‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 124 sur 325 · II. I1ISTOIRK DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

II. I1ISTOIRK DES VARIATIONS

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le ressouvenir de la mort et de 1a passion de Jésus-Christ; h' Psautier, l'Oraison dominicale, le Symbole, le Décalogue, plusieurs cantiques pieux on latin et en allemand. » Et un peu après : « Où l'on trouve ces vraies reliques des saints, là, sans doute, a été et est encore la sainte Eglise dc'Jésus- Christ, là sont demeurés les saints; car les institutions et lessacreinenlsde Jésus-Christ j sont, excepté une des espèces arrachée par force. C'est pourquoi il est certain que Jésus- Christ y a élé présent, et que son Saint-Esprit y conserve sa vraie connaissance, et la vraie loi dans ses élus. » Loin de regarder la croix, qu'on mettait entre les mains des mourants, comme un objet d'idolâtrie, il la regarde au contraire comme un monument de piété, et connue un salutaire avertissement, qui nous rappelait dans l'esprit la mort et la passion de Jésus-Christ. La révolte n'avait pas encore éteint dans son cœur ces beaux restes de la doctrine et de la piété de l'Eglise: et je ne m'étonne pas qu'à la tête de tous les volumes de ses oeuvres, on l'ait peint, avec son maître l'électeur, à genoux devant un crucifix.

Pour ce qu'il dit de la soustraction d'une des espèces, la Piéforme se trouvait fort embarrassée sur cet article; et voici ce qu'on en disait dans V Apologie : « Nous excusons l'Eglise, qui, ne pouvant recevoir les deux espèces, a souffert cette injure : mais nous n'excusons pas les auteurs de cette défense (519).»

Pour entendre le secret de cet endroit de V Apologie, il ne faut que remarquer un petit mot que Mélanchthon, son auteur, écrit à Luther, en le consultant sur cette matière, pendant qu'on en disputait à Augsbourg entre les Catholiques et les protestants. « Èckius voulait, « lui dit-il (520), « qu'on tint pour indifférente la communion sous une ou sous deux espèces. C'est ce que je n'ai pas voulu accorder : et toutefois j'ai excusé ceux qui jusqu'ici avaient reçu une seule espèce par erreur; car on criait que nous condamnions toute l'Eglise. »

Ils n'osaient donc pas condamner toute l'Eglise; la seule pensée en faisait horreur. C'est ce qui fait trouver à Mélanchthon ce beau dénouaient , d'excuser l'Eglise sur une erreur. Que pourraient dire de pis ceux qui la condamnent, puisque l'erreur dont il s'agit est supposée une erreur dans la foi, et encore une erreur tendante à l'entière subversion d'un aussi grand sacrement que ce-' lui de l'Eucharistie? Mais enfin on n'y trouvait point d'autre expédient; Luther l'approuva ; et pour mieux excuser l'Eglise, qui ne communiait que sous une espèce, il joignit la violence, qu'elle souffrait de ses pasteurs sur ce point, à l'erreur où elle était induite : la voilà bien excusée, et les promesses de Jésus-Christ, qui ne la devaient ja-

(516) Etlit. Gen. ail. paR. 22.

(.'illl Apol., Resp. ad arg., pag. 141. (518)Tracl. DeMissaptiv.,i. VI! , p. 256el seq.

(oiO) Cap. De utraque specie, 23S (5-20) Mel., lib. i, epist. 15.

mais abandonner, sauvées admirablement ]>ar cette méthode.

Les paroles de Luther dans la réponse à Mélanrhthon sont remarquables : Ils crient que nous condamnons toute l'Eglise. C'est ce qui frappait tout le monde. « Mais, » répondit Luther (521), « nous disons que l'Eglise oppressée, et privée par violence d'une des espèces, doit être excusée, comme on excuse la Synagogue de n'avoir pas observé toutes les cérémonies de la loi dans la captivité de Babylone, où elle n'en avait pas le pouvoir. »

L'exemple était cité bien mal à propos ; car enfin ceux qui tenaient la Synagogue captive n'étaient pas de son corps comme les pasteurs de l'Eglise, qu'on faisait ici passer pour ses oppresseurs, étaient du corps de l'Eglise. D'ailleurs, la Synagogue pour être contrainte au dehors dans ses observances, n'était pas pour cela induite en erreur, comme Mélanchlhon soutenait que l'Eglise privée d'une des espèces y élait induite; mais enfin l'article passa. Pour ne point condamner l'Eglise, on demeura d'accord de l'excuser sur l'erreur où elle était, et sur l'injure qu'on lui avait faite ; et tout le parti souscrivit à celle réponse de Y Apologie.

Tout cela ne s'accordait guère avec l'art. vu de la Confession d'Auysbourg, où il est porté : « Qu'il y a une sainte Eglise qui demeurera éternellement. Or l'Eglise c'est l'assemblée des saints, où l'Evangile est enseigné, et les sacrements administrés comme il faut. » Pour sauver celte idée d'Eglise, il ne fallait pas seulement excuser le peuple; niais il fallait encore que les sacrements fussent bien administrés par les pasteurs ; et si celui de l'Eucharistie subsistait sous une seule espèce, on ne pouvait plus faire subsister l'Eglise môme.

L'embarras n'était pas moins grand à en condamner la doctrine; et c'est pourquoi les protestants n'osaient avouer que leur confession de foi fût opposée à l'Eglise romaine, ou qu'ils se fussent retirés de son sein. Ils tâchaient défaire accroire, comme on vient de voir, qu'ils n'en étaient distingués que par certains rites et quelques légères observances. Et au reste, pour faire voir qu'ils prétendaient toujours faire avec elle un même corps, ils se soumettaient publiquement à son concile.

C'est ce qui parait dans la préface de la Confession d'Auysbourg, adresiée à Charles •V : « Votre Majesté impériale a déclaré qu'elle ne pouvait rien déterminer dans cette affaire, où il s'agissait de la religion ; mais qu'elle agirait auprè* du Pape pour procurer l'assemblée du concile universel. Elle réitéra l'an passé la même déclaration dans la dernière diète tenue à Spire, et a fait voir qu'elle persistait dans la résolution de procurer cette assemblée du concile général; ajoutant que les affaires qu'elle avait

(521) Resp. Luth, ad Met., tom. H: Sleid., lib. vu, Ht.

avec le Pape étant terminées, elle croyait qu'il pouvait être aisément porté à tenir un concile général(522). » On voit par là de quel concile on entendait parler alors; c'était d'un concile général assemblé par les papes; et les protestants s'y soumettent en ces lermes : « Si les affain s de la religion ne peuvent pas être accommodées à l'amiable avec nos parties, nous offrons en loute obéissance à Votre Majesté impériale de comparaître, et de plaider notre cause devant un tel concile général, libre et chrétien. » Et enfin : « (L'est à ce concile général, et ensemble à Votre Majesté impériale, que nous avons appelé et appelons, et nous adhérons à cet appel. » Quand ils parlaient de cette sorte, leur intention n'était pas de donner à l'empereur l'autorité de prononcer sur les articles de la foi ; mais en appelant au concile, ils nommaient aussi l'empereur dans leur appel, comme celui qui devait procurer la convocation de cette sainte assemblée, et qu'ils priaient en attendant de tenir tout en .suspens. Une déclaration si solennelle demeurera éternellement dans l'acte le plus authentique qu'aient jamais fait les luthériens, et à la tête de la Confession d'Auysbourg, en témoignage contre eux, et en reconnaissance de l'inviolable autorité de l'Eglise. Tout s'y soumettait alors; et ce qu'on faisait, en attendant sa décision, ne pouvait être que provisoire. 0:i retenait les peuples, et on se trompait peut-être soi-même par cette belle apparence. On s'engageait cependant, et l'horreur qu'on avait du schisme diminuait tous les jours. Après qu'on y fut accoutumé et que le parti se fut fortifié par des traités et par des ligues, l'Eglise fut oubliée, tout ce qu'on avait dit de son autorité sainte s'évanouit comme un songe, et le litre de concile libre et chrétien, dont on s'était servi, devint un prétexte pour rendre illusoire la réclamation au concile, comme on le verra par la suite.

Voilà l'histoire de la Confession d'Augsbourg et de son Apologie. On voit que les luthériens reviendraient de beaucoup de choses, et j'ose dire presque de tout, s'ils voulaient seulement prendre la peine d'en retrancher les calomnies dont on nous y charge, et de bien comprendre les dogmes où l'on s'accommode si visiblement à notre doctrine. Si l'on eût cru Mélanchlhon, on so serait encore approché beaucoup davantage des Catholiques; car il ne disait pas tout ce qu il voulait; et pendant qu'il travaillait à la Confession d'Auysbourg, lui-même en écrivant à Luther sur les articles de foi qu'il le priait de revoir : // les faut, iiit-il (523), changer souvent et les accommodera l occasion. Voilà comme on bâtissait cette célèbre confession de foi, qui est !e fondement de la religion protestante ; et c'est ainsi qu'on y traitait les dogmes. On ne permettait pas à Mélanchthon d'adoucir les choses autant qu'il

(582) Prœf. Conf. Aug., Concord., pag. 8, 9. 1,3*25) Lib. i, episl. 1.

133 PART. X. THEOL. POLEMIQUE. — II. HISTOIRE Hi:s VARIATIONS. 454

lo souhaitait •. « le changeais, » dit-il (534), ensemble, Oo voit dans les lettres qu'il lui

« tous les jours,et rechangeais quelque chose, écrit, qu'il na sava.il comme ni adoucir eet

et j't'ii aurais changé beaucoup davantage si esprit superbe ; quelquefois il entrait conli e

nos compagnons nous l'avaient permis. Mais, Mélanchthon dans une telle colère, qu'il ne

poursuivait-il, ils ne se mettent en peine de voulait peu même lire ses lettres ii>2ii). C'est

rien;» c'étail-a-dire, comme il l'explique eu vain qu'on lui envoyait îles messagers

partout, .que, sans prévoir ce qui pouvait exprès: ils revenaient sans réponse; elle

arriver, on ne songeai! qu'à pousser tout à malheureux Mélanchthon, qui s'opposait le

l'extrémité; c'est pourquoi on voyait ton- plus qu'il pouvait aux emportements de sou

jours Mélanchthon, comme il le confesse lui" maître et do sou parti, toujours pleurant et

mime (325), accable' de cruelle* inquiétudes, gémissant, écrivait luConfrssion d'Augsbourg

île toins infinis, d'insupportables regrets. Lu- avec ces contraintes. Hier le contraignait plus que tons les autres

(SU) Lib. iv, epist. 95. (526) Lit), i, epitl. il. (535) Ibid.

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