‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 143 sur 325 · HISTOIRE DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES VARIATIONS

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c'est-à-dire /pie, lorsqu'il vit, malgré son abjuration précédente, que la reine ne lui voulait pas pardonner) il revint à ses premières erreurs; mais il s'en dédit bientôt, ayant encore, dît M. Burnet, de faibles espérances d'obtenir sa grâce. Ainsi, poursuit cet auteur, il se laissa persuader de mettre au net son abjuration, et de la signer de nouveau. Mais voici le secret qu'il trouva pour mettre sa conscience à couvert, M. Burnet continue : « Appréhendant d'être brûlé, malgré ce qu'il avait fait, il écrivit secrètement une confession sincère de sa créance, et la porta avec lui quand on le mena au supplice. » Cette confession ainsi secrètement écrite nous fait assez voir qu'il ne voulut point paraître protestant, tant qu'il lui resta quelque espérance. Enfin, comme il en fut tout à fait déchu, il se résolut à dire ce qu'il avait dans le cœur, et à se donner la figure d'un martyr.

M. Burnet emploie toute son adresse à couvrir la honte d'une mort si misérable, et, après avoir allégué en faveur de son héros les fautes de saint Athanase et de saint Cyrille, dont nous ne voyons nulle mention dans YUistoire ecclésiastique, il allègue le reniement de saint Pierre, très-connu dans l'Evangile. Mais quelle comparaison de la faiblesse d'un moment de ce grand apôtre, avec la misère d'un homme qui a trahi sa conscience durant presque tout le cours de sa vie , et treize ans durant, à commencer depuis le temps de son épiscopa.t ; qui jamais n'a osé se déclarer que lorsqu'il a eu un roi pour lui ; et qui enfin, prêt à mourir, confessa tout ce qu'on voulut, tant qu'il eut un moment d'espérance ; en sorte que sa feinte abjuration n'est visiblement qu'une suito de la lâche dissimulation de toute sa vie?

Avec cela, si Dieu le permet, on nous vantera encore la vigueur de ce perpétuel fia t— teurdes rois (94-2;, qui a tout sacrifié à la volonté de ses maîtres, cassant tout autant de mariages, souscrivant à tout autant de condamnations, et consentant à tout autant de lois qu'on a voulu, même è celles qui étaient ou en vérité, ou selon son sentiment les plus iniques ; qui enfin n'a point rougi d'asservir la céleste autorité des évoques à celle des rois de la terre, et à rendre l'Eglise leur captive dans la disci[»îine, dans la prédication rie la parole, dans l'administration des sacrements, et dans la foi. Cependant M. Burnet ne trouve en lui qu'une tache remarquable 1,943) , qui est celle de son abjuration ; et pour le reste, il avoue seulement (encore en veut-il douter) qu'il a été peutêtre un peu trop soumis aux volontés de- Henri MU. Mais ailleurs, pour le justifier

(933) liée, part, il, liv. n, pag. 425.

(934) Ibid., pag. 496.

(955) Ibid., liv. i, pag. 53, 51.

(936) Part, i, liv. il, pag. 346 ; liv. m, pag.

(937) Part, n, liv. i, pag. 169, 171- (338) Ibid., pag. 170.

(959) Ibid., pag. 497.

(940) liée, part, u, liv. 1, pag. 438.

(941) Ibid., pag. 499.

(9 42) Ibid., pag. 502, 503.

(943) Ibid , pag. 505.

tout 5 fit il, il assure que, s'il eut de la complaisance pour Henri, ce fut tant que sa conscience le lui permit (9ii). Sa conscience lui l>ermeUait donc de casser deux mariages sur des prétextes notoirement faux, et qui n'avaient d'autre fondement que de nouvelles amours? Sa conscience lui permettait donc, étant luthérien, de souscrire à des articles de foi où tout le luthéranisme était condamné, et où la Messe, l'injuste objet de l'horreur de la nouvelle réforme , était approuvée? Sa conscience lui permettait donc de la célébrer sans y croire, durant toute la vie de Henri; d'offrir à Dieu, même pour les morts, un sacrifice qu'il regardait comme une abomination ; de consacrer des prêtres, à qui il donnait le pouvoirde l'offrir; d'exiger de ceux qu'il faisait sous-diacres, selon la formule du Pontifical, auquel on n'avait encore osé toucher, la continence, à laquelle il ne se croyait pas obligé lui-même, puisqu'il était marié; de jurer obéissance au Pape, qu'il regardait comme l'AntechrisI; d'en recevoir des bulles et de nier son autorité; de prier les saints et d'encenser les images, quoique, selon les maximes des luthériens, tout cela ne fût autre chose qu'une idolâtrie; enfin, de professer et de pratiquer tout ce qu'il croyait devoir ôter de la maison de Dieu, comme une exécration et un scandale?

Mais c'est que « les réfoi mateurs ( ce sont les paroles de M. Burnet) ne savaient pas encore que ce fût absolument un péché, de retenir tous ces abus; jusqu'à ce que l'occasion se présentât de les abolir (9ïo). » Sans doute ils ne savaient pas que* ce fût absolument un péché que de changer selon leur pensée la Cône de Jésus-Chri>t en un sacrilège, et de se souiller par l'idolâtrie ? Pour s'abstenir de ces choses, le commandement de Dieu ne suffisait pas, il fallait attendre que le roi et le parlement le voulussent?

On nous allègue ISaaman, qui, obligé par sa charge de donner la main à son roi, ne voulait pas demeurer debout pendant que son maître fléchissait le genou dans le temple de Kemmon (IV Reg. v, 18, 19); et on compare desactes de religion avec ledevoir de la bienséance d'une charge séculière. On nous allègue les apôtres, qui, après l'abolition de la loi mosaïque, adoraient encore dans le temple, retenaient la circoncision et offraient des sacrifices; et on compare des cérémonies que Dieu avait instituées, et qu'il fallait, comme disent tous les saints Pères, ensevelir avec honneur, à des actes que l'on croit être d'une manifeste impiété? On nous allègue les mêmes apôtres, qui se faisaient tout à tous, et les premiers Chrétiens, qui ont adopté des cérémonies du paganisme. Mais si les premiers Chrétiens ont adopté des cérémonies indifférentes, s'ensuit-il qu'on en doive pratiquer qu'on croit

(!>ii) Hin>., Recueil, part il, llv. i, pag. 523. (945) Toni. 1, Préf.

(940) Ra\, pari. i, liv. u, pag. 196; ibid., liv. ni, pag. 467.

pleines de sacrilège? Que la réforme est aveugle, qui, pour donner de l'horreur des pratiques de l'Eglise, les appelle des idolâtries 1 qui, contraire a elle-même, lorsqu'il s'agit d'excuser les mêmes pratiques dans ses auteurs, les traite d'indifférentes, et fait voir plus clair que le jour, ou qu'elle so moque de tout l'univers en appelant idolâtrie ce qui ne l'est pas, ou que ceux qu'elle regarde comme ses héros sont les plus corrompus de tous les hommes! Mais Dieu a révélé leur hypocrisie par leur historien, et c'est M. Burnet qui met leur honte enpleinjour. Au reste, si, pour convaincre la réformation prétendue par elle-même, je n'ai fait pour ainsi dire qu'abréger l'histoire de M. Burnet, et que j'aie reçu comme vrais les faits quej'ai rapportés, par là je neprétends point accorder les autres, ni qu'il soit permis à M. Burnet de faire passer tout ce qu'il raconte, à la faveur des vérités désavantageuses à sa religion qu'il n'a pu nier. Je ne lui avouerai pas, par exemple, ce qu'il dit sans témoignage et sans preuve, que c'était une résolution prise entre François 1" et Henri V11I de se soustraire de concert à l'obéissance du Pape, etde changer la messe en une simple communion, c'est-à-dire d'en supprimer 1 oblation et le sacrifice (916). On n'a jamais ouï parler en France de ce fait, avancé par M. Burnet. On ne sait non plus ce que veut dire cet historien, lorsqu'il assure que ce qui fit changer à François l"la résolution d'abolir la puissance des Papes, c'est que Ciément Vil « lui accorda tant d'autorité sur tout le clergé de France, que ce prince n'en eût pas eu davantage en créant un patriarche (9i7) ; » car ce n'est là qu'un discours en l'air, et une chose inconnue à notre histoire. M. Burnet ne sait pas mieux l'histoire de la religion protestante, lorsqu'il avance si hardiment, comme chose avouée entre les réformateurs, que les bonnes œuvres étaient indispensablemcnt néccS' saires pour le salut ! (9i8) ; car il a vu et il verra cette proposition : Les bonnes œuvres sont nécessaires au salut, expressément condamnée par les luthériens dans leurs assemblées les plus solennelles-(9V9). Je m'éloignerais trop de mon dessein, si je relevais les autres faits de celte nature : mais je ne puis m'empêcher d'avertir le monde du peu de croyance que mérite cet historien sur le sujet du concile de Trente qu'il a parcouru si négligemment, qu'il n'a pas même pris garde au titre qne ce concile a mis à la tête de ses décisions , puisqu'il lui reproche d'avoir usurpé te titre glorieux de très-saint concile œcuménique , représentant l'Eglise universelle (950) , bien que cette qualité ne se trouve en aucun de ses décrets : chose peu importante en elle-même; puisque ce n'est pas cette expression qui constitue un concile ; mais enfin elle n'eût pas échappé à

(9i7) Ibid., pag. 100.

(948) l'ait, i, hv. m, pag. 592, 395.

(949) Ci-dessus, liv. v, ci ci-après, liv. vin.

l'.i'Oj Paît, u, liv. i, pag. •i'X

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