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C'est le synode de Czenger, ville de Pologne, rapporté dans le recueil de Genève (383). Ce synode, après avoir rejeté la tramsubstantiation papistigue, montre que la consubstantiation luthérienne est insoutenable, parce que « comme la baguette de Moïse n'a pas été serpent sans transsubstantiation, et que l'eau n'a pas été sang en Kg\plo ni vin dans les noces de Cana, sans changement ; ainsi le pain de la cène ne peut être substantiellement le corps île Jésus- Christ, s'il n'est changé en sa chair, en perdant la forme et la substance du pain. »
C'est lu bon sens qui a dicté celle décision, lui effet, le pain, en demeurant pain, ne peut non plus être le corps de Notre- Seigneur, que la baguette, demeurant baguette, put être un serpent, ou que l'eau, demeurant eau, put être du sang en Egypte, et du vin aux noces de Cana. Si donc ce qui était pain devient le corps de Notre-Seigneur, ou il le devient en ligure par un changement mystique, suivant la doctrine de Zuingle, ou il le devient en e Ile t par un changement réel, comme le disent les Catholiques.
Ainsi Luther, qui se glorifiait d'avoir lui seul mieux défendu le sens littéral que tous les théologiens catholiques, était bien loin de son compte, puisqu'il n'avait pas même compris le vrai fondement qui nous attache à ce sens, ni entendu la nature de ces propositions qui opèrent ce qu'elles énoncent. Jésus-Christ dit à cet homme : Ton fils est vivant (Joan. iv, 50) : Jésus-Christ dit à cette femme : Tu es guérie de ta maladie (Luc. xni, 12) : en parlant, il fait ce qu'il dit, la nature obéit, les choses changent, et le malade devient sain. Mais les paroles où il ne s'agit que de choses accidentelles, comme sont la santé et la maladie, n'opèrent aussi que des changements accidentels. Ici où il s'agit de substance, puisque Jésus- Christ a dit, Ceci est mon corps, ceci est mon sang, le changement est substantiel ; et, par un effet aussi réel qu'il est surprenant, la substance du pain et du vin est changée en la substance du corps et du sang. Par conséquent, lorsqu'on suit le sens littéral , il ne faut pas croire seulement que le corps de Jésus-Christ est dans le mystère, mais encore qu'il en fait toute la substance ; et c'est à quoi nous conduisent les paroles mêmes, puisque Jésus-Christ n'a pas dit : Mon corps est ici, ou Ceci contient mon corps, mais Ceci est mon corps : et il n'a pas même voulu dire, Ce pain est mon corps, mais Ceci indéfiniment; et de même que s'il avait dit lorsqu'il a changé l'eau en vin : Ce qu'on va vous donner à boire, c'est du vin , il ne faudrait pas entendre qu'il aurait conservé ensemble et l'eau et le vin, mais qu'il aurait changé l'eau en vin : ainsi, quand il prononce que ce qu'il présente est son corps, il ne faut nullement entendre qu'il mêle son corps avec le pain, mais qu'il change effectivement
(383) Syn. Czeny. lit. Decœna:, m Synt. Gen. pari. i.
le pain en son corps. Voilà où nous menait le sens littéral de l'aveu môme des zuingliens, et ce que jamais Luther n'avait pu entendre. Faute de l'avoir entendu, ce grand défenseur du sens littéral tombait nécessairement dans une une espèce de sens figuré. Selon lui, Ceci est mon corps, voulait dire, ce pain contient mon corps, ou ce pain est uni avec mon corps ; et par ce moyen les zuingliens le forçaient à reconnaître dans cette expression la ligure grammaticale, qui met ce qui contient pour ce qui est contenu , ou la partie pour le tout ^38i). Puis ils le pressaient en celte sorte : S'il vous est permis de reconnaître dans les paroles de l'institution la figure qui met la partie pour le tout, pourquoi nous voulez-vous empêcher d'y reconnaître la Ogure qui met la chose pour le pour figure, la métonymie
signe
Figure
que nous recevons vaut bien la synecdoque que vous admettez. Ces messieurs élaient humanistes et grammairiens. Tous leurs livres furent bientôt remplis de !a synecdoque de Luther et de la métonymie de Zuingle : il fallait que les protestants prissent parti entre ces deux figures de rhétorique, et il demeurait pour constant qu'il n'y avait que les Catholiques qui également éloignés de l'un et de l'autre, et ne connaissant dans l'Eucharistie ni le pain , ni un simple signe, établissaient purement le sens littéral.
On voyait ici la différence qu'il y a entre les doctrines qui sont introduites de nouveau par des auteurs particuliers, et celles qui viennent naturellement. Le changement de substance avait. rempli, comme par lui-même, l'Orient et l'Occident, entrant dans tous les esprits avec les paroles de Notre-Seigneur, sans jamais causer aucun trouble, et sans que ceux qui l'ont cru aient jamais été notés par l'Eglise comme novateurs. Quand il a été contesté, et qu'on a voulu détourner le sens littéral avec lequel il avait passé par toute la terre, non-seulement l'Eglise est demeurée ferme, mais encore on a vu ses adversaires combattre pour elle, en se combattant les uns les autres. Luther et ses sectateurs prouvaient invinciblement qu'il fallait rtlenirle sens littéral : Zuingle et les siens ne prouvaient pas avec moins de force qu'il ne pouvait être retenu sans le changement de substance; ainsi ils ne s'accordaient qu'à se prouver les uns aux autres que l'Eglise, qu'ils avaient quittée, avait plus de raison que chacun d'eux; i>ar je ne sais quelle force de la vérité, tous ceux qui l'abandonnaient en conservaient quelque chose ; et l'Eglise, qui gardait le tout, gagnait la victoire.
De là il suit clairement que l'interprétation des Catholiques qui admettent le changement de substance, est la plus naturelle et la plus simple; et parce qu'elle est suivie par le plus grand nombre des Chrétiens, et parce que, des deux qui la combattent de différentes manières, l'un, qui est Luther ne s'y
est opposé que par esprit de contradiction, et en dépit de l'Eglise ; et l'autre, qui est Zuingle, demeure d'accord que, s'il faut recevoir avec Luther le sens littéral, il faut aussi recevoir avec les Catholiques le changement de substance.
Dans la suite, les luthériens une l'ois engagés dans l'erreur, s'y sont affermis par cette raison, que c'est détruire le sacrement que d'en ôter, comme nous faisons, la substance du pain et du vin. Je suis obligé de dire que je n'ai trouvé cette raison dans aucun écrit de Luther; et en effet elle est trop faible et trop éloignée pour venir d'abord dans l'esprit : car on sait qu'un sacrement, c'est-à-dire un signe, consiste en ce qui parait, et non pas dans le fond ni dans la substance. 11 ne fut pas nécessaire de montrera Pharaon et sept vaches et sept épis effectifs, pour lui marquer la fertilité et la stérilité de sept années (Gen. xn, 2,3, 5,6) : l'image qui s'en forma dans son esprit fut Irès-suffisante pour cela. Et s'il faut venir à des choses dont les yeux aient été frappés, afin que la colombe nous représentât le Saint-Esprit, et avec toute sa douceur le chaste amour qu'il inspire aux âmes saintes, il importait peu que ce fût une véritable colombe qui descendit visiblement sur Jésus-Christ (Matth. m, 16); il suffisait qu'elle en eût tout l'extérieur : de même , afin que l'Eucharistie nous marquât que Jésus-Christ était notre pain et notre breuvage, c'était assez que les caractères de ces aliments et leurs effets ordinaires fussent conservés : en un mot, c'était assez qu'il n'y eût rien de changé à l'égard des sens. Dans les signes d'institution, ce qui en marque la force, c'est l'intention déclarée par la parole de l'instituteur : or, en disant sur le pain. Ceci est mon corps, et sur le vin, Ceci est mon sung, et paraissant en vertu de ces divines paroles actuellement revêtu de toutes les apparences du pain et du vin, il fait voir assez clairement qu'il est vraiment nourriture, lui qui en a pris la ressemolance et nous apparaît sous celte forme. Que s'il faut de vrai pain et de vrai vin afin que le sacrement soit réel, c'est aussi de vrai pain et de vrai vin que l'on consacre, et dont on fait, en les consacrant, le vrai corps et le vrai sang du Sauveur. Le changement qui s'y fait dans l'intérieur, sans que l'extérieur soit changé, fait encore une partie du sacrement, c'est-à-dire du signe sacré; parce que ce , changement, devenu sensible par la parole, nous fait voir que la parole de Jésus-Christ, opérant dans le Chrétien, il doit être trèsréellement, quoique d'une autre manière, changé au dedans, en ne retenant que l'extérieur d'un homme vulgaire.
Parla demeurent expliqués les passages où l'Eucharistie est appelée pain, même après la consécration; et cette difficulté est clairement résolue par la règle des changements, et par la règle des apparences. Par la règle des changements, le pain devenu corps
(384) Virf. Hosimn., in n pari., 12, 35, il, 61, T6, I61,etc.
PART. X. TIII.OL. POLEMIQUE. — II. HISTOIRE DES VARIATIONS
«■«■t n|ipcl6 pain t comme dans l'Exode (y n, 12, 18); la verge devenue couleuvre est appelée verge; el l'eau devenue saut; l>st appelée eau. On se sert de ces expressions pour l'aire voir tout ensemble el la chose qui a élé faite, et la matière qu'on a employée pour la faire. Par la règle des apparences, île môme que dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, lesanges qui apparaissaient en Sgure bumaine, sont appelés tout ensemble, et anges parce qu'ils le sont, et hommes parce qu'ils le paraissent : ainsi l'Eucharistie sera appelée , et corps, parce qu'elle l'est; et pain, parce qu'elle le parait. Que si l'une de ces raisons sullit pour lui conserver le nom du pain sans préjudicier au changement, le concours de toutes les deux sera bien plus fort. Et il ne faut s'imaginer aucun embarras à discerner la vérité parmi ces expressions différentes: car entin, lorsque l'Ecriture sainie nous explique la môme chose par des expressions diverses, pourôter toute sorte d'ambiguïté, il va toujours l'endroit principal auquel il faut réduire les autres. et où les choses sont exprimées telles qu'elles sont en termes précis. Que ces anges soient appelés hommes en quelques endroits, il y aura un endroit où l'on verra clairement que ce sont des anges. Que ce sang et cette couleuvre soient appelés eau et verge, vous trouverez l'endroit principal où le changement sera marqué; et c'est par là qu'il faudra détin ir la chose. Quel sera l'endroit principal par lequel nous jugerons de l'Eucharistie, si ce n'est celui de l'institution, où Jésus- Christ l'a fait être ce qu'elle est? Ainsi quand nous voudrons la nommer par rapport à ce qu'elle a été et à ce qu'elle paraît, nous la pourrons appeler du pain et du vin: mais quand nous voudrons la nommer par ce qu'elle est en elle même, elle n'aura point d'autre nom que celui de corps et de sang; et c'e t par là qu'il la faudra définir, puisque jamais elle ne peut être que ce qu'elle est laite par les paroles toutes-puissantes qui lui donnent l'être. Luthériens et zuingliens, vous expliquez contre la nature le lieu principal par les autres; et, sortant tous deux de la règle, vous vous éloignez encore plus les uns des autres, que vous ne l'êtes de l'Eglise, que vous aviez principalement en butte. l'Eglise qui suit l'ordre naturel, et qui réduit lous les passages où il est parlé de l'Eucharistie à celui qui est sans contestation le principal et le fondement de tous les autres, tient la vraie clef du mystère, et triomphe non-seulement des uns et des autre», mais encore des uns par les autres.
En eiïet, durant ces disputes sacramentaires, ceux qui se disaient réformés, malgré l'intérêt commun qui les réunissait quelque fois en apparence, se faisaient entre eux une guerre pi us cruelle qu'à l'Eglise même, s'appelant mutuellement des furieux, des enragés, des esclaves de Satan, plus ennemis de la vérité et des membres de Jésus-
Christ que le Pape même (385), ce qui était tout dire pour eux.
Cependant l'autorité que Luther voulait conserver dans la nouvelle réforme, qui s'était soulevée sous ses étendards, s'avilissait. Il était pénétré de douleur, et la fierté qu'il témoignait au dehors, n'empêchait pas I accablement où il était dans le cœur : au contraire, plus il était fier, plus il trouvait insupportable d'être méprisé dans un parti dont il voulait être le seul chef. Le trouble qu'il ressentait passait jusqu'à Mélanchton. « Luther me cause, dit-il (386), d'éiranges troubles par les longues plaintes qu'il me fait de ses afflictions. Il est abattu et défiguré par des écrits qu'on ne trouve pas méprisables. Dans la pitié que j'ai de lui, je me sens affligé au dernier point du trouble universel de l'Eglise. Le vulgaire incertain se partage en des sentiments contraires ; et si Jésus-Christ n'avait promis d'être avec nous jusqu'à la consommation des siècles, je craindrais que la religion ne fût tout à fait détruite par ces dissensions; car il n'y a rien de plus vrai que la sentence qui dit que la vérité nous échappe par trop de disputes. »
Etrange agitation d'un homme qui s'attendait à voir l'Eglise réparée, et qui la voit prête à tomber par les moyens qu'on avait pris pour la rétablir! Quelle consolation pouvait-il trouver dans les promesses que Jésus-Christ nous a faites d'être toujours avec nous? C'est aux Catholiques à se nourrir de celte foi, eux qui croient que jamais l'Eglise ne peut être vaincue par l'erreur, quelque violente que soit l'attaque, et qui en etl'et l'ont trouvée toujours invincible. Mais comment peut-on s'attacher à cette promesse dans la nouvelle réforme, dont le premier fondement, quand elle rompait avec l'Eglise, était que Jésus-Christ l'avait délaissée jusqu'à la laisser tomber dans l'idolâtrie? Au reste, quoiqu'il soit vrai que la vérité demeure toujours dans l'Eglise, et s'y épure d'autant plus qu'elle est plus violemment attaquée, Mélanchton avait raison de penser qu'à force de disputer elle échappait aux particuliers. Il n'y avait point d'erreur si prodigieuse où l'ardeur de la dispute n'entraînât l'esprit emporté de Luther. Elle lui lit embrasser celte monstrueuse opinion de l'ubiquité. Voici les raisonnements dont il appuyait celte étrange erreur. L'humanité de Notre-Seigneur est unie à la divinité; donc l'humanité .est partout aussi bien qu'elle. Jésus-Christ comme homme est assis à la droite de Dieu; la droite de Dieu est partout : donc Jésus-Christ comme homme est partout. Comme homme il était dans les cieux avant que d'y être monté. Il était dans le tombeau quand les anges dirent qu'il n'y était plus. Les zuingliens excédaient en disant que Dieu même ne pouvait pas mettre le corps de Jésus-Christ en plusieurs lieux. Luther s'emporte à un autre
(585) Lcth , Ad Jac, preep. Bran., Hosp. loi. 82 ;LuTH., Maj. coiif., ibicl. £>G; Zding., Heap.
ad Lulh ; Hosp. fol. Ai.
(586,i Ltb. iv, pjiisi 70, ad Camer.