‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 138 sur 325 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

rte'eitvles variations et de In Réforme d'Angleterre sous Henri Mil, depuis l'an 1529 jusqu'n 15V7; et sous Edouard VI depuis 15V7 jusqu'à 1553, avec la suite de l'histoire ds Cranmer jusqu'à sa mort en 155C.

SOMMAIRE. — La Réformation anglicane, condamnable par L'histoire même de M. Rurnet. de Henri VIH. — Son emportement contre le Sainl-Siése. — Sa primauté ecclésiastique. ■

— Le divorce îporlement contre le Saint-Siège. — Sa primauté ecclésiastique. — Principes et suites de ce dogme. — Hors ce point, la foi catholique demeure en son entier. — Décision de foi de Henri. — Ses six articles. — Histoire de Thomas Cranmer, archevêque de Cantorbéri, auteur de la Information anglicane; ses lâchetés, sa corruption, son hypocrisie. — Ses sentiments honteux sur la hiérarchie. — La conduite des prétendus réformateurs, et en particulier celle de Thomas Cromwel, vice gérant du roi au spirituel. — Celle d'Anne de Boulen, contre laquelle la vengeance divine se déclare. — Prodigieux aveuglement de Henri dans tout le cours de sa vie. — Sa mort. — La minorité d'Edouard VI, son fils. — Les décrets de Henri sont changés. — La primauté ecclésiastique du roi demeure seule. — Elle est portée à des excès, dont les protestants rougissent. — La réformation de Cranmer appuyée sur ce fondement. — Le roi regardé comme l'arbitre de la foi. — L'antiquité méprisée. — Continuelles variations. — Mort d'Edouard VI. — Attentat de Cranmer et des autres contre la reine Marie, sa sœur. — La religion catholique est rétablie. — Honteuse lin de Cranmer. — Quelques remarques particulières sur l'histoire île M. Barnet. et sur la Réformation anglicane.

La mort de Luther fut bientôt suivie d'une autre mort, qui causa de grands changements dans la religion. Ce fut celle de Henri VIII, qui, après avoir donné de si belles espétances dans les premières années de son règne, fit un si mauvais usage des rares qualités d'esprit et de corps que Dieu lui avait données. Personne n'ignore les dérèglements de ce prince, ni 1 aveuglement où il tomba par ses malheureuses amours , ni combien il répandit de sang dejruis qu'il s'y fut abandonné, ni les suites effroyables de ses mariages, qui presque tous furent funestes à celles qu'il épousa. On sait aussi à quelle occasion de prince très-catholique il se fit auteur d'une nouvelle secte, également détestée par les catholiques, parles luthériens et par les sacramentatres. Le Saint-Siège ayant condamné le divorce qu'il avait fait, après vingt-cinq ans de mariage avec Catherine d'Aragon veuve de son frère Art h us, et le mariage qu'il contracta avec Anne de Boulen, non-seulement il s'éleva contre l'autorité du Siège qui le condamnait, mais encore, par une entreprise inouïe jusqu'alors parmi les Chrétiens, il se déclara -•hçi'de l'Eglise anglicane, tant au spirituel .qu'au temporel , et c'est par là que commence la Réformation anglicane, dont on nous a donné depuis quelques années une histoire si ingénieuse, et en même temps si pleine de venin contre l'Eglise catholique.

Le docteur Gilbert Burnet, qui en est

l'auteur, nous reproche dès sa préface, « dans toute la suite de son histoire, d'avoir tiré beaucoup d'avantage de la conduite de Henri VIII et des premiers réformateurs de l'Angleterre. Il se plaint surtout de Sanderus, historien catholique, qu'il accuse d'avoir inventé des faits atroces, afin de rendre odieuse la Réformation anglicane. Ces plaintes se tournent ensuite contre nous et contre la doctrine Catholique. « Une religion, ditil (766), fondée sur la fausseté, et élevée sur l'imposture, peut se soutenir par les mêmes moyens qui lui ont donné naissance. » 11 pousse encore plus loin cet outrageux discours : « Le livre de Senderus peut bien=êtrc utile à une Eglise qui jusqu'ici ne s'est agrandie que par des faussetés et des tromperies publiques. » Autant que sont noires les couleurs dont il nous dépeint, autant sont éclatants et pompeux les ornements dont il pare son Eglise. * La réformation,» poursuitil, « a été un ouvrage de lumière ; on n'a pas besoin du secours îles ombres pour en relever l'éclat : et si l'on veut faire son apologie, il suffit d'écrire son histoire. «Voilà de belles paroles ; et on n'en emploierait |>as de plus magnifiques, quanti môme dans les changements de l'Angleterre on aurait à nous faire voir la môme sainteté qui parut dans le christianisme naissant. Considérons donc, puisqu'il le veut, cette histoire qui justifie la réformation |»arsa seule simplicité. Nous n'avons |>as besoin d'un Saoderus ; M. Bur-

(766) Rc/iil. de Sa»d., lom. I, pag. hio

PART. X. TIIEOfi. l'ULKMIQUft. — II. HISTOIRE 1>ES VARIATIONS.

nui nous sudii pour bien entendre ce que c'est que cet ouvrage de lumièro ; et la seule suite îles faits rapportés par cet adroit» défenseur de la réformation anglicane, suffit pour nous en donner une juste idée. (Jue si l'Angleterre y troa*e»des marques sensibles ils- l'aveuglement que Dieu répand quelquefois sur les rois ut sur les peuples, quelle ne- s'en prenne pas àiuoi, puisque je ne fais que suivre une histoire que son parlement en corps a honorée d'une approbation si authentique (767); mais qu'elle adore les jugements cachés de Dieu, qui n'a laissé aller les erreurs de cette savante et illustre nation jusqu'à un excès si visible, qu'atin de lui donner de plus faciles moyens de se reconnaître.

Le premier lait important que je remarque dans M. Rurnct, est celui qu'il avance dès sa préface, et qu'il t'ait paraître ensuite dans tout son livre : c'est lorsque Henri VIII commença la réformation, « il semble qu'il ne songeait en tout cela qu'à intimider la cour de Rome, et à contraindre le Pape de le satisfaire : car dans son cœur il crut toujours les opinions les plus extravagantes do l'Eglise romaine, telles que sont la transsubstantialion, et les autres corruptions du sacrilice de la Messe : ainsi il mourut plutôt dans cette communion, que dans celle des protestants, «Quoi qu'en dise M. Rurnet , nous n'accepterons pas la communion de ce prince, qu'il semble nous offrir ; et puisqu'il îe rejetto de la sienne, il résulte d'abord de ce fait, que l'auteur de la réformation angluane, et celui qui, à vrai dire, en a posé le véritable fondement dans la haine qu'il a inspirée contre le Pape et contre l'Eglise romaine, est un homme également rejeté et anatliématisé de tous les partis.

Ce qu'il y, a. ici de plus remarquable, c'est que ce prince ne s'est pas contenté de croire en son cœur et de professer de bouche tous ces points de croyance, que M. Rurnet appelle les plus grandes et les plus extravagantes de nos corruptions : il les a données pour loi à toute l'Eglise anglicane, en sa nouvelle qualité de chef souverain de cette Eglise sous Jésus-Christ. l\ les a fait approuver par tous les évoques et par tous les parlements, c'est-à-dire par tous les tribunaux, où consiste encore à présent, dans la réformation anglicane,, le souverain degré de l'autorité ecclésiastique. 11 les a fait souscrire et mettre en pratique par toute l'Angleterre, el en particulier par les Cromwcl , par les Cranmer, et par tous les autres héros de M. Rurnet, qui, luthériens ou zwingliens dans leur cœur, et désirant d'établir le nouvel Evangile, assistaient néanmoins à l'ordinaire à la Messe, comme au culte public qu'on rendait à Dieu, ou la disaient eux-mêmes, et en un mot, pratiquaient tout

le reste de la doctrine et du service reçu dans l'Eglise, malgré leur religion et leur conscience.

Thomas Cromwel fut celui que le roi établit son vicaire général au spirituel en 1535, incontinent après sa condamnation , et qu'en 1536 il fit son vice-gérant dans sa qualité de chef souverain do l'Eglise (708) : par ou il le mit à la tète de toutes les all'aires ecclésiastiques et de tout l'erdre sacré, quoiqu'il lût un simple laïque, et qu'il soit toujours demeuré tel. On n'avait point encore trouvé cette dignité dans l'état des charges de l'Angleterre, ni dans la notice des offices de l'Empire, ni dans aucun royaume chrétien ; et Henri YTI1 lit voir pour la première fois à l'Angleterre et au monde chrétien un milord vice-gérant, et un vicaire général du roi au spirituel.

L'intime ami de Cromwel, et celui qui conduisit ledessein.de la réformation anglicane, fut Thomas Cranmer, archevêque de Cantorbéry. C'est le grand héros de M. Rurnet. Il abandonne Henri V11I, dont les scandales el les cruautés sont trop connus. Mais il a bien vu qu'en faire autant de Cranmer, qu'il regarde comme l'auteur de la réformation, ce serait nous donner d'abord ujie trop mauvaise idée de tout cet, ouvrage. Il s'étend donc sur les louanges de ce prélat; et, non content d'en admirer partout la uio,dération, la piété et la prudence, il ne craint point de le faire autant ou plus irrépréhensible que saint Athanase et saint Cyrille, et d'un si rare mérite, que jamais peut-être pr-é^ lut de l'Eglise n'a eu plus d'excellentes qua-. lités, et moins de défauts (709).

11 est vrai qu'il ne faut pas compter beaucoup sur les louanges que M. Rurnet donne aux héros de la Réforme; témoin celles qu'il a données à Montluc, évêque de faïence. « C'était,» dit-il (770), « un des plus sages ministres de son siècle, toujours modéré dans les délibérations qui regardaient la cous-. cience,ce qui le fit soupçonner d'ôtre hérétique. Toute sa vie a les caractères d'un grand homme; et l'on n'y saurait guère blâmer que l'attachement inviolable qu'il eut durant, tant données pour la reine Catherine de Médicis. » Le crime sans doute était médiocre, puisqu'il devait tout à cette princesse qui d'ailleurs était sa reine, femme et mère de ses rois, et toujours unie avec eux; de sorte que ce prélat, à qui on ne peut guère reprocher que d'avoir été fidèle à sa bienfaitrice, doit être, selon M. Rurnet, un des hommes de son siècle les plus élevés au-dessus de tout reproche. Mais il ne faut pas prendre au |iied de la lettre les éloges que ces réformés donnent aux héros de leur secte. Le même M. Rurnet, dans le même livre où il relève Montluc par cette belle louange, en

(707) Exlr. des reg. de la chamb. des sciyu. des comm. du 5 janvier 1681, à la tcie du loin. de VHist. de Buinct.!

(768) Born., HisL, loin. I, p. -211.

(769) Pré(. sur latin.

(770) l'art. H, liv. i, p. 128.

,'!ar!c ainsi : « Cet évoque a été célèbre, mais il a eu ses défauts (771). » Après ce qu'il en a '.lit, ori doit croire que ces défauts seront légers : mais qu'on achève, et on trouvera que ces défauts qu'il a eus, c'est seulement ffe s'être efforcé de corrompre la plie d'un seidrieur d'Irlande qui l'avait reçu dans sa maison; c'e.^t d'ït.voir eu avec lui une courtisane anglaise qu'il entretenait; c'est que cette malheureuse avant bu sans réflexion le précieux baume dont Soliman aY8.lt fait présent à ce prélat, « il en fut outré dans un tel ex- <ès, que ses iris réveillèrent tout le monde dans la maison, où l'on fut aussi témoin de ses emportements et de son incontinence. » Voilà les petits défauts d'un prélat dont toute la vie a les caractères d'un grand homme. La Réforme, ou peu délicate en vertu, ou indulgente envers ses héros, leur pardonne facilement de semblables abominations ; et si , pour avoir eu seulement une légère teinture de réformation, Montlue, malgré de tels crimes, est un homme presque irréprochable , il ne faut pas s'étonner que Cranmer, un si grand réformateur, ait pu mériter tant de louanges.

Ainsi, sans dorénavant nous laisser surprendre aux éloges dont M. Burnet relève ses réformés, et surtout Cranmer, faisons l'histoire de ce prélat sur les faits qu'en a rapportés cet historien, qui est son perpétuel admirateur, et voyons en môme temps dans quel esprit la information a été conçue.

Dès l'an 1529, Thomas Cranmer s'était mis à la tête du parti qui favorisait le divorce avec Catherine, et le mariage que le roi avait résolu avec Anne de Boulen (712). En 1530, il lit un livre <ontre la validité du mariage de Catherine ; et on peut juger de l'agrément qu'il trouva auprès d'un prince dont il flattait la passion dominante. On commença dès lors à le regarder à la cour comme une espèce de favori, qu'on croyait devoir succéder au crédit du cardinal de Volsey. Cranmer était dès lors engagé dans les sentiments de Luther (773), et, comme dit M. Burnet, il était le plus estimé de ceux qui les avaient embrassés (77i). « Anne de Boulen, » poursuit col auteur, « avait aussi reçu quelque teinture de cette doctrine. » Dans la suite il la fait paraître tout à fait liée au sentiment de ceux qu'il appelle les réformateurs. Il faut toujours entendre par ce mot les ennemis ou cachés ou déclarés de la Alesse et de la doctrine catholique. « Tous :eux du même parti, >>ajoute-t-il t775), « se déclaraient pour le divorce. » Voilà les secrètes liaisons de Cranmer et de ses adhérents avec la maîtresse de Henri : voilà les foudements du crédit de ce. nouveau confident, et les commencements de la Réforme d'Angleterre. Le malheureux prince, qui ne savait rien de ces liaisons ni deces desseins,

se liait lui-même insensiblement avec les ennemis de la foi qu'il avait jusqu'alors si bien défendue; et par leurs trames secrètes, il servait sans y penser au dessein de la détruire.

Cranmer fut envoyé en Italie et à Rome pour l'atfaire du divorce; et il y poussa si loin la dissimulation de ses erreurs, que le Pape le fit son pénitencier (776): cequi montre qu'il était prêtre. Ilaccepia cette charge, tout luthérien qu'il était. De Rome il passa en Allemagne , pour y ménager les protestants ses bons amis : et ce fut alors qu'il épousa la sœur d'Osiandre. On dit qu'il l'avait séduite, et qu'on le contraignit de l'épouser (777); mais je ne garantis pointées faits scandaleux, jusqu'à ce que je les trouve bien avérés par le témoignage des ameurs du parti , ou en tout cas non suspects. Pour le mariage, le fait est constant. Ces messieurs sont accoutumés, malgré les

canons et malgré la profession de la continence , à tenir de tels mariages pour honnêtes. Mais Henri n'était pas de cet avis , et il détestait les prêtres qui se mariaient. Cranmer avait déjà été chassé du collège de Christ à Cambridge , à cause d'un premier mariage. Le second, qu'il contracta dans la prêtrise , lui eût fait de bien plus terribles affaires; puisque même , selon les canons, il eût été exclu de ce saint ordre par un second mariage, quand il eût été contracté devant la prêtrise. Les réformateurs se jouaient en leur cœur et des saints canons, et de leurs vœux; mais, par la crainte de Henri , il fallut tenir ce mariage fort caché : et ce grand réformateur commença par tromper son maître dans une matière si importante.

Pendant qu'il était en Allemagne en l'an 1533, l'archevêché de Cantoi béry vint à vaquer par la mort de Yarham. Le roi d'Angleterre y nomma Cranmer : il l'accepta. Le Pape, qui ne lui connaissait aucune autre erreur que celle de soutenir la nullité du mariage de Henri , chose alors assez indécise , lui donna ses bulles (778): Cranmer les reçut , et ne craignit pas de se souiller en recevant , comme on parlait dans le parti, le caractère de la bête.

A son sacre, et devant que de procéder à l'ordination , il fit le serment de fidélité qu'on avait accoutumé de faire au Pape depuis quelques siècles. Ce ne fut pas sans scrupule, à ce que dit M. Burnet; mais Cranmer étaitun homme d'accommodement:

il sauva tout, en protestant que par ce serment il ne prétendait nullementse dispenser de son devoir envers sa conscience , envers le roi et l'Etat: protestation en elle-même fort inutile; car qui de nous prétend s'engager par ce serment à rien qui soit contraire à sa conscience, ou au service du roi

(771) Bob»., pari. 2, 1.

(772i Tom. I. liv. ,. p (77.Î) Ibid., 152.

:~n\\ Ibid., 15o.

(77.r>) Ibid.

(776) ibid., 156, tii.

(777) /Aid., 145.

(778) !bid., 180.

PART. X. THEOL. POLEMIQUE. — II. HISTOIRE OiiS VARIATIONS.

et do son Etat? Loin qu'on prétende préjudicier h ces choses , il est même exprimé dans ce serment , qu'on lo fait sans préju- (lice des droits de son ordre, salro online meo (779). La soumission qu'on jure un Pape pour le spirituel , est d'un aulre ordre que celle qu'on doit naturellement à son prince pour le temporel: et, sans protestation, nous avons toujours bien entendu que l'une u'flpporto point de préjudice a l'autre. Mais enfin , ou ce serment est une illusion, ou il oblige à reconnaître la puissance spirituelle du Pape. Le nouvel archevêque la reconnut donc, quoiqu'il n'y crût pas. M. lîunict avoue que cet expédient était peu conforme à la sincérité de' Cranmer (780): et, pour adoucir comme il peut une si. criminelle dissimulation , il ajoute un peu après: <t Si cette conduite ne fut pas suivant les règles les plus austères de la sincérité , du moins on n'y voitaucune supercherie. «Qu'appellct-on donc supercherie? et y en a-t-ilde plus grande que de jurer ee qu'on ne croit pas, et se préparer des moyens d'éluder son serment par une protestation conçue en termes si vagues ? Mais M. Burnet ne nous dit pas que Cranmer , qui fut sacré avec toutes les cérémonies du Pontifical, outre ce serment dont il prétendait éluder la force, fit d'autres déclarations contre lesquelles il ne réclama pas: comme de « recevoir avec soumission les traditions îles Pères, et les constitutions du Saint-Siège apostolique; de rendre obéissance à saint Pierre en la personne du Pape , son vicaire , et de ses successeurs, selon l'autorité canonique; de garder la chasteté (781): » ce qui, dans le dessein de l'Eglise , expressément déclaré dès le temps qu'on y reçoit le sous-diaconat, emportait le célibat et la continence. Voila ce que M. Burnelne nous dit pas. Il ne nous dit pas que Cranmer dit la Messe selon la coutume avec son consacrant. Cranmer devait encore protester contre cet acte , et contre toutes les Messes qu'il dit en officiant dans son église; du moins durant tout le règne de Henri VIII, c'est-à-dire trente ans entiers. M. Burnet ne nous dit pas toutes ces belles actions de son héros. 11 ne nous dit pas qu'en faisant des prêtres, comme il en fit sans doute durant tant d'années, étant archevêque , il les fit selon les termes du Pontifical, où Henri ne changea rien, non plus qu'à la Messe. 11 leur donna donc le pouvoir de changer par leur sainte bénédiction le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ , et d'offrir le sacrifice , et de dire la Messe tant pour les vivants que pour les morts (782). » II eût été bien plus important de protester contre tant d'actes si contraires au luthéranisme , que contre le serment d'obéir au Pape. Mais c'est que Henri V11I , qu'une protestation contre la primauté du Pape n'offensait pas, n'aurait

pas SÔuffePt les autres: c'est pourquoi Cranmer dissimule. Le voilà tout ensemble luthérien, marié , cachant son mariage, archevôque selon le Pontifical romain, soumis au Pape, dont en son cœur il abhorrait la puissance, disant la Messe qu'il no croyait pas , et donnant pouvoir de la dire , et néanmoins, si Ion M. Burnet, un second Athanase , un second Cyrille , un des plus parfaits prélats qui fût jamais dans l'Eglise. Quelle idée nous veut-on donner , non-seulement de saint Athanase et de saint Cyrille, mais encore de saint Basile , do saint Ambroise , de saint Augustin , et en un mot de tous les saints , s'ils n'ont rien de plus excellent ni de moins défectueux qu'un homme qui pratique durant si longtemps ce qu'il croit être le comble de l'abomination et du sacrilège? Voilà comme on s'aveugle dans la nouvelle Réforme, et comme les ténèbres, dont l'esprit des réformateurs a été couvert, se répandent encore aujourd'hui sur leurs défenseurs.

M. Burnet prétend que son archevêque lit ce qu'il put pour ne pas accepter cette éminenle dignité, et il admire sa modération. Pour moi , je veux bien ne pas disputer aux plus grands ennemis de l'Eglise certaines vertus morales, qu'on trouve dans les philosophes et dans les païens, qui n'ont été . dans les hérétiques, qu'un piège de Satan nour prendre les faibles , et une partie de l'hypocrisie qui les séduit. Mais M. Burnet a trop d'esprit pour ne pas voir que Cranmer, qui avait pour lui Anne de Boulen, dont le roi était si épris, qu'il faisait tout ce qu'il fallait pour favoriser les nouvelles amours de ce prince , et qui , après s'être déclaré contre le mariage de Catherine, se rendait si nécessaire pour le rompre, sentait liien que Henri ne se pouvait jamais donner un plus honorable archevêque ; de sorte que rien ne lui était plus aisé que d'avoir l'archevêché en le refusant, et de joindre à l'honneur d'une si grande prélature celui de la modération.

En effet , dès que Cranmer y fut élevé, il commença à travailler dans le parlement à déclarer "la nullité du mariage. Dès l'année d'auparavant, c'est-à-dire en 1532, le rci avait déjà épousé Anne de Boulen en secret: elle était grosse , et il était temps d'éclater (783). L'archevêque , qui n'ignorait pas ce secret , se signala en cette rencontre (784), et témoigna beaucoup de vigueur à flatter le roi. Par son autorité archiépiscopale, il lui écrivit une grave lettre sur son mariage incestueux avec Catherine (785): mariage, disait-il, qui scandalisait tout le monde; et lui déclarait que , pour lui, il n'était pas résolu à souffrir davantage un si grand scandale. Voilà un homme bien courageux , et un nouveau Jean-Baptiste. Là-dessus il cite

(779) Pont. Rom. in consec. epiir.

(780) Burn., tom.I, liv. ii, p 190.

(781) Pont. Rom. in cotisée, epite.

(782) Pont. Rom. in ord. presbyt.

(785) Bijhn., t. I, liv. ii, p. 191.

(784) Ibid., 180.

(785) Ibid., 193.

OEUVRES COMPLETES LE BOSSl'ET.

le roi el la reine devant lui: on procède. La reine ne comparait pas ; l'archevêque, par contumace , déclara le mariage nul dès le commencement, et n'oublia pas , dans sa sentence, de prendre la qualité de légat du Saint-Siège , selon la coutume des archevêques de Cantorbéry. M. Burnet insinue qu'on crut par là donner plus de force à la sentence; c'est-à-dire que l'archevêque, qui en son cœur ne reconnaissait ni le Pape, ni le Saint-Siège, voulait , pour l'amour du roi, prendre la qualité la plus favorable à autoriser ses plaisirs. Cinq jours après il approuva le mariage secret d'Anne de Boni en, quoique l'ait avant la déclaration de la nullité de celui de Catherine, et l'archevêque continua une procédure si irrégulière.

On sait assez la sentence définitive de Clément VU contre le roi d'Angleterre. Elle suivit de près celle que Cranmeravait donnée en sa faveur. Henri , qu'on avait flatté de quelque espérance du côté de la cour de Borne, s'était de nouveau soumis à la décision du Saint-Siège, même depuis le jugement de l'archevêque. Je n'ai pas besoin de raconter jusqu'à quel excès de colère il tut transporté-; et Al. Burnet avoue lui-même qu'il ne garda aucune mesure dans son ressentiment (786). Dès là il commença à pousser à l'extrémité sa nouvelle qualité de chef souvrrain de l'Eglise anglicane, sous Jésus- Christ.

Ce (ut alors que l'univers déplora le supplice des deux plus grands hommes d'Angleterre en savoir et en piété ; Thomas Morus, grand chancelier , et Fischer, évoque de Bochester. M. Burnet en gémit lui-même, et regarde la fin tragique de ces deux grands hommes comme une tache à la vie de llenri (787).

Ils furent les deux plus illustres victimes de la primauté ecclésiastique. Morus, pressé de la reconnaître, fit cette belle réponse : Qu'il se délierait de lui-même s'il était seul contre tout le parlement; mais que, s'il avait contre lui le grand conseil d'Angleterre, il avait pour lui toute l'Eglise, ce grand conseil des Chrétiens (788). La fin de Fischer ne fut pas moins belle ni moins chrétienne.

Alors commencèrent les supplices indifféremment contre les Catholiques et les protestants; et Henri devint le plus sanguinaire de tous les princes, Mais la date est remarquable. « Nous ne voyons nullement, » dit M. Burnet, « que la cruauté lui ait été naturelle ; il a régné, poursuit-il, vingt-cinq ans sans faire mourir autre personne pour crime d'Etat, » que deux hommes dont le supplice ne peut lui être reproché. Dans les dix dernières années de sa vie, il ne garda, » dit le même auteur, « aucunes mesures dans ses exé-

cutions (789). M. Burnet ne veut ni qu'on l'imite, ni aussi qu'on le condamne avec une extrême rigueur; mais nul ne le condamne plus rigoureusement que M, Burnet luimême. C'est lui qui parle ainsi de ce prince (790) : nll fit des dépenses excessives, qui l'obiigerent à fouler ses peuples ; il extorqua du parlement) par deux fois, un acquit de toutes ses dettes ; il falsifia sa monnaie, et commit bien d'autres actions indignes d'ut) roi. Son esprit chaud et emporté le rendit sévère et cruel; il fit condamner à mort un bon nombre de ses sujets, pour avoir nié sa primauté ecclésiastique, entre autres Fischer et Morus, dont le premier était fort vieux, et l'autre pouvait passer pour l'honneur de l'Angleterre, soit en probité ou en savoir. » Ou peut voir le reste dans la Préface de M. Burnet ; mais je ne puis oublier ce dernier trait : « Ce qui mérite le plus de blâme, c'est, »dit-il, «qu'il donna l'exemple pernicieux de fouler aux pieds la justice, et d'opprimer l'innocence, eu faisant juger des personnes sans les entendre. » M. Burnet veut avec tout cela que nous croyions, qu'encore que pour des fautes légères il traînât les gens en justice, néanmoins « les lois présidaient dans toutes ces causes-là ; les accuses n'étaient ni poursuivis ni jugés que conformément au droit (791) : » comme si ce n'était, pas le comble de la cruauté et de la tyrannie, de faire des lois iniques, comme fut celle de condamner les accusés sans les ouïr, et de tendre des pièges aux innocents dans les formalités de la justice. Mais qu'y a-t-il île plus affreux que ce qu'ajoute ce même historien (792) : « Que ce prince, soit qu'il ne pût souffrir qu'on lui contredît, soit qu'il fût enllé du titre glorieux de chef de l'Eglise, que ses peuples lui avaient déféré, soit que les louanges de ses flatteurs l'eussent gâté, se persuadait que tous ses sujets étaient obligés de régler leur foi sur ses décisions?» Voilà, comme dit M. Burnet, dans la vie d'un prince, des taches si odieuses, qu'un honnête homme ne saurait t'en excuser; et nous sommes obligés à cet auteur de nous avoir, par son aveu, sauvé la peine de rechercher des preuves de tous ces excès, dans des histoires qui auraient pu paraître plus suspectes. Mais ce qu'on ne peut dissimuler, c'est que Henri, auparavant si éloigné de ces horribles désordres, n'y tomba, de l'aveu de M. Burnet, que dans les dix dernières années de sa vie, c'est-à-dire quil y tomba incontinent après son divorce, après sa rupture ouverte avec l'Eglise, après qu'il eut usurpé, par un exemple inouï dans tous les siècles, la primauté ecclésiastique; et on est forcé d'avouer qu'une des causes de son prodigieux aveuglement fut ce litre glorieux de chef de l'Eglise, que ses peuples lui avaient déféré. Je laisse maintenant à penser au lecteur chrétien si ce sont là des caractères

(786) Rhin., loin. I, liv. u, p. 199.

(787) lbid., «27, 2-2!t, etc.; 1.

|ii pag. 183 et siii\.

(,788) lbid., 228.

(789) lbid., t. 1, liv. m, pag. 242.

790) Préf.

(791) Biibn., t. I, liv. m, p. -243.

(79-2) ibid.

PART. X. TlIfcOL. POLEMIQUE. — II. II1STOIUK DES VARIATIONS.

d'un réformateur, ou d'un prince dont la justice «.li v i no venge les excès par d'autres

excès, ou'elle livre aux désirs de sou cœur, et qu'elle abandonne visiblement au sens réprouvé.

Le supplice de Fischer et de Morus, et tant d'autres sanglantes exécutions, répandirent la terreur dans les esprits'; chacun jura la primauté de Henri, et on n'osa plus s'y opposer. Cette primauté fut établie par divers décrets du parlement; et le premier acte qu'en lit le roi, fut de donner à Cromtcel la qualité de son vicaire général au spirituel, et celle de visiteur de tous les couvents et de tous les privilégiés d' Angleterre (793). C'était proprement se déclarer Pape ; et ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'était remettre toute la puissance ecclésiastique entre les mains d'un zwinglien, car je crois que Cromwcl l'était; ou tout au moins d'un luthérien , si M. Rurnet l'aime mieux ainsi. Nous avons vu que Cranmer était de même |>arti, intime ami de Cromwel ; et tous deux ils agissaient de concert pour pousser le roi irrité contre la loi ancienne (79i). La nouvelle reine les appuyait de tout son pouvoir, et Ut donner à Schaxtou et a Latimer, ses aumôniers, autres protestants cachés, les évèchés de Salisbury et de Worchester. Mais quoique tout fût si contraire à l'ancienne religion, et que les premières puissances ecclésiastiques et séculières conspirassent à la détruire de fond en comble, il n'est pas toujours au pouvoir des hommes de pousser leurs mauvais desseins aussi loin qu'ils veulent. Henri n'était irrité que contre le Pape et le Saint-Siège. Ce fut donc cette autorité qu'il attaqua seule ; et Dieu voulut que la réformation portât sur le front, dès .-on origine, le caractère de la haine et de la vengeance de ce prince. Ainsi, quelque uversion que le vicaire général eût de la .Messe, il ne lui fut ras donné alors de prévaloir, comme un autre Anliochus, contre le sacrifice perpétuel. [Dan. vin, 12.) Une de ses ordonnances de visite fut que chaque prêtre dirait la Messe tous les jours (793) et que les religieux observeraient soigneusement leur lègle, et en particulier leurs trois vœux (796).

Cranmer lit aussi sa visite archiépiscopale clans sa province ; mais ce fut avec la permission du rot(797) ; on commençait à faire tous les actes de la juridiction ecclésiastique par l'autorité royale. Tout le but de celte visite, comme de toutes les actions de ce temps, fut de bien établir la primauté ecclésiastique du roi. Le complaisant archevêque n'avait rien tant à cœur alors; et le premier acte de juridiction que fit l'évêque du premier siège d'Angleterre, fut de mettre l'Eglise sous le joug, et de soumettre aux rois de la terre la puis>ance qu'elle avait reçue d'en haut.

Ces visites furent suivies de la suppres-

sion des monastères, dont le roi s'appropria le revenu. On cria dans la Réforme, comme dans l'Eglise, contre cette sacrilège déprédation des biens consacrés .'i Dieu ; mais au caractère de vengeance que la réformation anglicane avait déjà, dans son commencement, il' y fallut joindre celui d'une si honteuse avarice ; et ce fut un des premiers fruits de la primauté de Henri, qui se lit chef de l'Eglise pour la piller avec titre.

Vn peu après, la reine Catherine mourut : « Illustre par sa piété, »dit M. Rurnet (798), « et par son attachement aux choses du ciel ; vivant dans l'austérité et dans la mortification; travaillant de ses propres mains, et songeant môme, au milieu de sa grandeur, à tenir ses femmes dans l'occupation et dans le travail : » et afin que les vertus les plus communes se joignent aux grandes, le même historien ajoute , que « les écrivains du temps nous la représentent comme une fort bonne femme. » Ces caractères sont bien différents de ceux de sa rivale, Anne de Roulen. Quand on voudrait la justifier des infamies dont ses favoris la chargèrent en mourant, M. Rurnet ne nie pas que son enjouement ne fût immodeste, ses libertés indiscrètes, sa conduite irrégulière et licencieuse (799). On ne vit jamais une honnête femme, pour ne pas dire une reine, se laisser manquer de respect jusqu'à souffrir des déclarations, telles que des gens de toute qualité, et même de la plus basse, en firen à celte princesse. Que dis-je, les souffrir? et même s'y plaire; et non-seulement y entrer, mais encore se les attirer elle-même, et ne rougir pas de dire à un de ses galants, « qu'elle voyait bien qu'il différait de se marier, dans l'espérance de l'épouser elle-même après la mort du roi. » Ce sont toutes choses avouées par Anne; et loin d'en voir de plus mauvais œil ces hardis amants, il est certain, sans vouloir approfondir davantage, qu'elle ne les en traitait que mieux. Au milieu de cette étrange conduite, on nous assure qu'eue redoublait ses bonnes œuvres et ses aumônes (800); et hors l'avancement de la réformation prétendue, que personne ne lui dispute , voilà tout ce qu'on nous dit de ses vertus.

Mais, à regarder les choses plus à fond, on ne peut s'empêcher de reconnaître la main de Dieu sur cette princesse. Elle ne jouit que trois ans de la gloire où tant de troubles l'avaient établie ; de nouvelles amours la ruinèrent, comme la nouvelle amour qu'on eut pour elle l'avait élevée ; et Henri, qui lui avait sacrifié Catherine, la sacrifia bientôt elle-même à la jeunesse et aux charmes de Jeanne Seymour. Mais Catherine, en perdant les bonnes grâces du roi, conserva du moins son estime jusqu'à la lin ; au lieu qu'il lit mourir Anne sur un écha-

(7'J3) Bchn., t. I,

(794) Ibiit., 245.

(795) h'id., 251.

(796) Ibkl., 34».

liv. m, p. '

("117) lbid., 247.

(798) lbid., 261.

(799) lbid., 268, 271. 282, etc.

■ Midi Mi .266.

Sattd connue une infâme. Celte mort arriva quelques mois après celle de Catherine.

Mais Catherine sut conserver jusqu'à la fin le caractère de gravité et de constance qu'elle avait eu dans tout le cours de sa vie (801). Anne, au moment qu'elle fut prise, pendant qu'elle priait Dieu, fondant en larmes, on la vit éclater de rire comme une personne insensée (802); les paroles qu'elle prononçait dans son transport, contre ses amants qui l'avaient trahie, faisaient voir le désordre où elle était, et le trouble de sa conscience. Mais voici la marque visible de la main de Dieu. Le roi, toujours abandonné à ses nouvelles amours, lit casser son mariage avec Anne, en faveur de Jeanne Seymour, comme il avait, en faveur d'Anne, fait casser le mariage de Catherine. Elisabeth, fille d'Anne, fut déclarée illégitime, comme Marie, lille de Catherine, l'avait été. Par un juste jugement de Dieu, Anne tomba dans un abîme semblable à celui qu'elle avait creusé à sa rivale innocente. Mais Catherine soutint jusqu'à la mort, avec la dignité d'une reine, la vérité de son mariage, et l'honneur de la naissance de Marie ; au contraire, par une honteuse complaisance, Anne reconnut (ce qui n'était pas) qu'elle avait épousé Henri durant la vie de milord Perci, avec lequel elle avait auparavant contracté; et contre sa conscience, en avouant que son mariage avec le roi était nul, elle enveloppa dans sa honte sa lille Elisabeth. Afin qu'on vît la justice de Dieu plus manifeste dans ce mémorable événement, Cranmer, ce même Cranmer, qui avait cassé le mariage de Catherine, cassa encore celui d'Anne, à laquelle il devait tout. Dieu frappa d'aveuglement tout ce qui avait contribué à la rupture d'un mariage aussi solennel que celui de Catherine ; Henri, Anne, l'archevêque même, rien ne s'en sauva. L'indigne faiblesse de Cranmer, et son extrême ingratitude envers Anne, furent l'horreur de tous les gens de bien; et sa honteuse complaisance à casser tous les mariages, au gré de Henri, ôta à sa première sentence toute l'apparence d'autorité que le nom d'un archevêque lui pouvait donner.

M. Burnet voit avec peine une tache si odieuse dans la vie de ce grand réformateur, et il dit, pour l'excuser, qu'Anne déclara en sa présence son mariage avec Perci qui emportait la nullité de celui qu'elle avait fait avec le roi ; de sorte qu'il ne pouvait s'empêcher de la séparer d'avec ce prince, ni de donner sa sentence pour la nullité de ce mariage (803). Mais c'est ici une illusion trop manifeste: il était notoire en Angleterre que l'engagement d'Anne avec Perci, loin d'être un mariage conclu, comme on dit, par paroles de présent, n'était pas même une promesse de mariage à conclure, mais une sim-

ple proposition d'un mariage désiré par l« milord (804) : ce qui, bien loin d'annuler un autre mariage contracté depuis, n'eût pas même été un empêchement aie faire. M. Burnet en convient, et il établit tous ces faits comme constants (805). Cranmer, qui avait su tout le secret du roi et d'Anne, n'avait pi les ignorer- et Perci, ce prétendu mari do la reine, avait déclaré par serment, en présence de cet archevêque, et encore de celui d'Yorck, « qu'il n'y avait jamais eu de contrat ni même de promesse de mariage entre lui et Anne. Pour rendre ce serment plus solennel, il reçut la communion » après sa déclaration, en présence des principaux du conseil d'Etat, « souhaitant que la réception de ce sacrement fût suivie de sa damnation, s'il avait été dans un engagement de cette nature. » Un serment si solennel, reçu par Cranmer, lui faisait bien voir que' l'aveu d'Anne n'était pas libre. Quand elle le fit, elle était condamnée à mort, et comme dit M. Burnet, encore étourdie de l'arrêt terrible qui avait été rendu contre elle (806). Les lois la condamnaient au feu, et tout l'adoucissement dépendait du roi. Cranmer pouvait bien juger qu'en cet étal on lui ferait avouer tout ce qu'on voudrait, en lui promettant de lui sauver la vie, ou tout au moins d'adoucir son supplice. C'est alors qu'un archevêque doit prêter sa voix à une personne opprimée, que son trouble, ou l'espérance d'adoucir sa peine, fait parler contre sa conscience. Si Anne sa bienfaitrice ne le touchait pas, il devait du moins a voir pitié de l'innocence d'Elisabeth, qu'on allait déclarer née en adultère, et comme telle, incapablede succédera lacouronne, sans autre fondement que celui d'une déclaration forcée de la reine sa mère. Dieu n'a donné tant d'autorité aux évêques, qu'afin qu'ils puissent prêter leur voix aux infirmes, et leur force aux oppressés. Mais il ne fallait pas attendre de Cranmer des vertus qu'il ne connaissait pas : il n'eut pas même le courage de représenter au roi la manifeste contrariété des deux sentences qu'il faisait prononcer contre Anne (807), dont l'une la condamnait à mort, comme ayant souillé la couche royale par son adultère ; et l'autre déclarait qu'elle n'était pas mariée avec le roi. Cranmer dissimula une iniquité si criante; et tout ce qu'il fit en faveur de la malheureuse princesse, fut d'écrire au roi une lettre, où il souhaite qu'c//e se trouve innocente (808) ; qu'il finit par une apostille, où il témoigne son déplaisir de ce que les fautes de cette princesse sont prouvées, comme on l'en assure : tant il craignait de laisser Henri dans la pensée qu'il pût iraprouver ce qu'il^ faisait.

On avait cru son crédit ébranlé par la chute d'Anne. Eu effet, il avait reçu d'abord des défenses de voir le roi -, mais il sut bien-

(801) IitiiN., lom. I, I. m, p. 2G0, 201.

(804) Ibid., liv. i, p. 71, liv. m, pas. etc.

(805) lbid.,ï!6,

(806) Ibid., 277.

(807) lin,!.

(808) Ibid., 275, 274.

5M PART, X. TIIKOL. POLEMIQUE.

lAi.sc rétablir aux dépens do sa bienfaitrice,

••t par la cassation de son mariage. La malheureuse espéra en vain de fléchir le roi, eu .nouant tout ce qu'il voulait. Cet aveu ne lui

s.iuva que le l'eu. Henri lui lit couper la tète (800). Le jour de l'exécution elle se consola, sur ce qu'elle avait ouï dire que l'exécuteur fiait fort habile; et d'ailleurs, ajoutait-elle

(810), fui le cou assez petit. Au même temps, dit le témoin de Sfl mort, elle y a porté In main, et s'est mise à rire de. tout son cœur, soit par l'ostentation d'une intrépidité outrée, soit que la tôle lui eut tourné aux approches de la mort; et il semble, quoi qu'il en soit, que Dieu voulait, quelque alïreuse que fût la lin de cette princesse, qu'elle tînt autant du ridicule que du tragique.

Il est temps de raconter les définitions de loi que Henri fit en Angleterre, comme chef souverain de l'Eglise. Voici, dans les articles qu'il dressa lui-même, la continuation de la doctrine catholique. Ou y trouve l'absolution du prêtre comme « une chose instituée ;>ar Jésus-Christ, et aussi bonne que si Dieu la donnait lui-même, ayee la confession de ses péchés à un | rètre.néeessairequand on la pouvait faire (811). » On établit surce fondement les trois ai tes île la pénitence divinement instituée, la contrition et la conftssion en termes formels, et la satisfaction, sous le nom de dignes fruits de la repentance, qu'on est obligé de porter, « encore qu'il soit véritable que Dieu pardonne les péchés dans la seule vue de la satisfaction de Jésus-Christ, et non à cause de nos mérites. » Voilà toute la substance de la doctrine catholique. Et il ne faut pas que les prolestants s'imaginent que ce qui est dit de la satisfaction leur soit particulier, puisque le concile de Trente a toujours cru la rémission des péchés une pure grâce accordée par les seuls mérites de Jésus Christ.

Dans le sacrement de l'autel on reconnaît le même corps du Sauveur, conçu de la Yicrye, comme donné en sa propre substance sous les enveloppes, ou, comme parle l'original anglais, sous la forme et figure du pain : ce qui marque très-précisément la présence réelle du corps, et donne à entendre, selon le langage usité, qu'il ne reste du pain que les espèces.

Les images étaient retenues avec la liberté tout entière « de leur faire fumer de l'encens, de ployer le genou devant elles, de leur faire des offrandes, et de leur rendre du respect, en considérant ces hommages comme un honneur relatif qui allait à Dieu, et non à l'image (812). » Ce n'était pas seulement approuver en général l'honneur des images, mais encore approuver en particulier ce que ce culte avait de plus fort.

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