‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 144 sur 325 · PAIIT. \. TIIF.OI.. POLEMIQUE. — H. HISTOIRE MIS VARIATIONS · texte numérisé non relu

PAIIT. \. TIIF.OI.. POLEMIQUE. — H. HISTOIRE MIS VARIATIONS

un homme qui aurait seulement ouvert le livra arec quelque attention.

on se doit donc bien garder de croire notre historien en ce nu'il prononce louchant ce concile sur la foi de Fra-Paolo, qui n'en est pas tant l'historien que l'ennemi déclaré. M. But-net fait semblant de noire que cet auteur doit ôtre pour les catholiques au-dessua de tout reproche, parce qu'il est </<■ leur parti (951) , et c'est le commun artifice de tous les protestants. Mais ils savent bien en leur conscience que ce Fra- Paolo, qui faisait semblant d'être des nôtres, n'était en effet qu'un protestant habillé en moine. Personne ne le connaît mieux <jue M. Burnet qui nous le vante. Lui i|ui le donne dans son histoire de la réformation pour un auteur de notre parti, nous le fait voir, dans un autre livre qu'on vient de traduire en notre langue, comme un protestant caché, qui regardait la liturgie anglicane connue son \ modèle ,932) ; qui, à l'occasion tics trouhles arrivés entre Paul V et la république de Venise, ne travaillait qu'à porter cette république à une entière séparation non-seulement de la cour, mais encore de € Eglise de Home; qui se croyait dans une Eglise corrompue et dans une communion idolâtre, où il ne laissait pas de demeurer; qui écoulait les confessions , gui' disait la messe, et adoucissait les reproches de sa conscience en omettant une grande partie du canon, et en gardant le silence dans les parties de l'office gui étaient contre sa conscience. Voila ce qu'écrit H. Burnet dans la Vie de Guillaume Bcdell, évèque protestant de Kilmore en Irlande, qui s'était trouvé à Venise dans le temps du démêlé, et àqui Fra-Paolo avait ouvert son cœur. Je n'ai pas besoin de parler des lettres de cet auteur, toutes protestantes, qu'on avait dans toutes les bibliothèques, et que Genève a enfin rendues publiques. Je ne parle à M. Burnet que de ce qu'il écrivait lui-même pendant qu'il comptait parmi nos auteurs Fra-Paolo, protestant sous un froc, qui disait la messe sans y croire, et qui demeurait dans une Eglise dont le culte lui paraissait une idolâtrie.

Mais ce que je lui pardonne le moins, ce sont ces images ingénieuses qu'il nous trace, à l'exemple de Fra-Paolo, et avec aussi peu (le vérité, des anciens dogmes de l'Eglise. 11 est vrai que cette invention est aussi commode qu'agréable. Au milieu de son récit, un adroit historien fait couler tout ce qu'il lui plaît de l'antiquité, et nous en fait un plan à sa mode. Sous prétexte qu'un historien ne doit ni entrer en preuve, ni faire le docteur, on se contente d'avancer des faits qu'on croit favorables à sa religion. On veut .se moquer du culte des images ou des reliques, ou île l'autorité du Pape, ou de la prière pour les morts, ou même, pour ne rien omettre, du paltium ; on donne à ces

(931) Part, l, Préf.

(05-2) Vie de Guill. Bedett. iv. de Kilmore en Irlande, pas- 9, 19, 20.

(.955; Pag. 509.

pratiques telle forme et telle date qu'on veut. On d;t par exemple que le pallium, honneur chimérique, est de l'invention de Pascal 11 (933), quoiqu'on le trouve cinq cents .vis devant dans les lettres du pape V'i^ile et de saint Grégoire. Le crédule lecteur, qui trouve une histoire toute parée de ces réflexions, et qui voit partout, dans un ouvrage dont le caractère doit être la sincérité, un abrégé des antiquités de plusieurs siècles, sans songer que l'auteur lui donne ou ses préventions ou ses conjectures pour des vérités constantes, en admire l'érudition comme les tours agréables, et croit être à l'origine des choses. Mais il n'est pas juste que M. Burnet, sous le titre insinuant d'historien, décide ainsi des antiquités, ni que Fra-Paolo qu'il a imité acquière le droit de faire croire tout ce qu'il voudra de notre religion, à cause que sous un froc il cachait un cœur calviniste, et qu'il travaillait sourdement à décréditer la M esse qu'il disait tous les jours-

Qu'on ne croie donc plus M. Burnet en ce qu'il dit sur les dogmes de l'Eglise, qu'il tourne tout à contre-sens. Soit qu'il parle par lui-même, ou qu'il introduise dans son histoire quelqu'un qui parle contre notre doctrine, il a toujours un dessein secret de la décrier. Peut-on souffrir son Cranmer, lorsque, abusant d'un traité que Gcrson a fait de auferibilitate Papw, il en conclut que, selon ce docteur, on peut fort bien se passer du Pape (93V) ? au lieu qu'il veut dire seulement, comme la suite de cet ouvrage le montre, d'une manière à ne laisser aucun doute, qu'on peut déposer le Pape en certains cas. Quand on raconte sérieusement de pareilles choses, on veut amuser le monde, et on s'ôte toute croyance parmi les gens sérieux.

Mais l'endroit où notre historien a épuisé toutes ses adresses, et usé pour ainsi dire toutes ses plus belles couleurs, est celui du célibat des ecclésiastiques. Je ne prétends pas discuter ce qu'il en d:t sous le nom de Cranmer ou de lui-même (933). Ou peut juger de ses remarques sur l'antiquité par celles qu'il fait sur le Pontifical romain, dont on avouera bien que les sentiments sur le célibat ne sont pas obscurs. « On considérait, >> dit-il (936), « que l'engagement où entrent les gens d'Eglise, suivant les cérémonies du Pontifical romain, n'emj ortent pas nécessairement le célibat. Celui qui confère les ordres demande à celui qui les reçoit, s'il promet de vivre dans la chasteté et dans la sobriété: à quoi le sous-diacre répond : Je le promets. » M. Burnet conclut de ces paroles, qu'on n'obligeait qu'à la chasteté qui « se trouve parmi les ge:is mariés, de même que parmi ceux qui ne le sont pas. » Mais l'illusion est trop grossière pour être souirerte. Les paroles qu'il rapporte ne se disent pas dans l'ordination

(954) Part, i, liv. n, pag. 251.

(955) Liv. m, pag. 555.

(956) Part, il, liv. i, pag. 158.

du sous-diacre, mais dans celle de l'évoque (957). Et dans celle du sous-diacre on arrête celui qui se présente à cet ordre, pour lui déclarer que jusqu'alors il a été libre; mais que, s'il passe plus avant, il faudra garder la chasteté (958). M. Burnel dira-t-il encore que la chasteté dont il est ici question est celle qu'on garde dans le mariage, et qui nous apprend à nous abstenir de tous les plaisirs illicites? Est-ce donc qu'il fallait attendre le diaconat pour entrer dans cette obligation? Et qui ne reconnaît ici cette profession de la continence imposée, selon les anciens canons, aux principaux clercs, dès le temps qu'on les élève au sous-diaconat?

M. Burnet répond encore que, sans s'arrêter au Pontifical, les prêtres anglais qui se marièrentdu temps d'Edouard avaient été ordonnés sans qu'on leur en eût fait la demande, et par conséquent sans en avoir fait le vœu (959). Mais le contraire paraît par lui-même, puisqu'il a reconnu que du temps de Henri VIII on ne retrancha rien dans les rituels, ni dans les autres livres d'offices, si ce n'est quelques p.rières outrées qu'on y adressait aux saints, ou quelque autre chose peu importante; et on voit bien que ce prince n'avait garde de retrancher dans l'ordination la profession de la continence, lui qui a défendu de la violer, premièrement sous peine de mort, et lorsqu'il s'est le plus relâché, sous peine de confiscation de tous biens (9G0). C'est aussi pour cette raison que Cranmer n'osa jamais déclarer son mariage durant la vie de Henri, et il lui fallut ajouter à un mariage défendu la honte de la clandestinité.

Je ne m'étonne donc plus que, sous un tel archevêque, on ait méprisé la doctrine fie ses saints prédécesseurs, d'un saint Dunstan, d'un Laufranc, d'un saint Anselme, dont les vertus admirables, et en particulier la continence, ont été l'honneur de l'Eglise. Je ne m'étonne pas qu'on ait effac'é du nombre des saints un saint Thomas de Cantorbéry, dont la vie était la condamnation de Thomas Cranmer. Saint Thomas de Cantorbéry résista aux rois iniques ; Thomas Cranmer leur prostitua sa conscience, et flatta leurs passions. L'un banni, juive de ses biens, persécuté dans les siens et dans sa propre personne, et affligé en toutes manières, acheta la liberté glorieuse de dire la vérité comme il la croyait, par un mépris courageux de la vie et de toutes ses commodités; . l'autre, pour plaire à son prince, a passé sa vie dans une honteuse dissimulation, et n'a cessé d'agir en tout contre sa croyance. L'un combattit jusqu'au sang pour les moindres droits Ue l'Eglise : et, en soutenant ses prérogatives, tant celles que Jésus- Christ lui avait acquises par son sang, que celles que les rois pieux lui avaient données, il défendit jusqu'aux dehors de celte sainte

cité ; l'autre en livra aux rois de la terre le dépôt le plus intime, la parole, le culte, les sacrements, les clefs, l'autorité, les censures, la foi même : tout enfin est mis sous le joug, et toute la puissance ecclésiastique étant réunie an trône royal, l'Eglise n'a plus de force qu'autant qu'il plaît au siècle. L'un enfin, toujours intrépide et toujours pieux pendant sa vie, le fut encore plus à la dernière heure ; l'autre, toujours faible et toujours tremblant, l'a été plus que jamais dans les approches de la mort; et à l'âge de soixante-deux ans il a sac r fié à un misérable reste de vie sa foi et sa conscience. Aussi n'a-t-il laissé qu'un nom odieux parmi les hommes; et pour l'excuser dans son parti même, on n'a que des tours ingénieux que les faits démentent : mais la gloire de saint Thomas de Cantorbéry vivra autant que

l'Eglise, et ses vertus que la France et l'Angleterre ont révérées comme à l'envi, ne seront jamais oubliées. Plus la cause que ce saint martyr soutenait a paru douteuse et équivoque aux politiques et aux mondains, plus la divine puissance s'est déclarée d'en haut en sa faveur par les châtiments terribles qu'elle exerça sur Henri II qui avait persécuté le saint prélat, par la pénitence exemplaire de ce prince, qui seul put apaiser l'ire de Dieu, et par des miracles d'un si grand éclat, qu'ils attirèrent non-seulement les rois d'Angleterre, mais encore les rois de France à son tombeau: miracles d'ailleurs si continuels et si attestés par le concours unanime de tous les écrivains du temps, que, pour les révoquer en doute, il faut rejeter toutes les histoires. Cependant la réformation anglicane a rayé un si grand homme du nombre des saints. Mais elle a porté bien plus haut ses attentats : il faut qu'elle dégrade tous les saints qu'elle a eus depuis qu'elle a été chrétienne. Bède,son vénérable historien, ne lui a conté que des fables, ou en tout cas des histoires peu prisées, quand il lui a raconté les merveilles de sa conversion, et la sainteté de ses pasteurs, de ses roisetdeses religieux. Le moine saint Augustin, qui lui a porté l'Evangile, et le Pape saint Grégoire qui l'a envoyé, ne se sauvent pas des mains de la réforme; elle les attaque par ses écrits. Si nous l'en croyons, la mission des saints qui ont fondé l'Eglise anglicane est l'ouvrage de l'ambition et de la politique des Papes, et en convertissant les Anglais, saint (ïrégoire, un Pape si humble et si saint, a prétendu les assujettir à son siège plutôt qu'à Jésus-Christ (961). Voilà ce qu'on publie en Angleterre; et sa réfoimation s'établit en foulant aux pieds, jusque dans la source, tout le christianisme île la nation. Mais une nation si savante ne demeurera pas longtemps dans cet éblouissement : le respect qu'elle conserve pour les Pères, et ses curieuses et continuelles recherches sur l'antiquité, la ramèneront à la doctrine

(957) Pont. Ilom. in conc. episc (9.">8) Ibul., In uvUin. subdiac.

(959) Part, n, hli.i, p. 139.

(960) Liv. m, pag. 580.

(9(j1) Vitacii., Cont. Dura:.; Filc , Conl. Stnpl.; Ivej.., Apul. Eccl. Anglic.

des premiers

siècles. Je ne puis croire

qu'olle persiste tl.-ms la haine qu'elle a conçue eontre la chaire de saint Pierre, d'où ''Ile a reçu le christianisme. Dieu travaille trop

puissamment a son salut en lui donnant un

Page 1