QECYRES COMPL. DE BOSSUET. VIII
n'y résistaient, et qui souvent la leur obtient si abondante, qu'elle empêche leur résistance. C'est ainsi que l'oblation de l'Eucharistie profite aux absents, aux morts et aux pécheurs mêmes ; parce qu'en effet la consécration de l'Eucharistie, en mettant devant les veux de Dieu un objet aussi agréable que le corps et le sang de son Fils, emporte avec elle une manière d'intercession très-puissante, mais que trop souvent les pécheurs rendent inutile, par l'empêchement qu'ils mettent à son efhcaee.
Qu'y avait-il de choquant dans cette manière d'expliquer l'effet de la Messe ?Quant à ceux qui détournaient à un gain sordide une doctrine si pure, les protestants savaient bien que l'Eglise ne les approuvait pas : et pour les messes sans communiants, les Catholiques leur dirent dès lors ce qui a été confirmé a Trente, que si l'on n'y communie pas, ce n'est pas la faute de l'Eglise; puisqu'elle souhaiterait au contraire que les assistants communiassent à la Messe qu'ils entendent (SOS) : de sorte que l'Eglise ressemble à un riche bienfaisant, dont la table est toujours ouverte et toujours servie, encore que les conviés n'y viennent pas.
On voit maintenant tout l'artifice de la Confession d'Augsbourg touchant la Messe:
ne toucher guère au dehors ; changer le dedans, et même ce qu'il y avaitde plus ancien sans en avertir les peuples ; charger les Catholiques des erreurs les plus grossières, jusqu'à leur faire dire, contre leurs principes, que la Messe justifiait le pécheur, chose constamment réservée aux sacrements de baptême et de pénitence; et encore sans aucun bon mouvement afin de rendre l'Eglise et sa liturgie plus odieuses.
On n'était pas moins soigneux de défigurer les autres parties de notre doctrine, et particulièrement le chapitre de la prière des saints. « Il y en a. » dit Y Apologie (509), « qui attribuent nettement la diviniléaat >aints, en disant qu'ils voient en nous lessecrètes pensées de nos cœurs. » Où sont-ils ces théologiens qui attribuent aux saints devoir le secret des cœurs comme Dieu, ou de le voir autrement que par la lumière qu'il leur donne, comme il a fait aux prophètes, quand il lui a plu? « Ils font des saints, » disait-on (510j, «non-seulement des intercesseurs, mais encore des médiateurs de rédemption. Ils ont inventé que Jésus-Christ était [Jus dur, et les saints plus aisés à apaiser; ils se fient plus à la miséricorde des saints qu'à celle de Jésus-Christ: et fuyant Jésus-Christ, ils cherchent les saints. » Je n'ai pas besoin de justifier l'Eglise de ces abominables excès. Mais afin qu'on ne se doutât pas que ce ne fût là au pied de la lettre le sentiment catholique, « Nous ne parlons point encore, » ajoutait-on, » « des abus du peuple : nous parlons de l'opi-
(508) Chytr., Hist. Conf. Aug. , Conflit. Calli. cap. De .Vissa; Coiicïl. Tiid., sess. 22, cap. 6.
(509) Ad an. 21, cap. De iuvoc. SS., pag. 225.
(510) lbid., pag. 227.
(Ml) Ibid
(512) !bid., p. 223.
nion des docteurs.» Et un peu après (511) : «Ils exhortent à se fier davantageà la miséricorde des saints qu'à celle de Jésus-Christ. Ils ordonnent de se fier aux mérites des saints, comme si nous étions réputés justes à cause de leurs mérites, comme nous sommes réputés justes à cause des mérites de Jésus- Christ. «Après nous avoir imputé detels excès, on dit gravement : « Nous n'inventons rien : ils disent dans les indulgences, que les mérites des saints nous sont appliqués. » Il ne fallait qu'un peu d'équité pour entendre de quelle sorte les mérites des saints nous sont utiles ; et Bucer même, auteur non suspect, nous a justifiés du reproche qu'on nous faisait sur ce point.
Mais on ne voulait qu'aigrir et irriter les esprits. C'est pourquoi on ajoute encore : « De l'invocation des saints on est venu aux images. On les a honorées, et on pensait qu'il y avait une certaine vertu, comme les magiciens nous font accroire qu'il y en a dans les images des constellations, lorsqu'on les fait en un certain temps (512). » Voilà comme on excitait la haine publique. 11 faut avouer j oui tant qu'on n'en venait pas à bel excès dans la Confession d'Augsbourg, etqu'o ; n'y parlait pas même des images. Pour contenter le parti, il fallut dire dans Y Apologie quelque chose de plus dur. Cependant on se gardait bien d'y faire voir au peuple que ces prières adressées aux saints, afin qu'ils priassent pour nous, fussent communes dans l'ancienne Eglise. Au contraire, on en parlait comme d'une « coutume nouvelle, introduite sans le témoignage des Pères, et dont on ne voyait rien avant saint Grégoire (513), » c'est-à-dire avant le vu* siècle. Les peuples n'étaient pas encore accoutumés à mépriser l'autorité de l'ancienne Eglise, et la Réforme, timide encore, révérait les grands noms des Pères. Mais maintenant elle a endurci son front, elle ne sait plus rougir; de sorte qu'on nous abandonne le ivc siècle, et on ne craint pointd'assurer que saintBasile, saint Augustin, et en un mot tous les Pères de ce siècle si vénérable, ont avec l'invocation des saints établi dans la nouvelle idolâtrie le règne de l'Antéchrist (514).
Alors, et durant ie temps de la Confession d'Ai<<7s&oi<n/,lesprotestantsseglorifiaientd'avoir poureux les saints Pères, principalement dans l'article de la justification, qu'ils regardaient comme le plusessentiel : et non-seulemeni ils prétendaient avoir pour eux l'ancienne Eglise (515) ; mais voici encore comme ils finissaient l'exposition de leur doctrine : « Tel est l'abrégé de notre foi, où l'on ne verra rien de contraire à l'Ecriture, ni à l'Eglise catholique, ou même à l'Eglise romaine, autant qu'on la peut connaître par ses écrivains. Il s'agit de quelque peu d'abus qui
(513) Ibid., p. 223, 225, 229.
(514) Dall., De cuti. Latin. Joseph. Meda , in Comment. Apoc.;ivR., Ace. des proph.
(515) Conf. Aug., art. 21, eilit. Genev., pag. 22, 25, elc; Apol., Resp. adarg., pag. 141, etc.
i-, , PART. X. THEOL. POLEMIQUE. —
se sont introduits dans les Eglises sans aucune autorité certaine ; <'t quand il y aurait quelque différence, il la faudrait supporter, puisqu'il n'est pas nécessaire que les rites des Eglises soient partout les mêmes. »
Dans une autre édition (S16), on lit ces mois : « Nous ne méprisons pas le consentement de l'Eglise catholique, ni ne voulons soutenir les opinions impies et séditieuses qu'elle a condamnées ; car ce ne sont point îles passions désordonnées, mais c'est l'autorité de la parole de Dieu, et de l'ancienne Eglise, qui nousa poussés à embrasser cette doctrine, pour augmenter la gloire de Dieu, et pourvoir à l'utilité des bonnes âmes dans l'Eglise universelle.
On disait aussi dans ['Apologie, après y avoir exposé l'article de lajustification, qu'on tenait sans comparaison le principal. « Que l 'était la doctrine des prophètes, des apôtre.» et des saints Pères, de saint Ambroise, de saint Augustin, de la plupart des autres Pères et de toute l'Eglise, qui reconnaissaient Jésus-Christ comme propitiateur, et comme l'auteur de la justification; et qu'il ne fallait |>as prendre pour doctrine de l'Eglise romaine tout ce qu'approuvent le Pape, quelques cardinaux, évoques, théologiens ou moines (517) : >• par ou l'on distinguait manifestement les opinions particulières d'avec le dogme reçu et constant, où on taisait profession de ne vouloir point toucher.
Les peuples croyaient donc encore suivre en tout le sentiment des Pères, l'autorité de l'Eglise catholique, et même celle de l'Eglise romaine, dont la vénération était profondément imprimée dans tous les esprits.
Luther même, tout arrogant et tout rebelle qu'il était, revenait quelquefois à son bon sens, et il faisait bien paraître que cette ancienne vénération qu'il avait eue pour l'Eglise, n'était pas entièrement effacée. Environ l'an 153i, tant d'années après sa révolte, et quatre ans après la Confession d'Augsbourg, On publia son traité pour abolir la messe privée (518). C'est celui où il raconte son fameux colloque avec le prince des ténèbres. Là, tout outré qu'il était contre l'Eglise catholique, jusqu'à la regarder comme le siège de l'Antéchrist et de l'abomination, loin de lui ôter le titre d'Eglise par cette raison, il concluait, au contraire, « qu'elle était la véritable Eglise, le soutien et la colonne de la vérité, et le lieu trèssaint. Eu cette Eglise, » poursuivait-il, « Dieu conserve miraculeusement le baptême, le texte de l'Evangile dans toutes les langues, la rémission des péchés, et l'absolution tant dans la confession qu'en public ; le Sacrement de l'autel vers Pâques, et trois ou quatre fois l'année, quoiqu'on en ait arraché une espèce au peuple ; la vocation et l'ordination des pasteurs; la consolation dans l'agonie; l'image du crucifix, et en môme temps