‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 125 sur 325 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Depuis l§30 jusqu'à 1537.

SOMMMHK. — Los ligues des protestants, et la résolution de prendre les armes autorisée par Luther. — Embarras de Mélancnlbon sur ces nouveaux projets, si contraires au premier plan. — Bccer déploie ses équivoques pour unir tout le parti protestant, et les sacramentaires avec les luthériens'. — Les iwingllens et Luther les rejettent également. — Buccr à la lin trompe Luther, en avouant que les indignes i eçotvcnt la vérité du corps. — Accord de Willenherg conclu sur ce fondement. — Pendant qu'on revieil! au gentiment de Luther, Mélanchthon commence à en douter, et ne laisse pas de souscrire tout ce que veut Luther. — ■ Articles de Smalcalde, et nouvelle explication de la présence réelle par Luther. — L'imitation de Mélanchthon sur l'article qui regarde le Pape.

Le décret de la diète d'Augsbourg contre christianisme; mais il n'y put pas durer

les protestants lut rigoureux. Gomme l'erâ- longtemps. Aussitôt après la diète (529), et

pereur y établissait une espèce de ligue dé- pendant que lesprotestantstravaillaîentàfor-

I msive avec tous les Elats catholiques cou- mer la ligue de Smalcalde, Luther déclara

tre la nouvelle religion , les protestants qu'encore qu'il eût toujours constamment

de leur côté songèrent plus que jamais enseigné jusqu'alors, « qu'il n'était pas

à s'unir enire eux; mais la division sur la permis de résister aux puissances légitimés,

Cène, qui avait si visiblement éclaté à la maintenant il s'en rapportait aux juriscon-

diète, était un obstacle perpétuel à la réu- suites, dont il ne savait pas les maximes,

nion de tout le parti. Le landgrave, peu quand il avait l'ait ses premiers écrits. Au

scrupuleux, lit son traité avec ceux de Bàle, reste, que l'Evangile n'était pas contraire

de Zurich et de Strasbourg. (327) .Mais Lu- aux lois politiques; et que dans un temps

tlier n'en voulait poini entendre parler; et si fâcheux on pourrait se voir réduit à des

l'électeur Jeau-F rideric demeura ferme à extrémités, où non-seulement le droit civil,

ne faire avec eux aucune ligue; ainsi, pour mais encore la conscience obligerait les li

accommoder cette affaire, le landgrave lit dèles à prendre les armes, et a se liguer

marcher limer, le grand négociateur de ce contre tous ceux qui voudraient leur faire la

temps pour les allaites de doctrine , qui guerre, et même contre l'empereur (530). » s'aboucha par son ordre avec Luther et avec La lettre que Luther avait écrite contre le

Zwingle. duc George de Saxe (531) avait déjà bien

lui ce temps un petit écrit de Luther mit montré qu'il n'était plus question, parmi les

en rumeur toute l'Allemagne. ÎNous avons siens, de cette patience évangéhque tant

vaque le grand succès de sa doctrine lui vantée dans leurs premiers écrits ; mais ce

avait fait croire que l'Eglise romaine allait n'était qu'une lettre écrite à un particulier.

tomber d'elle-même ; et il soutenait forte- Voici maintenant un écrit public, où Luther

ment alors, qu'il ne fallait pas employer les autorisait ceux qui prenaient les armes con-

artues dans l'affaire de l'Evangile, pas" môme tre le prince.

pour se défendre de l'oppression (528). Les Sinous en croyons Mêla nehlhon (832), Luluthériens sont d'accord qu'il n'y avait rien ther n'avait pas été consulté précisément de plus inculqué dans tous ses" écrits, que sur les ligues : on lui avait un peu pallié cette maxime, il voulait donner à sa nou- l'affaire; et cet écrit était échappé sans sa vells Eglise ce beau caractère de l'ancien participation. Mais, ou Mélanchlhon nedisait

(5-27) Recess. Aug . Su, m. I. vu, p. lit. [550) Ibid., I. vi i, 217.

^.">"2<S! Ci-dessus, liv. i, col. 5oi> ; liv. il, col. 565. (551) Gi-dcssus, liv. u, sol. 39â

(529) Sleid.. I. vu, mu. (552) Lib. iv, p. III.

pas tout ce qu'il savait; ou l'on ne disait pas tout à Mélanchthon. Il est constant par Sleidan (533), que Luther fut expressément consulté, et on ne voit pas que son écrit ait été publié par un aulre que par lui-ruème ; car aussi, qui l'eût osé faire sans son ordre? Cet écrit mit toute l'Allemagne en feu. Mélanchthon s'en plaignit en vain ; « Pourquoi,» dit-il (534), savoir répandu l'écrit par toute l'Allemagne? Et* fallait-il ainsi sonner le tocsin, pour exciter toutes les villes à faire des ligues?» Il avait peine à renoncer àcette belle idée de réformalion que Luther lui avait si bien soutenue, quand il écrivit au landgrave, « qu'il fallait plutôt tout souffrir, que de prendre les armes pour la cause de l'Evangile (535). » Il en avait dit autant des ligues que traitaient les protestants (536), et il les avait empêchées de tout son pouvoi.' au temps de la diète de Spire, où son | rince l'électeur de Saxe l'avait mené. « C'est mon sentiment, » dit-il (537), « que tous les gens de bien doivent s'opposer à ces ligues : » mais paratif il n'y eut pas moyen de soutenir ces beaux sentiments dans un tel parti. Quand on vit que les prophéties ne marchaient pas as^ez vile, et que le souille de Luther était trop faible pour abattre cette papauté tant haie, au lieu de rentrer en soi-même, on se laissa entraîner à des conseils plus violents. A la tin Mélanchthon vacilla; ce ne fut pas sans di>> peines extrêmes; et l'agitation où il paraît, durant qu'on tramait ces ligues,

l'ait pitié. Il écrit à son ami Camérarius

(538) : « On ne nous consulte plus tant sur la question, s'il est permis de se défendre en faisant la guerre ; il peut y en avoir de justes raisons. La malice de quelques-uns est si grande, qu'ils seraient capables de tout entreprendre s'ils nous trouvaient sans défense. L'égarementdes hommes estétrange et leur ignorance est extrême. Personne n'est plus touché de cette parole : Ne vous inquiète: pas, parce que votre l'ère céleste sait ce qu'il vous faut. [Mat th. m, 3î. 32.) On ne se croit point assuré, si on n'a de bonnes et sûres défenses. Dans cette faiblesse des esprits, nos maximes théologiques ne pourraient jamais se faire entendre. » Il fallait ici ouvrir les yeux, et voir que la nouvelle Réforme, incapable de soutenir les maximes de l'Evangile, n'était pas ce qu'il en avait pensé jusqu'alors. Mais écoutons la suite de la lettre. « Je ne veux, £ dit-il, « condamner personne, et je ne crois pas qu'il faille blâmer les précautions de nos gens, pourvu qu'on ne fasse rien de criminel; à quoi nous saurons bien pourvoir. » Sans doute, ces docteurs sauront bien tenir les soldats aimés, et donner des bornes à l'ambition des princes, quand il les auront engagés dans une guerre civile. Eh 1 Comment espérait-il empêcher les crimes durant celle guerre, si cette guerre elle-même, selon les maxi-

mes qu'il avait toujours soutenues, était un crime? Mais il n'osait avouer qu'on avait tort ; et après qu'il n'a pu empêcher les desseins de guerre, il se voit encore forcé à les appuyer de raisons C'est ce qui le fait soupirer. « Ah! » dit-il, « que j'avais bien prévu tous ces mouvements à Augsbourg 1 » C'était lorsqu'il y déplorait si amèrement les emportements des siens, qui poussaient tout à bout, et ne se mettaient, disait-il, en peine de rien (539). C'est pourquoi il pleurait sans tin ; et Luther, par toutes les lettres qu'il lui écrivait, ne pouvait le consoler. Ses douleurs s'accrurent quand il vit tant de projets de ligues autorisés par Luther même. Mais « enfin, mon cher Camérarius (c'est ainsi qu'il finit sa lettre), cette chose est toute particulière, et peut être considérée de plusieurs côtés : c'est pourquoi il

faut prier Dieu. »

Son ami Camérarius n'approuvait pas plus que lui, dans le fond de son cœur, ces préaratifs de guerre ; et Mélanchthon tâchait toujours de le soutenir le mieux qu'il pouvait; surtout il fallait bien excuser Luther. Quelques jours après la lettre que nous avons vue, il mande au même Caméraiius (5V0), « que Luther a écrit très-modérément et qu'on a eu bien de la peine a lui arracher sa consultation. Je crois, » poursuit-il, « que vous voyez bien que nous n'avons point de tort. Je ne pense pas que nous devions nous tourmenter davantage sur ces ligues; et, pour dire la vérité, la conjoncture du temps l'ait que je ne crois pas les devoir blâmer : ainsi revenons à prier Dieu. »

C'était bien fait. Mais Dieu se rit des prières qu'on lui fait pour détourner les malheurs publics, quana o i ne s'oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? quand on l'approuve et qu'on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance. Mélanchthon le sentait bien; et truublé de ce qu'il faisait, autant que de ce que faisaient les autres, il prie son ami de le soutenir : « Ecrivezmoi souvent, » lui dit-il, a je n'ai de repos que par vos lettres. »

Cefutdoncun pointrésoludans la nouve le Réforme, qu'on pouvait prendre, les armes, et qu'il fallait se liguer. Dans cette conjoncture, Bucer entama ses négociations avec Luther, et soit qu'il le trouvât porté à la paix avec les zwingliens par le désir déformer une bonne ligue, ou que par quelque autre moyen il ait su le prendre en bonne humeur, il en remporta de bonnes paroles. Il part aussitôt pour joindre Zwingle : mais la négociation fut interrompue par la guerre qui s'émut entre les cantons catholiques et les protestants. Les derniers, quoique plus forts, furent vaincus. Zwingle fut tué dans une bataille; et ce disputeur emporté sut montrer qu'il n'était pas moins hardi combattant. Le parti eut peine à dé-

(553) Sleid., liv.vm, p. tli

(534) Lib. iv, episi. III.

(535) Lib. in, epist. Ii>.

(536) Lib. iv, episl. 85, III.

(531 1 Ibid., episl. 85.

i'. 8 Ibid., episl I lu.

IÔ39) Ci- l< ssiis, liv. m, i ol, 540) Lib. iv, epist. il i.

•,-.7 PART. X. THEOL. POLEMIQI E.

rendre celte valeur!) contre-temps d'un pasteur ; el on ilisail pour excuse qu'il avait suivi l'armée protestante pour \ l'aire smi personnage de ministre, plutôt que relui de soldat [54 i i : mais enfin il étail constant qu'il s'était jeté bienavanl dans la râêlée, et qu'il \ était morl l'épée a la main. Sa mort lui suivie de celle d'OEcolampade. Lutherdit qu'il fui accablé des coups 'lu diable, dpnt il n'avait pu soutenir l'enorl (542) •. ci les autres, qu'il était morl de douleur, et n'avait pu résistera l'agitation que lui causaiehttantde troubles, Lu Allemagne, la paix de Nuremberg tempéra les rigueurs du 'U-cret .!.' la diète d'Augsbourg; mais les zwingliens furent en eptés de l'accord, non-seulement [•ai- les Catholiques, mais encore par les luthériens; c: l'électeur Jeau-F.rideric persistait invinciblement à les exclure do la ligue jusqu'à ce qu'ils tussent convenus avecLutherde l'article de la présence. Bucer poursuivait sa pointe sans • e rebuter, et par toute sorte de moyens il s'efforçait de surmonter cet unique obstacle tic la réunion du parti.

Se | r les uns les autres était une

chose jugée impossible et déjà vainement tentée à Marpourg. I.a tolérance mutuelle, en demeurant chacun dans ses sentiments, ait été rejetée avec inépris par Luther, et srsistait avec Mélanchthon à dire qu'elle taisait toit à la vérité qu'il défendait, il n'y avait donc plus d:autre expédient pour Bucer, que de se jeter dans des équivoques, et ifavouei la présence substantielle d'une manière u ;i laissât quelque échappatoire.

I.e i hemin par où il vint à un aveu si considérable est merveilleux. (Tétait un discours commun des sacramentaires, qu'il se fallait bien garder de mettre dans les sacrements de simples signes. Zwinglemême n'avait point lait de difficulté d'y reconnaître quelque chose de plus; et pour vérifier son discours, il sullisait qu'il y eût quelque promesse ■ e grâi c annexée aux sacrements. L'exemple du baptême le prouvait assez.

Mai- comme l'Eucharistie n'était pas seulement instituée comme un signe de 'a grâce, et qu'elle était appelée le corps et le sang, pour n'en être pas un simple signe, constamment le corps et !e sang y doivent être reçus. On dit donc qu'ils y étaient reçus par !a foi; c'était le vrai corps qui était reçu, car Jésus-Christ n'en avait pas deux. Quand on en fut venu a dire qu'on recevait par la foi le vrai corps de Jésus- Christ, on dit qu'on en recevait la propre substance. Le recevoir sans qu'il fut.pres.cnt n'était pas chose imaginable. Voilà donc, disait Bucer, Jésus-Christ substantiellement présent. Il n'était plus besoin de parler de la foi et il suilisait de la sous-entendre. Ainsi Bucer avoua dans l'Eucharistie, absolument et sans restriction, la présence réelle et substantielle du corps et du sang de Notre- Seigneur, encore qu'ils demeurassent uni-

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