il
excès, et il soutient que ce corps était nécessairement partout. Voilà ce qu'il enseigna dans un livre dont nous avons déjà parlé, qu'il lit en 1527, pour défendre le sens littéral; et ce qu'il osa insérer dans une Confession de foi qu'il publia en 1528, sous Je titre de Grande confession de foi (387).
Il dit dans ce dernier livre qu'il importait peu de mettre ou d'ôter le pain dans l'Eucharistie; mais qu'il était plus raisonnable d'y reconnaître un pain charnel et du vin sanylant : <* Partis carneus, et vinum sanguineum. » C'était le nouveau langage par lequel il exprimait l'union nouvelle qu'il mettait entre le pain et le corps. Ces paroles semblaient viser à l'impanation, et il en échappait souvent à Luther qui portaient [dus loin qu'il ne voulait. Mais du moins elles proposaient un certain mélange de pain et de chair, de vin et de sang, qui paraissait bien grossier, et qui fut insupportable à Mélanchton. « J'ai dit-il (388), parlé à Luther de ce mélange du pain et du corps, qui paraît à beaucoup de gens un étrange paradoxe. Il m'a répondu décisivemenl qu'il n'y voulait rien changer; et moi je ne trouve pas à propos d'entrer encore dans cette matière. » C'est-à-dire qu'il n'était pas du sentiment de Luther, et qu'il n'osait le contredire.
Cependant les excès où l'on s'emportait de part et d'autre dans la nouvelle réforme, la décriaient parmi les gens de bon sens. Cette seule dispute renversait le fondement commun des deux partis. Ils croyaient pouvoir finir toutes les disputes par l'Ecriture toute seule, et ne voulaient qu'elle pour juge; et tout le monde voyait qu'ils disputaient sans fin sur celte Ecriture, et encore sur un des passages qui devait être des plus clairs, puisqu'il s'y agissait d'un testament. Ils se criaient l'un à l'autre : Tout est clair, et il n'y a qu'à ouvrir les yeux. Sur cette évidence de l'Ecriture, Luther ne trouvait rien de plus hardi ni de plus impie que de nier le sens littéral; et Zuingle ne trouvait rien de plus absurde ni de plus grossier que de le suivre. Erasme, qu'ils voulaient gagner, leur durait avec tous les Catholique* : Vous en appelez tous à la pure parole de Dieu, et vous croyez en être les interprèles véritables : accordez-vous donc entre-vous, avant que de vouloir faire la loi au monde (389). Quelque mine qu'ils fissent, ils étaient honteux de ne pouvoir convenir, et ils pensaient tous au fond de leur cœur ce que Calvin écrit un jour à Mélanchton, qui était son ami :«11 est de grande importance qu'il ne passe aux siècles à venir aucun soupçon des divisions qui sont parmi nous : car il est ridicule au delà de tout ce
(r>87) Soi», quudreroa slcnt, l. i.l . Jen. ; Conf. ma}, t. IV, Jeu.; Callix., Jud., n. 49 el seq.
(088) //)!,(., iv.epis-l. 76, 1628.
(389) Lib. xvm, 3; xix, 3, 113; xxxi, 59; p. 2102, eic.
(590) Calv. , Lpisl. ad .1/,-/., p. 145.
(391) Sleiu . lib. vi, 9-2; (592) Mît. , lib. îv, epist.
îEL. , lii>. iv. epist.
qu'on peut s'imaginer, qu'après avoir rompu avec tout le monde, nous nous accordions si peu entre nous dès le commencement de notre réforme (390). »
Philippe, landgrave de Hesse, très-zélé pour le nouvel Evangile, avait prévu ce désordre, et, dès les premières années du différend, il avait tâché de l'accommoder. Austôt qu'il vit le parti assez fort, et d'ailleurs menacé par l'empereur et les Catholiques, il commença à former des desseins de ligue. On oublia bientôt les maximes que Luther avait données pour fondement à sa réforme, de ne chercher aucun appui dans les armes. Sous prétexte d'un traité imaginaire qu'on disait avoir été fait entre George, duc de Saxe, et les autres princes catholiques pour exterminer les luthériens, ceux-ci avaient pris les armes (391). L'atl'aire.à la vérité, fut accommodée ; le landgrave se contenta de grosses sommes d'argent que quelques princes ecclésiastiques furent obligés de lui donner, pour le dédommager d'un armement que lui-même reconnaissait avoir été fait sur de faux rapports.
Mélanchton, qui n'approuvait pas cette conduite, ne trouva point d'autre excuse au landgrave, sinon qu'il ne voulait pas faire paraître qu'il eût été trompé; et il disait, pour toute raison, qu'une mauvaise honte l'avait fait agir (392). Mais d'autres pensées le troublaient beaucoup davantage. On s'était, vanté dans le parti, qu'on détruirait la papauté sans faire la guerre et sans répandre du sang. Avant que ce tumulte du landgrave arrivât, et un peu après la révolte des paysans, Mêlant hion avait écrit au landgrave même, qu'il valait mieitx tout endurer que d'armer pour la cause de l'Evangile (393). Et maintenant il se trouvait que ceux quiavaient tant fait les pacifiques, étaient les premicis à prendre les armes sur un faux rapport, comme Mélanchton le reconnaît (39i). C'est aussi ce qui lui fait ajouter : « Quand j" considère de quel jcandale la bonne cause va être chargée, je suis presque accablé de n lie peine. » Luther fut bien éloigné de ces sentiments. Encore qu'il fût constant en Allemagne, et que les auteurs, même protestants, en soient d'accord (395), que ce prétendu traité de George de Saxe n'était qu'une illusion, Luther voulut croire qu'il était véritable, et il écrivit plusieurs lettres et plusieurs libelles où il s'emporte contre ce prince, jusqu'à lui dire qu'il était le plus fou de tous les fous : un Moab orgueilleux, qui entreprenait toujours au-dessus de ses forces (396) : ajoutant qu'il prierait Dieu contre lui. Après quoi il avertirait tes princes f/'EXTEKMiNEn de telles gens, qui voulaient voir toute l'Allemagne en sang; c'était-à-dire
(393) Lib. m, epist. U>.
(394) Mel. , lib. m. epist. 70, 7-2.
(593) Jbid., Sleid. ibul. Dav. Ciivt. in Saxon., ad au. li)28, p. 512.
(39til Luth., Epist. ad Ventes. Lijht. pag. 512, lom. VII, et ap. CinT., in Sax., pag. 512 et
PART. \. THEOL. POLEMIQUE. - II. HISTOIRE DES VARIATIONS
que, 'le peur de la voir en ce Iriste étal, les luthériens l'y devaient mettre, et commencer par exterminer les princes qui ~-"< >j »j >cj— saient à leurs desseins.
Ce George, duc de Saxe, que Luther traite m mal, était autan) contraire aux luthériens, que son parent l'électeur leur était favorable. Luther prophétisait contre lui de toute sa force, sans considérer qu'il était de la famille de ses mailles; et on voit qu'il ne tint pas à lui qu'on n'accomplit ses prophéties à coups d'épee.
Cet armement des luthériens, qui avait fait trembler toute l'Allemagne en 1528, les rendit si fiers, qu'ils se crurent en état de protester ouvertement contre le décrut publié contre eux l'année d'après dans la dièle de Spire, et d'en appeler à l'empereur, au futur concile général, ou à celui qu'on tiendrait en Allemagne. Ce fut en cette occasion qu'ils se réunirent sous le nom de protestants (397) ; mais le landgrave, le plus prévoyant de tous, conçut que la diversité des sentiments serai un obstacle éternel à la parfaite union qu'il voulait établir dans le parti . Ainsi, dans la même année du décret de Spire, il ménagea la conférence de Mai bourg (398), où il fit trouver tous les chefs de la nouvelle Réforme, c'est-à-dire Luther, Osiandree! Mélancbthon, d'un côté; Zwingle, OEcoJampade et Bucer de l'autre, .■■ans compter les autres qui sont moins connus. Luther et Zwingle parlaient seuls; car déjà les luthériens ne parlaient point où Luther était, et Mélancbthon avoue franchement que lui et ses compagnons furent des personnages muets (399). Ou ne songeait pas alors à s'amuser les uns les autres par des explications équivoques , comme on (it depuis. La vraie présence du corps et du sang fut nettement posée d'un côté, et niée de l'autre (400). On entendit des deux côtés qu'une présence en ûgure et une présence par foi n'était pas une vraie présence de Jésus-Christ, niais une présence morale, une présence improprement dite, et par métaphore. On convint en apparence de tous les articles, à la réserve de celui de l'Eucharistie. Je dis en apparence, car il paraît, par deux lettres que Mélancbthon écrivit durant le colloque pour en rendre compte à ses prince*, qu'on ne s'entendait guère dans le fond. «Nousdécouvrimes,» dit-il (401), « que nos adversaires entendaient fort peu la
(59") Sleid , lib. vi, 94, 97.
(398J Id., Unit.
(399) Lib. iv, epist. 88.
(400) Hospi.*.,ad an. 1529, De coll. Marp.
(401) Mei.., Lpist. ad Elect. Sai., cl ad Heur.
doctrine de Luther, encore qu'ils tâchassent d'imiter son langage; « c'est-à-dire qu'on s'accordail par complais; me et en paroles, se bien entendre en effet; et il éiait vrai que Zwingle n'avait jamais rien compris dans la doctrine de Luther sut les sai rements, ni dans sa justice imputée. On accusa aussi ceux de Strasbourg, et Bucer qui en était le pasteur, de n'avoir pas de bons sentiments (402), c'est-à-dire comme on l'entendait, des sentiments assez luthériens sur cette matière; et il y parut dans la suite, comme nous venons bientôt. C'est que Zwingle et ses compagnons ne se mettant guère en peine de toutes ces choses, en disaient tout ce qu'il plaisait à Luther, et à vrai dire n'avaient en tèle que la question de la présence réelle. Quant à la manière de traiter les choses, Luther parlait avec hauteur, selon sa coutume. Zwingle montra beaucoup d'ignorance , jusqu'à demander plusieurs foi.s comment des méchants prêtres pouvaient faire une chose sacrée (403). .Mais Luther le releva d'une étrange sorte, et lui lit bien voir par l'exemple du baptême, qu'il ne savait ce qu'il disait. Lorsque Zuingfeet ses compagnons virent qu'ils ne pouvaient persuader à Luther, le sens figuré, ils le plièrent du moins de vouloir bien les tenir pour frères. Mais ils fuient vivement repoussés. « Quelle fraternité me demandezvous, leur disait-il (iOi), si vous persistez dans voire créance? C'est signe que vous en doutez, puisque vous voulez être frères de ceux qui la rejettent. » Voilà comme finit la conférence. On se promit pourtant une charité mutuelle. Luther interpréta cette chanté de celle qu'on doit aux ennemis, et non pas de celle qu'on doit aux personnes de même communion. //*• frémissaient, uisaitil, de sp voir traiter d'hérétiques. On convint pourtant de ne plus écrire les uns contre les autres; mais pour leur donner, poursuivait Luther, le temps de se reconnaître
Cet accord tel quel ne dura guère : au contiaire par les récits différents qui se firent de la conférence, les esprits s'aigrirent plus que jamais : Luther regarda comme un artifice la proposition de fraternité qui lui fut faite par les zwingliens, et dit que« Satan régnait tellement sur eux, qu'il n'était plus en leur pouvoir de dire autre chose que de; mensonges (iOo)'. »
ducem Sax , ibid. ; et ap. Lcth , loin. IV, Jeu. (402) IOid.
(404) Luth.. Epist. ad Jac.prœp. Bvemens., ibid.
(405) Id., ibid.