LIVRE III
En l'an 1530.
SOMMAIRE. Les Confessions de foi desdeux partis des protestants. — Celli d'Augsbourg composée par Mélanchlhon. — Celle de Strasbourg ou des quatre villes, par Bucer. — Celle de Zwingle.— Varia lions de celle d' Augsbourg sur l'Eucharistie. — Ambiguïté de celle de Strasbourg. — Zwingle seul pose nettement le sens figuré. — Le terme de substance pourquoi mis pour expliquer la italiio. — Apologie de la Gonli ssio i
OEuvrks compl. de Bosse et. VIII. 13
d'Augsbourg faite par Mékmchihon.— L'Eglise calomniée presque sur tous les points, et principalement sur celui de la justification, et sur l'opération des sacrements et de la Messe.— Le mérite des bonnes œuvres avoué de part et d'autre, l'absolution sacramentale de même : la confession ; le< vœux monastiques, et beaucoup d'autres articles. — L'Eglise romaine reconnue en plusieurs manières dans la Confession d'Augsbourg. — Démonstration, par la Confession d'Augsbourg et par {'Apologie, que les luthériens reviendraient à nous en retranchant leurs calomnies, et en entendant bien leur propre doctrine.
Au milieu de ces démêlés, on se préparait à la célèbre diète d'Augsbourg, que Charles V avait convoquée pour y remédier au* troubles que le nouvel Evangile causait en Allemagne. Il arriva à Augsbourg le 15 juin 1530. Ce temps est considérable, car e'est alors qu'on vit paraître pour la première fois des confessions de foi en forme, publiées au nom de chaque parti. Les luthériens, défenseurs du sens littéral, présentèrent à Charles V la confession de foi appelée la Confession d'Augsbourg. Quatre ville de l'empire, Strasbourg, Memingue, Lindau et Constance, qui défendaient le sens figuré, donnèrent la leur séparément au môme prince. On la nomma la Confession de Strasbourg ou des quatre villes; et Zwingle, qui ne voulut pas être muet dans une occasion si célèbre, quoiqu'il ne fût pas du corps de l'empire, envoya aussi sa confession de foi à l'empereur.
iMélanchthon, le plus éloquent et le plus poli, aussi bien que le plus modéré de tous les disciples de Luther, dressa la Confession d'Augsbourg, de concert avec son maître, qu'on avait fait approcher du lieu de la diète. Cette confession de foi fut présentée à l'empereur en latin et en allemand le 25 juin 1530, souscrite par Jean, électeur tle Saxe; par six autres princes, dont Philippe, landgrave do Kesse, était utt des principaux, et par les villes de Nurcmuerg et de Reulliugue, auxquelles quatre autres villes étaient associées (W6). On la lut publiquement dans la diète en présence de l'empereur; et on convint de n'en répandre aucune copie, ni manuscrite ni imprimée, que de son ordre. Il s'en est fait depuis plusieurs éditions tant en allemand qu'en latin, toutes avec de notables différences ; et tout le parti la reçut.
•Ceux de Strasbourg et leurs associés, défenseurs du sens figuré, s'offrirent à la souscrire, à la réserve de l'article de la Cène. Ils n'y furent pas reçus; de sorte qu'ils composèrent leur confession particulière, qui fut dressée par Bucer (V07).
C'était un homme assez docte, d'un esprit pliant, et plus feitile en distinctions que les scolastiques les plus raffinés; agréable prédicateur, un peu pesant dans son style; mais il imposait par la taille, et par le son de la voix. Il avait été Jacobin, et s'était marié comme les autres, et même pour ainsi parler plus que les autres, puisque sa femme étant morte, il passa à un second et à un troisième mariage. Les saints Pères ne recevaient point au sacerdoce ceux qui avaient été mariés deux fois étant laïques. Celui-ci, prêtre
et religieux, se marie trois fois sans scrupule durant son nouveau ministère. C'était une recommandation dans le parti, et on aimait a confondre par ces exemples hardis les observances superstitieuses de l'ancienne Eglise.
Il ne parait pas que Bucer ait rien concerté avec Zwingle : celui-ci avecles Suisses parlait franchement, Bucer méditait des accommodements, et jamais homme ne fut plus fécond en équivoques.
Cependant lui et les siens ne purent alors s'unir aux luthériens, et la nouvelle Réforme lit en Allemagne deux corps visiblement séparés par des confessions différentes.
Après les avoir dressées, ces Eglises semblaient avoir pris leur dernière forme, et il était temps du moins alors de se tenir ferme; mais t'est ici au contraire que les variations se montrent plus grandes.
La Confession d'Augsbourg est la plus considérable en toutes manières. Outre qu'elle fut présentée la première, souscrite par un plus grand corps, et reçue avec plus de cérémonie, elle a encore cet avantage qu'elle a élé regardée dans la suite, non-seulement par Bucer et par Calvin même en particulier, mais encore par tout le parti du sens figuré assemblé en corps, comme une pièce commune delà nouvelle Réforme, ainsi que la suite le fera paraître. Comme l'empereur la fit réfuter car quelques théologiens catholiques, Mélanchthon on lit l'apologie qu'il étendit davantage un peu après. Au reste, il ne faut pas regarder cette apologie comme un ouvrage particulier, puisqu'elle fut présentée à l'empereur au nom de tout le parti, par les mêmes qui lui présentèrent la Confession d'Augsbourg, et que, depuis, les luthériens n'ont tenu aucune as- emblée pour déclarer leur foi, où ils n'aient fait marcher d'un pas égal la Confession d'Augsbourg et Y Apologie, comme il paraît par les actes do l'assemblée de Smalcalde en 1537, et lar les autres (408; .
Il est certain que l'intention de la Cojifession d' Augsbourg était d'établir la présence réelle du corps et du sang; et, comme disent les luthériens dans le livre De la coi, corde, « on y voulait exj ressèment rejeter l'erreur des sacramentaires ,»qui présentèrent en même temps à Augsbourg leur confession particulière (i09). » Mais tant s'en faut que les luthériens tiennent un langage uniforme sur cette matière, qu'au contraire on voit
(40C) Cin-rn., Htst. Con[. .\ug., etc.
(-407 1 Ihid., etc.
( 108) l'iaf. Ajwl. in !ib. C'oncon/., pag. 48 : Ail.
Smul., ibid., 55G; Kptiome , art , ibid., 3"1 ; Svlida repet., ibid., C7i5, 72X, etc.
(■lO'Ji Cuncord., pag. 7ï8.
PART. V THEOL. POLEMIQUE. - II. HISTOIRE DES VARIATIONS
d'abord l'article 10 de leur confession, qui est relui où ils on! dessein d'établir la ré.-ilité : on voit, dis- je, cet article io eouché en quatre manières différentes, sans qu'on l uis>c presque discerner laquelle est la plus authentique, puisqu'elles ont toutes paru dans des éditions où étaient les marques do l'autorité publique.
De ces quatre manières nous en voyons deu* dans le Recueil >le Genève, où la Confusion d'Augsbourg nous est donnée telle qu'elle avait été imprimée en 1540 à Wittemberg,dans le lieu où était né le luthéranisme, où Luther et Mëlanchthon étaient présents (410). Nous y lisons l'article de la cène en deux manières. Dans la première, qui est celle de l'édition de Wittemberg, il est dit, « qu'avec le pain et le vin, le corps et le sang do Jésus-Christ est vraiment donnée ceux qui mangent dans la cène. » La seconde ne parle pas du pain et du vin, et se trouve couchée en ces termes : ■ Kl les croient (les Eglises protestantes) que le corps et le sang sont vraiment distribués à ceux qui mangent, et improuvent ceux qui enseignent ie contraire. »
Voilà dès le premier pas une variété assez importante, puisque la dernière de ces expressions s'accordeavec la doctrine du changement de substance, et que l'autre semble être mise pour la combattre. Toutefois les luthériens ne s'en sont pas tenus là; et encore que des deux manières d'énoncer l'article 10 qui paraissait dans le Recueil de Genève, ils aient suivi la dernière dans leur livre De lu concorde, à l'endroit où la Confession d'Augsbourg y est insérée (il 1), on voit néanmoins dans le même livre ce même article 10, rapporté de deux autres façons.
En effet, on trouvera dans ce livre l'apologie de la Confession d'Augsbourg, où ce même Mélanchlhon qui l'avait dressée, et qui la défend, transcrit l'article en ces termes : « Dans la Cène du Seigneur, le corps et le sang de Jésus-Christ sont vraiment et substantiellement présents, et sont vraiment donnés avec les choses qu'on voit, c'est-àdire avec le pain et le vin, à ceux qui reçoivent le sacrement (412). «
Enfin nous trouvons encore ces mots dans le même livre De la concorde (413) : « L'article de la cène est ainsi enseigné parla parole de Dieu dans la Confession d'Augsbourg : Que le vrai corps et le vrai sang de Jésus- Christ sont vraiment présents, distribués et reçus dans la sainte cène sous l'espèce du pain et du vin, et qu'on improuve ceux qui enseignent le contraire. » Et c'est aussi la manière dont cet article 10 est couché dans la version française de la Confession d'Augsbourg imprimée à Francfort en 1673.
Si on compare maintenant ces deux façons d'exprimer la réalité, il n'y a personne qui
(410) Conf. Auj., art. 10 Synlaym. Gen.. part, u , pag. 13.
(.411) Cou/. Aug in tib. Conc, p.ig. '">.
(412) Apol. Conf. Auy., Conc, pag. 157.
'113) Solid. repelit, de Cœn. Dont., n. 7; Conc,
ne voie que celle de ¥ Apologie, l'exprima
par des paroles plus fuites que ne faisaient les deux précédentes, rapportées dans le Recueil de Genève : mais qu'elle s'éloigne aussi davantage de la transsubstantiation; et
que la dernière au contraire s'accommode tellement aux expressions dont on se sert dans l'Eglise, que les catholiques pourraient la souscrire.
De ces quatre façons différentes, si on demande laquelle est l'originale qui fut présentée à Charles V, la chose est assez douteuse.
Bospinien soutient que c'est la dernière qui doit être l'originale (413*), parce que c'est celle qui paraît dans l'impression qui fut faite, dès l'an 1530, à Wittemberg, c'est-àdire dans le siège du luthéranisme, où était la demeure de Luther et de Mélanchlhon.
11 ajoute que ce qui fit changer l'article , c'est qu'il favorisait trop ouvertement la transsubstantiation*, puisqu'il marquait le corps et le sang véritablement reçus, non point avec la substance, mais sous les espèces du pain et du vin, qui est la même expression dont se servent les catholiques.
Et c'est cela même qui fait croire que c'est ' ainsi que l'article avait été couché d'abord, puisqu'il est certain par Sleidan et par Mélanchthon, aussi bien que par Cintré et par Célestin dans leur histoire de la Confession d'Augsbourg (414.), que les catholiques ne contredirent point cet article dans la réfutation qu'ils firent alors de la Confession d'Augsbourg par ordre de l'empereur.
De ces quatre manières, la seconde est celle qu'on a insérée dans le livre De la concorde ; et il pourrait sembler que ce serait la plus authentique, parce que les princes et les Etals qui ont souscrit à ce livre, semblent assurer dans la préface, qu'ils ont transcrit la Confession d'Augsbourg comme elle se trouve encore dans les archives de leurs prédécesseurs et dans ceux de l'Empire (415). Mais si l'on y prend garde de près, on verra que cela ne conclut pas, puisque les auteurs de cette préface disent seulement qu'ayant conféré les exemplaires avec les archives, ils ont trouvé que le leur était en tout et partout de même sens que les exemplaires latins et allemands; ce qui montre la prétention d'être d'accord dans le fond avec les autres éditions, mais non pas le fait positif, que les termes soient en tout les mêmes : autrement on n'en verrait pas de si différents dans un autre endroit du même livre, comme nous l'avons remarqué.
Quoi qu'il en soit, il est élrange que la Confession d'Augsbourg n'ayant pu être présentée à l'empereur que d'une seule façon, il en paraisse trois autres aussi différentes île celle-là, et tout ensemble aussi authentiques que nous le venons de voir; et qu'un
(415) Hosp., pari, n, fol. 94, 132, 173.
(414) SLr.iD.,.4po/. Conf. .Aiif/.,adari. I0;<:hvtr., Hisi.Conf. .4«(j.:Coelest., Ilist.Conf Aug., loin. III*
(415) Prœf. Conc.
rro
ŒUVRES COMPLET Fi DE BOSSL'ET.
acte si solennel ait été tant île fois altéré par ses auteurs dans un article si essentiel.
Mais ils ne demeurèrent point en si beau chemin; et incontinent après la Confession d'Aur/sbourg ils donnèrent à l'empereur une cinquième explication de l'article de la cène, dans l'Apologie de leur confession de foi qu'ils Brent faire par Mélanchthon.
Dans cette apologie, approuvée, comme on a vu, de tout le parti, Mélanchthon . soigneux d'exprimer en termes formels le sens Huerai, ne se contenta pas d'avoir reconnu une présence vraie et substantielle, mais se servit encore du mot de présence corporelle (416); ajoutant que Jésus-Christ nous était donné corporellement, et que c'était le sentiment ancien et commun non-seulement de l'Eglise romaine, mais encore de l'Eglise grecque.
Et encore que cet auteur soit peu favorable, même dans ce livre, au changement de substance, toutefois il ne trouve pas ce sentiment si mauvais qu'il ne cite avec honneur «les autorités qui l'établissent : car voulant prouver la doctrine de la présence corporelle par le sentiment de l'Eglise orientale , il allègue le canon de la Messe grecque, où le prêtre demande nettement, dit-il (417), que le propre corps de Jésus-Christ soit fait en chanjeant le pain ou pur le changement du pain. Bien loin de rien impiouver dans celte prière, il s'en sert comme d'une pièce dont il reconnaît l'autorité, et il produit dans le même esprit les paroles de Théophylacte archevêque de Bulgarie, qui assure que le pain n'est pas seulement une figure , mais qu'il est vraiment changé en chair. Il se trouve parce moyen, que de trois autorités qu'il apporte pour confirmer la doctrine de la présence réelle, il y en a deux qui établissent le changement de substance ; tant ces deux choses se suivent, et tant il isl naturel de les joindre ensemble.
Quand depuis on a retranché dans quelques éditions ces deux passages qui se trouvent dans la première publication qui en l'ut faite, c'est qu'on a été fâché que les ennemis de la transsubstantiation n'aient pu établir la réalité qu'ils approuvent , sans établir en même temps cette transsubstantiation qu'ils voulaient nier.
Voilà les incertitudes où tombèrent les luthériens dès le premier pas; et aussitôt qu'ils entreprirent de donner par une concession de foi une forme constante à leur Eglise, ils furent si peu résolus qu'ils nous donnèrent d'abord eu cinq ou six façons dilîérentes un article aussi important que celui de l'Eucharistie. Ils ne furent pas plus constants, comme nous verrons, dans les antres articles : et ce qu'ils répondent ordinairement, que le concile de Constantinople a bien ajouté quelqueehose à celui de Nicée, ne leur sert de rien; car il est vrai qu'étant survenu depuis le concile de Nicée une nouvelle hérésie, qni niait la divinité du Saint-Esprit, il fallut bien ajouter qucl-
(4 H!) Apol. Conf. Auq. in art. 10, pa'g. loT. (417) Ibid.
ques mots pour la condamner : mais ici, où il n'est rien arrivé de nouveau, c'est une pure irrésolution qui a introduit parmi les luthériens les variations que nous avons vues. Us ne s'en tinrent pas là, et nous en verrons beaucoup d'autres dans les confessions de foi qu'il fallut depuis ajouter à celle d'Augsbourg.
Que si les défenseurs du sens figuré répondent que leur parti n'est pas tombé dans le même inconvénient, qu'ils ne se flattent pas dans cette pensée. On a vu que dans la diète d'Augsbourg, où commencent les confessions de foi, les sacramentaires en ont produit d'abord deux différentes; et bientôt nous en verrons les diversités. Dans la suite ils ne furent pas moins féconds en confessions de foi différentes que les luthériens, et n'ont pas paru moins embarrassésni moins incertains dans la défense du sens figuré, que les autres dans la défense du sens littéral.
C'est de quoi il y a sujet de s'étonner ; car il semble qu'une doctrine aussi aisée à entendre, selon la raison humaine, que l'est celle des sacramentaires, ne doivent faire aucun embarras à ceux qui entreprenaient de la proposer. Mais c'est que les paroles de Jésus Christ font dans l'esprit naturellement une impression de réalité que toutes les finesses du sens figuré ne peuvent détruire. Comme donc la plupart de ceux qui la combattaient ne pouvaient pas s'en défaire entièrement, et que d'ailleurs ils voulaient plaire aux luthériens qui la retenaient, il ne faut pas s'étonner s'ils ont mêlé tant d'expressions qui ressentent la réalité, à leurs interprétations figurées, ni si, aya::t quiué l'idée véritable de la présence réelle, que l'Eglise leur avait apprise, ils ont eu tant de peineà se contenterdestermesqu'ils avaient choisis pour en conserver quelque image.
C'est la cause des équivoques que nous verrons s'introduire dans leurs catéchismes et dans leurs confessions de foi. Bucer, le grand architecte de toutes ces subtilités, en donna un petit essai dans la Confession de Strasbourg ; car sans vouloir se servir des termes dont se servaient les luthériens pour expliquer la présence réelle , il affecte de ne rien dire qui lui soit formellement contraire, et s'explique en paroles assez ambiguës pour pouvoir être tirées de ce côté-là. Voici comme il parle, ou plutôt comme il fait parler ceux de Strasbourg et les autres : « Quand les Chrétiens répètent la Cène que Jésus -Christ lit avant sa mort en la manière qu'il a instituée, il leur donne par les sacrements son vrai corps et son vrai sang à manger et à boire véritablement, pour être la nourritureet le breuvage des âaies (418).»
A la vérité, ils ne dirent pas avec les luthériens, que ce corps et ce sang sjiU vraiment donnée avec le pain et le vin ; encore mons, qu'ils sont vraiment et substantiellement donnés. Bucer n'en était pas encore venu là; mais il ne dit rien qui y soit con-
(118) Conf. Argent., cap. 18 De Connu.; Syni, Cent., pari. î pag. 195,
401 l'Ait l. X. TUEOL. POLEMIQUE.
traire, ni rien on un mot dont un luthérien et même un Catholique ne pût convenir, puisque nous sommes tous ri accord que le vraicorpt et livrai sang de Noire-Seigneur
nous sont d nincs ù manger et à boire véritablement, non pas pour la nourriture (1rs corps, mais, colonie disait Bucer, pour la nourriture des âmes. Ainsi cette confession se tenait dans des expressions générales ; et même, lorsquelle dit que nous mangeons et buvons vraiment le vrai corps et le vrai sang de Noire-Seigneur, elle semble exclure 'e manger et le boire par la fo;, qui n'est après tout qu'un manger et qu'un boire métaphorique : tant on avait de peine à lâcher le mot, que le corps et le sang ne fussent donnés que spirituellement, et d'insérer dans une confession de loi une chose si nouvelle aux Chrétiens. Car encore que l'Eucharistie, aussi bien que les autres mystères de notre salut, eût pour Qn un effet spirituel, elle avait pour son fondement, comme les autres mystères, ce qui s'accomplissait dans le corps. Jésus-Christ devait naître, mourir , ressusciter spirituellement dans ses fidèles; mais il devait aussi naître, mourir, et ressusciter en effet et selon la chair. De même nous devions participer spirituellement à son sacrifice; mais nous ilevions aussi recevoir eorporellement la chair de cette victime, et la manger en effet. Nous devions être unis spirituellement à l'Epoux céleste : mais son corps, qu'il nous donnait dans l'Eucharistie pour posséder en même temps le nôtre, devait être le gage et le sceau, aussi bien que le fondement de cette union spirituelle; et ce divin mariage devait, aussi bien que les mariages vulgaires, quoique d'une manière bien différente, unir les esprits en unissant les corps. C'était donc à la vérité expliquer la dernière tin du mystère, que de parler de l'union spirituelle : mais pourcelail nefallait pas oublier la corporelle, sur laquelle l'autre était fondée. En tous cas, puisque c'était là ce qui séparait les Eglises, on en devait parler nettement, ou pour ou contre, dans une confession de foi : et c'est à quoi Bucor ne put se résoudre.
11 sentait bien qu'il serait repris de son silence, et pour aller au-devant de l'objection, après avoir dit en général, « que nous mangeons et buvons vraiment le vrai corps et le vrai sang de Notre-Seigneur pour la nourriture de nos âmes, » il fit dire à ceux de Strasbourg (419), « que, s'éloignant de toute dispute et de toute recherche curieuse et superilue, ils rappellent les esprits à la seule chose qui profite, et qui a été uniquement regardée par Notre-Seigneur, c'est-àdire, qu'étant nourris de lui, nous vivions en lui et par lui : » comme si c'était assez d'expliquer la fin principale de Notre-Seigneur, sans parler ni en bien ni en mal de la présence réelle que les luthériens aus^i bien que les Catholiques donnaient pour moyen.
(419) Conf. Argent.', r:ir>. 1S De Cœna.; Synt. Cent , pan. i, pag. >"'■.
— II. lllisTOIlti; Df.S VARIATIONS.
in
Après avoir exposé ces choses, ils finissent en protestant, « qu'on les calomnie, lorsqu'on les accuse de changer les paroles do Jésus-Christ, et de les déchirer par des gloses humaines, ou de n'administrer dans leur cène que du pain et du vin tout simples, ou de mépriser la cône du Seigneur : car au contraire, disent-ils, nous exhortons les fidèles à entendre avec une simple foi les paroles de Notre-Seigneur, en rejetant toutes fausses gloses et toutes inventions humaines, et en s'altachant aux sens des paroles, sans hésiter en aucune sorte; enfin, en recevant les sacrements pour la nourriture de leurs âmes. »
Qui ne condamne avec eux les curiosités superflues, les inventions humaines, les fausses gloses des paroles de Notre-Seigneur? Quel Chrétien ne fait pas profession de s'attacher au sens véritable de ces divines paroles? Mais puisqu'on disputait de ce sens il y avait déjà six ans entiers, et que pour en convenir il s'était fait tant rie conférences, il fallait déterminer quel il était , et quelles étaient ces mauvaises gloses qu'il faut rejeter. Car que sert de condamner en général, par des termes vagues, ce qui est rejeté de tous les partis? Et qui ne voit qu'une confession de foi demande des décisions plus nettes et plus précises? Certainement si on ne jugeait des sentiments de Bucer et de ses confrères que par cette confession, et qu'on ne sût pas d'ailleurs qu'ils n'étaient pas favorables à la présence réelle et substantielle, on pourrait croire qu'ils n'en sont pas éloignés : ils ont des termes pour flatter ceux qui la croient; ils en ont pour leur échapper si on les presse; enfin nous pouvons dire, sans leur faire tort, qu'au lieu qu'on fait ordinairement des confessions de foi pour proposer ce qu'on pense sur les disputes qui troublent la paix de l'Eglise, ceux-ci au contraire, par de longs discours et un grand circuit de paroles, ont trouvé moyen de ne rien dire de précis sur la matière dont il s'agissait alors.
De là il est arrivé un effet bizarre : c'est que des quatre villes qui s'étaient unies par cette commune confession de foi, et qui toutes embrassaient alors les sentiments contraires aux luthériens, trois, à savoir Strasbourg, Memingue et Lindau, (lassèrent un peu après sans scrupule à la doctrine de la présence réelle : tant Bucer avait réussi par ses discours ambigus à plier les esprits, de sorte qu'ils [lussent se tourner de tous côtés.
Zwingle y allait plus franchement. Dans la confession de foi qu'il envoya à Augsbourg, et qui fut approuvée de tous les Suisses, il expliquait nettement, » que le corps de Jésus-Christ, depuis son ascension, n'était plus que dans le ciel, et ne pouvait être autre part ; qu'à la vérité il était comme présent dans la cène par la contemplation rie la foi, et non pas réellement ni par son essence (i20). »
(426) Conf. Zwing , int. Opo.r. Zwisc.el ap. Ilosp., ai an. 10Ô", p, lij| et scif.
OEUVRES COMPLETES DE BOSSl'ET.
Pour défendre celte doctrine, il écrivit une lettre à l'empereur et aux princes protestants, où il établit cette différence entre lui et ses adversaires, que ceux-ci voulaient un corps naturel et substantiel, et lui un corps sacramentel (4.21).
Il tient toujours constamment le même langage; et dans une autre confession de foi, qu'il adresse dans le n.ôme temps à François 1", il explique, Ceci est mon corps, « d'un corps symbolique, mystique et sacramentel; d'un corps par dénomination et par signification :de même, v dit-il, « qu'une reine montrant parmi ses joyaux sa bague nuptiale, dit sans hésiter : Ceci est mon roi, c'està-dire c'est l'anneau du roi mon mari, par lequel il m'a épousée (422). » Je ne sache guère de reine qui se soit servie de cette phrase bizarre; mais il n'était pas aisé à Zwingle de trouver dans le langage ordinaire des expressions semblables à celles qu'il voulait attribuera Notre-Seigneur. Au surplus, il ne reconnaît dans l'Eucharistie qu'une pure présence morale, qu'il appelle sacramentelle et spirituelle. Il met toujours la force des sacrements en ce qu'ils aident la contemplation de la foi, qu'ils servent de frein aux sens, et les font mieux concourir avec la pensée. Quant à la manducalion « que mettent les Juifs avec les papistes, selon lui, elle doit causer la même horreur qu'aurait un père à qui on donnerait son fils à manger. » En général, « la foi a horreur de la présence visible et corporelle, ce qui fait dire à Pierre : Seiqneur, retirez-vous de moi. 11 ne faut pas manger Jésus-Christ de cette manière charnelle et grossière : une âme fidèle et religieuse mange son vrai corps sacramentel lementei spirituellement:» sacramentellement , c'est-à-dire en signe; spirituellement, e'est-à-dire |iar la contemplation de la foi qui nous représente Jésus-Christ souffrant, et nous montre qu'il est à nous.
11 ne s'agit pas de se plaindre de ce qu'il appelle charnelle et grossière notre manducation, qui est si élevée au-dessus des sens ni de ce qu'il en veut donner de l'horreur, comme si elle était cruelle et sanglante. Ce sont les reproches ordinaires qu'ont toujours faits ceux de son parti aux luthériens et à nous. Nous verrons dans la suite comme ceux qui nous les ont faits nous justifient ; maintenant il nous suffit d'observer que ^wingle parle nettement. On entend, par ses deux confessions de foi, en quoi consiste précisément la difficulté: d'un côté, une présence en signe et par fui ; de l'autre, une présence réelle et substantielle : et voilà ce qui séparait les sacramenlaires d'avec les Catholiques et les luthériens.
Il sera maintenant aisé d'entendre d'où vient que les défenseurs du sens littéral, catholiques et luthériens, se sont tant servis des mots de vrai corps, de corps réel, de substance, de propre substance, et des autres de cette nature.
Us se sont servis du mot de réel et de (421) Episl. ad Cas. etprinc, prêt., ibid.
irai, pour faire entendre que l'Eucharistie n'était pas un simple signe du corps et du sang, mais la chose même.
C'est encore ce qui leur fait employer le mot de substance; et si nous allons à la source, nous trouverons que la même raison qui a introduit ce mot dans le mystère de la Trinité, Fa aussi rendu nécessaire dans le mystère de l'Eucharistie.
Avant que les subtilités des hérétiques eussent embrouillé le sens véritable de cette parole de Notre-Seigneur : Nous sommes moi et mon Père une même chose (Joan. x, 30), on croyait suffisamment expliquer l'unité parfaite du Père et du Fils par cette expression de l'Ecriture, sans qu'il fût nécessaire de dire toujours qu'ils étaient un en substance; mais depuis que les hérétiques ont voulu persuader aux fidèles, que cette unité du Père et du Fils n'était qu'une unité de concorde, de pensée et d'affection, on a cru qu'il fallait bannir ces capricieuseséquivoques, en établissant la consubstantialité, c'est-à-dire l'unité de substance.
Ce terme, qui n'était point dans l'Ecriture, fut jugé nécessaire pour la bien entendre, et pour éloigner les dangereuses interprétations de ceux qui altéraient la simplicité de la parole de Dieu.
Ce n'est pas qu'en ajoutant ces expressions à l'Ecriture on prétende qu'elle s'explique sur ce mystère d'une manière ambiguëou enveloppée : mais c'est qu'il faut résister par ces paroles expresses aux mauvaises interprétations des hérétiques, et conserver à l'Ecriture ce sens naturel et primitif, qui frapperait d'abord les esprits, si les idées n'étaient point brouillées par la prévention ou par de fausses subtilités.
Il est aisé d'appliquer ceci à la matière de l'Eucharistie. Si on eût conservé sans ralli- 'nement l'intelligence droite et naturelle de ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, nous eussions cru suffisamment expliquer une présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, en disant que ce qu'il y donne est son corps et son sang: mais depuis qu'on a voulu dire que Jésus-Christ n'y était présent qu'en ligure, ou par sa vertu, ou par la foi; alors, pour ôler toute ambiguïté, on a cru qu'il fallait dire que le corps de Notre-Seigneur nous était donné en sa propre et véritable substance, ou, ce qui est la même chose, qu'il était réellement et substantiellement présent.
Voilà ce qui a fait naître le terme de transsubstantiation aussi naturel pour exprimer un changement de substance, que celui de consubstantiel pour exprimer une unité de substance.
Par la même raison les luthériens, qui reconnaissent la réalité sans changement de substance, en rejetant le terme de transsubstantiation, ont retenu celui de vraie et substantielle présence, ainsi que nous l'avons vu dans V Apologie de la Confession d'Augsbourg; et ces termes ont été choisis pour fixer au
(422) Conf, ad l'urne. 1.
PART. X. THEOL. POLEMIQUE. - II. IHSTÔJIIE DES VARIATIONS
sens naturel fies paroles : C'< ci est mon corps, comme le mot de substantiel a été choisi,
par h> Pères de Nièce, | our fixer au sens littéral ' es paroles : Moi et mon Pire, ce n\ (t qu'un Ji'iui. \, 30 ; et ces autres : Le Verbe était Dit u. (Juan. I, I
Aussi ne voyons-nous pas que Zwingle, nui I" première donné la tonne;! l'opinion du sens figuré, el qui l'a expliquée le plus franco menti a t jamais employé lu mot de substam o. Au contraire, il a perpétuellement exclu /" manducation, au>>i bien que la pr&eneesubstnnlielle, pour ue laisser qu'une manducation figurée, c'est-à-dire en esprit et par la foi (423).
Bucer, quoique plus porté à des expressions ambiguës, ho se servit non plus au commencement du mot de substance ou de communion et de présence subtantielle ; il se contenta seulement de ne pas condamner ces termes, et demeura dans les expressions générales que nous avons vues.
Voilà le premier état de la dispute sacramentairo, où les subtilités de Bucer introduisirent ensuite tant d'importunes varialions qu'il nous faudra raconter dans !a suite. Quant à présent, il suffit d'en avoir tourbe la cause.
La question de justification, où celle du libre arbitre était renfermée, paraissait bien d'une autre importance aux protestants ; c'est pourquoi, dans Y Apologie, ils demandent par deux fois à l'empereur une attention particulière sur cette matière, comme étant la plus importante de tout l'Évangile, et celle aussi où ils ont le plus travaillé (\24.) Mais j'espère qu'on verra bientôt qu'ils ont travaillé en \ain, pour ne rien dire de plus, et qu'il y a plus :1e malentendu que de véritables difficultés dans cette dispute.
Et d'abord, il faut mettre hors de cette dispute la question du libre arbitre, Luther était revenu des excès qui lui faisaient dire que la prescience de Dieu mettait le libre arbitre en poudre dans toutes les créatures : el il avait consenti qu on mit cet article dans la Confession d' ' Augsbourg (425) : « Qu'il faut reconnaître le libre arbitre dans tous les hommes qui ont l'usage de la raison, non pour les choses de Dieu, que l'on ne peut commencer, ou du moins achever sans lui ; mais seulement pour les œuvres de la vie présente, et pour les devoirs de la société civile. » Mélanchlhon y ajoutait, dans [Apologie, pour les œuvres extérieures de la loi de Dieu (426). Voilà donc déjà deux vérités qui ne souffrent aucune contestation : l'une, qu'il y a un libre arbitre, et l'autre, qu'il ne peut rien de lui-même dans les œuvres vraiment chrétiennes.
11 y avait même un petit mot dans le passage que l'on vient de voir de la Confession d1 Augsbourg, où, pour des gens qui vou-
(423) Epist. ad Cœs. el ptinc, proi.
[AU) Ad art. 4 De justif.. pag. 6(1; De pan., p.
loi.
(4-25) Coiif. Aug., art. IS.
i rl"> Apot. nit eumd. art.
;oi
(aient tout attribuer à la grâce, on n'en parlait pas 5 beaucoup près >i correctement qu'on fait dans l'Eglise catholique. Ce petit mot, c'est qu'on dit que de lui-môme le libre arbitre ne peut commencer, ou du moins achever les choses de Dieu : restriction qui semble insinuer qu'il les peut du moins commencer par ses propres forces; ce qui était une erreur demx-pélagienne, dont nous verrons dans la suite que les luthériens d'à présent ne sont pas éloignés.
L'article suivant expliquait que la volonté des méchants était la cause du péché (42G*), où, encore qu'on ne dit pas assez nettement que Dieu n'en est | as l'auteur, on l'insinuait toutefois, contre les premières maximes de Luther.
Ce qu'il v avait de plus remarquable sur le reste de la matière de la grâce chrétienne, dans la Confession d' Augsbourg, c'est que partout on y supposait dans l'Eglise catholique des erreurs qu'elle avait toujours détestées; de sorte qu'on semblait plutôt lui chercher querelle que la vouloir réformer ; et la chose paraîtra claire, en exposant historiquement la croyance des uns et des autres.
On appuyait beaucoup dans la Confession d' Augsbourg et dans ['Apologie, sur ce que la rémission des péchés était une pure libéralité qu'il ne fallait pas attribuer au mérite et à la dignité des actions précédentes. Chose étrange! les luthériens partout se faisaient honneur de cet tedoctri ne, comme s'ils l'avaient ramenée dans l'Eglise, et ils reprochaient aux catholiques, « qu'ils croyaient trouver par leurs propres œuvres la rémission de leurs péchés; qu'ils croyaient la pouvoir mériter en faisant de leur côté ce qu'ils pouvaient, et même par leurs propres forces : tant que tout ce qu'ils attribuaient à Jésus- Christ était de nous avoir mérité une certaine grâce habituelle, par laquelle nous pouvions plus facilement aimer Dieu ; et qu'encore que la volonté pût l'aimer, elle le faisait plus volontiers par cette habitude ; qu'ils n'enseignent autre chose que la justice de la raison ; que nous pouvions approcher de Dieu par nos propres œuvres indépendamment de la propitiation de Jésus- Christ, et que nous avions rêvé une justification, sans parler de lui (427) : « ce qu'on répète sans cesse, pour conclure autant de fois que nous avions enseveli Jésus-Christ.
Mais pendant qu'on reprochait aux Catholiques une erreur si grossière, on leur imputait d'autre part, le sentiment opposé, les accusant de se croire justifiés par le seul usage du sacrement, « ex opère operato, »cowme on parle, sans aucun bon mouvement (428). Comment les luthériens pouvaient-ils s'imaginer qu'on donnât tant à l'homme parmi nous, et qu'en môme temps on y donnât si
i ;-2ir) Art. 19, ibid.
(HT) Conf., an. ZQ;Apol.,cay. De justif. ; Conc, pag. 61 ; Tbid., pug. 62, 74, 102, 103. (428) Conf. Aug., art. 13, etc.
peu ? Mais l'un et l'autre est très-éloigné de notre doctrine, puisque lecomilede Trente d'un côté e>t tout plein des bons sentiments par où il se faut disposer au baptême, à la pénitence et à la communion ; déclarant môme, en termes exprès, que la réception de la grâce est volontaire ; et que d'autre côté il enseigne que la rémission des péchés est purement gratuite, et que tout ce qui nous y prépare de près on de loin, depuis le commencement de la vocation et les premières horreurs de la conscience ébranlée par la crainte, jusqu'à l'acte le plus partait delà charité, est un don de Dieu (4-29).
Il est vrai qu'à l'égard des enfants nous disons que par son immense miséricorde le baptême les sanctifie, sans qu'ils coopèrent à ce grand ouvrage par aucun bon mouvement : mais outre que c'est en cela que reluit le mérite de Jésus-Christ et l'efficace de son sang, les luthériens en disent autant ; puisqu'ils confessent avec nous, « qu'il faut baptiser les petits enfants, que le baptême leur est nécessaire à salut, et qu'ils sont faits enfants de- Dieu par ce sacrement (430). » N'est-ce pas là reconnaître cette force du sacrement efficace pour lui-même et par sa propre action, ex opère operato, dans les enfants? Car je ne vois pas que les luthériens s'attachent à soutenir, avec Luther, que les enfants qu'on porte au baptême y exercent une acte de foi. Il faut donc qu'ils disent avec nous, que le sacrement, par lequel ils sont régénérés, opère par sa propre vertu.
Que si Ton objecte que parmi nous le sacrement a encore la même efficace dans les adultes, et y opère, ex opère operato, il est aisé de comprendre que ce n'est pas pour exclure en eux les bonnes dispositions nécessaires, mais seulement pour faire voir que ce que Dieu opère en nous lorsqu'il nous sanctifie par le sacrement, est au-dessus de tous nos mérites, de toutes nos œuvres, de toutes nosdispositions précédentes, en un mot, un pur effet de sa grâce et du uiérite infini de Jésus-Christ.
11 n'y a donc point de mérite pour la rémission des péchés; et la Confession d'Augsbourg ne devait pas se glorifier de cette doctrine, comme si elle lui était particulière ; puisque le concile de Trente reconnaît aussi bien qu'elle,' « que nous sommes dits justifiés gratuitement, à cause que tout ce qui précède la justification, soit la foi, soit les œuvres, ne peut mériter cette grâce, selon ce que dit l'Apôtre : Si c'est grâce, ce n'est point par œuvres ; autrement la grâce n'est plus grâce (431). »
Voilà donc la rémission des péchés, el la justification établie gratuitement et sans mérite dans l'Eglise catholique, en termes aussi exprès qu'on l'a pu faire dans la Confession d'Augsbourg
Que si après la rémission des péchés, lorsque le Saint-Esprit habite en nous, que la charité y domine, et que la personne a été rendue agréable par une bonté gratuite, nous reconnaissons du mérite dans nos bonnes œuvres, la Confession d'Augsbourg en est d'accord , puisqu'on y lit, dans l'édition de Genève imprimée surcelle deW'ittemberg faite à la vue de Luther et de Mélanchthon, que la nouvelle obéissance est réputée une justice , et mérite des récompenses. Et encore plus expressément, que bien que fort éloignée de la perfection de la loi, elle estime justice, et mérite des récompenses. Et un peu après , que les bonnes œuvres sont dignes de grandes louanges , qu'elles sont nécessaires , et qu'elles méritent des récompenses (432).
Ensuite, expliquant cette parole de l'Evangile : Il sera donné à celui qui a déjà, elle dit, « que notre action doit être jointe aux dons de Dieu qu'elle nous conserve, et qu'elle en mérite l'accroissement (433); » et loue cette parole de saint Augustin, que la charité, quand on l'exerce, mérite l'accroissement de la charité.
Voilà donc en termes formels noire coopération nécessaire, et son mérite établi dans la Confession d'Augsbourg. C'est pourquoi on conclut ainsi cet article : « C'est par là que les gens de bien entendent les vraies bonnes œuvres, et comment elles plaisent h Dieu, et comment elles sont méritoires (434). » On ne peut pas mieux établir, ni plus inculquer le mérite; et le concile de Trente n'appuie pas davantage sur cette matière.
Tout cela était pris de Luther et du fond de ses sentiments : car il écrit dans son Commentaire sur VEpitre aux Galates, « que, lorsqu'il parle de la foi justifiante, il entend celle qui opère par la charité : car, dit-il (435), la foi mérite que le Saint-Esprit nous soit donné. » Il venait de dire qu'avec cet Esprit toutes les vertus nous étaient données; et c'est ainsi qu'il expliquait la justification dans ce fameux commentaire : il est imprimé à "Wittemberg en l'an 1553; de sorte que, vingt ans après que Luther eut commencé la Réforme, on n'y trouvait rien encore à reprendre dans le mérite.
Il ne faut donc pas s'étonner si on trouve ce sentiment si fortement établi dans Y Apologie de la Confession d'Augsbourg. Mélanchlhonfait denouveauxelforts pour expliquer la matière de la justification, comme il le témoigne dans ses lettres, et il y enseigne « qu'il y a des récompenses proposées et promises aux bonnes œuvres des fidèles, et qu'elles sont méritoires, non de la rémission des péchés, ou de la justification (choses que nous n'avons que par la foi), mais d'autres récompenses corporelles et spirituelles en cette vie et en l'autre, selon ce que dit saint Paul, que chacun recevra sa
(429) Sess. 6, cap. 5, 6, 14; sess. 15, 7; sess. (432) Ait. 6 Synt. Gen., page 12; ibid., page
1 i, 4; sess. ti, 7; ibid., cap. 8 ; ibid., cap o, (>; 20, cap. De bon. oper. can. 1, 2, 5; sess. U, 4. (433) Ibid., p. 31.
(130) Art. 9. (434» Page 22
(«OU) Ail. II.
(431) Conc. Tiid., sess. 6, cap. 8.
(434» Page 22.
(435) Gommait, in Epis!, ad G<tl., loin.
■too
•MIT. X. THEOL. POLEMIQUE. - II. HISTOIRE DES VARIATIONS
/(•compense selon son travail 186). » El Mélanc.lilDon est -i plein de < <■ 1 1 <• vérité, qu'il l'établi! de nouveau dans la réponse nui objections, par ces paroles : ■ Nous confessous, comme non- avons déjà (ait souvent, qu'encore que la justification et la vie éternelle appartiennent à la foi , toutefois les lionnes œuvres méritent d'autres récompenses corporelle-- et spirituelles, et divers degrés de récompenses, selon ce que dit saint Paul, fue charnu recevra sa récompense ielon ■m rrwot/(436).»Et Mélanchthon est si plein de cette vérité, qu'il l'établit de nouveau dans la réponse aux objections , par ces paroles : « Nous confessons, comme nous avons déjà fait souvent, qu'encore que la justification et la vie éternelle appartiennent à la lui, toutefois les bonnes œuvres méritent d'autres récompenses corporelles et spirituelles, et divers degrés de récompenses, selon ce que dit saint Paul, que chacun sera récompensé selon son travail : car la justice de l'Evangile, occupée de In promesse de la grâce, reçoit gratuitement la justification et la tfie : mais (accomplissement de la loi, qui vient en conséq ience île la foi. est occupé autour de la loi même; et là, poursuit-il, la récompense est offerte, non pas gratuitement, mais selon les œuvres, et elle est due; et aussi ceux (jui méritent cette récompense sont justifiés devant que d'accomplir la loi (4-37). »
Ainsi le mérite des œuvres est constamment reconnu par ceux de la Confession d'Augsbourg, comme chose qui est comprise dans la notion de la récompense; n'y ayant rien en effet de plus naturellement lié ensemble que le mérite d'un côté, quand la récompense est promise et proposée de l'autre.
l'A en etret, ce qu'ils reprennent dans les Catholiques n'est fias d'admettre le mérite qu'ils établissent aussi ; mais « c'est , » dit 1 Apologie (438), « en ce que toutes les fois qu'on parle du mérite, ils le transportent des auires récompenses à la justification. » Si donc nous ne connaissons de mérite qu'après la justification et non pas devant, la difficulté' sera levée ; et c'est ce qu'on a fait à Trente par cette décision précise : « Que nous sommes dits justifiés gratuitement, à cause qu'aucune des choses qui précèdent la justification , soit la foi, soit les œuvres, ne la peuvent mériter (439). » Et encore : « Que nos péchés nous sont remis gratuitement par la miséricorde divine, à cause de Jésus-Christ (440). » D'où vient aussi que le concile n'admet de mérite, « qu'à l'égard de l'augmentation de la grâce, et île la vie éternelle (441). »
Pour l'augmentation de la grâce, on en convenait à Augsbourg, comme on a vu : et pour la vie éternelle, il est vrai que Mé-
(436) Àpol. Conf. Aug., ad art. i, 5, G, 20; liesp. ait objecl. concord., page 96.
(437) Apot. Conf Aug., ad. an. 4, 5, ", 20; Resp. ad abject, concord., p. 137.
(438) Apol., ibid.
i iôUi Sess. 6, cap. S.
il") Ibid., cap. D.
I.iiii htlion ne voulait pas avouer quelle fût méritée par les bonnes œuvres, puisque selon lui elles méritaient seulement d'autres récompenses qui leur sont promises en cette vie et en l'autre. Mais quand Mélanchthon parlait ainsi, il ne considérait pas ce qu'il .lisait lui-même dans ce même lieu, que c'est la gloire éternelle « qui est due aux justifiés, selon cette parole de saint Paul (Rom. vin, 30) : Ceux qu'il u justifiés, il les a aussi glorifiés '44-2;. » 11 ne considère pas, encore un coup,' que c'est la vie éternelle qui est la vraie récompense promise par Jésus-Christ aux bonnes œuvres, conformément à ce passage de l'Evangile qu'il rapporte lui-même ailleurs pour établir le mérite (443), que ceux qui obéiront à l'Evangile recevront le centuple en ce siècle, et la vie éternelle en l'autre (Matth. xix, 20) : où l'on voit qu'outre le centuple, qui sera notre récompense en ce siècle, la vie éternelle nous est promise comme notre récompense au siècle futur : de sorte que, si le mérite est fondé sur la promesse de la récompense, comme l'assure Mélanchthon, et comme il est vrai, il n'y a rien de plus mérité que la vie éternelle, quoiqu'il n'y ait rien d'ailleurs de plus gratuit, selon celte belle doctrine de saint Augustin, que « la vie éternelle est due aux mérites des bonnes œuvres; mais que les mérites auxquels elle est due nous sont donnés gratuitement par Notre -Seigneur Jésus-Christ (444). »
Aussi est-il véritable que ce qui empêche Mélanchthon de regarder absolument la vie éternelle comme récompense promise aux bonnes œuvres, c'est que dans la vie éternelle il y a toujours un certain fonds qui est attaché à la grâce, qui est donné sans œuvres aux petits eifants, qui serait donné aux adulles quand même ils seraient surpris par la mort au moment précis qu'ils sont justifiés, sans avoir eu le loisir d'agir après : ce qui n'empêche pas qu'à un autre égard la royaume éternel, la gloire éternelle, la vie éternelle ne soient promis aux bonnes œuvres comme récompense, et ne puissent aussi être mérités, au sens même de la Confession d'Augsbourg.
Que sert aux luthériens d'avoir altéré cette confession, et d'en avoir retranché, dans leur livre De la concorde et dans d'autres éditions, ces passages qui autorisent le mérite? Empêcheront-ils par là que cette confession de foi n'ait été imprimée à Wittemberg, sous les yeux de Luther et de Mélanchthon , et sans aucune contradiction dans tout le parti, avec tous les passages que nous avons rapportés ? Que font-ils donc autre chose, quand il les efface maintenant, que de nous en faire remarquer la force et l'importance? Mais que leur sert'de rayer le mérite des bonnes
(441) Ibid., cap. 16 et can. 52.
(442) Apol. Conf. Aug.. ad art. 4, S, 6, 20; fie»/>. ud objecl. concord., p. 157.
(445) In locis coin., cap. De justif.
(444) Abc, epist. \0n, nunc !M, n. 19; De corrcp. cl griii., cap. 14, il, il.
œuvres dans la Confession d'Augsbourg, s'ils nous le laissent eux-mêmes aussi enlier dans
Y Apologie, comme ils l'ont fait imprimer dans leur livre De la concorde? N'est-il pas constant que ['Apologie a été présentée à Charles V par les mêmes princes et dans la même diète, que la Confession d'Augsbourg (445). Mais ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est qu'elle fut présentée de l'aveu des luthériens, pour en conserver le vrai et propre sens, car c'est ainsi qu'il en est parlé dans un écrit authentique (hkG) où les princes et les Etats protestants déclarent leur foi. Ainsi on ne peut douter que le mérite des œuvres ne soit de l'esprit du luthéranisme et de la Confession d' Augsbourg : et
.c'est à tort que les luthériens inquiètent sur ce sujet l'Eglise romaine.
Je prévois pourtant qu'on pourra dire qu'ils n'ont pas approuvé le mérite des œuvres dans le même sens que nous pour trois raisons. Premièrement, parce qu'ils ne reconnaissent p3s, comme nous, que l'homme juste puisse et doive satisfaire à la loi. Secondement, parce que, pour cette raison, ils n'admettent pas le mérite qu'on appelle de condignité, dont tous nos livres sont pleins. Troisièmement, parce qu'ils enseignent que les bonnes œuvres de l'homme justifié ont besoin d'une acceptation gratuite de Dieu, pour nous obtenir la vie éternelle; ce qu'ils ne veulent pas que nous admettions.
Voilà, dira-t-on, trois caractères par où la doctrine de la Confession d'Augsbourg et de
Y Apologie sera éternellement séparée de la nôtre. Mais ces trois caractères ne subsistent que par trois fausses accusations de notre croyance; car premièrement, si nous disons qu'il faut satisfaire à la loi, tout le monde en est -l'accord, puisqu'on est d'accord qu'il faut aimer, et que l'Ecriture prononce que l'amour eu la charité est l'accomplissement de la loi. (Rom. xm, 10.) 11 y en a même dans Y Apologie un chapitre exprès, dont voici le titre : De la dilection et de l'accomplissement de la loi (447). Et nous y venous de voir que Yaccomplissement de la loi vient en conséquence de la justification (448) ; ce qui est répété en cent endroits, et ne peut être révoqué en doute; mais, au reste, il n'est pas vrai que nous prétendions qu'après être justifie on satisfasse à la loi de Dieu en toute rigueur, puisqu'au contraire on nous apprend, dans le concile de Trente, que nous avons besoin de dire tous les iours : Pardonnez-nous nos fautes (449) ; de sorte que, pour parfaite que soit notre justice, il y a toujours quelque chose que Dieu v répare par sa grâce, y renouvelle par son Saint-Esprit, y supplée par sa bonté.
Quant au mérite de condignité, outre que le concile de Trente ne s'est pas servi de ce
(*j5) Prœf. Apot. Conc, p. 43.
(*■*(>) Sulid. respect, conc, 055.
l**~) h'ol., 83.
(448) Ibid., page ir,7.
(H9, Sess. 6, cap. 11.
terme, la chose en elle-même n'a aucune difficulté, puisqu'au fond on est d'accord qu'après la justification, c'est-à-dire après que la personne est agréable, que le Saint- Esprit y habite, et que la charité y règne, l'Ecriture lui attribue une espèce de dignité : Ils marcheront avec moi en habit blanc, parce qu'ils en sont dignes. (Apoc. m, 4.) Mais le concile de Trente a clairement expliqué que toule cette dignité vient de la grâce (450) ; et les Catholiques le déclarèrent aux luthériens dès le temps de la Confession d'Augsbourg , comme il paraît par l'histoire de David Chytré, et par celle de George Célestin, auteurs luthériens (451). Ces deux historiens rapportent la réfutation de la Confession d'Augsbourg faite par les Catholiques par ordre de l'empereur, où il est porté : « que l'homme ne peut mériter la vie éternelle par ses propres forces, et sans la grâce de Dieu; et que tous les Catholiques confessent que nos œuvres ne sont par elles-mêmes d'aucun mérite; mais que la grâce de Dieu les rend dignes de la vie éternelle. »
Pour ce qui regarde les bonnes œuvres que nous faisons avant que d'être justifiés; parce qu'alors la personne n'est pas agréable ni juste, qu'au contraire elle est regardée comme étant encore en péché, et comme ennemie ; en cet état elle est incapable d'un véritable mérite, et le mérite de congruité ou de convenance, que les théologiens y reconnaissent, n'est pas selon eux un véritable mérite, mais un mérite improprement dit, qui ne signifie autre chose, sinon qu'il est convenable à la divine bonté d'avoir égard aux gémissements et aux pleurs qu'il a lui-même inspirés au pécheur qui commence à se convertir.
Il faut répondre la même chose des aumônes que fait un pécheur pour racheter ses péchés, selon le précepte de Daniel (Dan, iv, 24) ; et de ta charité qui couvre la multitude des péchés, selon saint Pierre (l Petr. iv, 8); et du pardon promis par Jésus-Christ même à ceux qui pardonnent à leurs frères. (Luc. vi, 37.) L'Apologie répond ici que Jesus- Christ n'ajoute pas qu'en faisant l'aumône, ou en pardonnant, on mérite le pardon, « ex opère operato, » en vertu de cette action, mats en vertu de la foi (452). Mais qui aussi le prétend autrement ? Qui a jamais dit que les bonnes œuvres qui plaisent à Dieu nedussent pas être faites selon l'esprit de la foi, sans laquelle, comme dit saint Paul, il n'est pas possible de plaire à Dieu. (Ilebr.ii.1, 6.) Ou qui a jamais pensé que ces bonnes œuvres et la foi qui les produit, méritassent la rémission des péchés ex opère operato, et fussent capables de l'opérer par ellesmêmes? On n'avait pas seulement songé à employer cette locution, ex opère operato,
(130) Conc. Tricl., sess. 6, cap. I<>, etc.
(451) Chyt., Hiit. Coi.f. Aug.; Georg. Ccelest., Mut. Gonf. Aug., loin. III.
(452) llcap. ad argument., p. 11.
||g PART. X TIIEOL. POLEMIQUE. -
lions lei bonnes œuvres de» fidèles; on ne
l'appliquait qu'aux sacrements, qui ne sont que de simples instrumenta de Dieu : on j cm; louait pour montrer que leur action était ilivine, toute-puissante et efficace par
elle-même ; et c'était une calomnie ou une ignorance grossière, de supposer que dans La doctrine catholique les bonnes œuvres
ia-sent île celte .sorte la rémission des péchés et la grâce justifiante. Dieu, qui les inspire, y a égard par sa bonté, à cause «le Jésus-Christ ; non à cause que nous sommes digues qu'il y ait égard pour nous justifier, mais | arce qu'il est digne de lui de regarder en pitié des cœurs humiliés et d'y achever son ouvrage. Voilà le mérite de convenant e, qui peut être attribué à l'homme, avant même qu'il soit justifié. La chose au fond est incontestable, et si le terme déplaît, l'Eglise aussi ne s'en sert pas dans le concile de Trente.
Mais encore (pie Dieu regarde d'un autre oïl le! pécheurs déjà justifiés, et que les oeuvres qu'il y produit par son Esprit habitant en eux, tendent plus immédiatement à la vie éternelle, il n'est pas vrai, selon nous, qu'il n'y faille pas de la part de Dieu une acceptation volontaire, puisque tout est ici fondé, comme dit le concile de Trente, ■-ur la promesse que Dieu nous a faite misérivordieusement, c'est-à-dire gratuitement, « cause de Jésus-Chris! (+53), de donner la vie éternelle à nos bonnes œuvres, sans quoi nous ne pourrions pas nous promettre une ,-i haute récompense.
Ainsi quand on nous objecte partout, dans Ut L'on fission d'Augsbourg et dans V Apologie (i5i), qu'a près la justification nousne croyons plus avoir besoin de la médiation de Jésus-Christ, on ne peut pas nous calomnier plus visiblement, puisque, outre que c'est
Îiar Jésus-Christ seul que nous conservons a grâce reçue, nous avons besoin que Dieu se ressouvienne sans cesse de la promesse qu'il nous a faite dans la nouvelle alliance par sa seule miséricorde, et par le sang du Médiateur.
Enfin tout ce qu'il y a de bon dans la doctrine luthérienne, non-seulement était en son entier dans l'Église, mais encore s'y expliquait beaucoup mieux, puisqu'on éloignait clairement toutes les fausses idées ; et c'est ce qui parait principalement dans la doctrine de la justice imputée. Les luthériens croyaient avoir trouvé quelque ehose de merveilleux et qui leur fût particulier, en disant que Dieu nous imputait la justice de Jésus-Christ, qui avait parfaitement satisfait pour nous, et qui rendait ses mérites nôtres. Cependant les scolastiques qu'ils blâmaient tant, étaient tout pleins de cette doctrine. Qui de nous n'a pas toujours cru et enseigné que Jésus-Christ avait satisfait