INSTRUCTION
Donnée au docteur Martin Bucer, par Philippe landgrave de liesse, sur les choses qu'il doit demander instamment aux docteurs Martin Luther et Philippe Mélanchlhon; ci ensuite, si ceux-ci le jugent à propos, à l'électeur de Saxe.
I. Il commencera parleur souhaiter de ma part toute sorte de biens el de prospérités, et leur témoignera combien je serai ravi d'apprendre qu'ils sont en bonne santé de corps et d'esprit. Ensuite, il leur dira que depuis la dernière maladie que I) eu m'a envoyée, j'ai beaucoup réfléchi sur mon état , et principalement sur ce que peu de temps après mon mariage, je me suis plongé dans l'adultère et la fornication; et que mes pasteurs m'ayant souvent exhorté à m'approclier de 1a sainte lable , je n'ai pas cru devoir le faire depuis quelques années, à cause de ma vie déréglée. Comment, en effet , pourrais-je en conscience m 'asseoir à la lable du Seigneur, pendant que je ne veux point quilter ce genre de vie? Je sais qu'en le faisant, bien loin de remplir le devoir de Chrétien, j'encourrais la juste vengeance du Seigneur. D'ailleurs, j'ai lu dans plusieurs endroits de saint Paul, qu'aucun fornicateur el adultère ne possédera le royaume de Dieu. Etant donc pleinement convaincu que, tandis que je n'aurai poinl d'autre femme que la mienne, je ne pourrai, de ma vie. m'abslenir de la fornication, de la luxure et de l'adultère, et me corriger de ces vices, il s'ensuit évidemment que je n'ai rien autre chose à attendre que le bannissement du royaume de Dieu, et la damnation éternelle. Voici pourquoi je ne puis, avec la femme que j'ai, m'abslenir de
semblables.
II. Premièrement, quand je l'épousai , je n'avaisaucun goùl, aucune inclination pour elle; les ullicieis de la cour, les daines qui sont à son service, cl plusieurs autres, connaissent son humeur ditlicile, son caractère peu aimable; savent qu'elle sent mauvais, et que quelquefois elle boit avec excès. J'ai peine à m'expliquer sur ces choses, que j'ai pourtant découvertes a Ducer.
III. Secondement, les médecins savent que je suis d'une comptes ion vigoureuse. Or, étant souvent obligé de me trouver aux assemblées de l'Empire, où l'on fait bonne chère, il est aisé de voir que je ne puis m'y passer d'une femme : et que d'en atuc-
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