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vo;e combien ces idées, qu'avaient alors les luthériens, reviennent aux nôtres.
Il semble qu'ils s'en éloignent davantage sur les œuvres satisfacloires et sur les austérités de la vie religieuse; car ils les rejettent souvent, comme contraires à la doctrine de la justification gratuite. Mais, au fond, ils ne les condamnent pas si sévèrement qu'on le pourrait croire d'abord : car non-seulement saint Antoine et les moines des premiers siècles, gens d'une si terrible au.-térilé, mais encore dans les derniers temps saint Bernard, saint Dominique et saint François sont comptés dans Y Apologie parmi les saints Pères. Leur genre de vie, loin d'être blâmé, est jugé digne des saints, « à cause, « dit-on (459), «qu'il ne les a pas empêchés de se croire justifiés par la foi, pour l'amour de Jésus-Christ. » Sentiment bien éloigné des emportements qu'on voit aujourd'hui dans la nouvelle Réforme, où on ne rougii pas de voir condamner saint Bernard, et de traiter saint François d'insensé.
Il est vrai que Y Apologie, après avoir mis ces grands hommes au nombre des saints Pères, condamne les moines qui les ont suivis, parce qu'on « prétend qu'ils ont cru mériter la rémission îles péchés, la grâce et la justice par ses œuvres, et non pas la recevoir gratuitement (460). » Mais la calomnie est visible, puisque les religieux d'aujourd'hui croient encore, comme les anciens, avec l'Eglise catholique et le concile de Trente, que la rémission des péchés est purement gratuite, et donnée par les mérites de Jésus- Christ seul.
Et afin qu'on ne pense pas que le mérite que nous attribuons à ces œuvres de pénitence fût alors improuvé par les défenseurs de la Confession d'Augsbourg, ils enseignent en général des œuvres et des afflictions, « qu'elles méritent non pas la justification, mais d'autres récompenses (461) : » et en particulier de l'aumône, lorsqu'on la fait en état de grâce, « qu'elle mérite plusieurs bienfaits de Dieu ; ga elle adoucit les peines; qu'elle mérite, que nous soyons assistés contre les périls du péché et de la mort. » Qui empêche qu'on en dise autant du jeûne et des autres mortifications? Et tout cela bien entendu n'est au fond que ce qu'enseignent tous les Catholiques.
Les calvinisles se sont éloignés des véritables idées de la justification, en disant, comme nous verrons, que le baptême n'est pas nécessaire aux petits enfants; que la justice une fois reçue ne se perd pas, et ce qui en est une suite, qu'elle se conserve même dans le crime. Mais comme les luthériens virent commencer ces erreurs dans les sectes des anabaptistes, ils les proscrivirent par
ces trois articles de la Confession d'Augsbourg.
« Que le baptême est nécessaire à salut, et qu'ils condamnent les anabaptistes, qui assurent que les enfants peuvent être sauvés sans le baptême, et hors de l'Eglise de Jésus- Christ (462).
« Qu'ils condamnent les mêmes anabaptistes, qui nient qu'on puisse perdre le Saint- Esprit, quand on a été une fois justifié (463).
« Que ceux qui tombent en péché mortel ne sont pas justes : qu'il faut résister aux mauvaises inclinations : que ceux qui leur obéissent, contre le commandement de Dieu, et agissent contre leur conscience, sont injustes, et n'ont ni le Saint-Esprit, ni la foi, ni la confiance en la divine miséricorde (464j. »
On sera étonné de voir tant d'articles de conséquence décidés selon nos idées dans la Confession d'Augs'oourg; et enfin, quand je considère ce qu'elle a trouvé de particulier, je ne vois que cette foi spéciale dont nous avons parlé au commencement de cet ouvrage, et !a certitude infaillible de la rémission des péchés qu'on lui veut faire produire dans les consciences. Il faut avouer aussi que c'est là ce qu'on nous donne pour le dogme capital de Luther, le chef-d'œuvro de sa Réforme, et le plus grand fondement de la piété et de la consolation des âmes fidèles. Mais cependant on n'a point trouvé de remède à ce terrible inconvénient que nous avons remarqué d'abord (465) : d'être assuré de la rémission de ses péchés, sans le pouvoir jamais être de la sincérité de sa repentance. Car enfin, quoi qu'il soit de l'imputation, il est bien certain que Jésus-Christ n'impute sa justice qu'à ceux qui sont pénitents et sincèrement pénitents, c'est-à-diro sincèrement contrits, affligés de leurs péchés, sincèrement convertis. Que cette sincère pénitence ait en elle-même de la dignité, de la perfection, du mérite, quel qu'il soit, ou qu'elle n'en ait pas, je m'en suis assez expliqué, et c'est de quoi je n'ai que faire en cette occasion. Qu'elle soit ou condition, ou disposition et préparation, ou enfin tout ce qu'on voudra, cela n'importe; puisque enfin, quoi qu'il en soit, il faut l'avoir, ou il n'y a point de pardon. Or, si je l'ai, ou si je ne l'ai pas, c'est de quoi je ne puis jamais être assuré, selon les principes de Luther; puisque, selon lui, je ne sais jamais si ma pénitence n'est pas une illusion, ou une vaine pâture de mon amour-propre; ni si le péché, que je crois détruit dans mon cœur, n'y règne pas avec plus de sûreté que jamais, en se dérobant à mes yeux.
Et on a beau dire avec l'Apologie : La foi ne compatit pas avec le pèche mortel (466) : or, j'ai la foi : donc je n'ai plus de péché mortel. Car c'est de là que vient tout l'cm-
(45t)) Apot., resj). ad imsl,, p. 281.
(400) Ibid.
(.401) Ibid. p. 156.
(462) An. '*, p;)gt 12.
arg., pag 119, De col.
(463) Art. Il, page 13.
(464) Art 0, page 52, cap. De twn. oper., p (40."i) Ci-dessus, liv. i, p. 15<i s.
(406) 1/ii)/. . cap De jttsiif., 71, 81, etc.
•.Il
PART. X. TilEOL. POLEMIQ1 I 11 HISTOIP.E !'IiS VARIATIONS.
bairaSi puisqu'on doit dire nu contraire : La foi ni compatit pat avec le péché mortel : c'esl ce que les luthériens viennent d'enseigner. Or je ne suis pas assuré de n'avoir plus de péché mortel; c'est ce que nous avons prouvé par la doctrine de Luther (467J : je ne suis donc pas assuré d'avoir la foi. lui effeli on s'écrie dans l'Apologie : Qui aime Offi : Dieu' qui le craint assi z'.' qui souffre avec assez île patience (4G8)? Or on peut dire de même : C^'" croit co nme il faut? qui croit asses pour éire justifié devant Dieu.' Pt la suite ae l'Apologie établit ce doute; car elle poursuit : Qui ne doute pas souvent si c'est Dieu ou le hasard qui gouverne le monde? qui ne doute pus souvent s'il sera exaucé de Dieu? On doute doue souvent de sa propre foi : comment esl-on assuré alo^s de la rémission de ses péchés? On ne l'a donc pas cette rémission : ou bien, contre le dogme de Luther, on l'a sans en être assuré; ou, ce qui est le comble de l'aveuglement, on en est assuré sans être assuré de la sincérité de sa foi ni de celle de sa pénitence; et la rémission des péchés devient indépendante de l'une et de l'autre. Voilà où nous précipite celte certitude qui fait tout le fond de la l'on fission d'Augsbourg, et le dogme fondamental du luthéranisme.
Au reste, ce qu'on nous oppose, que par l'incertitude où nous laissons les consciences aliligées, nous les jetons dans le trouble «m même dans le désespoir, n'est pas véiitable ; il faut bien que les luthériens en conviennent par cette raison : car, quelque assurés qu'ils se vantent d'être de leur justification, ils n'osent pas s'assurer absolument de leur persévérante, ni par conséquent de leur béatitude éternelle. Au contraire, ils condamnent ceux qui disent qu'on ne peut pas perdre la justice une fois reçue (i69). Mais en la perdant, on perd avec elle tout le droit qu'un avait comme justifié à l'héritage éternel. On n'est donc jamais assuré de ne pas perdre ce droit, puisqu'on n'est pas assuré de ne pas perdre lajuslice à laquelle il est allai hé. On y espère néanmoins à ce bienheureux héritage : on vit heureux dans cette douce espérance, selon ce que dit saint Paul : Nous réjouissant en espérance. (Boni. m, 12.) On peut donc, sans celte assurance dernière qui exclut toute sorte de doute, jiuir du repos que l'étal de cette vie peut nous permettre.
On voit par là ce qu'il faut l'aire pour acce| ter la promesse et se l'appliquer; c'est sans hésiter qu'il faut croire que la grâce de la justice chrétienne, et par conséquent la vie éternelle, est à nous en Jésus-Christ; cl non-seulement à nous en général, mais i more à nous en particulier. Il n'y a point à hésiter du côté de Dieu, je le confesse : le ciel et la terre passeront, plutôt que ses pro-
messes nous manquent. .Mais qu'il n'y ait point à hésiter, ni rien à craindre de notre
côté; le terrible exemple de ceux qui ne persévèrent pas jusqu'à la fin, et qui, selon les luthériens, n'ont pas été moins justifiés que les élus mêmes, démontre Je contraire.
Voici doue en abiégé toute la doctrine do la justification : qu'encore qui; pour nourrir l'humilité de nos cœurs nous soyons toujours en crainte de notre côté, tout nous est assuré du côté de Dieu ; de sorte que notre repos en cette vie consiste dans une lernie confiance en sa boulé paternelle, et dans un parfait abandon à sa haute et incompréhensible volonté, avec une profonde adoration de son impénétrable secret.
Pour la Confession de Strasbourg, si nous en considérons la doctrine, nous verrous combien on eut raison, dans la conférence de Marpourg, d'accuser ceux de Strasbourg, et en généial les sacramentaires, de ne rien entendre dans la justification de Luther et des luthériens : car cette confession de foi ne d t pas un mot ni de la justice par imputation, ni aussi de la certitude qu'or; en doit avoir (i70j. Elle définit au contraire la justification, ce par quoi d'injustes nous devenons justes, et de mauvais, bons et droits (i71), sans en donner d'autre idée. Plie ajoute qu'elle est graluile, et l'attribue à la foi, niais à la foi uiàe à la charité, et féconde en bonnes œuvres.
Aussi, dit-elle avec la Confession d'Augsbourg, que la charité est l'accomplissement de toute la loi, selon la doctrine de saint Paul (472) : mais elle explique, plus fortement que n'y avait fait Mélanchlhon, combien nécessairement la loi doit être accomplie, lorsqu'elle assure « que personne ne peut èlre pleinement sauvé, s'il n'est conduit par l'esprit de Jésus-Christ à ne manquer d'aucune des bonnes œuvres pour lesquelles Dieu nous a créés, et qu'il est si nécessaire que la loi s'accomplisse, que le ciel et la terre passeront plutôt qu'il puisse arriver du relâchement dans le moindre Irait de la Ici, ou dans un seul iota [VIS). »
Jamais Catholique n'a parlé plus fortement de l'accomplissement de la loi , que fait celle confession ; mais encore que ce soit là le fondement du mérite, llucer n'y en disait mot ; quoitpie d'ailleurs il ne fasse point de difficulté de le reconnaître au sens de saint Augustin, qui est celui de l'Église.
Il ne sera pas inutile, pendant que nous sommes sur cette matière, de considérer ce qu'en a pensé ce docteur, un des chefs du second parti de la nouvelle Réforme, dans une conférence solennelle (V7i) , où il parle en ces termes : « Pui-que Dieu jugera chacun selon ses œuvres, il ne faut pas nier que les bonnes œuvres faites par la grâce de
(4C7) Ci-dessus, liv. i.
(408) Apol.. ibid., 9t.
(itiil) Conf. .Uig., art. 6, cap. Il De bon. ooerib.,
p. m, ir>, si.
i i T . > ; \ oy. ci-dessus, lu • n.
(471) Conf. Argent., cap. 5 et 4.
(472) Ibid.
(4'5) Ibid., cap. S , p. 181.
(l~it) /'"•/'. Lips., au. I.'Jj'J.
no
iîfi
Jésus-Christ, et qu'il opère lui-même dons ses serviteurs, ne méritent la vie éternelle ; non point à la vérité par leur propre dignité, mais par l'acceptation et la promesse de Dieu, et le pacte fait avec lui ; car c'est à de telles œuvres que l'Ecriture promet la récompense de la vie éternelle, qui pour cela n'en est pas moins une grâce à un autre égard, parce que ces bonnes œuvres auxquelles on donne une si grande récompense, sont elles-mêmes des dons de Dieu. » Voilà ce qu'écrit Buc.er en 1539, dans la dispute de Leipsick, afin qu'on ne pense pas que ce soit des choses écrites au commencement lie la Réforme, et avant qu'elle eût eu le loisir de se reconnaître. Selon ce même principe, le même Bucer décide, en un autre endroit (475), qu'il ne faut lias nier « qu'on puisse être justifié par les œuvres, comme l'enseigne saint Jacques, puisque Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. Kf, poursuit-il, la question n'est pas des mérites : nous ne les rejetons en aucune sorte, et même nous reconnaissons qu'on mérite la vie éternelle, selon cette parole de Notre- Seigncur {Luc. xvm, 29, 30) : Celui qui abandonnera tout pour l'amour de moi aura le centuple dans ce siècle, et la vie étemelle en l'autre. »
On ne peut reconnaître plus clairement les mérites que chacun peut acquérir pour soi-même, et même par rapport è la vie éternelle. Mais Bucer passe encore plus loin : et comme on accusait l'Eglise d'attribuer des mérites aux saints non-seulement pour eux-mêmes, mais encore pour les autres, il la justifiait par ces paroles : « Pour ce qui regarde ces prières publiques de l'Eglise qu'on appelle collectes, où l'on fait mention des prières et des mérites des saints, puisque, dans ces mêmes prières, tout ce qu'on demande en cette sorte est demandé à Dieu et non pas aux saints, et encore qu'il est demandé par Jésus-Christ ; dès là, tous ceux qui font cette prière reconnaissent que tous les mérites des saints sont des dons de Dieu gratuitement accordés (4-76). » Et un peu après: « Car d'ailleurs nous confessons et nous prêchons avec joie que Dieu récompense les bonnes œuvres de ses serviteurs, non-seulement en eux-mêmes, mais encore en ceux pour qui ils prient ; puisqu'il a promis qu'il ferait du bien à ceux qui l'aiment, jusqu'à mille générations. » Bucer disputait ainsi pour l'Eglise catholique en 1546, dans la conférence de Batisbonne ; aussi ces prières avaient-elles été faites par les plus grands hommes de l'Eglise, et dans les siècles les plus éclairés ; et saint Augustin même, tout ennemi qu'il était du mérite présomptueux, ne laissait pas de reconnaître que le mérite des saints nous était utile, en disant qu'une des raisons de célé-
brer dans l'Eglise la mémoire des martyrs, était pour être associés à leurs mérites, et aidés par leurs prières (477).
Ainsi, quoi qu'on puisse dire , la doctrine de la justice chrétienne, de ses œuvres et de son mérite , était avouée dans les deux partis de la nouvelle Réforme ; et ce qui a fait depuis tant de difficulté n'en faisait aucune alors, ou n'en faisait en tout cas qu'à cause que dans la Réforme on se laissait souvent entraîner à l'esprit de contradiction.
Je ne puis omettre ici une bizarre doctrine de la Confession d'Auijsbounj , sur la justification. C'est non-seulement que l'amour de Dieu n'y était pas nécessaire, mais que nécessairement il la supposait accomplie. Luther nous l'a déjà dit : mais Mélanchthon l'explique amplement dans V Apologie. « 11 est impossible d'aimer Dieu, » ditil (478), « si auparavant on n'a par la loi la rémission des péchés, car un cœur qui sent vraiment un Dieu irrité ne le peut aimer : il faut le voir apaisé ; tant qu'il menace, tant qu'il condamne, la nature humaine ne peut s'éleverjusqu'à l'aimer dans sa colère. Il est aisé aux contemplateurs oisifs d'imaginer ces songes de l'amour de Dieu , qu'un homme coupable de péché mortel le puisse aimer par-dessus toutes choses; parce qu'ils ne sentent pas ce que c'est que la colère ou le jugement de Dieu: mais une conscience agitée sent la vanité de ces spéculations philosophiques. » De là donc il conclut partout : « Qu'il est impossible d'aimer Dieu, si l'on n'est auparavant assuré de la rémission obtenue (479). »
C'est donc, une des finesses de la justification de Luther, que nous sommes justifié* avant que d'avoir la moindre étincelle de l'amour de Dieu : car tout le but de YApolo~ gie est d'établir non-seulement qu'on est justifié avant que d'aimer, mais encore qu'il est impossible d'aimer si l'on n'est auparavant justifié (480) : en sorte que la grâce offei te avec tant de bonté ne peut rien du tout sur notre cœur; il faut l'avoir reçue pour être capable d'aimer Dieu. Ce n'est pas ainsi que parle l'Eglise dans le concile de Trente: « L'homme excitéet aidé par la grâce, » dit ce concile (481),» croit tout ceque Dieu a révélé, et tout ce qu'il a promis; et croit ceci avant toutes choses, que l'impie est justifié par la grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ. Alors se sentant pécheur, de la justice dont il est alarmé, il se tourne vers la divine miséricorde qui relève son espérance, dans ta confiance qu'il a que Dieu lui sera propice pur Jésus-Christ, et il commence à l'aimer comme l'auteur de toute justice ; » c'est-à-dire nomme celui qui justifie gratuitement l'impie. Cet amour si heureusement commencé le porte à détester ses crimes; il
(475) Rc&i>. ad Abviuc.
(476) l)i>p. liatisb.
(477) Lit). \x, Contra Faust, manicli., c. 21, loin VIII. col. 547.
(478) An. 5, 20, cap. De bon oper. , Synt Cen.
part il, sup., pag. 00.
(479) Apol.. pag. 81, etc.
(480) Ibid., pag 06, 81,82, 8,
(481) Sess. 0, cap. 6.
i,n. 18; Apol., cap. De jnslij.,
121, etc.
PART. X. THEOL. POLEMIQUE.— II. 1IISTOIIIK DF.S VÀRUTION3
reçoit le lacrtfment, il est justifié. La charité est répandue dans son coeur gratuite* ment par le Saint-Esprit ; el ayanj conimoncé
n aimer Dieu lorsqu'il lui offrait lagiâce, il l'aime encore plus quand il l'a reçue.
Hais voici une nouvelle finesse de la justification luthérienne. Saint Augustin établit! après sain) Paul) qu'une ile.s différences de la justice chrétienne d'avec la justice de la loi, c'est que la justice do la loi est fondée sur l'esprit de crainte et do terreur; au lieu que la justice chrétienne est inspi- ! ■ar un esprit de dilection et d'amour. Mais YAp olog ie l'explique autrement ; et la justice où l'amour de Dieu est jugée nécessaire, OÙ il entre, dont il fait la pureté et la vérité, v est partout représentée comme la justice des œuvres, la justice de la raison, la justice par les propres mérites; en un mot, comme la justice de la loi et la justice pharisaïque (482). Voici de nouvelles idées que le ( nristianisme ne connaissait pas encore : une justice que le Saint-Esprit répand dans les cœurs, en y répandant la charité, est une justice pharisaïque, qui ne purifie que le dehors; une justice répandue gratuitement dans les cœurs, à cause de Jésus- Christ, est une justice do la raison, une justice de la loi, une justice par les œuvres; et enfin on nous accuse d'établir une justice par ses propres forces, lorsqu'il parait clairement, par le concile de Trente, que nous établissons une justice dont la foi est lo fond, dont la grâce est le principe, dont le Saint-Esprit est l'auteur depuis son premier commencement jusqu'à la dernière perfection où l'on peut arriver dans cette vie.
Je crois qu'on voit maintenant combien il a été nécessaire do bien faire entendre la justification luthérienne par la Confession 4'Augsbourg et par I" Apologie, puisque celte exposition a fait paraître, que dans un article que les luthériens regardent comme le GÛei'd'œuvrede leurliéforme, ils n'ont après tout fait autre chose que de nous calomnier dans quelques points, nous justifier en d'autres; et dans ceux où il peut rester quelque dispute, nous laisser visiblement la meilleure part.
Outre cet article principal, il y en a d'autres très-importants dans la Confession d'Augsbourg ou dans Y Apologie, comme «.qu'il faut retenir dans !a confession l'absolution particulière; que c'est l'erreur des novations, et une erreur condamnée, de la rejeter; que cette absolution est un sacrement véritable et proprement dit; et que la puissance des clefs remet les péchés, nonseulement devant l'Eglise, mais encore devant Dieu (483). » Quant au reproche qu'on nous fait ici de dire que ce sacrement confirait la grâce sans aucun bon mouvement de celui qui le reçoit, je crois qu'on est las
(482) ApoL, pas;. 80, 105, etc.
(185) An. Il, 12, -21. edit. G n., p. 21 ; Apol , Depœnit., p. 107, 2110, 201 ; ibirt.. y. 104, 107; ibid., p. 165.
(481) Conf. \ug., art. 11, cap. De con[.
d'entendre une calomnie si souvent réfutée.
Muant h ce qu'on enseigne au même lieu, qu'en retenant la confession « il n'y fallait
pas exiger le dénombrement des péchés, à cause qu'il est impossible, conformément à
cette parole : Qu'est-ce qui connait ses pèches (V8't) ? » c'était, à la vérité, une bonn<) excuse à l'égard des péchés que l'on ne connait pas; mais non pas une raison suflisante de ne point soumettre aux clefs de l'Eglise ceux que l'on connaît. Aussi faut-il avouer de bonne foi que les luthériens, non plus que Luther, n'ont pas, en cela, d'autres sentiments que les noires, puisque nous trouvons ces mots dans le petit Catéchisme de Luther reçu unanimement dans tout le parti : « Devant Dieu nous devons nous tenir coupables de nos péchés cachés : mais à l'égard du ministre, il faut seulement confesser ceux qui nous sont connus, et que nous sentons dans notre rœur (483). » Et pour mieux voir la conformité dos luthériens avec nous dans l'administration de ce sacrement, il ne sera pas hors de propos de considérer l'absolution, qu'au rapport du même Luther dans le même endroit, le confesseur donne au pénitent après sa confession, en ces termes : « Ne croyez-vous pas que ma rémission est celle de Dieu? Oui, répond le pénitent. Et moi, reprend le confesseur, par l'ordre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je vous remets vos péchés, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit (486). »
Pour le nombre des sacrements, Y Apologie nous enseigne que le baptême, la Cène et l'absolution sont trois véritables sacrements (487). En voici un quatrième, puhque « il ne faut pas faire de difficulté de mettre l'ordre en ce rang, en le prenant pour le ministère de la parole, parce qu'il est commandé de Dieu, et qu'il a de grandes promesses. » La confirmation et l'extrême-onction sont marquées comme des cérémonies reçues des Pères, mais qui n'ont pas une expresse promesse de la grâce. Je ne sais donc ce que veulent dire ces paroles de l'Epître de saint Jacques, en parlant de l'onction des malades : S'il est en péché, il lui sera remis (Jac. v,18); mais c'est peut-être que Luther n'estimait pas cette Epître, quoique l'Eglise ne l'ait jamais révoquée en doute. Ce hardi réformateur retranchait du canon des Ecritures tout ce qui ne s'accommodait pas avec ses pensées; et c'est à l'occasion de cette onction qu'il écrit dans la Captivité de Babylone, sans aucun témoignage de l'antiquité, que cette Epître ne parait pas de saint Jacques, ni digne de l'esprit apostolique (488).
Pour le mariage, ceux de la Confession d'Augsbourg y reconnaissent une institution divine, et des promesses, mais tempo-
(485) Cal. min. Concord., pag. 578.
(180) lbid., 580.
(487) .t/io/., cap. De num. lac, ail ail. !5, pag. 200 et seq.
(488) De cnp:iv. Babijlon., ton). Il, 80.
OEUVftES COMPLETES DE BOSSL'ET.
relies (489) :commësic'étaitunechosetemporelle que d'élever dans l'Eglise les enfants de Dieu, et se sauver en les engendrant de cette sorte (ITim. h, 15) ; ou que ce ne lût pas un des fruits du mariage chrétien, de faire que les enfants qui en sortent fussent nommés saints, comme étant destinés à la sainteté. {I Cor. vu, 14.)
Mais au fond l'Apologie ne paraît pas s'opposer beaucoup à notre doctrine sur le nombre des sacrements, « pourvu, » dit-elle (490), «qu'on rejette ce sentiment qui domine dans tout le règne pontifical, que les sacrements opèrent la grâce sans aucun bon mouvement de celui qui les reçoit. » Car on ne se lasse point de nous faire cet injuste reproche. C'est là qu'on met le nœud de la question ; c'est-à-dire qu'il n'y resterait presque plus de difficulté, sans les fausses idées de nos adversaires.
Luther s'était expliqué contre les vœux monastiques d'une manière terrible, jusqu'à dire de celui de la continence (fermez vos oreilles, âmes chastes), qu'il était aussi peu possible de l'accomplir que de se dépouiller de son sexe (491). La pudeur serait offensée, si je répétais les paroles dont il se sert en plusieurs endroits sur ce sujet, et à voir comment il s'explique de l'impossibilité de la continence, je ne sais pour moi ce que deviendra cette vie qu'il dit avoir menée sans reproche durant tout le temps de son célibat, et jusqu'à l'âge de quarante-cinq ans. Quoi qu'il en soit, tout s'adoucit dans V Apologie, puisque non-seulement saint Antoine et saint Bernard, mais encore saint Dorai niquoetsaint François j sont nommés parmi les saints (492), et tout ce qu'on demande à leurs disciples, c'est qu'ils recherchent, à le îr exemple, la rémission de leurs péchés dans la bonté gratuite de Dieu : à quoi l'Eglise a trop bien pourvu pour appréhender sur ce sujet aucun reproche.
Cet endroit de l'Apologie est remarquable, puisqu'on y met parmi les saints ceux des derniers temps, et qu'ainsi on reconnaît pour la vraie Eglise celle qui les a portés dans son sein. Luther n'a pu refuser à ces grands hommes ce glorieux titre. Partout il co.upte parmi les saints, non-seulement saint Bernard, mais encore saint François, saint Bonavcnture, et les autres du xme siècle. Saint François entre tous les autres lui parut un homme admirable, animé d'une merveilleuse ferveur d'esprit. 11 pousse ses louanges jusqu'à Gerson, lui qui avait condamné Viclef et Jean Husdans le concile de Constance, et il l'appelle un homme grand en tout (493J : ainsi l'Eglise romaine était encore la mère des saints dans le xvc siècle. Il n'y a que saint Thomas d'Aquin dont Luther a voulu douter, je ne sais
(iS9) ApoL, ibid., 202.
(490) Apol., p. 205.
(491) Episi. ad Volf., tom. VII. fol. 505, etc.
(492) Apul., liesp. ad ara., page 99 ; De vol. mon., pag. 281.
(495) Thés.. 1522, lom.I, 577; Adv. Paris. Theoloçati., loin. Il, 193;Wc abrûg. mm., prit., liacl.
pourquoi ; si ce n'est que ce saint était Jacobin, et que Luther ne pouvait oublier les aigres disputes iju'il avait eues avec cet ordre. Quoiqu'il en soit, il ne sait, dit-il (494), si Thomas est damné ou sauvé, bien qu'assurément il n'eût pas fait d'autres vœux que les. autressaints religieux, qu'il n'eût pas dit uneautre Messe, et qu'il n'eût pas enseigné une autre foi.
Pour maintenant revenir à la Confession d'Augsbourg et à l'Apologie, l'article même de la Messe y passe si doucement (495), qu'à peine s'aperçoit-on que les protestants y aient voulu apporterdu changement. Ils commencent par se plaindre « du reproche injuste qu'on leur fait d'avoir aboli la Messe. On la célèbre, » disent-ils, « parmi nous avec une extrême révérence , et on y conservo presque toutes les cérémonies ordinaires. » Enelfet, en 1523, lorsque Luther réforma la Messe, et en dressa la formule (496) , il ne changea presque rien de ce qui happait les yeux du peuple. On y garda l'Introït , le Kyrie, la Collecte, l'Epître, l'Evangile, avec les cierges et l'encens, si l'on voulait, le Credo, la Prédication, les Prières , la Préface, le Sanctus, les paroles de la Consécration, l'Elévation, l'Oraison dominicale, VAgnus Dei, la Communion, l'Action de grâces. Voilà l'ordre de la Messe luthérienne, qui ne paraissait pas à l'extérieur fort différente de la nôtre : au reste, on avait conservé le chant, et même le chant en latin ; et voici co qu'on disait dans la Confession d'Augsbourg : « On y mêle avec le chant en latin, des prières en langue allemande, pour l'instruction du peuple. » On voyait dans celte Messe et les paiements et les habits sacerdotaux ; et on avait un grand soin de les retenir, comme il paraissait par l'usage, et par toutes les conférences qu'on fit alors (497). Bien plus, on ne disait rien contre l'oblation dans la Confession d'Augsbourg ;au contraire, elle est insinuée dans ce passage qui est rapporté de l'Histoire Tripartile : « Dans la ville d'Alexandrie , on s'assemble le mercredi et le vendredi, et on y fait tout le service, excepté l'oblation solennelle (498). »
C'est qu'on ne voulait pas faire paraître au peuple qu'on eût changé le service public. A entendre la Confession .d'Augsbourg, il semblait qu'on ne s attachât qu'aux Messes sans communiants, qu'on avait abolies, disaiton (499), à cause qu'on n'en célébrait presque plus que pour le gain; de sorte qu'à ne regarder que les termes de la Confession, on eût dit qu'on n'en voulait qu'à l'abus.
Cependant on avait ôté dans le canon de la Messe les paroles où il est parlé de l'oblation qu'on faisait à Dieu des dons proposés. Mais le peuple, toujours frappé au dehors des mèuies objets, n'y prenait pas gardo
ibid., 258, 259 ; De vol. mon., ibid., 271, 27S. |494| /'r<r/. adv Lotom., ibid., 245.
(495) Cap. De Miss.
(l9Gi Fortn Miss., loin. II.
(197) Chïtr., llisi. Conf. Aug.
f498) Coufess. Ai"j., cap. Oc miss., ibid. (499J Ibid.
PART. X. THEOL. POLEMIQUE. - II. HISTOIRE DES VARIATIONS
d'abord; el en tout cas, pour lui rendre ré changement supportable, on Insinuait que le canon n'était pas le même dans les Eglises : Que « celui des Grecs différait de celui des Latins , el même parmi les Latins celui de Milan d'avec celui de Home (500). u Voilà de quoi on amusait les ignorants : mais on ne
leur disait pas que ces canons ou ces liturgies n'avaient que des différences fort accidentelles; que toutes les liturgies convenaient unanimement de l'oblation qu'on faisait à Dieu des dons proposés, devant que de les distribuer: et c'est ce qu'on changeait dans la pratique sans l'oser dire dans la confession publique.
Mais pour rendre cette oblation odieuse, on faisait accroire à l'Eglise qu'elle lui attribuait « un mérite de remettre les péchés, sans qu'il fût besoin d'y apporter ni la loi, ni aucun lion mouvement: » ce qu'on répétait par trois lois dans la Confession <T Augsbourg ; et on ne cessait de l'inculquer dans [Apologie (501 J, pour insinuer que les Catholiques n'admettaient la .Messe que pour éteindre la piété.
On avait même inventé, dans la Confession d' Augsbourg, cette admirable doctrine des Catholiques, à qui on' faisait dire : « Que Jésus-Christ avait satisfait dans sa passion pour le péché originel, et qu'il avait institué la Messe pour les péchés mortels et véniels que l'on commettait tous les jours (502) : n comme si Jésus-Christ n'avait pas également satisfait pour tous les péchés; et on ajoutait, comme un nécessaire éclaircissement, « que Jésus-Christ s'était offert à la croix, non -seulement pour le péché originel, mais encore pour tous les autres (503) ; » vérité dont personne n'avait jamais douté. Je ne m'étonne donc pas que les Catholiques, au rapport même des luthériens, quand ils entendirent ce reproche, se soient comme récriés tout d'une voix ; Que jamais on avait ouï telle chose parmi eux (504). Mais il fallait faire croire au peuple, que ces malheureux papistes ignoraient jusqu'aux éléments du christianisme.
Au reste, comme les fidèles avaient bien avant dans l'esprit l'oblation faite de tout temps pour les morts, les protestants ne voulaient pas paraître ignorer ou dissimuler une chose si connue; et ils en parlèrent dans V Apologie en ces termes : « Quant à ce qu'on nousobjectede l'oblation pour les- morts, pratiquée par les Pères, nous avouons qu'ils ont prié pour les morts, et nous n'empêchons pas qu'on ne le fasse; mais nous n'approuvons pas l'application de la Cène de Notre-Seigneur pour les morts, en vertu de l'action, ex opère operato (505). »
Tout est ici plein d'artifice : car première-
ita
ment, en disant qu'ils n'empêchent pas celte prière ils l'avaient ôtée du canon, et en avaient effacé par ce moyen une pratique aussi ancienne que l'Eglise. Secondement, l'objection parlait de l'oblation, et ils répondent de la prière, n'osant faire voir au peuple que l'antiquité eût offert pour les morts; parce que c'était une preuve trop convaincante (pie l'Eucharistie profitait même à ceux qui ne recevaient pas la communion.
Mais les paroles suivantes de l'Apologie sont remarquables: « C'est à tort que nos adversaires nous reprochent la condamnalion d'Aérius, qu'ils veulent qu'on ait condamné à cause qu'il niait qu'on offrit la Messe pour les vivants et pour les morts. Voilà leur coutume de nous opposer les anciens hérétiques, et de comparer notre doctrine avec la leur. Saint Epiphane témoigne qu'Aérius enseignait que les prières pour les morts étaient inutiles. Nous ne soutenons point Aérius ; mais nous disputons avec vous qui dites, contre la doctrine des prophètes, des apôtresetdes Pères, que la Messe justifie les hommes en vertu de l'action, et mérite la rémission de la coulpe et de la peine aux méchants à qui on l'applique, pourvu qu'ils n'y mettent pas d'obstacle (506). » Voilà comme on donne le change aux ignorants. Si les luthériens ne voulaient point soutenir Aérius, pourquoi soutiennent-ils ce dogme particulier, que cet hérétique arien avait ajouté à l'hérésiearienne, qu'il ne fallait point prier ni offrir des ablations pour les morts. Voilà ce que saint Augustin rapporte d'Aérius, après saint Epiphane, dont il a fait un abrégé (507). Si on rejette Aérius, si on n'ose pas soutenir un hérétique réprouvé par les saints Pères, il faut rétablir dans la liturgie non-seulement la prière, mais encore l'oblation pour les morts.
Mais voici le grand grief de V Apologie : C'est dit-on, que saint Epiphane, en condamnant Aérius, ne disait pas comme vous, uque la Messe justifié les hommes en vertu de l'action, ex opère operato, et mérite la rémission de la coulpe et delà peine aux méchants à qui on l'applique, pourvu qu'ils n'y mettent point d'obstacle. » On dirait, à les entendre, que la Messe par elle-même vajusti lier tous les pécheurs pour qui on la dit, sans qu'ils y pensent : mais que sert d'amuser le monde ? la manière dont nous disons que la Messe profite même à ceux qui n'y pensent pas, jusqu'aux plus méchants, n'a aucune difficulté. Elle leur profite comme la prière, laquelle certainement on ne ferait pas pour les pécheurs les plus endurcis, si on ne croyait qu'elle pût obtenir de Dieu la grâce qui surmonterait leur endurcissement, s'ils
(500) Consul t. Luth. apud. Cliytr.; lltsi. Aug. (503) lbid.,10.
Conf., Ut. De cnn. (504) Chïtr., ffisl. Conf. Aug., Confia. Caillot.,
(501) Conf. Amj.. edil. Gen.. cap. De Miss., pag. cap. De Missa.
-'■}■. Apol., cap. De sacrum, ci sacnf. el de vocub. (505) Apol., cap. De vocub. Miss., pag. 274.
Miss., p. 209 el s.'ip (500) Itnd.
(502) Conf. Aug., in lib. Cône, cap. De Miss., (507) S. Atc, De Uœres., hœrés. 55, tom. \111; pa^. 25. Kpipii. , nacres. 75, ton). I.