin- qui étaient' en l'Eglise, conclut qu'eileabebien était-il éloigné de croire qu'il fallût ré- soin d'être réformée dans la foi et dans les former la foi de l'Eglise, dont il proche la mœurs. Ce sont les paroles de Pierre d'Ailly, pureté et la certitude? Si donc il se plaint si lesquelles semblent en apparence favoriser souvent des dérèglements de l'Eglise , s'il les sentiments de nos adversaires, mais qui >.n qu'elle est brutale et charnelle (180); que les condamneront en effet quand nous en le ministre ne pense pas qu'il prétende taxer aurons expliqué le sens, sa doctrine. Il parle des abus et des simo- Et premièrement, il est remarquable que nies, des sales commerces dans les bénéfices, ce cardinal parlait en un temps où l'Eglise de rattachement qu'avaient les plus grands catholique était déchirée par le schisme le prélats h leur autorité temporelle, qui leur plushorriblequi, peut-être, aitjamais troublé faisait négliger le salut des âmes, pour les- son repos. 11 y avait près de quarante ans -quelles Jésus-Christ a donné son sang ; il qu'elle ne connaissait presque plus quel déplore la corruption de son siècle avec un était le légitime Pontife par lequel elle dezèle vraiment chrétien, et reprend les mair- vait être gouvernée; trois personnes avaient vaises mœurs avec une liberté tout aposto- occupé cette place, et toutes les provinces lique. Mais quand il s'agit de la foi, il tient catholiques s'étaient partagées. C'est pourbien un autre langage. 11 n'a que des paroles quoi le cardinal de Cambrai, après avoir dit de vénération pour honorer l'autorité de que l'Eglise a besoin d'être réformée, ainsi l'Eglise. En son temps, quelques hérétiques qu'il a été rapporté, ajoute aussitôt après ces avaient entrepris de la réformer à la mode paroles :« Mais maintenant les membres de des luthériens et des calvinistes, c'est-à-dire l'Eglise étant séparés de leur chef, et n'y qu'ils voulaient corriger sa foi ; c'est pour- avant point d'économe et de directeur aposquoi le ministre dit qu'ils ont fait une partie tolique, il n'y a pas lieu d'espérer que cette de lavé formation (181). Gerscrn s'y oppose gé- réformation se puisse bien faire. » 11— est [dus néreusementauconcile général de Constance, clair que le jour qu'il entend le Pape par ce « Des dotrines peslilentes, » dit-il (182), chef, par ce directeur et cet économe, sans * se sont élevées dans plusieurs provinces il- lequel il n'espérait pas de réforma ri on : et}
(•77) Lit), n De cousider., Ad Kuy. , > ;i|> S. , lSi>i De Coite, iicii. un. obed., ihid., loin. II. ■
Ki'iriJ. 181) P. 58.
(I7.S) Serai 70, in Caiil., n. I el ;ei|. col. I i:ii , i 182) Serm. cor,am eunc. Constant,
■ i|. 183) Ib'ui.
(1.79.) 6EP.SOX, (Mil. 1 70'.», loin II. part', i, p. IM 8i I*. 53.
. scq. i i's"!l Pici ce it'AJlly.
ULLVKES r.OMPLLTES l)K BaSSILT.
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(|iii fait ' oniialtre que ce docteur demandait l.-i féforniatiou de l'Eglise pur un esprit directement opposé aux réformateurs de ces derniers siècles. Car Luther écrivant a Mélauchthon, dit que* la bonne doctrine ne peut subsister tant que l'autorité de Pape sera i-oiiservée (180); » et, au coi, traire, ce cardinal croit qu'on ne peut remettre ni la foi ni la discipline ecclésiastique en son premier lustre, jusqu'à ce qu'on ait établi un Pape cnmme|chef et comme directeur de l'Eglise : cependant la réformation prétendue ose bien se servir de son nom, et se défendre par son témoignage.
Mais comprenons ce qu'il voulait dire quand il a prêché à Constance qu'il fallait réformer l'Eglise en la foi. Nous pouvons considérer la foi en deux sens. Quelquesuns professent la loi véritable, qui n'ont point une fui fervente. On peut donc regarder la foi dans sa vérité ou dans sa ferveur. Encore que la vérité de la foi se trouve toujours dans ce que l'Eglise catholique enseigne; néanmoins il est assuré que la ferveur i.e la loi peut se diminuer tellement, par la licence des mauvaises mœurs e! par le dérèglement de la discipline, qu'il semble quelquefois qu'elle soit éteinte. C'est ce que déplore notre cardinal au sermon cité dans le Catéchisme. « La ferveur de la foi, » dit-il, <■ et la force de l'espérance, et l'ardeur de la charité est presque entièrement évanouie dans les ministres ecclésiastiques. » il ne dit pas que leur foi soit fausse ; mais il se' plaint qu'elle est languissante : il veut qu'on réforme la foi de l'Eglise dans son zèle et dans sa ferveur; mais ce n'est pas son intention de nier la vérité de ses dogmes. Certes quand je m'arrêterais à cette réponse, elle siillirait pour rendre inutile tout le raisonnement du ministre; mais je ne croirai pas «voir assez fait jusqu'à ce qu'ayant pénétré plus profondément le sens des paroles de Pierre d'Ailly, par les circonstances du temps et du lieu, je fasse voir à noire adversaire que sa condamnation y est prononcée, afin que tout le monde connaisse avec quelle négligence, il cite les auteurs ecclésiastiques.
Posons pour principe, premièrement, que iiu temps de Pierre d'Ailly, et du concile général de Constance, les erreurs de Viclef et de Hus commençaient à se répanure en l'Eglise, et que ce fut une des raisons pour lesquelles le concile l'ut assemblé. Secondement, que, condamner ces deux hérésiarques, ce -t au.ithéuuiliser Luther et Calvin, qui ont renouvelé toutes leurs erreurs. Ces choses étant supposées, observons que le concile do, Constance use do la même façon de parler que le cardinal de Cambrai, et ordonne, dès ia session 3, que « le concile ne pourra être dissous jusqu'à ce que l'Eglise soit réformée en la foi et aux mœurs. » Il importe de bien connaître quel était le sens du concile; parce qu'il ne faut nullement douter
|t86l su h. . iib. vu.
il£7 Sess. <>.
que le cardinal Pierre d'Ailly, qui était un des plus illustres de ses prélats, et qui fut choisi, comme nous verrons, pour être l'interprète de ses sentiments, n'ait parlé dans le même esprit. Le ministre qui ne s'arrête qu'aux mots, jugerait d'abord que le concile de Constance, voulant réformer l'Eglise en la foi, déclarait par ces paroles que la foi de l'Eglise était corrompue ; mais il n'est rien plus éloigné de son intention. Car. en la session 8, les Pères de ce concile, et Pierre d'Ailly avec eux, disent que «la sainte Eglise catholique, éclairée en la vérité de !a foi par les rayons de la lumière céleste, est toujours demeurée sans tache. » Par conséquent, il est plus clair que le jour qu'ils n'estimaient pas qu'il fallût corriger la foi qui était reçue en l'Eglise; voyons doue quelle était leur pensée.
La suite île leurs décrets nous en instruira pleinement. Carie ministre ne niera pas que celte résolution qu'on prit au concile, de réformer l'Eglise en la foi, ne doive être nécessairement rapportée aux décisions de foi que nous y trouvons. Or il n'y a que trois sessions où les matières de la foi soient traitées : la huitième, où les erreurs de Viclef furent censurées; la quinzième, où l'on condamna celles de Jean îïus;la treizième, où l'on fit le règlement s;ir la comoiunioii des laïques. Donc l'inteimon de ces Pères, quand ils parlent de réformer l'Eglise en la foi. n'était pas de changer la créance qui était reçue, puisqu'il n'en parait rien dans leurs décrets; mais de rejeter la doctrine des prédécesseurs de nos adversaires, que le diable voulait introduire. C'est là sans doute ce que le concile appelait réformer l'Eg!i-e en la foi, parce que la foi catholique semble recevoir un nouvel éclat par la condamnation des erreurs; et que c'est une espèce de réformalion de retrancher les membres pourris qui se révoltent contre l'Eglise, puisqu'elle demeure plus pure après qu'elle les a séparés. Telle est l'intention du concile.
Venons maintenant à Pierre d'Ailly, et demandons à notre adversaire ce qu'il peut attendre d'un homme qui a prononcé sa condamnation dans un concile si célèbre, où sa doctrine lui avait acquis tant d'autorité, que nous pouvons (lire non-seulement qu'il en a suivi les décrets, mais encore qu'il a été un des prélats qui a autant contribué à les faite ? En ellet, ne voyons nous pas qu'il est nommé par tout le concile pour instruire les commissaires qui devaient examiner la doctrine de Jean \ iclef et de Jean Hus(187j; et qu'il y est lui-même commis pour enseigner à Jérôme de Prague, disciple de Hus, les véritables sentiments de l'Eglise et du saint concile (188), comme celui qui en était le mieux informé? Ainsi le sermon cité dans le Catéchisme ayant été prêché à Constance, en présence du concile même, par un homme qui en était un des chefs, qui peut douter
(188) Ibid., 19.
l'AUT. X. THLOL, 101.I.M1QLK. I. REFUTATION I>K l'Ail. FERRY.
qu'il uo parle eoriforméiiU'iH au stylo de cette assemblée où il tenait un rang si considérable T De sotte que cette rét'onnalion en la foi, que le ministre tire inconsidérément
à son Avantage, enferme effectivement sa condamnation a ver celle de Wiclef et deHus.
N'est-ce pas une inariiiie visible d'une lecture excessivement précipitée old'undcssein prémédité d'éblouir les simples par de vaines apparences ?
G*esl encore dans le môme dessein qu'il s'efforce de prouver la nécessité de la réiornialinii prétendue, par saint Itonaveuture, « qui récite, » dit-il (189), « que Jésus-Christ appela "saint François d'Assise par la bouche d un crucifix pour redresser son Eglise, qui était, comme il voyait, loutedétruite (190). » Mais premièrement, il rapporte mal celle histoire; car le crucifix ne commande pas à saint François qu'il redresse l'Eglise qui est toute détruite, mais qu'il répare l'Eglise qui so détruit toute. Or il y a grande différence de relever une maison toute ruinée et de la soutenir quand elle e>t penchante. Ainsi le ministre corrompt les paroles de saint Bonaventure. Apre-, il n'oserait dire lui-même que l'Eglise fil t toute détruite dès le temps du grand saint François, puisqu'il avoue qu'en l'an 15i3 on se pouvait sauver en sa communion. Enfin il ne saurait montrer que ni saint François ni aucun tic ses disciples aient jamais eu la moindre pensée de corriger la foi de l'Eglise. Quand donc ils se sont proposé le glorieux dessein de réparer l'Eglise qui se détruisait, c'est qu'ils voulaient travailler de toutes leurs forces à rallumer la charité refroidie, et à faire revivre en l'Eglise l'esprit de mortification, etde pénitence, que l'amour du monde avait presque éteint. Je ne comprends pas ce que le ministre peut conclure de là contre nous, et je m'étonne qu'un homme de lettres s'arrête à des réflexions si peu sérieuses.
Mais il croit avoir appuyé fortement sa cause par le long récit qu'il nous fait île ce qui se passa à Augsbourg en l'an l.ïi8,« où enfin, » dit-il (191), « la réformation fut reconnue nécessaire par l'empereur Charles V et par les états de l'empire; en fut composé un formulaire par des théologiens choisis de l'une et de l'autre religion, et plusieurs articles y furent accordés selon le sentiment des réformés, le Pape même n'y résistant pas. » Toutesces choses semblent favorables à la réformalion prétendue, mais la vérité de l'histoire nous fera connaître que le ministre dit en ce lieu presque autant de faussetés que de mots ; et je veux le convaincre par Sleidan même, dont la foi ne lui peut être suspecte, puisque e'e.>t un historien protestant.
Premièrement, le catéchiste se trompe en ce qu'ilconfond leformulairede réformation que l'empereur donna aux évêques, qui ne contenait que des règlements sur le sujet de la
(190) De Vita S. Francis., lit., i.
(191) P;ig. 58.
,192) Lib. xv, Uist.
discipline ecclésiastique, avec la déclarai >u qu'il lit oublier sur les points de la religion, et que 1 on appelait V Intérim, comme nous verrons tout h l'heure. Toutefois il est certain que Sleidan distingue nettement ces deux choses (19-2); et nous ne voyons point dans l'histoire que le livre de VIntérim ait porté le titre de réformalion. Si donc le ministre ne le distingue pas d'avec le formulaire de réformation, c'est une marque trèsévidente qu'il ne se donne pas le loisir de digérer sérieusement ce qu'il dit, et qu'il précipite son jugement sans beaucoup do réllexion. Mais voyons les autres faussetés qu'il prêche si affirmativement à son peuple. Onjugea, dit-il, la ré formation nécessaire. Jo demande quelle sorte de réformalion : ce n'est pas une réformalion dans la foi, comme le ministre voudrait faire croire, car s'il avait bien lu dans Sleidan, les chefs de ce formulaire de réformation (193), il aurait vu qu'ils ne regardent que la discipline : et le mémo Sleidan remarque qu'il y était expressément ordonné d'interroger ceux qui se présentent aux ordres, « s'ils ne croient pas lotit ce que croit la sainte Eglise romaine, catholique et apostolique. » Donc ce formulaire n'était pas dressé pour corriger la foi de l'Eglise romaine, mais plutôt pour la confirmer. Où est la sincérité du ministre, qui lire cetto pièceà son avantage? est-il donc absolument résolu de n'en produire aucune qui ne le condamne?
Il n'a pas été plus fidèle dans lesréflexions qu'il a faitessur le livrede l'Intérim ; et nous le connaîtrons sans difficulté par la vérité de l'histoire qu'il nous a étrangement déguisée. L'empereur, voulant apaiser les mouvements de l'Allemagne sur le sujet de la religion, lit publier à la diète d' Augsbourg de l'an 15i8, une déclaration solennelle sur ce qu'il voulait être observé jusqu'à la définition du concile général, et c'est ce que l'on nomma VInlérim. La doctrine des protestants y étail condamnée; seulement on leur accorda que ceux qui avaient pratiqué la communion sous les deux espèces pourraient retenir cet usage jusqu'à la détermination du concile, à condition qu'ils ne blâmeraient pas les autres, qui se contentaient d'une seule espèce : et parce que plusieurs prêtres s'étaient mariés, et que leurs mariages ne pouvaient être rompus sans beaucoup de troubles, on résolut qu'il fallait attendre ce que le concile en ordonnerait (19i). Quoique le Pape ne voulût pas approuver ce livre, dans lequei la foi catholique n'était pas expliquée assez nettement; toutefois il ne résista pas au dessein qu'avait Charles V de le faire recevoir dans I Empire, parce qu'il remettait tout au concile, et qu'il condamnait les luthériens. Aussi les protestants s'opposèrent-ils à cette déclaration de l'empereur, et ceux de Magdebourg dirent hautement qu'e//e rétablissait
( l;931 Sleid., ibid.
(194) Vo.j. Sleidan, iiv. \v, et Ylitteriin enliçrpm.ent rapporté dans les Opuscules de Calvin impunies â Genève en l'an I5ti(i.
OEUVRES COMPLETES UL UOSSIEî.
tout le papisme; ci encore qu'il n'y eût nui dans l'a doctrine qu'elle proposait, qui ne pût recevoir aisément une interprétation catholique, les fidèles furent offensés de quelques façons de parler douteuses qui flattaient ' les luthériens : tellement que plusieurs catholiques donnèrent un mauvais sens à ce livre, qui enfin fut rejeté par les deux partis (!'95). C'est ce que tous ceux qui sauront lue verront si nettement dans l'histoire, qu'il est impossible de le nier. A quoi pense donc le ministre, d'entretenir son peuple de si vains discours ? Quel fondement peut-il faire sur une chose universellement improuvée ? D'ailleurs, quand je lui aurais accordé, ce qui néanmoins n'est pas véritable, que ce livre de l'Intérim combat la créance des catholiques, je demande quel droit avait l'empereur de prononcer sur des points de foi, de son autorité particulière ? Mais, enfin, que résulte- t-i 1 de ce livre, sinon la condamnation du ministre '? Il veut faire croire que ïe dessein de Charles V était de réformer la foi de l'Lglise ? Il se trompe, ou il veut tromper. Car, au contraire, l'empereur parlant aux états, et leur proposant ['Intérim, ditque « pourvu qu'on l'entende bien, il n'a rien de contraire à la religion catholique: il conjure ceux qui ont retenu les lois et les coutumes de l'Eglise catholique, de demeurer fermes en cette pensée ; et ceux qui ont introduit «les nouveautés en la religion, de reprendre celle quele reste de l'Empire professe (196), » c'est-à-dire la catholique. Donc il nelajugo pas coi rompue, puisqu'il exhorte d'y retourner. Mais écoutons parler le ministre, nous verrons bien d'autres faussetés. « On accorda, » dit-il (197). « cesarticles selon lessentiments des reformés, louchant la convoitise es régénérés; » il n'y a rien sur ce point (.ans ['Intérim qui ne puisse avoir un sens ialhoIique : « la justification par les mérites de Jésus-Christ seul , » il a tort de rapporter cet article comme un dogme particulier de la réformation prétendue, nous croyons de tout notre cœur cette vérité : « la justification obtenue par la foi sans aucun doute et avec toute certitude de confiance; » ['Intérim dit expressément que|« nous sommes justifiés en tant que la charité se joint à la foi et à l'espérance. » Pource qui regarde une certitude sans aucun doute, le livre de l'empereur enseigne le contraire : « L'homme, » dit-il, « ne peut croire que ses péchés lui soient remis, sans quelque doute de sa propre inlirmitéet indisposition. «Faut-il ainsi abuser le monde par dès faussetés si visibles ? Mais passons aux autres articles. La récompense des bonnes œuvres y est, dit le minisire, enseignée, sons opinion de mérite.
Que signifient donc ces paroles, qui sont écrites dans ['Intérim au chapitre de la mémoire et invocation des saints : « Les saints «■ut puisé leurs mérites, par lesquels eux-
mêmes ont été sauvés et parlent pour nous, de cette même source de tout salut et de tout mérite, à savoir la passion de Jésus- Christ? » Est-il rien de pi us formel ni de plus précis ? « La nature de la vraie Eglise, invisible; » ces paroles ni ce sens ne se trouvent pas dans le livre de l'empereur : « les deux marques d'iéelle, à savoir la sainte doctrine et le droit usage des sacrements;» il est vrai que ces deux marques v s<mt rappoitées pour distinguer l'Eglise
infidèles,
a succession y
des troupeaux
chrétienne d'avec les sociétés mais l'unité, l'universalité , sont ajoutées pour discerne hérétiques et schismaliques
« sans aucune
sujétion au Pape que peur l'ordre et pour éviter les schismes; » mais cela , bien entende, comprend tout, et ['Intérim attribue au Pape « le droit de gouverner l'Eglise universelle par la même puissance que saint Pierre a reçue de Jésus-Christ. « « La communion, » dit-il, « de la coupe est octroyée à tous-, » mais on y met la condition de ne blâmer point ceux qui communient d'une autre manière, « parce que le corps et le sang de Jésus-Christ est contenu sous chai uni: des deux espèces (198) ; » ainsi !a foi
'Eglise
demeure entière.
Le
mariage
est accordé aux gens d'Eglise; » il est faux qu'on l'accorde à tous indifféremment; mais on tolère jusqu'au concile, dans le ministère ecclésiastique, les prêtres qui s'étaient mariés ; ce qui ne touche point. la doctrine .le me lasse de rapporter tant de faussetés du ministre; et toutefois la charité chrétienne m'oblige à lui donner encore un avis sur le sacrifice de nos autels. Il était , dit- il , pro- ] osé dans le livre de l'empereur, sans aucune propitialion, Il est vrai qu'il n'use pas ne ce mot; mais puisqu'il ne dit rien de contraire, le ministre a-t-il droit de dire que cet article y ait été accordé selon la pensée dis reformés (199)? D'ailleurs nous lisons en ce livre que Jésus-Christ a offert deux sacrifices, l'un en la croix , et l'autre en la Cène, ei que le dernier est institué pour honorer la mémoire du sacrifice sanglant de ia croix, et pour nous en appliquer le fruit. C'est en substance ce que nous croyons du sacrifice île l'Eucharistie, et c'est [.oui- cela seulement que nous l'appelons propitiatoire, parce que nous l'offrons à Dieu pour la rémission des péchés, non afin qu'elle nous y soit méritée, car nous savons bien que c'est à la croix que le sang de Notre-Seignear Jésus-Christ nous a mérité cette grâce ; mais afin qu'elle nous y soit appliquée comme un des fruits de sa passion. Au reste .1 n'est pas nouveau dans l'Eglise de dire que le sacrifice de l'Eucharistie soit une propitialion, même pour les morts; saint Augustin l'enseigne en ternies formels : « Lors, » ditil (200J, « que l'on offre pour les fidèles trépassés les sacrifices de l'autel ou celui îles •
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