mSTOME DES VARIATIONS. 6 G
tiation, ou même la présence corporelle (898), et on l'a depuis entièrement effacée.
Elle était pourtant encore bien plus forte, connue le disait l'Eglise anglicane, lorsqu'elle reçut le christianisme; car au lieu qu'on avait mis dans la liturgie réformée, que ces présents soient pour nous le corps et le sang de Jésus-Christ, ilyadans l'original, que cette ablation nous soit faite le corps et
Te sain/ de Jésus-Christ, Ce mot de faite signifie uneact<on véritable du Saint-Ksprit, qui change ces dons, conformément à ce qui est dit dans les autres liturgies de l'antiquité : « Faites, ô Seigneur! de ce pain le propre corps, et de ce vin le propre sang de votre Fils, les changeant par votre Esprit-Saint (899) ! » Et ces paroles, nous soit faite le corps elle sang, se disent dans le même esprit que celles-ci d'Isaïe : Un petit enfant nous est né; un fils nous est donné (Isa. ix, 6); noi; pour dire que les dons sacrés ne sont faits le corps et le sang que lorsque nous les prenons, comme on l'a voulu entendre dans la réfirme; mais pour dire que c"( st pour nous qu'ils sont faits te's dans l'Eucharistie, comme c'est pour nous qu'ils ont été formés dans le sein d'une Vierge. La réformation anglicane a corrigé toutes ces choses, qui ressentaient trop lu transsubstantiation. Le mot d'oblation eût aussi trop senti le sacrifice; on l'avait voulu rendre en quelque façon par le terme de présents. A la fin on l'aôtéloutà fait, et l'Eglise anglicane n'a plus voulu entendre la sainte prière qu'elle entendit, lorsqu'on sortant tles eaux du baptême on lui donna la première fois le pain de vie.
Que si on aime mieux que le saint prêtre Augustin lui ait porté la liturgie ou la messe gallicane que la romaine, à cause de la liberté que lui en laissa saint Grégoire (900), il n'importe : la messe gallicane, dite par les Hilaire et par les Martin, ne différait pas au fond de la romaine ni des autres. Le Kyrie eleison, le Pater, dit en un endroit plutôt qu'en un autre, et d'autres choses aussi peu essentielles, faisaient toute la différence, et c'est pourquoi saint Grégoire en laissait le choix au saint prêtre qu'il envoya en Angleterre (901). On faisait en France, comme à Rome et dans tout le reste de l'Eglise, une prière pour demander la transformation et le changement du pain et du vin au corps et au sang. Partout on employait auprès de Dieu le mérite et l'entremise des saints; mais un méritesfondé surla divine miséricorde, et une entremise appuyée sur celle de Jésus-Christ. Partout on v offrait pour les morts, et on n'avait sur toutes ces choses qu'un seul langage en Orient et en Occident, dans le Midi et dans le No ni.
La réformation anglicane avait conserve quelque chose de la prière pour les morts
(899) Lit. de S. Bas., édit. Beneil., App., toai. H, |ian. 079 et 095.
(900) Bcr\N., part, n, liv. î, pag. 108.
(901) Grlc, lib. vn.epist. Ci, loin. 11.
du temps d'Edouard, car on y recommandait encore à lu honte infinie de Dieu les dmes des trépassés (902). On demandait, comme nous faisons encore aujourd'hui dans les ob.-èques, pour l'âme qui venait de sortir du monde, la rémission de ses péchés. Mais tous ces restes de l'ancien esprit sont abolis : celte prière ressentait trop le purgatoire. Il est certain qu'on l'a dite dès les premiers temps en Orient et en Occident; n'importe, c'était la messe du Pape et de l'Eglise romaine; il la faut bannir d'Angleterre et en tourner toutes les- paroles dans le sens le plus odieux.
Tout ce que la réforme anglicane tirait de l'antiquité, le dirai-je? elle l'altérait. La confirmation n'a plus été qu'un catéchisme pour faire renouveler les promesses du baptême (903). Mais, disaient les catholiques, les Pères i dont nous la tenons par une tradition fondée sur les Actes des Apôtres et aussi ancienne que l'Eglise, ne disent pas seulement un mot de celte idée de catéchisme. 11 est vrai, et illefaut avouer, on ne laisse pas de tourner la confirmation en cette forme ; autrement elle serait trop papistique. On en ôte le saint chrême, que les Pères les plus anciens avaient appelé l'instrument du Saint-Esprit (90V) ; l'onction même à la fin sera ôtée de l'extrême-onction (905), quoi qu'en puisse dire saint Jacques; et malgré le Pape saint Innocent, qui parlait de celte onction au iv* siècle, on décidera que l'extrême-onction ne se trouve que dans le dixième.
Parmi ces altérations, trois choses sont demeurées: les cérémonies sacrées, les fêtes des saints, les abstinences et le carême. On a bien \oulu que dans le service les prêtres eussent des habits mystérieux, symboles de !a pureté et des autres dispositions que demande le culte divin. On regarda les cérémonies comme un langage mystique (906), et Calvin parut trop outréen les rejetant. On retint l'usage du signe de la croix (907), pour témoigner solennellement que la croix de Jésus-Christ ne nous fait point rougir. On voulait d'abord que « le sacrement du baptême, le service de la confirmation et la consécration de l'Eucharistie, fussent témoinsdu respect qu'on avait pour cette sainte cérémonie.» A la fin néanmoins on l'a supprimée dans la confirmation et dans la consécration (908), où saint Augustin avec toute l'antiquité témoigne qu'elle a toujours été pratiquée, et je ne sais pourquoi elle est demeurée seulement dans le baptême. ■
M. Burnet nous justifie sur les fêtes et les abstinences. Il veul que les jours de fêle ne soient pas estimés saints d'une sainteté actuelle et naturelle (909). Nous y consentons ;
et jamais personne n'a imaginé cette sainteté actuelle et naturelle des fêtes qu'il se croit obligea rejeter. Il dit « qu'aucun de ces jours n'est proprement dédié à un saint, et qu'on les consacre à Dieu en la mémoire des sainls dont on leur donne le nom. » C'est notre même doctrine. Enfin on nous justifie en tout et partout sur cette matière, puisqu'on demeure d'accord qu'il faut observer ces jours par un principe de conscience (910). Ceux donc qui nous objectent ici que nous suivons les commandements des hommes (Mat th. xv, 9), n'ont qu'à faire celle objection aux. Anglais; ils leur répondront pour nous.
Ils ne nous justifient pas moins clairement du reproche qu'on nous fait d'enseigner une doctrine de démons, en nous abstenant de certaines viandes par pénitence. M. Burnet répond pouf nous (911), lorsqu'il « blâme les mondains qui ne veulent pas concevoir que l'abstinence, assaisonnée de dévotion et accompagnée de la prière, est peut-être un des moyens les plus efficaces que Dieu nous propose pour mettre nos âmes dans une tranquillité nécessaire, et pour avancer notre sanctification. » Puisque c'est dans cet esprit, et non pas, comme plusieurs se l'imaginent, par une espèce de police temporelle, que l'Eglise anglicane a défendu la viande au vendredi , au samedi, aux vigiles, aux Quatre-Temps, et dans tout le carême, nous n'avons rien sur ce sujet à nous reprocher les uns aux autres. 11 y a seulement sujet de s'étonner que ce soit le roi et le parlement qui ordonnent ces fêtes et ces abstinences ; que ce soit le roi qui déclare les jours maigres, et qui dispense de ces observances (912) ; et enfin, qu'en matière de religion, on ait mieux aimé avoir des commandements du roi que des commandements de l'Eglise.
Mais ce qu'il y a de plus surprenant dans la réformation anglicane, c'est une maxime de Cranmer. Au lieu que dans la vérité le culte dépend du dogme, el doit être réglé par là, Cranmer renversait cet ordre; et avant que d'examiner la doctrine, il supprimait dans le culte ce qui lui déplaisait le plus. Selon M. Burnet, « l'opinion de la présence de Jésus-Christ dans chaque miette de pain a donné lieu au retranchement de la coupe (913). Et en effet, » poursuit-il (914), «si cette hypothèse est juste, la communion sous les deux espèces est inutile. » Ainsi la question de la nécessité des deux espèces dépendait de celle de la présence réelle. Or, en 1548, l'Anglelerre croyait encore la présence réelle, et le parlement déclarait que « le corps du Seigneur était contenu dans chaque morceau, et dans les plus petites
(902) Bit.n.
, pari, h,
liv. î, pag
(905) fbid.,
pag. 107,
1904) Ibid.
(905) Ibid.,
, pag- 107.
<!>0G) Ibid.,
pag. 1-21,